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Full text of "Revue Égyptologique"

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littp://www.archive.org/details/revuegyptologiOOnewpari 



Nouvelle Série. Tome I. 



Fascieslas 1-2. 




Alexandre iHORET 

C«Kserrit«ar tm Hwff 
DiTKttar rÉiades à TÉcale et* ni—i fifiiii 



S OB.S Ad A.IFIB 



A- MoBET. — MoaasKBts ^jptieBs de h 
cotlectioa da eorate de SÛBt-^moL 

H- SoTTAS- — Mmae = aocle. 

G. Lettstse et A. Mcskt. — Un Boonret 
acte d« foodattoD à TekBéb. 

Locis ne Bi^csâ. — Uae sUtoe d'Oaim et 
U XXm* dTEAStie. 



G. TrrsLix — Trimetà oagùi. 

P- locGCET. — Le» Bv-iiai éf j p à s am et k U 

âB da nr âtefe ayris J.-C. 
p. RocssEL. — Les SaaelBÙres tgjftiesa de 

Déf« et dl&êtne. 
P. CoUABX. — LlsTveattc» dlm d'a^féi u 

pa^vnB d'Oiyrtyaciwa. 
Notices et Bnlletiiis. — Comptes readns biMiographi qu e » . 



PARIS 
ÉDITIONS ERNEST LEROUX 

28. RCE BONAPARTE. 28 

1919 

Prix dé i'ïbonDemeai autuel : 
Paris : 40 fr. — DÉPABTtJiEirfs : 41 fr. — Étr&:(GCk : ffQ fr. 



REVUE ÉGYPTOLOGIQUE 



Nouvelle Série. Vol. I, fasc. 1. Janvier 1919. 



MONUMENTS ÉGYPTIENS DE LA COLLECTION DU COMTE DE SAINT-FEHRIOL 

(autrefois au château d'Uriage; — actuellement au Musée de Grenoble) 



La collection égyptienne du comte de Saint-Ferriol faisait l'ornement du pitto- 
resque château d'Uriage; depuis le mois de décembre 1916, les stèles, bas-reliefs, sar- 
cophages ont été donnés au Musée de Grenoble, grâce à la générosité du comte et de 
ses héritiers; quelques statues et autres pièces ne se trouvent pas à Grenoble; j'ignore 
si elles sont restées à Uriage ou si elles ont été dispersées. C'est en 1911 et 1913 que 
j'ai copié et photographié les monuments les plus importants chez le comte de Saint- 
Ferriol, qui m'autorisa à publier mon travail, facilité par son bienveillant accueil pour 
lequel j'exprime ici mon reconnaissant souvenir. J'ai collationné tout dernièrement 
mes copies au Musée de Grenoble, dont le conservateur voulut bien m'entr'ouvrir les 
portes, fermées en raison de la guerre, avec une amabilité dont je le remercie. 

La collection Saint-Ferriol ne possède pas un grand nombre de pièces, mais 
toutes sont intéressantes et quelques-unes sont célèbres : telles sont la stèle du vizir 
Ouser et surtout « la stèle des Mines d'or de Kouban». Il m'a semblé utile de faire 
connaître les inédites et de donner des autres une édition nouvelle, aussi fidèle que 
possible. 

l. — Dalle rectangulaire au nom d'Ou'at-n-(j) et de Nebt-n-(j) (Pl. II). 

Calcaire. Haut., 0"\30; larg., 0"',48. Textes et figures en relief sur champ évidé. Travail 
fruste. Conservation bonne. (Grenoble.) 

C'est une de ces dalles de pierre qu'on trouve encastrées dans le mur de fond des 
chambres aux parois de briques' qui constituent les mastabas dans certaines nécropoles 
antérieures à la IV« dynastie. La décoration comporte : 1" la figure du défunt assis 
devant une table d'offrandes recouverte de branches; 2° au-dessus de la table, une pan- 
carte donnant la liste, rudimentaire ou développée, des offrandes, étoffes, parfums, 

1. R. Weill, Monuments rf('.< //" et lli' (li/naf!tias, p. 219. 
Reoue égyptologiqae, I. 1 



X A. MOHET 

mets; 3" les noms et titres du jiropriétaire. Ces dalles sont donc les prototypes des 

« tableaux » gravés au-dessus de la fausse porte dans les stèles monumentales de la 

IV« dynastie. 

Notre monument, divisé en deux, est consacré à deux personnes, assises devant 

deux tables, avec panc;irte double; ce sont deux femmes, celle de droite plus petite 

que l'autre. Il y a apparence qu'on ait représenté la mère et la fille, réunies dans le 

même tombeau. 

La partie décorée de la dalle forme deux rectangles juxtaposés. 

A gauche. La défunte q W^t-n-(j), assise »»— »■ sur une chaise sans dossier, mais 

décorée par derrière d'une fleur de lotus; la planche du siège est légèrement en pente; 

le pied de derrière, seul visible, est sculpté en forme de pied de bovidé; sous le sabot, 

un socle fort épais, comme dans les spécimens en ivoire, retrouvés à Abydos et Ne- 

gadah. 

La femme a une coiffure soigneusement détaillée; les cheveux sont groupés en 

petites mèches plates sur le sommet de la tète, et, sur les côtés, en fines tresses lon- 
gues, divisées sur l'épaule droite; robe étroite et longue, boutonnant aux épaules; 
un nœud très développé orne l'épaule gauche. Les pieds sont nus ; la main gauche est 
ramenée sur la poitrine; la droite s'étend vers la table d'offrandes. La figure, aux 
yeux fardés, est expressive, soigneusement modelée ' . 

La table, rudimentaire. se compose de la corbeille vi:^ soutenue par deux pieux 
séparés, formant un pied bifide. Nous avons là une forme primitive de la table gros- 
î^ièrement ajustée des époques archaïques. La dalle de Abneb (Weill, /. c, p. 220) 
montre une table du même type, mais stylisée : les deux pieux, distincts dans le bas. 
se réunissent à la partie supérieure; les dalles de Nefer et de Merj révèlent déjà la 
forme classique de la table, où le pied bifide n'est rappelé que par un artifice de 
décoration (Weill, /. c, p. 240, 300). La table est décorée de branches de palmier, 
en apparence dressées, en réalité couchées sur la table (cf. Zeitschrift fur âgypiische 
Sprac/ie, 31, p. 1). 

La pancarte est, elle aussi, de rédaction simplifiée. Dans un rectangle, le registre 
supérieur est occupé par trois signes n(r ,^, , .^j ,^, , encadrés par 1, 3, 2, 1 fils à 

brins détordus'. Il y a quatre groupes de j et seulement trois signes ^; cela semble 
indiquer que les trois ^ sont le pluriel d'un adjectif nir qui se rapporte à chacun des 
signes I , soit unique, soit double et triple. La valeur de 1 doit être celle d'un signe- 

1. Chaise et figure féminine sont (à part la coiffure) du même st.vle que la figure centrale de la dalle de 
I.eide, au nom de Abneb. 

2. Cf. MuRRAY, Sat/qara Mnstaha^, I, p. 33: Weill. //' et III' (/ynaslics, p. 238. .Sur les sarcophages du 
Moyen Empire, on énumère parfois les étoffes d'un à neuf brins au fil (L.iCAU, Sar.-ophaiics:. Il, p. 164|. 



MONUMENTS EGYPTIENS DE LA COLLECTION DU COMTE DE SAINT-FEîiRIOL 



mot, abrégé de ~^ j^}S\ mnh; le tout signiâerait a vêtements divins' en étoffes tissées 
à 1, 2 ou 3 fils au brin». L'épithète «divin» s'explique parce que le mort osirien 
ftorte les mêmes vêtements que les dieux ; parfois même, on habille sa statue d'étoffes 
qui ont servi d'abord à parer les statues divines dans les temples (inscription de Paherj 
= Urk., IV, p. 112, I. 13-14) La liste des étoffes comporte souvent quatre catégories, 
■i^^-, 1. T, «-=>, rnn', rviwt, nfr, ", a solide, royale, belle, grande »; elle se conforme à 
la division quadruple des rites funéraires, célébrés tour à tour dans chacune des quatre 
parties du monde; mais, comme les autres rites, elle s'abrège et se réduit à la division 
double (sud et nord): ici, nous n'avons que les catégories rnn et 'a'a. D'ordinaire, les 
cases ménagées au-dessous des signes mnh ntr contiennent le chiffre rituel J « mille », 
qu'on souhaite au défunt de posséder; ici rien n'a été gravé. Le vêtement-type qu'on 
tirait des pièces d'étoffes était, suivant le sexe, le pagne .sento^ ^.^ ou la robe. 
Au-dessous des étoffes : ^Tp^ • 

D'après les variantes, il faut lire : 'nict (Xefer = 7-r ^<=i. Meri — "^ / 

n ■r^ flo ^ tâJ _Zr ~ii -ZTooo 

« grains (de blé?) » — ^^ v ° l.nc'vc, réduit au signe-mot ^^ a grains de dourra » 
(MuRRAY, /. C, p. :3«5; Maspero. La table d'offrandes, p. 67, interprète /<«c' par le 
fruit du caroubier;. L'offrande des grains est rituelle à toutes les époques iPyr., 97 et 
99; Lacau, /. c, II, index, p. 158; Dûmichen, Grabpalast Paluamenap, I. pi. XXVI). 
La tête de bœuf représente l'offrande du taureau tt ng (Murr.ay, /. c, pi. I, p. 35). 

A gauche de la pancarte, l'énumération con- %^ "^^ «Essences vin- 

tinue : ÎT Î7 Ta 

il li ^w deux vases ; deux pots ; 

> pain trh; 

fe-^ ** oie troussée sur plateau; 

^Q , aiguière sur cuvette. » 

L'offrande est encore ici du type binaire, comme pour les étoffes et les grains : 
deux pots de vin 'le noir-rouge et le blanc : Pfjr., :S; DCmiche.\. /. '•.. I, pi. XJX): 

1. Les 15 I fonnem des ■ paqoets d'éioffes », ^ 5 |; M i' mrw nie hbéœ (Lacac, f. c, I, 
p. 179; II. p. 16), de forme '^. 

2. Corriger la lecture sicnte. attribuée à -t==> par Mlrrjiy et Weill. Le signe est la massue mn, et non 
la flèche < m. ou Q i. Les quatre noms cités figurent sur la dalle de N efer ' Weill, /. '-., p. 238'. Sur un 
paquet d'étoSes du Moyen Empire, les noms du contenu sont : deux Y\ mn (correspondant à -fc==i: 
un mot illisible, et un dernier, qui est peut-être ■»- — > (Lacau. /. >-., II. p. 16). 

3. Lacac, /. c, n. p. 43, fig. 394 : le I 8 « I • Tétement divin t est le pagne. Cf. Pyr. .V . I. Ï87-2S9 = 
édit. Sbthe, 41-4S. 

4. Les signes accompagnés d'un astérique sont retournés dans l'original. 



deux vases d'essence (l'essence de cèdre (?) et de Libye : Pyr., 53-54; Dûmichen, /. c, 
I, pi. XX); un pain trh (Pyr., 60, 73)' et une oie (Pyr., 84-86) résument les nom- 
breuses variétés, que l'espace restreint interdit d'énumérer. En fin de liste et, comme 
d'habitude, juste au-dessus des mains du défunt tendues vers la table, le vase à bec 
recourbé et la cuvette (on en a retrouvé des spécimens en cuivre de l'Ancien Empire), 
qui servent à laver les mains avant le repas. Le nom de ce pot à eau est ^ pnto^ 
(MuRRAY. /. c, p. 33, n°22): l'ustensile est parfois figuré après les mots qui définis- 
sent le rite du lave-mains, !| f- — o,^ (Murray. /. c, pi. I, p. 32). Sur ce rite, cf. 
Maspero, Table d'offrandes, p. 5. 

Le long du pied de la table, sont gravés un pain conique et une cruche de bière 
sur sellette. Pour le rite du lave-bouche, qui accompagnait celui du lave-mains, un 
pain et un vase pareils figurent au.x Pyramides (Pyr., 72 = W., 103, N., 412 : 

A droite. La défunte ^wwv Nebt, ou \ebt-ii-(j), est assise devant la table d'of- 
frandes: mêmes détails que pour la figure de gauche, mais figures et accessoires sont 
plus petits d'un quart environ. La figure, sculptée avec soin, offre une expression per- 
sonnelle, différente de la voisine. La pancarte est réduite aussi; elle ne comporte que 
deux étoffes ^^, de catégories ->== et <>=> ; au-dessous : n|| deux pots d'essences 

i3iS et deux têtes cornues, 
sans noms, qui correspondent au taureau -rt îi ng et à. \a vaciie ^^ S hm ter (Mur- 
ray, /. c, L pi. Il, p. 35). 

A gauche de la pancarte : -*| @_. ^A „ Patron. Essences, vin; 

H jl :âô: deux vases, deux pots. 

5 Encens; pam trh; 

o 

^^ * oie troussée sur corbeille; 
KD aiguière sur cuvette. » 

Dans cette liste, comparée à celle de Wt-n-J, nous n'avons que deux éléments 
nouveaux : le natron 3 bd, sel ajouté à Teau des purifications préliminaires (Pyr., 26; 
Maspero, Table d'offrandes, p. 9), et l'encens \U° sntr, qui servait aux fumigations 
purificatrices [Pyr., 18: Maspero, /. c, p. 12). 

Au-dessus des branches de la table, deux signes indistincts; le long du pied, le 
pain conique et la cruche de bière. 

1. Sur ce pain, cf. Maspero, La table d'offrande:^, p. 54; Py. Ounas, 1. 105. 

2. Pntc vient peut-être de ~v.^aa ■jtij-.: «renverser»; ce serait le vase qu'on renverse pour faire tomber 
l'eau. 



MONUMENTS EGYPTIENS DE LA COLLECTION DU COMTE DE SAINT-FERRIOL 5 

La dalle est attribuable à la IIP dynastie ou au début de la IV«. 

II. — StAPUE au nom d'AmENHETEP, PRÊTRE DES STATUES DE ThOUTMÈ^ III 

(Pl. III). 

Calcaire. Haut., 1"'; long, des côtés de la base, 0"',50; larg., 0™,28. 

L'homme est assis sur un siège jj. Perruque; robe longue. L'une des mains (la 
gauche) est ramenée sur la poitrine; l'autre repose sur les genoux. 

Des textes sont disposés sur les deux côtés du siège et sur le devant de la robe. 



Côté droit : (»-^) 



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( 1 ) (i Une offrande, que donne le roi à Amon-Ra, pour qu'il donne ce qui sort à 
la voix, pain, bière, bœuf, oie, étoffes, encens, huiles, toutes choses (2) bonnes, pures, 
toutes offrandes annuelles, toutes choses bonnes, agréables, sortant devant lui (Amoni 
de chaque jour, (3) — au ka du prêtre d'Amon dans la « place-eon.saeiée' «, Amen- 
hetep, m. k. ; 



1. 'l'ht-ist est une épithète îles temples d'Amon à Karuak-Louxor (Brugsch. /)/(•(. ncoijraphùjue. p. 565]. 



(4) Au ha du porte-encensoir du roi, Amenehetep, r». h. vis-à-vis du dieu bon; 

(5) Au ha du gardien de magasin d'Anion, Ameniietep, m. k. ; 

(6) Au ka du prêtre, directeur des prophètes du roi du Sud et du Nord '^Aa- 
k/ieperkara'' , Ameniietep, m. k.; 

(7) Au ka du servant du-A'o de la statue du roi du Sud et du Nord « Menkheper- 
ra' (est) dans sa statue.)). Ameniietep; 

(8) Au ka du servant-du-A" de la statue du roi du Sud et du Nord o Menkheper- 
kara' (est) dans sa statue », Ameniietep; 

(9) Au /.a du supérieur des mci-itna d'Amon, Amenhetep, m. k. d 

Ameniietep, en même temps que prêtre d'Amon, dirigeait les prophètes du culte 
de Tlioutmès I" et desservait les statues de Thoutmès III; ainsi, le culte et les statues 
de ces rois étaient installés, suivant un usage antique, dans les temples des dieux'. 
Nous devons noter qu'Amenhetep n'est point prêtre du culte de Thoutmès II, pharaon 
au règne épliémère, que les listes oHicielles et les biographies des contemporains inter- 
calent cependant entre Thoutmès I"' et Thoutmès III; aucune allusion, non plus, au 
culte de la reine Hatshepsout, dont le règne se greffe sur le trône pharaonique, depuis 
les dernières années de Thoutmès P' jusqu'à la maturité de Thoutmès III. Ce n'est pas 
le lieu de rouvrir ici l'épineuse controverse sur la succession des Thoutmès; je ne puis 
taire, cependant, que notre Amenhetep, qui ne sert pas Thoutmès II, semble avoir vécu 
en un temps où Thoutmès III était le successeur immédiat de Thoutmès P', — ce (jui 
correspondrait à une des hypothèses sur la succession dynastique à cette époque trou- 
blée". Notons aussi que les deux statues de Thoutmès III appellent le roi, l'une Men- 
kheperra, l'autre Menkheperkara : or, on a présenté l'hypothèse que chacun de ces 
prénoms caractérisait une période distincte d'un règne qui a connu des vicissitudes' ; il 
n'est pas sans intérêt d'observer que les statues du roi gardaient le souvenir de ces deux 
« états )) de la personnalité de Thoutmès III. 

1. Thoutmès I". — .l'abrège ni'a-hhrou en m. I;.; n. i. est pour nh ini'a/.liou. 

2. Thoutmès 111, désigné par le » prénom » sous sa forme simple. — Les statues avaient généralement un 
nom; cf. le texte étudié par Gardiner, ap. Pétrie, Memphla, V, p. 33. 

S. Forme développée du prénom de Thoutmès III. Sur les conclusions qu'on a tirées de cet emploi de 
prénom simple ou développé, cf. Sethe, Untersachungen, I, p. i'^, et Â. Z., 36, p. 27. 

4. Cf. les décrets de TAncien Empire d'Ahydos et Koptos, ap. A. Morbt, Charte.i d'immunitc» (J. Asia- 
tique, 1916. I, p. 296; 1917, 11, p. 204). 

5. K. Sethe, Die Thronieirren uhUt di-n Nac/ifolgern K. ThitlinoxiK I, § 16 (ap. Untarsw/ningcn sur 
Geschichtc ÂStjyptens, I). — Cf. un résumé dans A. Moret, Rois et dieux d'Egypte, p. 14 sqq. L'opinion con' 
traire est défendue par Éd. Natille, A. Z-, 35, p. 30 et suiv., et Thu Tomh of Hât^hopsità, p. 6 et suiv. 

6. Voir supra, ii. 3. 



MONUMENTS ÉGYPTIENS DE LA COLLECTION DU COMTE DE S.VINT-FERRIOL 



Côté gauche : 
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(1) (( Offrande que donne le roi à Amon, seigneur de Karnak, pour qu'il donne vie, 
santé, force, une bonne sépulture après la vieillesse, au ka du fonctionnaire de la fa- 
brique d'Amon, chef de la première classe (des prêtres), Amenhetep; 

(2) Offrande que donne le roi à Moût, maîtresse d"Ishert, pour qu'elle donne of- 
frandes, provisions, une belle vieillesse dans Thèbes, au ka du porte-encensoir, Amen- 
hetep ; 

(3) Offrande que donne le roi à Harmakhis, pour qu'il donne de voir sa belle face à 
chaque jour, au ka du prêtre d'Amon dans Deser-Deserou (Deir-el-Bahari), Amen- 
hetep ; 



1. '/»• pour '/i- 



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, par suite île la chute de 



du quartier de Karnak où se trouvait le temple de Moût. 

2. Le noai d'Amon a été martelé. 

3. Cf, Sethe, Urk., IV, p. 148, 1020. 



Cf. Skthe, Urk., IV, p. ilS. 'Ishert est le nom 



.s A. MORET 

(4) Offrande que donne le roi à Osiris Khentamenti, pour qu'il donne de prendre 
les pains sortis sur sa table au ka du prêtre d'Amon dans 'Ankh-dou', Amenhetep; 

(5) Offrande que donne Thot, pour qu'il donne l'intelligence aiguisée et la faveur 
d'amour au ka du prêtre, scribe, fonctionnaire de la fabrique d'Amon. Amenhetep, 
m. k.; 

(6) Offrande que donne le roi à Hatlior, celle qui est à la tête des montagnes, 
pour qu'elle donne le doux vent du nord de qui est sur terre, au ka du prêtre d'Amon 
(T) Amenhetep, m. k., né du fonctionnaire de la fabrique d'Amon, chef de la première 
classe, Ndm-ist-Hor, m. k.. enfanté par la dame Touj. » Au bas des deux dernières 
lignes est répété le nom : «Ndm-ist-Hor». 

Dccant la statue : 

Une ligne encadrée descend, au-dessous des bras, sur le devant de la robe, en sui- 
vant le contour du corps, de la poitrine aux pied.-*. 

""^''' £5 « (Prendrei ce qui sort sur la table doffrandes dans Karnak; 

oOo '^—^^ 

^TT^ '^t^ prendre les pains sur l'autel chaque jour; — pour le ka du fonction- 
|vw^ naire de la fabrique dAmon, chef de la première classe, Amen- 

^ \ ! hetep. .) 



H Q 



Cette formule nous renseigne sur le rôle de la statue d'Amen- 
hetep : placée, par faveur du roi, dans le temple d'Amon à Karnak, 

<*'«)^ û* G elle permettait à son propriétaire de recevoir une part des offrandes 

c=3n ^^ offertes chaque jour à Amon. Pour les statues déposées dans les tem- 
ple*, voir l'inscription de la statue d' Amenhetep III, traduite par 
Gardiner dans Pétrie. Memphis.Y, p. 33, pi. LXXIX-LXXX. 



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a § Début de la XV'IIP dvnastie. 



III. — Stèle cintrée au nom dOuser, vizir de Tuoltmès III (Pl. II). 

Grès noir. Haut., 0™.64; lar^'., 0™,44. Texte et figures gravés et peints en jaune. Bon tra- 
vail. Conservation excellente, à part la ligne 2 de la grande inscription. (Grenoble.) 

La stèle, publiée déjà par M. Duringe (Sphinx. W, p. 24 et sq.: texte reproduit 
par Sethe. Urk., IV, p. 1030 et 1226), provient vraisemblablement de l'hypogée 
d'Ouser, dans la nécropole de Sheikh Abd el-Gournah, à Thèbes (à ce sujet, cf. Gar- 
diner, The tomb ofAmenemhêt, p. 9). Ouser, dont le nom complet était Ouseramon 

1- L'a des noms de la nécropole de Thèbes. — 2. Trad. par .Sjôberg 'Sphiii,c, XI, p. 83). 



Revue Egj'ptologique, N. S. t. [. 



PI. I. Frontispice 




STELE DE KOUBAN 



f<teB£S.c«.s, — Reproduction 



Revue EgA'plologique, N S. t. 1. 




Rl'vuc Egyptologique, N. S. l. I. 



V\. III 




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c Eg)-ptologique. X. S. t. I. 



FI. IV 







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a 5: 



MONUMENTS EGYPTIENS DE LA COLLECTION DU COMTE DE SAINT-FERRIOL 



(/. c, p. 2, n. 1), était vizir sous Thoutmès III; fils du vizir 'Aamatou, oncle du grand 
vizir Rekhnaara, il appartenait donc à une famille illustre de la XVIIP dynastie. Plu- 
sieurs monuments, outre sa tombe, nous le font connaître; on trouvera leur énuméra- 
tion dans le livre de A. Weil, Die Veziere des Pharaonenreiches, p. 74. Le Musée 
Calvet à Avignon possède une « brique rituelle » provenant du tombeau d'Ouser; je l'ai 
publiée au Recueil de Travaux, XXXV, p. 193-196. Le texte reproduit ci-dessous est 
précieux par ses indications sur la généalogie d'Ouser et par les détails techniques re- 
latifs à ses fonctions de prêtre dans le temple d'Amon, antérieurement à sa promotion 
au vizirat. 

La stèle comporte un tableau dans la partie cintrée et une inscription horizontale. 

A. Tableau. 



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=^:^5= 2^ vj D'abord, les deux yeux sur le sceau, encadrés par l'eau 

A«w>A Q /wwvA g^ jg vase. Ce sont les yeux du mort divinisé, supposé caché 

derrière la stèle, porte de l'autre monde, à travers laquelle Ouser regarde dans le 
tombeau et le monde des vivants. Le sceau Q ferme cette porte, mais le mort divinisé 
peut l'ouvrir à son gré. Les deux vases contiennent l'eau des purifications {Rituel du 
culte divin, p. 178, 209) faites suivant le rite binaire : sur la stèle C 26 du Louvre, les 
signes de l'occident et de l'orient, munis de bras, présentent ces vases aux yeux du 
défunt. 

Puis, des légendes verticales se rapportant à deux groupes de personnages. A 
gauche, comme à droite, un homme, coiffé de la perruque, vêtu du pagne long, est assis 
devant une petite table d'offrandes, recouverte de branches, sans offrandes apparentes; 
une main est tendue vers la table, l'autre approche du nez le lotus, fleur de la renais- 
sance après la mort. Une femme, coiffée de la perruque et vêtue de la robe longue, 
est assise derrière son mari, (ju'elle tient embrassé. Devant chaque table d'offrandes, un 
officiant, debout, vêtu du pagne long, tête rase et pieds nus, étend le bras vers chaque 
couple, geste qui accompagne la récitation de la formule « offrande que donne le roi ». 



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n I 



« Le commandant, prince, directeur 
de la Ville, vizir, Ouser, m. k., » et « sa 
femme, la maîtresse de maison Touiou, 
m' k., » reçoivent l'offrande « milliers de 
pains, milliers de bière, milliers de boeufs, 

Reçue égyptologiquu. l. 



(I Le commandant, prince, directeur 
de la Ville, vizir, 'Aamtou, m. k., » et 
« sa femme, la maîtresse de maison Ta'a- 
amtou, /«' />■., » reçoivent l'offrande « mil- 
liers de pains, milliers de bière, milliers 



10 A. MOKET 

milliers d'oies', » de la part de o son fils, de bœufs, milliers d'oies', » de la part de 
prêtre d'Amon, Samenkht ». « son petit-fils, prêtre d'Amon, Meri- 

m'aat ». 
Ainsi Samenkht, fils du vizir Ouser, rend le culte à son père Ouser et à sa mère 
"Touiou, tandis ((ue son frère Merim'aat rend le culte à son grand-père 'Aamtou et à 
sa grand'mère Ta'aamtou. Sur la généalogie de la famille, cf. le tableau dressé par 
A. Weil, /. c, p. 72. 

1. Sous cliaque talile d'oHrandes, on lit : ????• 

Inscription horizontale : (»*-^) 

1. © et non O, ni ( i — 2. Min iihyphallique, sans mortier ii plumes. 

(1) « Olîrande que donne le roi à Amon, seigneur de Karnak, à Phtah-Sokaris, à 
Osiris, le dieu grand, à Anubis, seigneur de Rostaou', — pour qu'ils donnent ce qui 
sort à la voix, pains, bières, bœufs, oies, étoffes, encens, fards, offrandes, provisions, 

toutes choses bonnes et pures, offrandes (2) fard abiro, huiles, résines, encens. 

La table d'offrandes est purifiée. Les offrandes sont pures. — (3) Au ka du commandant, 
prince, préposé à Nekhen, prophète, juge de la Porte, chef du secret de la maison du 
roi', bouche qui pacifie dans la terre entière, directeur du double trésor, directeui' 
du double grenier d'Amon, celui qui scelle toutes les richesses dans Karnak, le direc- 
teur de la Ville, (4) vizir, directeur des six grandes demeures, Ouser. 

Il dit : « Moi, je suis un noble accompli; car j'ai exercé l'office de prêtre qui entre 
au temple d'Amon, j'ai apposé le fard sur les chairs sacrées, j'ai paré Amon-Minou, 
(5) et j'ai aussi épaulé Amon dans sa fête, j'ai porté Minou sur son estrade' ; mais je ne 

1. La nécropole à Memphis ei à Thèbes. 

2. Ici, •2=a. est pour ^^v b''j ssC 

3. Cf. Urhunden, IV, p. 413. 



MONUMENTS ÉGYPTIENS DE LA COLLECTION DU COMTE DE SAINT-FERRIOL 11 



i:::irKârf'i-rîi^k^ïdi-ri=:k^ 






-^^ïll^m^i^^M^W 



1. Min ithyphallique, sans mortier à plumes. — 2. Hoyau et non jambe. 

lève pas l'épaule dans la maison du maître des courbés, je ne porte pas haut le bras dans 
la maison de celui qui porte haut le bras, (6) je n'élève pas la voix dans la maison du 
maître du Silence', je ne dis pas de mensonges dans la maison du maître de la Vérité, 
je ne déprécie en rien' les choses consacrées à mon dieu; ma bouche ne s'oppose' à ses 
offrandes divines. J'ai donc exercé l'office de prêtre-porteur, entendant ce qu'on entend 
tout seul en particulier, et je ne sors point portant' (ailleurs) les paroles de la maison 
du roi. J'ai avancé', par ma perfection, en place, (aussi) ai-je été promu à cette dignité 
suprême de directeur de la Ville, vizir, (S) moi, Ouser. » 

La ligne 2 est effacée (probablement par le frottement d'une corde lors du trans- 
port en Europe de la stèle); elle n'a conservé que quelques traces des .signes supérieurs, 
c'est trop peu pour reconstituer tout le reste, mais c'est assez pour s'assurer que la res- 
titution des mots au début de la ligne, proposée par Sethe {Urk., IV, p. 1030 : 
û ^v """^ I j)' d'après le texte donné p. 1034, 1035), n'est pas admissible; la ligne 2 
énonçait une liste d'offrandes funéraires, qui se terminait, au début de la ligne 3, par 
les mots û y /J « elles (les offrandes) sont pures », — abrégé d'une formule qu'on 
retrouve plus complète dès le Moyen Empire, par exemple, sur la stèle 20455 du Caire 
[Catalogue de Lange et Sch.\fer) : 

« Elles sont pures, — la table d'offi^andes est purifiée avec l'eau et l'encens, — 
toutes off'randes faites à N. sont pures; toutes offrandes faites à son ka sont pures. 

1. Cf. la stèle d''Intet (Louvre, C 26, 1. 6-7) : « créant l'autorité à l'intérieur du sanctuaire, faisant taire le 
criard, faisant naître le mystère, parfait de démarche dans le lieu du silence ii. 

2. Le déterminatif ordinaire de nin est ^^^^; ici, le poisson <S=< s'explique par une contamination avec 
le mot rm « poisson i). 

3. Par des paroles néfastes ou dites à contresens; cf. Url;., IV, p. 64, et la formule des stèles funéraires, 
ap. Caire 20458; exemples à ajouter à ceux réunis par H. Sottas, La Pcésercation de la propriété funé- 
raire, p. 8-9. — 4. Prj lir... est un idiotisme pour « révéler » (G.\rdiner, A. Z., 47, p. 96|. 

5. Cf. Brugsch.W. s., p. 946. M. G. Lefebvke me signale aussi ; /^a/j. Wtv<Jc(t/-,\'lI, 1. 24-25. 



12 A. MORET 

— Elles sont pures. » Une formule analogue s'emploie dans les rituels divins et funé- 
raires pour attester que les purifications préliminaires de l'olliciant (et du temple ou 
tombeau) ont été effectuées avant de commencer le culte (A. Moret, Rituel du culte 
divin, p. 9, 16, 19, 37, 66, 96, 115). 

Aux lignes 3-4, Ouser énumère quelques-unes des attributions administratives, 
judiciaires, financières, qu'il a exercées comme vizir et préfet de Thèbes; le commen- 
taire de ces titres nous entraînerait trop loin; nous renverrons le lecteur aux textes de 
même époque où le grand vizir Rekhmara, neveu d'Ouser, détaille avec amour les pré- 
rogatives de sa charge (Newberry, The life qf Rekhmara; cf. Sethe, Urkunden, IV, 
p. 1103 sqq. ; traduction dans G. Maspero, Études de Myth. et Arch.,\l\, p. 150 sqq., 
et Breasted, Ancient Records, II, §5} 675-711). 

Aux lignes 4-7, Ouser décrit son rôle de « prêtre », f\ w'b, qui lui donnait le 
droit d'entrer dans le saint des saints, d'oindre et d'habiller la statue du dieu (cf. Rituel 
du culte divin, p. 178-200), et, quand celle-ci sortait du sanctuaire, de la soutenir sur 
son estrade et de porter le brancard comme «prêtre-porteur», /j "TI i(^'b tctsw; les 
plus grands personnages se glorifiaient, en effet, de « porter le dieu », et parfois le roi 
lui-même soutient de la main == « épaule » la statue d'Amon ou de Minou sur son 
pavois (Gayet, Temple de Loiixor, pi, XLIX, rmnt ntr). 

Cependant, Ouser se défend d'en avoir conçu quelque orgueil ; il s'est gardé surtout 
de toute attitude « néfaste «qui eût pu paraître une sorte de caricature de l'attitude 
caractéristique de tel ou tel dieu : par exemple, avoir un maintien orgueilleux devant 
Amon, « qui abat les peuples vaincus », porter haut le bras devant Minou, qui élève en 
l'air son fouet magique, parler fort ou mentir devant le maître du Silence et de la 
Vérité-Justice (Osiris), et faire quoi que ce soit d'in.solite qui pui.sse contrarier l'effet 
des rites sacrés ou des offrandes. Tout prêtre est, en effet, expert aux choses de la 
magie, qui lie les dieux et peut les desservir aussi bien que les servir; le magicien se 
vante parfois d'en imposer aux dieux et menace de suspendre sacrifice et offrandes 
jusqu'à ce que les dieux capitulent; le « prêtre » ne doit pas se permettre de tels pro- 
cédés. Voilà ce que l'inscription indique expressément. 

Abandonnant le sujet des interdictions rituelles, Ouser revient à ses attributions 
judiciaires en disant qu'il a entend ce qu'on entend tout seul en particulier ». L'expres- 
sion est fréquemment employée, dès l'Ancien Empire, pour caractériser le caractère 
secret des instructions judiciaires menées par de hauts fonctionnaires tels qu'Ouni 
(Inscr., 1. 3-4, 10) ou son contemporain Ihj, qui « juge les paro les dans les six grands 
cours, chef du secret de ce qu'on entend seul », ZCt^j^^l f\ ^^^ ^ fj ^"^ 

"^^r^^ (Maspero, Mission du Caire, I, p. 202); au Moyen Empire (Caire 

20016, 20571; Dévaud, Max. de Ptahhotep, pi. 15) et au Nouvel Empire (inscr. de 
Senmout, Urk., IV, p. 410), de telles allusions sont fréquentes. Mais l'intérêt particu- 



MONUMENTS ÉGYPTIENS DE LA COLLECTION DU COMTE DE SAINT-FERRIOL 13 

lier de notre texte réside dans le fait qu'Ouser participe aux audiences secrètes en tant 
que «prêtre-porteur», /j "jl ff'^ ic(s{w). Il s'agit, sans doute possible, des audiences 
que la statue du dieu, portée sur brancard par les prêtres, accordait aux suppliants 
pour prononcer, par gestes mécaniques, des sentences, — une fois l'instruction achevée 
par le tribunal sacerdotal des temples. L'usage de soumettre une cause à la statue d'un 
dieu n'était connu qu'au temps des dynasties sacerdotales (depuis la XXI^ dynastie); 
j'ai démontré qu'une stèle récemment publiée par le regretté Georges Legrain permet- 
tait de conclure à l'existence d'un tribunal sacerdotal dans le temple d'Osiris à Aby- 
dos, au début du règne de Ramsès II' : le jugement d'une cause difficile est rendu, 
à cette époque, par la statue du roi Ahmès l", portée dans sa barque sur les épaules de 
prêtres, qui servent de témoins. Notre texte permet d'établir qu'Ouser, prêtre-porteur 
d'Amon-Minou, assistait, comme témoin ou comme juge, aux instructions secrètes et 
aux sentences rendues par la statue; ainsi, dès le règne de Thoutmès III, les tribunaux 
ecclésiastiques fonctionnaient à côté des tribunaux royaux, et tenaient leurs audiences 
spéciales en présence delà statue divine. Notre texte laisse aussi entrevoir que justice 
sacerdotale et justice royale étaient deux organismes non pas rivaux, mais complémen- 
taires : immédiatement après nous avoir éclairé sur « ce qu'il entend » comme prêtre- 
porteur, il ajoute qu'il n'a point divulgué les secrets de la « maison du roi » : par con- 
séquent, les «secrets» des deux administrations, royale et ecclésiastique, voisinaient 
et même se confondaient, dans son esprit. D'ailleurs, l'habileté avec laquelle Ouser 
remplit son rôle de prêtre-auditeur lui valut sa promotion au vizirat, où il devint juge 
royal suprême. Il est donc probable qu'à cette époque, la justice ecclésiastique et la 
justice royale étaient des institutions coordonnées : les plaignants s'adressaient aux tri- 
bunaux civils ou sacerdotaux, suivant la nature des cas ou selon leur condition sociale. 
Tels sont les renseignements nouveaux que donne la stèle d'Ouser sur les origines de 
la justice ecclésiastique à Thèbes. 

La fin de l'inscription se compose exclusivement d'une formule funéraire bien 
connue : 



Hif^h:fiiL?,jrjiLiii?±r^=H^^r=Jiflk 






Y et non 



Il dit : « Ah ! vivants qui êtes sur terre, scribes, officiants, prêtres, servants 
du ka, qui verrez cette stèle et mon image, — (qui sont) mon héritage sur terre. 



1. A. MoREr, Un jugement de Dieu au cours d'un procès sous Ramsès II, ap. C. R. Académie des Ins- 
criptions, 1917, p. 157 et suiv. 



14 A. MORET 






tj^^il " 



a le coude plié obliquement. 



mon souvenir dans la nécropole', (9) vous serez favorisés, vous serez aimés de vos 
dieux, vous vous rajeunirez avec la vie (d'outre-tombe), vous transmettrez vos di- 
gnités à vos enfants, si vous dites : OITrande que le roi donne à Amon-Ra, à Toum, 
— pour le ka du (10) directeur de la Ville, vizir, Ouser, m. k. — (Dites) : Qu'il suive 
son maître Amon, qu'il prenne l'offrande (m'aat) chaque jour, qu'il goûte des ma- 
melles d'Horus', sans que son nom soit anéanti à jamais. (11) Le souffle de la bouche 
est le .salut pour les nobles (mânes), cela n'est pas une charge (pour vous)', et moi, je 
donne des faveurs à qui (vient) à mon. ombre, je suis généreux (12) pour qui prononce 
mon nom. Si vous faites cela, vous en tirerez salut, vous serez en bonne santé, vous serez 
exempts de mal. Ne soyez pas sourds à ma parole, car, moi, je suis noble* pour qui 
l'écoute. » XVIIP dynastie. 

IV. — Stèle cintrée au nom de Merht (Pl. IV). 

Calcaire blanc. Haut., 0", 72; larg.,0",48. Bon travail. Conservation médiocre. (Grenoble-) 

Dans le cintre, scène d'adoration du Sphinx. Le tableau est dominé par les signes 
^^C^^ (l'extrémité gauche de l'aile est arrondie; on distingue un disque solaire, 
d'où l'aile se détache). Mariette a observé cjue ce décor caractérisait les stèles du règne 
de Thoutmès IV, « dont le cintre est orné, non pas du disque ailé, mais du disque 
flanqué, comme on le voit ici, d'une seule aile et d'un seul ut'a . . . . , (c'est) une parti- 
cularité que nous ne retrouvons plus autre part » {Catalogue d'Abydos, p. 3S3). 

L'attribution de notre monument au règne de Thoutmès IV est confirmée par le 

1. Formule rare, qui se retrouve sur une statue d'Ouser, qui est au Louvre (Pierret, Rei-iwil d'inscrip- 
tions, I, p. M = Sethe, {//•/,•., IV, p. 1034). 

2. Cf. Pyr., 3i = Oarias, 1. 30; UrJi., IV, p. 415. 

3. Cf. 11. SoTTAS, Présercation, p. 77. 

4. C'est-à-dire un u mâne généreux n pour qui l'écoute. Cf. H. Sottas, Présercation, p. 77. 



MONUMENTS ÉGYPTIENS DE LA COLLECTION DU COMTE DE SAINT-FERRIOL 15 

tableau suivant : le défunt, debout, à gauche, m—>, coiffé de la perruque, vêtu du 
jupon long, présente de la main gauche une coupe, d'où monte la fumée de l'encens, et 
lève la main droite pour le geste d'adoration. En face de lui, -^-m, un grand sphinx, 
lion à tête humaine coiffée du voile nemes et ornée de la barbe royale carrée, est couché 
sur un piédestal; celui-ci a la forme d'un naos rectangulaire; le haut est orné de lu 
gorge égyptienne, et la base présente une porte centrale; le tout sur un socle / — -i que 
découpent les six marches d'un escalier. La légende gravée au-dessus nomme le dieu 
Harmakhis, c'est-à-dire Horus l'aîné, sous la forme du grand Sphinx de Gizéh. Le 
Sphinx était populaire au temps de Thoutmès IV, car la légende lui prêtait une inter- 
vention miraculeuse lors de l'avènement du roi' ; aussi Thoutmès IV l'avait-il dégagé 
des sables qui l'ensevelissaient. On pouvait donc connaître, à cette époque, et repré- 
senter sur les monuments les détails exacts non seulement du lion androcéphale, mais de 
son piédestal : de là, l'intérêt de la représentation qui orne notre stèle. Or, le piédestal, 
tel qu'il est figuré ici, diffère de celui sur lequel est couché le Sphinx dans le tableau qui 
orne la stèle érigée par Thoutmès IV entre les pattes du lion colossal : sur la stèle 
royale, le piédestal a la forme de l'édicule ||||f^|||| serekh, où s'inscrit d'ordinaire le nom 
d'Horus des Pharaons'; sur notre stèle, c'est un naos à gorge, avec porte et escalier. 
Une stèle postérieure en date, celle dite «de la fille de Khéops», représente aussi le 
piédestal comme un naos à gorge, mais sans porte ni escalier \ Quelle était donc la 
forme exacte du piédestal du grand Sphinx? Les témoignages figurés ne sont pas d'ac- 
cord, ce qui ne prouve peut-être que l'indifférence des artistes égyptiens en matière 
d'exactitude archéologique; aucune fouille exhaustive n'a permis jusqu'ici de résoudre 
ce problème. 

Dans le cintre. 

Entre le Sphinx et l'orant, un autel couvert d'offrandes variées. Au-dessus : 

^ 8 ^ y^. ^ tr 11 ■ 

21 <=> A c-^ \ ^ — < ~ j^ « Harmakhis. » 

n^ m ^ **~^ 

"^^^^ ~>r « Fait par le directeur de tous les travaux du roi, le 

c5) '■^^ ^n directeur de la double maison de l'or, directeur de la double 
l „ .^ 1= maison de l'argent, Merh(t). » 

Le deuxième /-ef/isire est constitué par trois lignes horizontales (>*—>) : 



lU: 



ix ':^'^5i?,'^"^/27^o D x::^ff?'^ u 



i\ ^ — v" u&;r=.'w?r~ r^rii 



(1) « Offrande que donne le roi à Harmakhis, pour qu'il donne les faveurs du roi 

1. Cf. G. Maspero, Histoire, II, p. 295. 

2. G. Mashero, Histoire, 1. c. 

3. G. Maspero, Histoire, I, p. 413; photogr. dans Album du Musée de Boulag, pi. 27. 



16 



I I lirai i Jr (^^/«'^^ T/ww-aA q 2iJ 1 I 

du Noid, d'être M'a-hhrou sur terre, de prendre les pains que donne son /ca (d'Har- 
makliis), (2) une belle vieillesse auprès du roi du Sud, — au ka du commandant, 
prince, chancelier du roi du Nord, ami unique, les deux yeux du roi du Sud, (3) les 
deux oreilles du roi du Nord, directeur de la double maison de l'or, directeur de la 
double maison de l'argent, directeur de tous les travaux du roi, Merht, qui renouvelle 
la vie', n. i. n XVIIP dynastie, époque de Thoutraès IV. 

V. — Stèle de Kouban, datée de l'an 3 de Ramsès II (Pl. I et IV). 

Granit rose. Actuellement en deux morceaux; celui du haut ayant : haut., 1",25; larg., 
0"',!)1; celui du bas : haut., 0"',48; larg., 0'^,b5. Textes et tableaux en creux; travail excellent; 
conservation des fragments très bonne. (Grenoble.) 

Kouban, d'où provient la stèle célèbre, datée de l'an 3 de Ramsès II, est une for- 
teresse à 110 kil. au sud do la V cataracte, sur la rive droite du Nil en face de Dakkeh; 
elle commandait l'accès d'une route conduisant aux mines d'or d'Oumm-Garayât'. 
Deux sanctuaires en ruines, une citerne taillée dans le roc, subsistent aujourd'hui dans 
une enceinte de briques. C'est près du temple sud que Prisse d'Avesnes trouva la stèle 
vers 1824 ; il prit de l'inscription une copie (assez incorrecte) et la publia à la plan- 
che XXI de ses Monuments égyptiens. « Depuis lors, écrit Chabas, la stèle a été re- 
cueillie par un voyageur de goût et de savoir, M. le comte de Saint-Ferriol, qui l'a 
déposée dans le joli musée de son pittoresque château #Uriage. » 

La première traduction de ce texte capital fut publiée par S. Birch dans The Ar- 
chaeolorjia, XXXIV, p. 357 (Upon an historical tablet of Ramsès \II). Chabas en 
donna peu après une étude fort soignée dans « les Inscriptions relatives aux mines d'or 
de Nubie », avec une planche dessinée d'après une photographie prise sur un moulage 
en plâtre (aujourd'hui au Musée du Louvre') (cf. Œuvres, t. II, dans Bibliothèque 
égyptologique, t. X, p. 183 sqq.). Reinisch a reproduit dans sa Chrestomathie, I, 
pl. 10, le texte d'après les mêmes sources. On doit à M. Ph. Virey {Recueil de Tra- 
vaux, t. XIV, p. 97) une édition du fragment cjui a conservé la partie gauche des 
dernières lignes. Toutes ces copies renferment des fautes, peu nombreuses, que j'ai 

1. Sur cette épilhète | -f" = OTft.g^jUL long^ du défunt qui renaît à une vie nouvelle, cf. S/ihinx, VII, 
p. 287, et mes MystèreK éç/yptien/>, p. 93. Pour l'épithète ni'a-klirou, et. ihid., p. 136. 

2. Le nom égyptien de Kouban est Bak {B'k}; celui du district aurifère est Akita ('/r'ji'). 

3. Un exemplaire du moulage se trouve aussi à Grenoble. 



MONUMENTS EGYPTIENS DE LA COLLECTION DU COMTE DE SAINT-FERHIOL 17 

rectifiées d'après l'original. Une excellente traduction a été donnée par .Breasted' 
(Ancient Records, III, §§ 285-293). Je n'ai eu que peu de changements à y proposer. 

Dans le cintre, le disque ailé s'éploie sur toute la partie supérieure. Deux urteus 
pendent au disque; un signe ■¥- orne le corps de chacune; celle de droite est Nekhebit, 
déesse du Sud, coiffée /); celle de gauche, Ouadit, déesse du Nord, coiffée V- Une 
courte légende, disposée devant chacune, désigne cependant le dieu du disque ailé, et 
non les déesses : 

11 

A gauche : -^— « ® | J « Celui d'Edfou, le grand dieu; (verticalement) 

T 1 ^Ti^'vC?' il donne toute vie et santé, toute joie. » 

Au-dessous du disque ailé, une ligne verticale divise en deux tableaux la partie 
supérieure. C'est un discours du dieu du disque ailé, Horus d'Edfou, adressé au roi 
Ramsès II : »»— > 



A droite 



. . pj ^ « Celui d'Edfou, le grand dieu; il donne vie, force. » 



G 



« Ouser-ma-Ra Setep-n-Ra, je t'ai donné toute vie, 
stabilité, force, toute santé, toute force, comme Ra, à 



i,v^ -ff ] ^ =1. jamais. » 

Tableau de droite. Le dieu Horus, hiéracocéphale (»»—>•), vêtu du justaucorps à bre- 
telle et du pagne court, avec queue, coiffe du pschent, est debout, tenant de la main 
droite le j, de la gauche pendante ■¥•. Il reçoit l'hommage de Ramsès II, debout (■*—«<), 
une main tendue pour l'adoration, la droite présentant le vase à encens allumé é- Le 
roi a le pagne court avec la queue; il porte le casque à urseus; les pieds sont nus. 

Au-dessus du roi, ses cartouches : "] J "^ « Le dieu bon Ouser- 



Af! 



M ^ 



ma-Ra Setep-n-Ra, 
fils de Ra, Meriamon- 
Ramsès, doté de vie 
comme Ra. » 



Denieielui. ¥•¥• v_^ « Le sa de vie derrière lui, totalement, comme 

•^^ n ° • • 

A V I pour Ra, à jamais. » 



1. Voir aussi G. Maspeko, Histoire, II, p. 
Reçue égyptologique, I. • 



18 



Devant lui : 



^^1° ^ "'"^ « Faire l'encens à son père Horus, seigneur 

l«° ^^ A"?" de Baki, pour qu'il (lui) fasse le don de vie. » 



Dorant le dieu, verticalement 

A 






f^/^^ 



] 



a Paroles dites (par) Horus, seigneur de Bak : « Je t'ai 
donné tout pays étranger sous tes sandales; je t'ai donné 
l'éternité comme roi. » 

B'k est le nom égyptien du pays où est située la forte- 
resse de Kouban; Horus était adoré dans la plupart des sanc- 
tuaires du Sud, et, partant, il est appelé seigneur de Bak. 



Tableau de gauche. Rarasès II, dans la même attitude et le même costume qu'au 
tableau de droite symétrique, présente ici les deux vases de vin o o. 

o 



Au-dessus 
Derrière : 









o 



y^ ^ 



(( Il vit le dieu bon, ,Ouser-ma-Ra Setep- 
n-Ra, lils de Ra, Meriamon-Ramsès, doté 
de vie. » 



Devant le roi 



K Le sa de vie derrière lui, totalement, comme pour Ra, à 
jamais. » 

« Donner les vins à son père Minou-au-cœur-de-la- 
montagne. » 



A 







I □ 



Minou ithyphallique, la tête coiffée du mortier aux 
deux grandes plumes, le bras rejeté en arrière et soute- 
nant le fouet A, est dressé sur son estrade ^^=)-; derrière 
lui, trois grandes plantes sur un édicule. 



Devant le dieu 



« Minou-au-cœur-de-cette-montagne ; Mi- 
nou, aimé du dieu grand, seigneur du Ciel 
(Horus). » 

■ Minou est appelé ici celui qui réside « au 
cœur de la montagne », par opposition à Horus, 
« seigneur de Bak » ; — Minou était lejdieu principal du pays montagneux (aujourd'hui, 
Oumm-Garayàt), qui recelait les mines d'or, de même que le'dieu du désert en général. 



J O 

D 



^"^ 



m 



MONUMENTS EGYPTIENS DE LA COLLECTION DU COMTE DE SAINT-FERRIOL 



19 



Au-dessous du tableau, grande inscription horizontale : »»-^ 

I I ©'"ll^ oii<=>ivw.^ ciiï/\J^:M^ ® jr tJ^Jii 1 1:^ I 11 I ; 



;.2j] 






U=3 "^^ UJl ='i-^ I 






A 



I J\ 



1. L'oiseau n est pas accroupi, mais debout sur ses pattes. — 2. Signe retourné dans l'original. 

Protocole introductif. (1) « L'an 3, le 1*"^ mois de la saison prjt, le 4^ jour, sous la 
Majesté de l'Horus-Ra : taureau puissant, aimé de Maat ; celui qui réunit les couronnes du 
Sud et du Nord : défenseur de l'Egypte, qui lie les pays étrangers; Horus d'or : riche 
d'années, grand de victoires; roi du Sud et du Xord : Ouser-ma-Ra Setep-n-Ra; fils 
de Ra : Meriamon-Ramsès, doté de vie à toujours et à jamais, — aimé d'Amon-Ra, 
seigneur de Karnak, (2) se levant sur le siège de l'Horus des vivants, comme son père 
Ra, chaque jour; dieu bon, seigneur de la terre du Sud, dieu d'Edfou, Horus bariolé 
de plumage, beau faucon d'électrum. Il a protégé l'Egypte de son aile, faisant l'ombre 
pour les Rekhitou, comme un mur de vaillance victorieuse. Il est sorti du sein (ma- 
ternel), (3) terrifiant pour prendre possession, sa vaillance (prête) à élargir ses fron- 
tières, (et) on donna couleurs à ses chairs par les victoires de Montoa. Ilorus et Seth 
exultèrent dans le ciel le jour de sa naissance; les dieux (dirent) : « Notre semence (est) 
en lui ! » ; (4) les déesses (dirent) : « Il est sorti de nous pour exercer les royautés de 
Rai »; Amon (dit) : « Moi, en le créant, j'ai mis la Justice en. sa (vraie) place! » La 
Terre est rassurée, le Ciel est satisfait, l'Ennéade divine est contente de son Ciis. Tau- 
reau puissant contre Koushj ' l'avilie, abattant (51 les (rebelles) criards ju.squ'au pays des- 



1. Koush, Koushj. est le nom général de la Nubie; lépithète « vile » l'accompagne d'ordinaire. 



20 



ss:^!2a§iiM^i^^!r™j^flk^ 



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1. J; et non J . — 2. n et non M — 3. Le siège est traversé par le brancard «-==■. — 4. C'est la cou- 
ronne QÇ avec l'uraeus. 

Nègres, ses jambes foulent les louniou', et sa corne perce parmi eux. Ses âmes sont 
puissantes dans Khenti-hen-nefer; et ses terreurs, elles pénètrent jusqu'à Karaj; son 
nom circule dans (6) toutes les terres, grâce aux victoires qu'opèrent ses deux bras ; 
(aussi) l'or sort-il de la montagne à son nom, comme (à celui) de son père Horus, sei- 
gneur de Baktj, grand par l'amour sur les pays étrangers du Sud, comme (à celui) 
d'Horus dans le pays de Mi'amam, seigneur de Bouhen', — (lui), le roi du Sud et du 
Nord Ouser-ma-Ra Setep-n-Ra, (7) fils de Ra, de son sein, maître des couronnes, 
Meriamon-Ramsès, doté de vie à toujours et à jamais, comme son père Ra, chaque 

jour. 

Rapport sur le manque d'eau en paijs d'Akita. 

Or, Sa Majesté était dans Hat-ka-Piitah (Mempliis), à réaliser ce qui plait à ses 
pores les dieux seigneurs du Sud et du Nord, pour qu'ils lui donnent force, victoire, 
grande durée de millions (8) d'années. Un de ces jours-là vint, où Sa Majesté, siégeant 
sur un grand trône d'électrum, apparaissant avec le bandeau et les deux plumes, se 
rappela (la situation des) pays étrangers d'où l'or est amené, et médita des plans (9) afin 

1. Les louniou sont les tribus troglodytes de la côte de la mer Kouge et de la Nubie. 

2. Sur tous ces noms, voir le mémoire de Schiaparklli, La Geogrqfia delV Afru-a orientale, 1916. Khenti- 
hen-nefer est la région du Haut-Nil (Méroé); Karaj serait le point extrême atteint vers le sud par la domina- 
tion égyptienne. Bak, Baktj, est la région de Kouban. Mi'am serait le nom ancien d'Anibèh. Bouhen est près 
d'Ouadi-Halfa (r. g.). Cf. la liste des forteresses de Nubie au Moyen Empire, publiée par G.^rdiner (Journal 
of Eg. Arch., 1916, p. 184). 



MONUMENTS ÉGYPTIENS DE LA COLLECTION DU COMTE DE SAINT-FERRIOL 21 



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que soient creusées des citernes sur des chemins pauvres en eau, — après qu'on eut 
entendu dire ce qui suit : « Beaucoup d'or existe sur le pays d'Akita' ; mais son chemin 
est pauvre en eau à l'extrême. Si un petit nombre des (10) convoyeurs du lavage de 
l'or marchent (encore) vers ce (chemin), la moitié (seulement) d'entre eux (constitue) 
ceux qui y parviennent, (car) ils meurent de soif sur le chemin avec les ânes qui sont 
devant eux, et ils n'ont pas trouvé leurs rations à (11) boire, en montant ou en descen- 
dant, avec de l'eau des outres". On n'amenait donc point d'or de ce pays à cause du 
manque d'eau. » 

Convocation du Conseil des Grands. 

Alors Sa Majesté dit au chancelier du Nord, qui était à son côté : « Appelle donc 
les grands (qui ont accès) devant moi; (12) que Sa Majesté discute leurs avis au sujet 
de ce pays; car c'est moi qui envisage l'organisation (nécessaire). » 

On défila sur-le-champ devant le dieu bon, leurs mains dans (la position de) ceux 
qui font adoration à son ka, pour acclamer et flairer la terre devant sa belle face. On 
leur dit la condition de ce pays, on discuta (13) leurs avis à ce sujet, et à propos des 
plans relatifs au forage de citernes sur son chemin. 



1. Le nom d'Akita {'I/c'JI'io) apparaît aussi dans une liste gôograpliique du temps de Ramsès II à Abydos 
(ScHiAPARELLi, /. ('., p. 159); c'est le nom du district minier, que rappelle aujourd'hui encore le nom du gebel 
Hegathes. 

2. C'est-à-dire qu'ils ne peuvent pas emporter assez d'outrés d'eau pour subvenir à leurs besoins. 



22 A. MORET 



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1. D est visible. — 2. Le petit <23- touche " ^ygi- . 

3. 11 y ;i bien ^^ et non j ; "^ZITS et non '^3:7. — 4. Le peson cordiforrae est visible. — 5. <f <f. et 

^ ■ — ^ f ) ' 1 ^ 'î/r? 

non * ^ que donne Brugsch.W. S., p. 134. Plus loin, et non , ui ; au-dessus de (Cf<^, une 

£ç3E ^ '^ 1 '^1 ^ I y-?^ 

petite cassure, qui n'est pas a. — 6. v_./ et non "^ ^. — 7. v — ^ et non v — ^. 

Ils dirent par-devant Sa Majesté : « Tu es comme Ra en tout ce que tu fais, 
(quand) les désirs de ton cœur surgissent. Si tu penses un plan dans la nuit, le matin 
il se réalise vite. (14) Nous voyons nombre de tes qualités depuis que tu t'es levé comme 
roi des Deux-Terres, nous n'entendons rien, nos yeux ne voient rien qui se révèle com- 
parable à elles. Quant à tout ce qui sort de ta bouche, c'est comme les paroles d'Har- 
makiiis. Ta langue est (sagement) balancée, tes deux lèvres sont équilibrées (15) mieux 
que le peson exact de Thot. Qu'y a-t-il ici' que tu ne connaisses point? Qui est celui qui 
sait (toute chose) a ta façon? Où (est) la place que tu ne voies point? Il n'est pas de 
pays que tu n'aies parcouru. Toute éventualité passe par tes deux oreilles. (16) Or, tu 
as pris la lieutenance de cette terre, tu as pris des décisions alors que tu étais (encore) 
dans l'œuf, avec toutes les attributions d'un enfant de prince. On te disait ce qui con- 
cerne les Deux-Terres, alors que tu étais (encore) un page à tresse; il ne survenait rien 
d'établi qui ne le fût par ta main; (17) il ne se donnait pas de décision à l'insu de ton 



1. .y f V uie semble être une variante de la particule enclitique y <> . ^ \\„ (cf. A. '/.., 50, p. 99 sqq.). 
Peut-être faut-il traduire simplement : (i Est-il une terre lointaine. . . ? » Quant ;t ' ' fK^ '"'■'■V, son rôle 
interrogatit a été élucidé par Brugsch.W. S., p. 627. 



MONUMENTS ÉGYPTIENS DE LA COLLECTION DU COMTE DE SAINT-FERRIOL 23 



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1. — " — est certain; au-dessus ^ plutôt que <c:i>. — 2. \\ et non D- — 3. Pas d'wv^. _ 4. 1 1 est visi- 
ble. — 5. Q est visible. 

esprit. Tu exerçais l'emploi de chef des soldats, alors que tu étais un adolescent de 
dix ans accomplis. Tous les travaux, ils se réalisaient par ta main qui créait des plans 
pour cela'. 

(Donc), si tu dis à l'eau : « Viens sur la montagne », le Noun (lui-même)' sortira 
(18) vite après ta parole, puisque tu es Ra incarné, Khepri en sa forme véritable, 
puisque tu es l'image vivante sur terre de ton père Atoum d'Héliopolis. L'Autorité 
(est) dans ta bouche, l'Intelligence dans ton cœur'; le siège de ta langue, c'est le ta- 
bernacle de la Justice ; Dieu réside sur tes deux lèvres. Tes paroles se réalisent chaque 
jour, (19) car on t'a fait ton cœur à l'imitation de (celui de) Phtah', l'inventeur des arts. 
Tu es pour l'éternité ! On agit selon tes desseins, on écoute toutes tes paroles, ô prince, 
notre seigneur ! « 

Quant à ce qui concerne le pays d'Akita, ces choses furent dites à son sujet : il y 
eut (d'abord) le fils royal de Koush la vile\ qui parla (20) à son sujet par-devant Sa 
Majesté : « Le pays est dans la situation de manquer d'eau depuis le temps de Ra, et 

1. Tout ce développement sur l'association de Ramsès II au gouvernement, dès sa première adolescence, 
est confirmé par la grande inscription d'j^bydos (1. 44 et suiv.). Cf. G. M.\spero, Histoire, II, p. 386. 

2. Le A'oun est l'océan primordial, où flottait en germe tout ce qui existe, qui entoure encore le monde 
des vivants et l'autre monde {Douait). Pharaon commande à l'eau, comme les rois de l'eau ou les rois de la 
pluie des peuples primitifs (cf. A. Moret, Mystères ér/yptiens, p. 179-181). 

3. Sur Hou et Sia, personnifications de l'Autorité et de l'Intelligence, cf. Gardiner, Procéedin/js S.B.A., 
XXXVIII, p. 43 sqq. 

4. C'est-à-dire « l'intelligence du Pharaon est de même nature que celle de Phtah »; or, Phtah est « le 
cœur et la langue d'Atoum », c'est-à-dire l'intelligence créatrice du démiurge. Cf. Bbeasted, .41. Z., 39, p. 39, 
et la dissertation de Stolk. Ptah, p. 17. 

5. Le gouverneur de la .Nubie i Koush la vile) était toujours un des fils du Pharaon. 



24 



A. MORET 






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1. r.is de c>. — 2. Q est visible. 



est visible; est bien a/u 
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on y meurt de soif; aussi tout roi antérieur a-t-il désiré y creuser une citerne, mais 
point n'est arrivé qu'ils l'aient pu (faire). Et (21) le roi Men-ma-Ra' a agi de même, et 
il a fait que soit forée une citerne de 120 coudées' de profondeur, en son temps, mais 
elle a été abandonnée sur le chemin, (car) point d'eau n'en sortait. Mais si tu dis toi- 
même à ton père H'apj" : (22) « père des dieux, fais monter l'eau sur la montagne! », 
il fera comme tout ce que tu auras dit, de même que tous tes desseins, qui se réalisent 
devant nous, bien qu'on ne les aient point entendus en paroles, parce que t'aiment tes 
pères tous les dieux plus qu'aucun roi (23) qui exista depuis Ra. » 

Alors Sa Majesté dit à ces grands : « C'est bien vérité, tout ce que vous dites, 
suppliants* (?). L'eau n'est pas montée sur ce pays depuis le temps du dieu', comme 
vous dites. Moi, je vais forer une citerne là-bas, pour (donner) de l'eau chaque jour, 
comme dans (24) [le pays que traverse] le Nil, par. l'ordre de mon père Amon-Ra, sei- 
gneur de Karnak et de tous les dieux de la Nubie (Ta-st), afin qu'ils aient le cœur 

1. Séti 1", père de Ranisès II. 

8. Soit 6i mètres environ de profondeur. 

3. Le Nil divinisé — Osiris, dont le Pharaon-Horus est fils. 

4. Cf. ^=^^X ^^' '^'•'''■' ^^' P- 1^6' ^^sse époque); est-ce une graphie pour , o y' 'fff\l ? 

5. Le temps où le dieu Ra régnait sur terre, l'âge d'or des Égyptiens. 



MONUMENTS EGYPTIENS DE LA COLLECTION DU COMTE DE SAINT-FERRIOL 



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I 25 cadrais) ^ /wvw^ o I ^~^ 1 ^ I T 1 ^S 



1. La cassure de la stèle commence ici : une partie de lignes 24-25 est conservée sur le grand fragment. 
Le petit fragment n'a gardé que la portion gauche du bas de la stèle; au début des lignes, la cassure est irré- 
gulière; à la fin des lignes, il manque peu de cadrats. — Voir, à partir de la ligne 25, la transcription du texte 
par M. Ph. Virey, Recueil de Trac, t. XIV, p. 96 sqq. J'indiquerai mes rectifications faites d'après l'original. 

2. Personnage assis, et non debout. — 3. hr manque chez Virey. 

4. Le haut du personnage est visible sur le grand fragment de la stèle, le bas sur le petit fragment. Le 

raccord est donc certain ici. Après jT, il reste le bas de \/ , qu'omet V. 

^ |C?) Ji ^ I 

5. r et non (V.). — 6. 11 reste la moitié des deux signes nf. V. donne i. — ~. r visible à moitié. 

comblé de (leurs) désirs. Moi, je ferai qu'on dise dans le pays » (25) Alors 

ils furent à adorer leur seigneur, à flairer la terre, à se mettre sur le ventre par-devant 
(lui), à pousser des cris aussi haut que le ciel. 

Transmission et exécution de l'ordre royal. 

Sa Majesté dit au directeur des scribes royaux, préposé au.K archives' . . . (26) . . . 

(Ma Majesté ordonne de forer des citernes à proximité) du chemin vers Akita. 

Fais (en sorte) qu'un mois devienne un jour' et que soit envoyé (cet ordre) (27) 

[au fils royal de Koush la vile'. Le directeur des scribes royaux, préposé aux 

jirchives, transmit l'ordre du roi au fils royal de Koush la vile, l'adressant] à lui, con- 
formément à ce qui avait été donné à sa connaissance'. Alors celui-ci commanda des 

gens pour [forer (28) la citerne Mais on disait] : Qu'est-ce donc que ceci, que fait 

le fils royal? Est-ce que l'eau [de l'autre monde (29) doit lui obéir'? Il aciieva 



1. Lire irj-^. 

2. C'est-à-dire : « Que l'ouvrage d'un mois s'exécute en un jour. » 

3. Bre.^sted restitue ces mots avec vraisemblance, puisque c'est le prince royal de Koush qui raconte 
aux lignes 31-35 comment l'ordre du roi fut exécuté. 

4. Litt. : (I à sa face ». 

5. Complété d'après la ligne 35. 

Reçue égyptologique, I. 4 



26 A. MORET 









31 



3i 



1. °=^^ que V. restitue est probablement sous I I 1. — ~'. Je ne vois pas ^^=^ de V. — 3. Il y a bien 
== au lieu de ( ) (Brugsch, DU-t. géographique, p. 98), ou de i ■ i (V.). 

\> III ^ III -U^ <:i^ " a 

4. Au lieu de ^^) (Br., /• '■•1 ou de ^"^J |V.). Au P. de Pétersbourg 1116 B, 1. 29, on a /l^^ 

5. V. ne donne rien. — 6. La voile ÏZII est certaine, au lieu de „ {V.)- — 7. V. ne donne pas 1 1 et 

T & I 

termine par <:r> qui n'est pas visible. 

^ l>^ ^—^ 

8. J^M est visible; M de V. ne lest pas. — 9. RectiBer ici la transcription de V. qui donne ] au lieu 

de . Le signe m/i a la forme de éd. 

de forer la citerne prè.s] du chemin vers Akita. Jamais pareille chose ne se fit depuis 
les rois d'auparavant (30) [L'eau vint et amena] les poissons des marais voi- 
sins des bas-fonds de Natho {'Indhou)', pour réjouir son esprit par une création 

(81) [il la louange de Sa Majesté, qui dirige ses plans, malgré] ses obstacles", 

comme un gouvernail pour aller à la voile. 

Lettre du^flls royal de Kous/i a/inonçant la réussite des travaux. 

On vint avec une lettre de la part du fils royal de Koush la vile [pour dire (32) à 

Sa Majesté : « La citerne est forée, on a réalisé] ce que Ta Majesté a dit de sa 

propre bouche\ L'eau est sortie de la citerne sur 12 coudées', et il y a là 4 coudées de 
profondeur' (33) [Aussi l'or peut-il sortir des montagnes et peut-il être trans- 
porté''] au dehors, conformément aux plans des actes d'un dieu pour la satisfaction de 

1. Litl. : «des marais cûtiers (k'hn; Brugsch, Dirt. géographique . p. 98) des bas-fonds à'^lclhoun (les 
pipaOpa du Delta); la graphie Indhw est fréquente [Rec, II, p. 11). 

2. Ou « ses adversaires ». La comparaison du roi avec le gouvernail qui dirige le « vaisseau de l'État « est 
classique dans le style protocolaire (cf. Urk., IV, p. 16, 1. 6). 

3. Cf. 1. 21 in fine. 

4. L'expression m hr n'est pas très claire; veut-elle dire que l'eau jaillit « en dessus » à 12 coudées (environ 
() mètres) ilo hauteur, ou su' une étendue pareille ? 

5. Environ 2 mètres; le travail a donc été miraculeusement facilité par les dieux, puisque Séti I" n'avait 
pas trouvé l'eau en creusant à plus de 62 mètres de profondeur (1. 21). 

6. Complété d'après la ligne 6. 



MONUMENTS EGYPTIENS DE LA COLLECTION DU COMTE DE SAINT-FERRIOL 27 

I ^.=__MiiOT^ _M^t-H* I J j\ AAAA^ 1 w I III o<=> I ^m 

|(32cadrats)lQj^ — — ^ Q ^^ — QMIMJ C^T!^ ^ ■ 

Il y a un espace vide au bas de la ligne 38; c'était bien la dernière ligne de la 



stèle. 



1. Lire (2 au lieu de ^ (V.). — 2. V. ne donne pas le q qui est devant y\. — 3. Lire c-'^^j au lieu de 

rès >il 



(V.). — 4. au lieu de ^m (V.)- — 5. V. ne donne pas \\ de »'. — 6. V. introduit après rJI un groupe 

qui n'existe pas. — 7. Lire et non ■^>*^ (V.). — 8. q est visible. — 9. V. ne donne rien après [J(J; 

Ci est à demi conservé, est visible. — 10. ^S^ est visible. — 11. Il semble y avoir un ci à côté de m. 

tes désirs. Jamais pareille chose ne se fit [depuis (34) le temps du dieu La terre 

d'Egypte exulte; le pays] d'Akita jubile en grande allégresse; ceux qui sont loin 

(35) [acclament] le chef : l'eau qui est dans l'autre monde' lui obéit lors- 
qu'il fit monter l'eau sur la montagne » 

Le roi se réjouit et choisit le nom officiel de la citerne. 

(36) [Voilà les paroles qu'on] lui [rapporta] de la part du fils royal en 

hâte. Elles furent agréables au [cœur de Sa Majesté (37) le roi] parfait ■ 

dans (ses) desseins, heureux dans (ses) décisions, dont toutes les paroles [s'accom- 
plissent] (38) [Et Sa Majesté ordonna d'appeler] cette citerne, à savoir : 

la citerne de Meriamon-Ramsès-fort-dans-" » 

Le texte si développé de la stèle n'a pas besoin de commentaire. Il nous donne un 
excellent exemple de la phraséologie officielle et du protocole observé dans les conseils 
de la couronne au temps de Ramsès II. XIX" dynastie. 

(A suivre.) A. MORET. 

1. Cf. 1. 17, ce qui est dit sur le Noun, appelé ici « l'eau qui est dans le Douait ». 

2. Les citernes, points d'eau, postes fortifiés des routes, avaient des noms ofHciels, généralement construits 
avec les noms des rois qui les avaient édifiés. Cf. Brugsch, Dict. géographique, p. 642, et Alan H. G.miuiniîr, 
An ancient list of the fortresses of Nubia (ap. Journal of Eg. Archaeology, 1916, p. 184 sqq.). 



((MNW)) = SOCLE 



M. Raymond Weill m'avait montré, au printemps de 1913, l'intéressant 
ostracon hiératique qu'il a publié dans le premier fascicule du Recneil de 1914, sous 
le titre : Une épure de stéréotomie dans une pièce de correspondance du A^oucel Em- 
pire. Sur le moment, je n'ai pu lui proposer de solution précise touchant le sens du 
mot nwic, censé nouveau. Mais, à la lecture de l'article, il m'a semblé que l'inter- 
prétation comme dimension en profondeur pouvait soulever trois objections : 

1" Le texte porte deux fois «^^^ mmc et non ^'^^m/iic, donc «cette innio» 
plutôt que «la mnion. Cet argument n'est pas décisif, car même des manuscrits soi- 
gnés' comme la lettre d'un des derniers Ramsès au vice-roi d'Ethiopie (Pap. Turin, 
pi. 06-67 = MoLLER, Hier. Lesestûcke, III, p. 6-7) écrivent capricieusement l'article, 

*•"'*'''* }^\' ^\' ^^"*^* ^^' ""^^ L'orthographe pleine est de règle en 
néo-égyptien pour la copule ne, tc, ne, qui, en copte du moins, est atone. 

2" Si l'inscription située à gauche de la figure se rapportait à une dimension li- 
néaire, pourquoi serait-elle libellée autrement que les deux autres? 

On devrait lire : ' '^^^^^A'^^^ ^ || || ■ 

3° Si le but de la note était de faire rectifier la confection de l'objet représenté 
en ce qui concerne la deuxième dimension liorizontale, à quoi servirait la figure, où 
rien ne se rapporte à cette donnée, puisque c'est une simple élévation? 

Il est plus satisfaisant, je crois, de voir dans mnio le nom de l'objet lui-même, et 
de traduire : ^fl"^(pl"tôt que ^-=^ (j^^?) Il^-<^(]i) ^=^ |||| ^-'^'^ 

Y ^^11'^^^^^ V. Nht-'Imn, fais quatre (exemplaires) de cette mnw, bien 

exactement ». 

On sait que le nombre cardinal précédant le substantif est régulièrement accom- 
pagné de /wwvA. Mais ici la préposition marque une nuance spéciale. On peut rap- 
procher : Westcar, 9, 21 : ^"^^^^1 '^ (s° ^ (cf. Sprache Westcar, §§ 132, 

153)', ou Pap. Turin, pi. 131, 1.2: ^ | - ^^"111 J) i, et, en ancien égyptien, l'ex- 
pression T ^. des « proscynèmes » ou les exemples cités par M. Erman au § 199 de 

1. Variantes orthographiques non moins intéressantes dans les trois papyrus, aussi incorrects que mal 
écrits, publiés dans A. Erman, Ein Fall abgekûrster JuHis in Aegypten, ap. AbhanHl. preitss. A/îad., 1913, 
n° 1. — Les trois formes P', P'j, P'w, recouvrant n-, ni- ; ni.i : cÇ*.! ; nei- : n«>i- ; nH : <bH ; n*.- : (bè,.- ; 
nio» : c^w»; ne; ne^, les confusions étaient presque inévitables. 

2. Bon exemple néo-égyptien avec le démonstratif : Pa[i. SalUer I, 4, 4. 



(( MNW )) ^ SOCLE 29 

sa Grammaire , etc. D'ailleurs en néo-égyptien il y a lieu de tenir compte des confu- 
sions orthographiques amenées par le passage de ^^^ à H. Je dois dire que l'emploi de 
m, serait non moins justifié dans la tournure que M. Weill a cru reconnaître. Cf. 
Kouban 21: Pap. Abbott, II, 2-3, etc. 

Il s'agit donc de la fabrication de quatre socles du modèle représenté par le 
dessin qu'accompagne la notation de la hauteur et de la largeur. Inutile d'indiquer la 
troisième dimension si le monument est supposé de plan carré; mais on répète, pour 
éviter toute erreur, le nombre d'unités à fournir : ||||^s^^^^ O " quatre 

(exemplaires) de ce socle », c'est-à-dire du socle dont l'image est ci-jointe. 

Ces considérations touchant le sens de mnw acquièrent plus de force grâce à une 
confirmation d'ordre iexicographique que le hasard m'a fournie tout récemment. Dans 

I '"" i tïïïïn 

le vocabulaire de l'édition Budge du Livre des Morts, on trouve un mot «~>^ 
«bases, piédestaux»'. Les petites difficultés résultant du genre différent et du déter- 
minatif abusif (le A semble bien exact) sont peu de chose en regard de l'identité de 
sens. 

Si l'on fait abstraction de la corniche, on ne peut méconnaître la ressemblance de 
notre dessin avec le signe g. Or, précisément, un mot rare , p, désigne des socles 
en pierre ayant exactement la forme J^ et servant de supports à des naos de statues 
divines'. P, écrit aussi ^ ', avait un sens plus général. Dans un texte de la 
XVIIP dynastie' il parait s'appliquer au soubassement d'un édifice de grandes dimen- 
sions. En copte le mot s'est conservé dans noi : cÇoi «siège». Sur les bas-reliefs de 
plusieurs tombes thébaines', on voit des personnages assis sur des escabeaux ayant 
l'aspect du signe m couché. Il semble donc qu'il y ait un rapport réel entre le petit 
monument que AI. Weill a fait connaître à la science et l'hiéroglyphe servant à 

écrire la lettre P°. 

H. SOTTAS. 

1. S'il n'v a pas d'autre exemple connu, la conQrmation est réciproque, car le passage du chapitre clxxii, 
29, nest pas d'une clarté absolue : | V\ W ^ V^^' TT "~ " ^^^ 
sont des objets (de nature indéterminée, p. ex. des vases; Budge : pillars?) sur des bases. » 

2. H. ScHÂFER, Ein TempeUjerâth, ap. A. Z., 35, 98 sqq. 

3. F. Ll. Gkiffith, Hiéroglyphe, 47. 

4. K. Sethe, Uikunden, IV, 834, 6. 

5. A. H. Gardiner, T/ie Tomb of Amcnemhèt, p. 64 et pi. XV. 

6. Comparer le signe Q donné par Môller {Hier. Palaeog., n» 388) pour les dynasties 3-4, avec la décora- 
tion du socle dalbàire du Caire (Musce égyptien, pi. 7, 2 = A. Z., 41, 85), que Maspero {Guide', n" 170) at- 
tribue aux dynasties 2-3. 



NOUVEL ACTE DE FONDATION DE L'ANCIEN EMPIRIî A TEHNÈH 



r 

Il y il environ dix-huit ans, M. W. Fraser découvrit ou reconnut, dans la mon- 
tagne de Telinèh, à quelque deux kilomètres au sud des ruines d'Akôris, une série de 
mastabas de l'Ancien Empire, (ju'il a décrits; et publiés sommairement dans les An- 
nal es du Scrciice des Antiquités*. Le hasard me mit, quelque temps avant la guerre, 
sur les traces d'un nouveau mastaba, que je fis déblayer et protéger contre les injures 
du temps et des hommes. 

Ce mastaba est situé immédiatement au-dessous de la tombe de Nek'anJi/t, portant 
le numéro 13 dans le série de Fraser. Il se compose d'une petite chapelle, mesurant 
approximativement 2 m. 85 sur 2 mètres, à laquelle on accède par un couloir long de 
13 mètres, et une sorte de chemin de ronde, entourant un noyau rocheux, dans lequel 
étaient creusés trois puits funéraires, où les voleurs avaient déjà pénétré. 

Il n'entre pas dqins mon dessein de donner ici une description détaillée de ce tom- 
beau, dont je reprendrai la publication intégrale, (juand les circonstances seront plus 
favorables. Je ne veux que faire connaître, sans tarder davantage, l'acte de fondation 
qui y est gravé. 

Il n'est cependant pas superflu de rechercher quel était le propriétaire de cette 
chapelle, et quel culte funéraire y était célébré. 

Le mur du fond — mur sud — est tout entier occupé par une « pancarte d'of- 
frandes », qui méritera d'ailleurs une étude spéciale. Sous la pancarte est représenté 
un personnage assis devant un guéridon : son nom nous est donné (»»—»-) : 
1 <~>|\ "^"^cQ» " ^® connu du Roi, directeur de maison du grand château, Nek- 
+ © m^33lJ 'ankh^». 

Ce Nek'ankh est évidemment le même que le Nek'ankh du 
mastaba voisin, n" 13. Mais, dans notre chapelle, le culte de ce personnage était as- 
socié, ainsi que nous allons le voir, à celui d'autres membres de sa famille. 

1. M. Lefbbvre est le seul auteur des fouilles qui sont relatées dans la première partie de ce mémoire. 
— A. M. 

2. Fraser, Annales du Scrcice des Antiquités, III. p. 122; — Maspero, ibid., p. 131; — cf. Sethe, Ur- 
kunden, I, p. 24 et suiv. 

3. Le même nom se retrouve, avec des titres et des qualificatifs plus développés, en d'autres parties du 
mastaba, notamment : 



J 



a) Couloir d'accès, paroi ouest 






i I <rr> T 



NOUVEL ACTE DE FONDATION DE L ANCIEN EMPIRE A TEHNEH 



31 



Examinons, en effet, la paroi est de la chapelle. Elle était occupée par cinq statues, 
dont les deux principales subsistent intactes. Ce sont celles d'un homme vêtu de la 
shenti, et d'une femme recouverte de ce voile blanc, si léger qu'elle parait (toute trace 
de peinture ayant disparu) complètement nue. 

A droite de la tète de f\ '"^-^ A gauche de la tête de la ']<Ë> 

-^^ ' ' femme ()»>-^) : j9 



l'homme (*^-*) : 



J 



Entre les deux, cette inscription, disposée en une ligne horizontale, suivie 
de cinq lignes verticales (»»-^) : 

Ces trois textes rapprochés donnent 



^ 



« Le directeur de maison HetJ, (mon) père, la connue du roi Débet, (ma) mère. Je 
leur ai fait ces choses, quand ils s'en sont allés tous deux vers l'Amenti, (pour ré- 
sider) en la place*"' des féaux du dieu. » 



(a) On pourrait aussi comprendre ^]|^ comme l'équivalent de ^ « en qualité 



de»'. 



Les statues de Helj et de Débet étaient accompagnées de celles de leurs enfants, 
placés à leur gauche. Ces statues, qui étaient de tailles différentes, d'après l'âge de 
l'enfant qu'elles représentaient, ont été détruites, et l'on n'en aperçoit plus que de faibles 



-?■ « Le directeur de maison du grand château, prophète d'Hathor, qui réside à Ra'anti, mattre de féauté 

V yfs 1 

vis-à-vis du dieu (grand), le connu du roi, Nek'ankh. » -..._. ..ja^ = 

6) Chapelle, paroi ouest, sur un linteau, brisé à droite, {»»—>) ' ' ' " ' Ijul ,;_-> | ^ ^^ _^^^ ^ 
J? ^ î f^*^^^^^ T 1 1"^=' ■?■ « [Offrande que donne le roi à Anubis, chet du] temple, pour qu'il 

soit e®eveli tel qu'un maître delSS^té et après une belle vieillesse, vis-à-vis du dieu grand, le connu du roi, 

Nek'ankh. » is t\ 

1. Ce texte est à comparer avec celui qu'on lit au tombeau de (1®[|, Sethe, Urk., 1, p. 9, n» 7 (2) : 



P-»>==è 






@ 



« Paroles que dit lin : J'ai fait ces choses à mon père, lorsqu'il s'en est 



allé vers l'.Kmènti, par les chemins excellents où marchent les féaux (du dieu), n 



32 G. LEFEBVRE ET A. MOKET 



restes. La plus petite, qui est la plus éloignée des statues de Heij et de Débet, était 
au nom de 1 "=* T ^^ « la connue du roi, Nef'ritkaou ». 

Puis venait, plus à droite, un enfant plus âgé, dont le nom a complètement dis- 
paru. Enfin, tout près de Débet, était représenté '^= ' [^ ^. r- — , T^ =1; "^ - ""'''"'"M 
«son' lils aine, directeur de maison du grand château, le connu du roi. . . ». Ce nom 
propre manque. Mais, si l'on remarque que ce sont précisément les titres de Nek'ankh 
et qu'il y a place, dans la lacune, pour les deux groupes ( Y ou même -r- ), 
on sera admis à restituer ici le nom de ce personnage. 

Nek'ankh serait donc fils de Hetj et de Débet. C'est lui qui aurait élevé ce monu- 
ment à son père et à sa mère i Aw>A^ | ^^/w»^ y)' ^t se serait fait représenter 
près d'eus, bien iju'ayant tout à côté sa propre chapelle, comme pour marquer la 
liaison entre sa génération et la précédente, et la continuité du culte funéraire, que 
devront assurer après lui, comme nous Talions voir, ses propres enfants. 

La mère de Nek'ankli, Débet, ne nous est pas inconnue. Son nom ligure aux murs 

du tombeau de Klienouka, — le propriétaire du mastaba 14', — dont elle serait la fille. 

Il faudrait donc, modifiant l'arbre généalogique dressé par Fraser', rétablir ainsi la 

lignée de cette famille : 

Meri 

Khenouka 

Débet = Hetj 

I 

Nek'ankh | | Nefritkaou. 

Khenouka est contemporain de Mycerinus; A^e/v'anA"/2, contemporain d'Ousirkaf, 
deuxième successeur de Mycerinus et fondateur de la V* dynastie'. Le ménage Debet- 
Hetj forme la génération intermédiaire, contemporaine du dernier roi de la IV'* dy- 
nastie. 

II 

L'acte de fondation, qui fait l'objet principal de ce travail, est gravé à l'extrémité 
méridionale de la paroi ouest de la chapelle, sur une étroite bande, mesurant 0"" 33 de 
large et 1" 75 de haut. 

L'inscription se compose de quatre colonnes verticales sous un titre de trois lignes 
dispo.sées comme suit : {•■*>^-^) 

1. 1, c'est-à-dire lils de Di'het (filiation par la mère, selon l'usage égyptien). 

2. Fraser, Annalof du Seroice dos Antiquités, III, p. 75. 

3. Ibid., p. 129. 

4. Maspero, ibid., p. 133 et p. 136. 



NOUVEL ACTE DE FONDATION DE L ANCIEN EMPIRE A TEHNEH 



33 



Ml[ZP]ft"î 



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a: 



A 



A 



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T 



A 



i. 



A 

& I 






A 



U, 



ITbI 







[Dl 



(îl 



U 



T 

û 



1. La tête de T est visible; le pied de la massue, effacé. — 2. m est très effacé; y, visible. 

3. On peut hésiter entre ^£\ et ■^=t ; cependant, le signe a plutôt le mouvement de '^=t. 

4. On pourrait lire ® c^; cependant, le premier signe a la (orme pointue du pain Q. 

5. Un des A de wnmtc est visible, quoique très effacé. Cf. Pepi /, 1. 83 : ■ 

m "^-^ 

6. Les signes au-dessous de y sont le pain conique et le vase à deux bouts 

7. V • et , avant et après la lacune, sont peu visibles. 

8. Dans ®ci, le t est très npt, le ®, un peu déformé; pour ^°°^ 



" A 
pointus 



l , on ne distingue jjuère que le corps, 
très épais, du serpent; ce qui détermine il proposer la lecture, c'est le parallélisme avec fi l) Uit rf.*-/, qui 

-9.2 Q r \ " 

vient peu après. — 9. Après n^^, ^w est peu lisible, mais ou distingue bien la silhouette et le bâton four- 
chu de nv. — 10. Lire : mj irr-j n en. — 11. Ici, n^^ est très empâté. 

12. Le Y est empâté, mais se distingue: le Q est très peu distinct: ce qui vient après semble être le pain 

1 A^ ® '^ 

î' et son î, comme 1. 1; du "> — y on ne voit que la moitié droite; on ne peut hésiter qu'entre Vj et ; 

nous préférons (', masculin, à cause du participe masculin /jpjj qui suit. 

13. Le V y après Jq est peu visible. Cf. M.\riette, Mastabas, p. 11b. — 14. Le haut liu hrp y est 

visible; le D est très effacé. 

Reçue égyptologique, l. 5 



34 G. LEFEUVRE ET A. MORET 



(Titre.) « Ordonnance [que j'ai faite pour mon fils] aine, grand chef de sa maison, 
M_ra'-f-'ankir, et ces Hemou-ka que j'ai placés sous sa main. 

1. Pour tous (mes) enfants et aussi"- (pour) ce que je leur ai constitué' en pains 
qu'ils mangent', — je ne permets pas ' qu'ait pouvoir aucun (d'eux) [de donner]" ce que 
je lui ai constitué — soit par Imt-pr, soit par donation à tout son entourage'. 

2. Au contraire, s'il lui advient un fils, qu'il lui donne son propre bien, sous la 
main de mon fils aîné, comme je constitue pour eux mon propre bien,- car, moi, je suis 

1. Le début, d'après les titres de contrats : 1V< dyn., A. Moret, Donations, Rur., XXIX, p. 79 = Urk., I, 
p. 11, 1. 14, et Siut, I, pi. fi, titre. — Le nom du Bis aîné, Ijrp des hemou-ka. doit figurer ici. Nous le recon- 
naissons dans ^\ I "T- M-r'-f-'al), nom théophore apocope = u dans sa bouche, la vie ». Cette ex- 
pression ne saurait s'appliquer au donateur, puisque celui-ci parle à la première personne {wdic-n-{j] hr '■...]; 
elle ne peut èlre qu'un nom propre. 

2.0 iVy;-, pour r;;-, est fréquent aux textes antérieurs à la VI' dynastie. Les inscriptions de Teh- 

nèh eu fournissent plusieurs exemples, mais avec emploi enclitique {Urk., I, pi. 26, 27, 31; cf. C. R. Ar.. 1914, 
p. 542; f//-A'.,L pl-13. 21); cependant [1 s'emploie aussi en tète d'une proposition (UrI... I, pi. 36, 37). Ici, 

Igr a été un peu déplacé pour suivre le sujet (même emploi de <:> à Siui, I, 1. 286i et marquer les divisions 
entre 1° les enfants, personnel de la fondation funéraire, 2° les olïrandes, matériel mis à leur disposition. 

?,. Emploi d'une phrase relative dépendant dune proposition nominale après- H ir : Urk., I, p. 116 : 
ij *è\ o V\ <^^> • ■ • • A A/v~w\ ■ • ■ • « pour cette terre que m'a constituée le 

<==>«, .m a vs-Mi lÀ ^ Ky ^ 

directeur N... et que j'ai donnée à la dame N... i>. 

4. Lire icnniu-. car le verbe est à la forme relative, se rapportant au masculin ('. « Manger les pains de 
quelqu'un» signifie être à son service. Cf. l'expression citée par Maspero, Enseignements d'Amenemhat, 

lexique, p. 126 : -\\- \\ ^\1\ vv?^ wnm-ka o celui qui mange la nourriture » = « le serviteur ». Une dé- 

finition analogue du lu-m-ka est donnée par l'introduction des contrats de Siout : ;j;;^ -f- -v • ' • '' . -www >jv: 

(^' ^-^-C -<S»- (1 «t «3—=- A ' ' ' ^ -^ ,& n ""^ "^""^ ^^"'-^ ~wwM I I '^3:^ 

I <:3> Q /wwvA U . (^ <!:=• ^)J) *^s QA ' 1 ~^~^ (c Que ces biens soient à ton fils amé. 



ton chéri, celui qui fera pour moi le hfm-ka en tête de tes enfants en mangeant ce dont je le gratifie » (1, 272). 
3. Noter que rdj est au présent; aux lignes 3 et 4, il sera à la forme awvva. 

6. Restitué d'après le texte de la IV' dynastie [Donations, p. 79 = Url;., L p . 12. 1. U sq.\ _«_ A 

7. Il n'y a pas trace de i^ après A /•<(/'; l'exemple parallèle, cité ci-dessus, du texte de la I\'' dynastie 

nous force cependant à admettre qu'il v avait ici l'infinitif rtljt, suivi d'/uvwvA introduisant le régime indirect 

B Ifk 
de rdjt, qui est ici dric. Le mot v\. écrit ici en toutes lettres dric, permet d éclaircir au passage jus- 

<r:^ _Zr '^ ^ .-g.^ Si f) fi, .2. iî 

u'ici inintelligible des premières inscriptions de Tehnèh : Urk., I p. 27 : ^31| qV\ î ^^ Jt VA VWMt^W 



ou ICI 

f^^ — s (sol) 

, et I, p. 28, même texte : . 

Le signe douteux correspond sûrement à notre ^ J dr, accompagné de son complément phonétique et 

du trait vertical; la forme ramassée, basse, de B explique Ja méprise des premiers éditeurs. Le sens dérivé de 
la signification « rassembler, entourer, limiter u, de la racine dr, est rendu assez exactement par : « les en- 
tours », (I l'entourage »; jusqu'ici inconnu dans cet emploi, ce mot signifierait l'ensemble de \a.familia; de là, 
sa place dans l'énumératiou « son père, sa mère, ses enfants et tout son entourage », c'est-à-dire : toute per- 
sonne de la famille. 

La distinction juridique entre la donation faite par imt-pr et la donation à toute personne de la famille 
sera expliquée plus loin. 



NOUVEL ACTE DE FONDATION DE l'aNCIEN EMPIRE A TEHNÈH 35 

(un homme) qui constitue mon fils chef de toute offrande qui défile(ra) ici vers l'Amenti 
du repos'. 

3. C'est donc lui'' qui fait leur compte" dans le service des offrandes pour moi 
de chaque jour, (et) au début du mois et du demi-mois, et à toute fête de l'année. Je 
n'ai (cependant) pas permis' qu'il ait pouvoir de les prendre pour aucun travair', en 
dehors du service d'offrandes pour moi, de chaque jour. 

4. Et si lui (ou) eux" prennent quel(|ue travail, mais, certes', qui ne comprenne 
pas de service d'offrandes pour moi, je n'ai point permis qu'il ait pouvoir en qualité 
de chef de ces Hemou-ka sur aucun travail en dehors du service d'offrandes'. » 



Que nous apprend le nouveau texte de Tehnèh? 

1. Sur le sens de bpjj, cf. Urk., I, p. 37. 1. 12. v\ '^^ uodft ne peut être qu'une épithète, adjectif- 

participe, du mot féminin Amenti. I.e rôle grammatical dévolu à v\ (1 icdfj dans certains cas obscurs 

(Sethe, Varôïfm, II, § 148 6; Gardiner, Admonitions, p. 72) ne peut rendre compte de sa place ici. Wdf 
signifie souvent « retard, négligence »; le mot échange, dès l'Ancien Empire, sa deuxième consonne <— =^ d 
avec ^~°| ^= v> ^°1 V\ "^=j "'d.f, et même avec la sifflante I ^ V^ l=^^=_ *è\ k^ wé/' (à ce sujet, 



voir la remarque d'ERMAN, Gram.^, § 113, sur l'échange de — » — .s et de <r^^^ d); œéf est le terme tech- 
nique du (( repos », du « chômage » (C. R. Ac, 1914, p. 543, n. 6). Appliquée à la nécropole, l'épithète peut 
signifier « Y Amenti du repos », comme nous disons « le champ du repos ». 

2. Emploi de l'ancien pronom absolu, 3" pers. m. s., I V\ q éwt. — Cf. C. R. Ac, 1914, p. 544, n. 4. 

3. Sur le sens de ]\ ip « compter » et du factitif 1(1 « faire le compte » , « inspecter », cf. 
A. MoRET, Chartes d'immunités, ap. Journal Asiatique, 1917, 1, p. 310. 

4. Nous avons ici n rdj-n-j éljm a. la forme ordinaire, qui est celle en ~vw\a ; le sens est ; » je n'ai pas 
permis aujourd'hui, ni jamais je ne permettrai dans l'avenir». — [Depuis la rédaction de ce travail, 
M. KuENTZ a donné une explication très plausible de ce sens futur attribué au parfait dans certains cas (les 
contrats en particulier), en égyptien comme dans d'autres langues sémitiques. Nous renvoyons h son article : 
Deux points de syntaxe égyptienne, ap. Bulletin I. A. F. 0., XI"V, p. 231 sqq.) 

5. Sur cette formule. Chartes d'immunités, ap. Journal Asiatique, 1912, II, p. 104. 

6. II n'y a pas <;:=» devant k't nbt; ces deux mots sont donc les régimes du verbe itj, qui a un double 
sujet, a j^ et I . Sur des cas analogues, oti la coordination de deux noms sujets est sous-entendue, cf. 

A/V\AAA 

Erman, Gram.'\ §211; Montet, Sphinjo. XIX, p. 11. 

7. Nous rendons ainsi (J iDv^, formule périphrastique qui accentue la négation incluse dans l'ad- 
jectif négatif ^ V (au féminin, se rapportant à /.'« nht]; is pw se place à la fin du meml)re de phrase; 

en français, sa place est plus intelligible au début. 

8. Le mastaba 13 renfermait un texte analogue, gravé au mur ouest, et dont Fkaseu dit, p. 125 : « Thèse 
are followed by two vertical Unes ot inscription, which hâve been unfortunately partly deslroycd since 1890. 
They appear to be instructions to his descendants. » On en voit les restes sur la planche V, à gauche. .Sethe 
a partiellement reconstitué ce texte, dont le début en particulier et l'allure générale sont semblables au notre. 



>^,[i|-][V]^ 



36 G. LEFEBVRE ET A. MORET 



Nek'ankh a constitué ses enfants en collège de « servants du ka » {hemou-ka) pour 
assurer son culte et son service d'offrandes funéraires (titre, 1. 1). A cet effet, il leur a 
donné des n biens»; s'il faut prendre au, sens littéral l'allusion aux «pains qu'ils man- 
gent », ces ijiens consistent en une rente alimentaire (1. 1). De ces pains, comme d'usage 
une partie est présentée sur la table d'olTrandes de Nek'ankh aux jours des fêtes ri- 
tuelles (1. 3); le reste sert de salaire pour les heniou-ka. Tous ces enfants sont placés 
« sous la main » (titrée du fils aîné Mra'f- ankh, qui, comme chef (kherp, titre, 1. 2, 4) 
de la communauté, administre la fondation, distrilnie le travail et répartit le salaire 

{ip, 1. 3). 

Le fonctionnement de la fondation était donc assuré tant (|ue les enfants de Nek- 
'ankh resteraient sous la main du (Ils aîné. Mais qu'arriverait-il à la seconde généra- 
tion? L'usage, en Egypte, était de partager les biens entre tous les enfants {Donations 
et Fondations, p. 80 =Urk., L p- 12, 1. 14-15; \, p. 36, 1. 11-12; A. MoRet, Un 
procès de famille, ap. A.Z., XXXIX, p. 34); par conséquent, chaque enfant de 
Nek'ankh devrait répartir le revenu de la fondation funéraire qu'il touchait entre tous 
ses enfants. A la troisième génération, même partage, et de même aux générations 
suivantes; à ce régime, le revenu laissé par Nek'ankh aurait passé en trop de mains 
diverses; le service des offrandes dues à Nck'ankii courrait lui-même de très grands 
risques par suite du morcellement indéfini de la fondation primitive. Pour éviter ce 
danger, la coutume égyptienne prévoyait la constitution d'une masse indivisible, une 
sorte de majorât, au bénéfice d'un enfant privilégié, f|ui est d'ordinaire le fils aîné. Le 
père (ou la mère), à chaque génération, créait cette masse en faisant dresser un « in- 
ventaire » {imt-per = « ce qui est dans la maison ») des biens distraits de l'ensemble 
de la succession. L'enfant au profit ducjuel Vimt-pcr était déclaré devenait ciief {kherp} 
de la communauté familiale. Notre texte présente l'application de cette coutume. 

En effet, aucun des enfants de Nek'ankh ne pourra rien aliéner de ce qu'il a reçu 
pour la fondation; il ne doit ni le distribuer à l'cnscuible de sa famille (I. 1, rdjt n 
derou-f neb), ni constituer une part réservée par imt-per (I. 1), excepté s'il a unjils 
auquel il transmettra le bien de la fondation Junéraire de la m}me façon que Nek- 
'ankh a fait de son propre bien pour son propre fis (1. 2). Cela revient à dire, en sub- 
stituant à la formule négative, une rédaction positive : chaque enfant de Nek'ankh 
devra réserver sa part de fondation funéraire à un seul de ses fils, et cette part sera 
déterminée par un «inventaire», imt-pei-. Il en sera de même à chaque génération : 
ainsi le nombre des hemou-ka se maintiendra constant; les parts resteront ce qu'elles 
étaient au début; la fondation ne périra pas par morcellement. De plus, à chaque gé- 
nération, le fils aîné conservera la direction de ses frères; il sera le kherp de la com- 
munauté familiale, de même que Mra'f-'ankh, fils aîné de Nek'ankli, est kherp du 
groupement primitif. 



NOUVEL ACTE DE FONDATION DE l'aNCIEN EMPIRE A TEHNÈH 37 



Voilà ce qui ressort nettement des lignes 1-2. Un des points nouveaux est la dis- 
tinction faite, 1. 1, entre la donation à l'ensemble de la communauté {n derou-f neh) 
et la donation par imt-per. Revillout, avec son intuition pénétrante qui dédaignait ou 
dépassait, parfois, le secours ou le témoignage des textes explicites, avait pressenti que 
Vlmt-per permettait au père de famille égyptien d'avantager un de ses enfants, ou un 
membre de !a communauté; il comparait l'attribution d'un majorât par Imt-per à la 
«quotité disponible' », dont dispose aussi le père de famille français pour réaliser les 
mêmes intentions. Notre texte, pour la première fois à notre connaissance, confirme 
cette interprétation, et permet de définir, par comparaison, la nature exacte de Vimt- 
per : c'est moins un testament qu'une donation; l'acte dispose non de la succession 
totale (dont une partie reste le bien commun de la famille et doit être partagée), mais 
d'une part réservée à un héritier déterminé. C'est l'instrument légal qui permet de 
sauvegarder dans toute succession une part indivisil^le. Aussi l'emploi de Vimt-per 
s'imposait-il pour réaliser l'indivision et la permanence des fondations funéiaires, dont 
le caractère essentiel est d'être des fondations perpétuelles. 

Le nouveau texte définit aussi avec plus de précision que les documents similaires 
les pouvoirs du fils aine, dans son rôle de chef de la communauté. Tout d'abord nous 
trouvons ici le terme technique qui correspond vraisemblablement à y.:;pioç ptolémaïque : 
vD kherp, le «chef», le «commandant». Kherp, dans cette signification, nous était 
déjà connu par un décret de Pepi II à Abydos {Chartes d'immunités, III, ap. J. A., 
1917, II, p. 446) et dans des textes du Nouvel Empire, comme le mot qui désigne 
l'administrateur des fondations funéraires. Notre texte nous donne l'exemple le plus 
ancien; il fournit cette indication précise que le kherp o fait les comptes » de la com- 
munauté {\\ ip, 1. 3) : il veille à ce que chacun des frères touche la part — que 
Nek'ankh lui a donnée; il s'assure, par contre, que chaque frère exécute les rites funé- 
raires pour le père Nek'ankh aux jours prescrits; il contrôle l'exécution de tous les 
«travaux» ou «charges» qui incombent aux hemou-ka (culture des terres, récoltes, 
conservation des offrandes, fourniture et conservation des étoties, huiles, encens, en- 
tretien du tombeau et des statues). Pour tout ce qui touche au service des offrandes 
(per-kherou), le kherp tient ses frères « sous sa main ». 

Mais le kherp avait quelque tendance à étendre ses pouvoirs au détriment de ses 
frères, aussi Nek'ankh a-t-il, par deux fois, précisé les limites de son autorité. 1° La 
ligne 3 interdit au kherp de « prendre » ses frères pour aucun travail en dehors du ser- 
vice d'offrandes. 2° La ligne 4 prévoit le cas où le kherp, ainsi que chacun de ses frères, 
aurait assumé la charge d'un travail quelconque pour le compte d'un autre homme 
que leur père Nek'ankh. 

1. Précis du Droit égyptien, 1, p. 13. 



38 G. LEFEBVRE ET A. MORET 



Pareille éventualité est prévue dans le texte anonyme de la IV® dynastie, auquel 
nous nous sommes déjà référés {Donations, p. 86; cf. f/r/r., I, p. 13, 1. 14 sq.; p. 14, 
1. 9 sq.). Dans ce cas, chacun des membres de la famille est libre de tenir ses engage- 
ments, et le kherp n'a plus à exercer d'autorité sur ses frères dans un ordre de matières 
(|ui ne touche pas au service d'offrandes de Nek'ankh (1. 4). Tout ce qu'on peut exiger 
des heniou-Ka, c'est que le service des olTrandes de Nelc'ankh ne souH'ie en rien du fait 
(|ue les heinou-ka consacrent aussi au service d'un autre une partie de leur temps et 
de leur activité {Donations, p. 91, art. VII). 

Tel est l'intérêt du nouveau texte découvert à Tehnèh, dans cette nécropole fa- 
miliale, qui nous avait déjà fourni des documents d'une si haute importance. En 
résumé, le nouvel acte de fondation permet de mieux comprendre la valeur de Vlmt- 
per, et de définir plus exactement les prérogatives du fils aîné, /-jpiot: de ses frères. 

G. LEFEBVRE et A. MORET. 



UNE STATUE DOSIRIS DE LA XXIIF DYNASTIE 

AVEC GÉNÉALOGIE 



Le petit monument qui fait l'objet de cet article' a été acheté à Bédrachéïn, en 
1846, chez un marchand local du nom de Castellari, qui le disait provenir des ruines 
de Memphis. C'est une statue d'Osiris en granit gris, qu'on peut attribuer à la 
XXIII" dynastie. Sa hauteur totale est de 0" 98, pied compris. Sa largeur à la 
partie antérieure est de 0™20 environ; à la partie postérieure, deO^lô. Il a 0"26 de 
côté. Le dieu est représenté debout, enfermé dans sa gaine de momie, les bras croisés 
tenant le croc et le fouet, le chef coiffé de la couronne atef. Il s'adosse à une stèle 
éf)aisse d'environ 0™ 04, inscrite verticalement à sa partie postérieure. Le pied porte 
également une inscription horizontale, qui en fait le tour. 

L'inscription principale, celle du dos, est haute de 0° 78 et d'une largeur totale 
de 0" 125. Elle est divisée en quatre colonnes, Cjui se lisent comme il suit, de la droite 
à la gauche : 

Deux traits horizontaux séparent cette inscription verticale d'une inscription 
horizontale, qui se continue sur une seule ligne tout autour du socle du pied du monii- 

1. La statue fait partie des collections du comte E. de Blacas. 



40 LOUIS DE BLACAS 



ment. Par endroits difficile à lire, et même indéchiffrable en un point, nous la trans- 
crivons comme il suit .' 

Inscription horizontale faisant le tour de la base, de droite à gauche. 

Face postérieure (sous l'inscription verticale) : y^i/f^ ^ l ^^• 

Continuation par le côté gauche de la Ixise : >=> va Ï Ie l t'^W 



o 



Partie antérieure de la base : hP^^']' ' ■¥• 



Td xXJx^^ 

Côté droit de la base : g ^- (J 



TRADUCTION 

Inscription verticale : 

« Le roi donne l'olïrandc à Osiris, chef de l'Amenti, dieu grand, maître d'Aby- 
dos,- — pour qu'il donne les choses qui sortent à la voix, pain, bière, des milliers de 
pains, des milliers de bière, des milliers de bœufs, des milliers d'oies, des milliers 
d'encens, des milliers de bandelettes et de vêtements, des milliers de fard, des milliers 
de toutes choses bonnes et pures, des milliers de toutes choses bonnes et douces : au 
/.« de l'ouvreur de portes d'Osiris doué d'éternité, Khjrekhonsou, fils de l'intendant 
des bâtiments Sarkon, et ayant pour mère Tamahes; sa femme, la suivante de Meut, 
dame du ciel. Ait, tille du scribe Pamj, Ois à'Hait, et de la dame 'Ankhetespit; 
Khjrekhonsou, sa fille 'Ankhamenirdis, son fils H'apijhameniou, son fils Sarkon, son 
fils Pedjteb, sa fille l'hiérodule d'Amon, 'Ankhshepenoup, sa fille Irrou, son fils 
Pedjamenapit, son fils Oudahor, son fils le grand directeur du palais Pamj, son fils 
Khjhor, [dit] Gemenefhorj, sa fille la suivante de Moût, dame du ciel, Ait, [mariée ('?) 
à] Peresrjdedhor, fils de Kerefseft, et ayant pour mère Keresbes, son fils Pedjamen- 
apit, fils de Ouda- 

Inscription horizontale : 

-hetepshemshor hor, son fils Kerefseft, son fils le grainetier ou le 

grand supérieur du palais Pamj, sa fille l'hiérodule d'Amon ^Ankhshepenoup, sa fille 
la suivante de Mont, dame du ciel, Irrou, [mariée à] Amendifnekht. » 

Nous nous trouvons en présence d'une inscription funéraire donnant après la liste 
d'olîrandes une sorte de généalogie d'une famille de petits fonctionnaires égyptiens. 

1. sont très douteux : est certain. 

2. Signe peu certain T : probablement T \\ni, peut-être | TO. 



UNE STATUE d'oSIKIS DE LA XXIII* DYNASTIE 41 

" Î11IIUII 

Cette généalogie de forme assez particulière a pour personnage central le ~ 
« ouvreur de portes » T i i 1 ^- C'est à son ka que doivent, en premier li eu, aller 

les offrandes. L'inscription donne le nom du père de ce personnage, le ■>-= c=:ii 

(( grand des bâtiments » ^ -^z::^ W, et de sa mère, la dame ^^^ y' 5r7V | ' >/■ ^^^^ 
vient la femme du défunt, la da|]^\\ «suivante de Moût, dame du ciel», 

(JoahC/j- L'inscription fournit encore les noms du père et du grand-père paternel de 
la dame, respectivement le scribe otS. et le sieur 8^)1?' Or ». et celui également de 
sa mère, la dame T "^ ' î^^^ Mr - 

Ici s'arrête la généalogie ascendante. Jusqu'à ce point, les rapports de parenté 
sont indiqués et précisés par les possessifs ^^=_, I, «son père, sa mère», etc. Pas 
d'erreur possible. Mais voici une interruption : après le nom d"Ankhetespit suit immé- 
diatement celui de Khjrekhonsou, que nous voyons reparaître précédant un '^ et un 
nom féminin -r- \\ û a CJ . C'est donc la descendance de Khjrekhonsou qui va main- 
tenant être énumérée, et il est raisonnable d'admettre qu'il s'agit toujours du même 
personnage que plus haut. Signalons seulement cette façon rarement observée d'intro- 
duire la généalogie descendante par la répétition du nom du principal bénéficiaire de 
la stèle, qui devient vraiment ainsi le personnage central de la généalogie exposée. 

Après 'Ankhameairdis sont énumérés successivement, et sans doute de l'ordre de 
leur naissance, les autres enfants de K. : ses fils |^ 'W ~ww^ m|, c^ 'cz^ ^, qui porte 



le nom du grand-père paternel, a J' ^' ^"^^ ^^^^^ ' ^^ |ff'3î^'] «chanteuse 

'Amon » ■?- \j C^, et la dame V ^ M ' ^1"^*''^ fils encore : 

1 V\ A v^ ^, le S 1 « e:rand directeur de la maison royale» 



du sanctuaire d'Amon » ■?■ \j CJ, et la dame ^ ^ S^' ^"^^''^ ^^^ encore : 

otS., qui porte ainsi le nom de son grand-père maternel; — et, en quatrième 
lieu, \\\\\ ^- Ici se place une petite difficulté. Le nom de ce Khjhor est siim, 
sans indication de parenté et sans lien grammatical, d'un autre nom masculin ^tg 
^||||^. Cette juxtaposition indique-t-elle la filiation? Impossible de l'admettre, 
puisque nous savons par avance que Khjhor est fils de Khjrekhonsou. Faut-il supposer 
une erreur du lapicide qui aurait pu oublier le ? Nous aurions alors affaire à un 

autre fils de Khjrekhonsou. Je préfère me ranger, suivant l'avis de M. Moret, à une 
troisième hypothèse, qui ferait de A^ ^ ÛO un surnom de It|(Ui^- KHc a deux 

avantages. D'abord, elle ne nous oblige pas à introduire dans cet(e inscription une ma- 
nière d'indiquer la filiation paternelle, qui s'y manifesterait comme une exception. En 
outre, elle nous dispense d'accuser le lapicide de négligence ou d'incorrection. 

Après Klijhor-Gemenefhorj est nommée une fille encore appelée O'^QIICQ comme 
sa mère et titulaire comme elle de la cluuge de «suivante de Moul, dame du ciel». 

Reoue égyptologiqae, I. " 



42 LOUIS DE BLACAS 



Ici, de nouveau, se trouve une solution de continuité dans l'indication des parentés. 
C'est un nom d'homme '""'TT'^^^- fl"i ^^ '^^ immédiatement à la suite de celui 
d'Ait. Ce n'est donc pas~un'surnom de la dame. Mais y a-t-il ici, pour cela, une omis- 
sion véritable du lien familial? Je ne le crois pas. Il me semble que nous nous trouvons 
en présence d'une manière un peu différente d'indiquer un rapport différent, non plus 
celui du père au fils ou ii la fille, mais celui de la femme au mari. P. serait donc l'époux 
de la deuxième Ait. Il ne peut être, en efïet, ni son père, puisque nous lui en con- 
naissons déjà un, ni son frère, puisque P. nous est donné comme le fils d'un autre père 
et d'une mère autre que la dame Ait. Il est donc permis de croire que P. est bien le 
mari de cette dame, et j'en vois une preuve dans le fait qu'il apparaît, à son tour, 
dans l'inscription comme le centre d'une nouvelle généalogie montante et descendante. 
C'est un élément nouveau qui s'allie, en la personne de P., à la famille de Khjre- 
khonsou. Aussi a-t-on soin de nous dire les noms de ses père et mère Kerefseft et Keres- 
bes <=>'^"S~^, <=> ^ Cïï. et ceux aussi de sa descendance, y compris un fils né 
d'une autre femme que Ait. Si nous comparons ce nouvel ensemble généalogique à 
celui dont Khjrekhonsou est le centre, nous remarquons tout de suite qu'après l'indi- 
cation du père et de la mère de P. ne vient pas celle de sa femme , comme c'était 
le cas pour Khjrekhonsou. C'est donc bien que sa femme est déjà nommée dans la per- 
sonne de la deuxième Ait. 

Dans ce cas-ci, le nom de la mère de P., donc celui de Keresbes, est suivi de la 
mention u yf^' y^i' ^1*^'^ termine l'inscription verticale. «Son fils», ce 

ne peut être que celui de Peresrjdediior ; mais ce Pedjamenapit n'est pas un enfant de la 
dame Ait. Le nom d'Ouda, dernier mot de la quatrième colonne verticale, est un nom 
incomplet : le déterminatif est absent; d'autre part, l'inscription horizontale commence 



par la mention 9 ^ (nI >Î' '^^^ apparaît bien comme la seconde moitié d'un nom. 

Joignons les deux moitiés, en reconnaissant que l'inscription horizontale continue la 
dernière colonne verticale. Nous verrons que Pedjamenapit, fils de Peresrjdedhor, est 
également fils de la dame Oudahetepshemshor. Vient ensuite un espace écrasé et de- 
venu à peu près illisible, suivi de ou bien -^ yf- C'est donc un nom ou plutôt 
la deuxième partie d'un nom d'homme, la première moitié de ce nom, avec, sans doute, 
la mention , suffirait à combler la lacune. Nous lisons encore les noms de quatre 
enfants de Peresrjdedhor, mais que je serais tenté de croire nés de la seconde Ait, puis- 
qu'à propos d'eux il n'est plus fait mention de la dame Oudahetepshemshor et que leurs 
noms, sauf un, sont tous pris dans la famille d'Ait. Ce sont <=> vR , qui porte le nom 
de son grand-père paternel; puis, ^e otS^W^ (remarquons le titre de 1, bien que 
de lecture incertaine), qui porte le nom de son arrière-grand-père maternel (le père 
delà première Ait), qui est également celui de son oncle maternel, lui aussi fonction- 
naire dans la maison royale; enfin, deux filles, la | y fl 3^ u ^ \j y| et la 



UNE STATUE D'oSIRIS DE LA XXIII^ DYNASTIE 43 

ny^tjciTN^ ^^^^ V^' *"J'^^ portent l'une et l'autre des noms et exercent pareille- 
ment des fonctions qui se retrouvent dans la famille maternelle, celle de Khjreklionsou. 
Enfin, le nom de la deuxième Irrou étant immédiatement suivi (comme c'était le cas 
plus haut pour celui de la deuxième Ait) d'un nom d'homme sans désignation explicite 

.Q va, est celui du mari de cette Irrou la leune. 

Nous pouvons établir ainsi de la famille de Khjreklionsou et d'Ait, alliée à celle de 
Peresrjdedhor le tableau généalogique suivant : 

I. Une chose frappe tout d'abord, c'est la transmission héréditaire en ligne fémi- 
nine de la fonction de «suivante de Moût, dame du ciel». De Ait I'« elle passe à sa 
fille Ait II, puis à la fille de celle-ci Irrou II. II semblerait que cette fonction ou charge 
fût celle dont la famille tirât le plus d'honneur : en effet, la stèle nous renseigne mieux 
sur Ait l"', première titulaire de la fonction, que sur son mari Khjrekhonsou, puisque 
l'on nous apprend le nom du grand-père d'Ait l'" et seulement ceux des parents de 
Khjrekhonsou. En outre, de tous les enfants du ménage Khjrekhonsou = Ati I", c'est 
la seule Ait II, deuxième titulaire de la fonction, dont l'alliance matrimoniale nous 
soit indiquée et de plus avec la filiation de son mari. Parmi ses enfants, l'une, 'Ankh- 
shepenoup II, parait recueillir la place d'hiérodule de la sœur d'Ait II, 'Ankhshepe- 
noup P'^; l'autre, Pamj III, est titulaire d'une importante fonction dans le palais, fort 
analogue à celle de Pamj II, frère d'Ait IL Cette Ait II, « suivante de Moût », semble 
donc avoir été, après sa mère, la personne considérable de la famille et en avoir con- 
centré les « bénihces » au profit des siens. De même, la qualité de suivante de Moût 
met en relief la fille de cette Ait II. Irrou II, qui, seule également parmi ses frères et 
sœurs, paraît digne de voir son alliance mentionnée sur la stèle : 

II. Noms et fonctions. 

a; T 1 1 ® 1. Cf. LiEBLEiN : 111(1°, Suppi, p. 787 (stèle de Leide). La fonction 
exercée par T H ^ I est celle de - , la porte déterminée par le bras, ortho- 

IIIMIII1 

graphe abrégée pour ^^j^. , avec sens d'ouvrir : donc «l'ouvreur de portes» 
d'Osiris doué d'éternité. Le personnage doit être de situation plus considérable 
qu'un vulgaire portier, et sa femme est attachée au culte de Moût. 

h) t^^^ii^ (ifl'o''^-^ )' abréviation des noms, si fréquente sous les XXIP-XXIIP dy- 
nasties. 

c) <-=> / «grand des bâtiments», " r'pw. Architecte, ou intendant dos bâti- 

ments, le titre est difficile à bien élucider. 

cl) û-^. Cf. LiEBLEiN, 705, û^'^^^^w; (j^\\,ib.,500; (]^^,ih., 193 (Lv., st. 60); 
330 (Lv., st. 60, qui porte les noms d'Amenemhat III et IV), et aussi Lieb., 1603. 



44 LOUIS DE HLACAS 



^ a()=:>\n ^^^^. Le même nom et la même fonction se retrouvent plus bas, 
à la génération suivante, appartenant ii la fille de la première Ait. 
e; ntSr, nom fréquent sous la XXIP dynastie, sous la forme Di|| «u D^. 

813; Jf^(](], 1467. 
,y; -2.^nt^=,. Cf. LiEBLEiN, 1229 : une femme "^''^P'^- 

h) -^(j'^'^. Cf. Brit. Mus., base 713 : (q^^s-AP]' XXIIP dynastie, et le 
même nom, XXV« dynastie, chez la femme de Sliabaka (Mariette, Karnak, 
pi. 45c; BuDGE, Book q/D., II, p. 67 et 71). 

/; H'apifhamentou P^f °- 

j) ^ij. Cf. LiEBLEiN : d[|s=3^,443, et^J^. 553. 

k) ■¥• \j , nom fréquent sous la XXIII" dynastie, sous sa forme complète ou 

apocopée. 

Cette dame est « chanteuse de l'intérieur d'Amon » | Ô I ^g( [1 . Cela 
indique sans doute une sorte de choriste du temple. Le nom et la fonction se 
retrouvent chez une nièce, à la génération suivante. 

l) ""^^^o. Cf. ''^^^i, cf. LiEBLEiN, 1346; ■^^^.<H5^%.|, ib., 1050, etc. — Cf. aussi 

un homme <2>- yÎ> ' > fonctionnaire de la XIP ou de la XIIP dynastie. Stèle de 
Londres, Brit. Mus. 296. 

A la génération suivante, une autre Irrou, nièce de la présente, est revêtue 

de la charge de Q^0'='\>\^ < déjà portée par Ait I" et Ait II. Il est curieux 

que, dans la famille qui nous occupe, les trois titulaires de cette fonction sacer- 
dotale portent des noms fréquents surtout sous les XII« et XIIP dynasties, alors 
que, par le style et l'onomastique générale, la stèle se classe dans la période des 
XXIIP-XXV» dynasties. 
D J=^_ ç^_ LIEBLEIN : ° (l=û, 1151, 1294, 1329; ° (]= ^^ 

1285; ^|]'^^^^(j'-'cr3i, ib., 1137, etc. — Cf. aussi Brit. Mus., st. 839 d'un prêtre 

Kherheb. — Budge, B. of D., p. 74, signale un ° (] S sous la XXV dy- 
nastie. """^^ 

"> ^i^- Cf- L— IN : ^i^. 1262; ^i^^, 1297. 

0) Pamj ^î ^ j , imr' wr pr néwt. — L'oiseau ^=f est certain, bien que le signe soit 
très endommagé. A la génération suivante, nous trouvons un autre Pamj, neveu 
de celui-ci, qui occupe la situation de |[^'~~'1(?), «u t\\'^(?) grainetier. 





Pedjanienapit. 



Aniendifnokht. 



Iriûu, suiv" de Moût. 

* dame du ciel. 

'Ankhsliepenoup, hier'' 

* du temple d'Amon. 

Pamj. grand directeur 
du Palais. 



Kerefseft. 



— ■ perhor {'?). 



Ait II, suivante de 
# Moût, dame du 
ciel. 

Khjhor, dit Geme- 
nefhorj. 

Paraj, grand supé- 
rieur du Palais. 



Ouadahor. 



Pedjamenapit. 



^ Irrou. 



'Ankhshepenoup, 
hiérodule du tem- 
ple d'Amon. 



Pedjteb. 



Sarkon. 



H'apifhamentou. 



— ♦ 'Ankhamenirdis. 



46 LOUIS DE BLACAS 



[Avec l'équivalence de "^a» et de ra, on voit que les deux titres sont identi- 
ques, à part le premier terme. Or, nous voyons les fonctions descendre par voie 
en quelque sorte héréditaire de cette famille, le cas se reproduirait-il ici, et | est-il 

l'équivalent, au point de vue du sens, de | ?J 

/^; T(](| ^ . LiEBLEiN, 1094, signale un T^^ "^^ 

,j) A^ ^'\^^' surnom du précédent. Cf. Lieblëin : '^^, 924: '^^^^ 

^-::3:=ï, 1056; /^ ^, 2351. XXVI* dynastie. 

s) <=^^^^ "5=^, <=> ® . Cf. LiEBLEiN, 1161 : une formation analogue, l(] 



contenir trois signes. On devine à la fin de la lacune , suivi d'Horus sur le 

I 

pavois et de l'homme assis. C'est la fin d'un nom d'homme. Le trait sous le signe 



O y i I-, 9-^s-M- Nom très mal conservé. Néanmoins Ji =^ Hor parait certain. — Le 
déterminatif féminin du nom précédent est suivi d'un espa ce écrasé, capable de 
enir trois signes. On devii 
)is et de l'homme assis. Ces 
[3Z3 est parfaitement distinct. 
u) <=> «^ . Il faut suppléer le crocodile rendu illisible par le mauvais état de la pierre. 

^^ . LiEBLEiN n'en offre pas d'équivalent. Il y a cependant n"* 255, 549 : 
la forme U 

1 www û fl 

Louis de BLACAS. 



.c)!\ 



TRIMETRI TRAGICI 



Un pezzo di papiro (cm. 12x12 ail' incirca), mutilo a sinistra ed a destra, coii- 
tiene nella prima colonna 18 versi mancanti del principio, e tenui tracée del principio 
di una seconda colonna. Il oerso è bianco. La scrittura sembra del II-III secolo di Cr. 
Nulla sappiamo délia provenienza del papiro, che fu acquistato in Egitto nel 1916 da 
G. Gentilli. 

I diciotto versi sono indubbiamente trimetri giambici', che, se tutto non inganna, 
derivano da una tragedia, anteriore al tempo donde comincia una maggior licenza me- 
trica nel dramma Euripideo : diciamo, dunque, anteriore al 420 av. Cr. Che non sieno 
trimetri di commedia, oltre il carattere générale ritmico e stilistico, lo dimostrano 
parole come aéSev, àXo^^oç, ëitï), etc. Nel v. 13 : to^o' àvSpôi; cépaEvoi; parrebbe di colorito poco 
tragico, ma probabilmente è da intendere toOS' àvop-iç = èjjioG, e apsEvoç come predicato. 
Nello stesso verso, anche chi continuera a negare alla tragedia 1' uso di av (e lo vorrà 
mutato in v), ricorderà che per Sofocle ed Euripide i papiri Flinders Pétrie e di Oxy- 
rhynchos hanno giù dato altri esempii délia medesima forma (av ôsàç eéX-rjt, ht v'iji», etc.). 
Del resto, un versificatore non indotto dell' ultima età alessandrina, o magari del primo 
secolo deir impero, potè benissimo comporre trimetri formalmente non répugnant! alla 
tecnica dell' antica tragedia. 

Dalla seconda colonna rimangono frammenti di paragrafi, e solo una volta una 
lettera sicura (e) in linea col v. 11. Tre altri frammenti di lettere (*) sono in linea roi 
vv. 3, 8, 12. 

La mancanza del principio dei diciotto versi è più deplorevole che se una eguale 
mutilazione fosse avvenuta alla fine. Perché cosi non solo siamo privi di un certo nu- 
méro di sillabe a principio di ciascun verso, ma non abbiamo neppure i paragrafi, che 
ci indicherebbero i cambiamenti di personaggi. Mi auguro che qualcuno possa e voglia 
indicarmi il poeta e il dramma, donde questo frammento dériva. 



1. Che non sieno tetrametri trocaici. risulta abbastanza sicuramente per es. da v. 8 e 14. Oggi non pos- 
siamo escludere neppure i tetrametri giambici (Sofocle negli Ichneytai'.}; ma non è probabile che tali sieno 
i nostri. 



48 



G. VITELLI 



ékiy/z, ci -:[o]Oto £v t,Ôov7;i tî aoi, <r- 
£w]éTteiY y^r^ u[à]v-a TàXr.Gf,, ^spov, 

]7iapoû(77;ç -auTa /.ai âiroûtrrjÇ, âva^. * 

]Ô£ yeipèç (J~épu.a SÉçadGai tôSs 

5 ]iv xe àpoûpaç- w'fsXov Ôè av; Xaêcîv r- 

]Ôa 6p/.0'j t' £x.-:ôç où ^bz\)hf^ Xéyw 

]é{JLTiç TOvÔc (oXÉvTjÇ X'P°^ Xaêcïv f_ 

]*t <7'iîeûâoi»[(7aj Ôûc-ajvoç 'fôvov » 

]ç oX*a'.ç Tj [téJxvokji toïç É[JL0ÏÇ r- 

lû ~^i (7-^ép][X.a TÎÇ ÔÎÔOJCTt C701 

]**z aÛTOï[?] (lOOov £y. tîvoç ôà âyd) £ 
]foXX***T***3e ôouXôxTcov aéÔEV * 

jTaya, âv -oû^' àv^poç âptjîvo^ tû/tiiç 
]£ à.-ovr.zbiQxja'j.- iycù Ô" £t" év cy.ÔTCot 
15 ]Ta 7ïX£tco -oXXà Éycov £',tï£ïv IiïT) 

àx]oÙ£iv dXoyoç ola ùêpt^£Tat 
]pXeir[*]Y£uou⣠éç é(Ji[ia-ca 
]*E*xï] 7:poc(x£vcjiv ;{;euÔ7i Xéyw 



i sq. Per esempio, [vùv ouv a^'] ê>£Y7.'. s'- ''•'^^- I ["'- '' iwJérEiY /st, x-X. 

1. Cf. EUR., //)A. r., 494 : s" f. Si-; so- tout' br.oovfi .ua9s-v. 

5. Piuttosto [àAô/oj?] -ipoûTT.i; -rai-:! che tiOti. Questo c i versi precedenti verosimil- 
mente sono del Coro (ivaS). 

5. Forse f<n:EÎps]'.v z' àpoipaî (?). 

6. Spxoj — U-ôi : da intendere -apioaivwv (-vojti) tôv Spxov? Cf. Soph., Trach., 1189 e 

Schol. 

8. Sembra possibile ]vi. 

9. La prima lettera sembra un ; (C), quantunque la curvatura inferiore non sia nor- 

male. In seguito c' era sembrato possibile oÀ-vi;;, che neppure ora escludiamo. 



TRIMETRI TRAGICI 



49 



La lettera innanzi ad oc.,- potè essere y, -, ^. Rimane escluso ];jloX7:xT,-, perché la 
prima lettera non potè essere i^. 

17. Forse ,3Xç-co-'' ûoO S' ;,- o,a[xotTa, ma fa difficoltà ioô corne w- (cf. Kûhner-Blass, 1, 136). 

18. Poichè -?oa seml)ra ben letto, converrà intendere -poTaiv,o[[i]]v (cf. Mayser, p. 136, 

etc.). 



Firenze, 28 Febbraio 1918. 



G. VITELLI. 



Reçue cny/itoldijitjnf. I. 



.ES noYAAl ÉGYPTIENNES À LA FIN DU IK^ SIÈCLE APRÈS J.-C. 

D'APRKS LE TOME XII DES OXYRHYNCHUS PAPYRI 



En 202 Alexandrie reçoit de Septime Sévère un sénat (poj),-/;, curia); des ^ouXaî 
sont aussi créées à la même date dans les métropoles de chaque nome : ces deux 
réformes faisaient disparaître une double anomalie. Les auteurs ' ne connaissent que 
la première, celle qui donne ou peut-être restitue à Alexandrie une véritable figure 
de cité grecque, s'il est vrai qu'on ne peut guère concevoir une cité grecque sans 
assemblée délibérante. Les documents administratifs sont maintenant assez nombreux 
et de provenances assez variées pour ne laisser aucun doute sur la réalité et la géné- 
ralité de la seconde : elle assimile à Alexandiie et aux autres villes grecques des 
communes de caractère hellénique, assurément, puisqu'elles, étaient composées d'Hel- 
lènes, mais qui ne méritaient pas le nom de r-olm, car l'on n'y trouve ni dèmes, ni 
tribus, ni assemblée du peuple régulière, ni Conseil; en fait, leurs bourgeois ne sont 
jamais appelés -oXi-rai, et, pour Strabon", ce qui caractérise la cité de Ptolémaïs, au 
milieu des autres villes de Haute-Egj'pte, c'est d'avoir un corps civique, -oÀiTtzôv TJiyzrnj.a. 

Il semble que, comme première conséquence de la réforme de Septime Sévère, 
on devrait voir se constituer un droit de cité pour cliaque métropole, comme il y a une 
civitas alexandrina, une civitas ptolémaïte, etc. On ne trouve dans les textes aucune 
expression qui réponde nettement à cette idée, et, même, le mot t.oV.xt^^ n'apparaît 
guère pour désigner, au IIP .siècle, les l)ourgeois des métropoles. Il est donc prudent 
de ne pas parler à leur propos de civitas, et l'on ne .sait comment définir leur statut 
politique. Peut-être a-t-il quehiue rapport avec le droit de cité des tloXei; d'Egypte, 
et notamment d'Ale.xandrie, puisque l'on voit des personnages remplir des magis- 
tratures tour à leur dans les métropoles et dans la capitale. Ce pourrait être, par 
exemple, une civitas alexandrina minuto jure : comparables à ces 'AXs^avSpeîî du 
IIP siècle avant Jésus-Christ, qui, vivant dans les provinces, ne portent aucun démo- 
tique, nos bourgeois des métropoles, qui ne sont pas inscrits dans les dèmes alexan- 
drins, auraient joui de certains droits privés de la civitas alexandrina, sans pouvoir 
en exercer les droits politiques dans Alexandrie même : peut-être aussi n'arrivaient- 
ils à la cité alcxandrine qu'après avoir parcouru la carrière des honneurs dans leurs 

1. Dion Cassius, 51, 17 ; Sp.vrtien, Vita Seceri, 17. 

2. Strabon, 17, C. 813; Jouguet, Vie Municipak-, p 9, n. 1. .le ne citerai cet ouvrage que le moins pos- 
sible. D'une manière générale on y trouvera, plus développées, la plupart des idées e.xprimées ici. 



LES BOVAAI ÉGYPTIENNES A LA FIN DU III^ SIÈCLE APRÈS J.-C. 51 

communes d'origine; les citoyens alexandrins, au contraire, ont eu, du fait même de 
la civitas alexandrina, tous les droits politiques dans toutes les métropoles; mais, 
sauf ce dernier point suffisamment attesté, ce ne sont là que des hypothèses encore 
sans aucun appui solide dans les textes. Il reste qu'on ne parle jamais d'une iroXitsIa 
particulière d'Hermoupolis, d"Héracléopolis, ou d'Arsinoé, par exemple, et si elle a 
existé, elle s'efface bientôt pour nous dans l'uniformité de la cii-itas romana accordée 
en 212, par Caracalla, à tous les habitants de l'Empire, les déditices exceptés' ; les 
Hellènes des métropoles étaient aux premiers rangs des bénéficiaires de cette faveur; 
les citoyens des cités grecques, à plus forte raison; mais, sous cette apparente unité, 
il est certain que villes et cités ont gardé leurs traits propres et leurs chartes parti- 
culières. 

Quelles furent la portée et les raisons de cette réforme? On aimerait à savoir 
comment elle était liée à la politique générale de Septime Sévère'. Il a pu s'inspirer 
ici de motifs d'ordre purement administratif et fiscal, et le désir d'augmenter les 
garanties de l'Etat dans l'exercice des charges publiques et dans la perception des 
revenus a sans doute joué un rôle prépondérant. C'est un principe que les titulaires des 
offices les exercent d'abord à leurs risques et périls, puis aussi sous la responsabilité 
de ceux qui les désignent; ainsi, dans les métropoles du IP siècle, les archontes, qui 
désignaient, nous le savons aujourd'hui', les archontes nouveaux, leur servaient aussi 
de garants, et c'est sans doute la principale raison pour laquelle les magistrats étaient 
groupés en un /.oivôv; de même devaient-ils être les garants des titulaires des charges 
d'Etat ou, comme on dit, des liturges qu'ils proposaient au choix des hauts fonction- 
naires, mais nous ne savons pas quels ils proposaient; en tout cas, ils devaient par- 
tager ce rôle avec les secrétaires de la ville. Maintenant un des devoirs les plus graves 
des pouXaî sera précisément de pourvoir aux àp/a!, aux charges municipales, et aux 
importantes liturgies d'État. Quelle garantie l'administration devait penser trouver 
dans cette assemblée de riches, plus nombreuse que le xoivôv des archontes, et qui, 
d'ailleurs, ne se confondait pas avec lui, puisqu'en Egypte on pouvait être archonte 
sans être bouleute, et houleute sans avoir suivi le carrière des magistratures ! Faire 
désigner par la pcjÀr; presque tous les percepteurs d'impôt, lui laisser ainsi le contrôle 
d'une partie de l'administration financière, dut sembler un moyen sûr et habile d'assurer 
l'État sur les fortunes particulières contre les défaillances des contribuables et les mal- 

I. p. GiESSEN. II, 40, et le commentaire di' F". M. Meyer. 

i. Ceuleneer, Essai sur la cie et le règne de Septime Sécère, Bruxelles, 1880, p. 851-252, mal informé sur 
le statut des métropoles, devine juste quand il dit que Sévère accorda un sénat à tous les Grecs d'Alexandrie 
et de toutes les autres villes d'Egypte. Mais il ne cherche pas les raisons de cette réforme. K. Fuchs, Geschi- 
ckte des Kaisers L. Septiinius Secerus, p. 88, ne connaît que le sénat alexandrin. Sévère l'aurait accordé pour 
gagner tout ;\ fait Alexandrie à sa cause. 

3. Par le P. Ryl. 77. Cf. .Iouguet, Rerae des Études Qrccrjues, XXX (1"->17|, p. :ni-326. 



PIERRE JOUGUET 



versations des percepteurs. Et, pour le pouvoir central qui n'avait plus besoin de 
l)énétrer dans les détails de la perception, quelle simplificiition souhaitable ! On crut 
même peut-être, par ce groupement de riches, alléger le poids des charges et remédier 
aux funestes effets du système des mimera. C'était le contraire qui devait se produire : 
la misère du curiale s'ajoutera à celle du litarge, d'autant plus (jue Irttirge et eurialc 
seront le plus souvent confondus. Mais, au début du IIP siècle, il pouvait sembler 
séduisant pour leurs bourgeois de voir les métropoles assimilées aux autres villes 
grecques, tandis que cette assimilation ne devait pas déplaire à l'empereur d'esprit 
provincial qui étendit à toutes les légions de l'Empire le recrutement des cohortes 
prétoriennes'"'. L'édit de Septime Sévère, de même que plus tard celui de Caracalla, 
dut être accepté comme un bienfait (oiXavCpioTria) du prince, et l'autonomie qu'on sem- 
blait ainsi accorder aux villes de la /<opa n'avait rien de bien inquiétant pour un sou- 
verain dont l'esprit autoritaire s'est marqué même sur le terrain municipal ; elle pou- 
vait aisément être limitée par des constitutions impériales, comme celle dont le Code 
Justinien nous a conservé le texte, et qui interdisait aux villes de créer d'elles-mêmes 
des impôts nouveaux \ 

Pour juger exactement de l'action de tous ces motifs divers sur une réalité com- 
plexe, il faudrait connaître exactement la constitution et le rôle des ^ouXaî. Or nous 
sommes assez mal éclairés sur ces questions. Les documents relatifs à ces assemblées 
ne manquent pas : mais ils ne nous renseignent qu'indirectement. On possède, par 
exemple, dans diverses pièces publiques et privées, de nombreux cursus de bouleutes 
(jui fournissent naturellement des indices importants. Ainsi, ils ont permis d'établir 
pour l'Egypte la curieuse indépendance des curies et de la carrière des àp/al. Mais 
bien peu de textes nous font pénétrer au sein même de ces conseils. Nous n'avons rien 
((ui ressemble à un album decurionum. Il nous reste bien quelques fragments des acta, 
rédigés sans doute par ce scribe de la pouXïî qui, d'après Grenfell et Ilunt, portait 
le nom latin de oxpiêa;*; ils sont courts et mutilés. Leur brièveté tient, pour plu- 
sieurs, à leur caractère de copies insérées au milieu d'auti'es documents, requêtes bu 
pièces justificatives d'une instance (Sixotîwfjiot-a). Leur mutilation s'explique, pour les ori- 
ginaux, parce qu'ils étaient transcrits sur de longs rouleaux et par larges colonnes, eu 
sorte que les accidents inévitables à ces fragiles monuments ont emporté de grands 
morceaux du texte. C'est le Ciis, par exemple, pour un fragment des délibérations de la 



1. Jusque-là recrutées uniquement en Italie, dans le Norique, en Macédoine et en Espagne, Ceulf.neer, 
Essai, p. 264-265. 

S. Ceuleneer prétend que Sévère fit entrer un Égyptien au sénat romain : mais il a mal lu Dion Cas- 
sius, 76, 5. Coiranos, exilé saus Sévère, ne fut sénateur que sous Caracalla (cf. Dion Cassius, 51, 17). 

3. Cod. Jtist., IV, 62, 1 et 2. Vectigalia nova nec decreto civitatum institui potest. 

4. Ad P. Oxy., 1417, 1. 10. 



LES BOVAAI ÉGYPTIENNES A LA FIN DU III^ SIÈCLE APRÈS J.-C. 



53 



boulé d'Hermoupolis. C'est aussi le sort des nouveaux papyrus d'Oxyrhynchos ' , où les 
lacunes sont de 40 à 90 lettres. Néanmoins ce sont là des débris assez importants pour 
justifier une étude particulière. Elle a été faite et bien faite, par les éditeurs. Nous 
l'abordons en suivant leurs traces, non que nous voulions, comme eux, pénétrer tous 
les détails, mais pour essayer de mettre en lumière ce qui peut contribuer à définir le 
caractère et l'activité de ces assemblées municipales. Nous ne devons pas négliger, on 
le conçoit, ce que nous avons appris dans les textes auparavant connus : c'est pourquoi 
il est bon de mettre sous les yeux du lecteur la liste de tous les fragments conservés 
de documents du même genre : 



Antinooupolis 



milieu du IP s. 



258 ap. J.-C. 



De Ricci, C. R. Acnd. Inscr., 190.Ô, p. 160 
et suivantes. Cf. Wilcken, Archiv, III, 
p. 554; Chrest., 27. 

P. Strasb. ap. Wilcken, Archiv, IV, p. 115- 
117 et suivantes. 



Héracléopolis 



Hermou polis 



Oxyrhynchos 



IIP s. 

IIP s. 
entre 253 et 268. 

IIP s. 
entre 253 et 268. 

270-275. 

270-275. 

IIP s. fin. 

360. 



B. G. U., 925 (Wilcken). 

Pap. Er:;. Rainer, Fithrer durc/i die Aus- 
stellung, p. 274 ^ 

Wessely, C. p. Herm., 7 (Studien ::ur 
Palœogr. u. Papyruskiuide, t. 5). Cf. 
JouGUET, Vie Municipale, p. 383. 

P. Oxy., XII, 1413. 
P. Oxy., XII, 1414. 
P. Oxy., XII, 1415. 
P. Oxy., VIII, 1103 \ 



De ces documents, les uns se rapportent aux |3o'j)>a( des cités, les autres aux pouXai 
des métropoles. Pour les métropoles, l'existence de ces assemblées est attestée à 



L T. XII des Oxyrhynchus Papyri. Voir plus bas la liste de ces textes. 

2. Le texte est rangé par Wessely, Fûhrer. p. 274, avec ceux des règnes de Valérien et de Gallien, ce qui 
ne laisse pas d'étonner, car, d'après la courte description qu'il en donne, la motion discutée se rapporte à 
l'érection d'un buste d'argent de l'impératrice Otacilia, femme de Philippe l'Arabe (244-249). 

3. Les nouveaux procès-verbaux de séances sont donc au nombre de trois. Il faut ajouter encore : /'. Oa-y., 
1416, liste de sujets discutés dans la pou),T|, rédigée par le prytane ou pour lui (299); cl. B. O. U., 144; 
P. Oxy., 1412 (convocation de la pouX-r,) ; P. Oxy., 1406, édit de Caracalla sur la police des séances; 1417. 
procès où la firju/.T, est impliquée; 1418, requête à la pou)>r, ; 1419, ordre du prytane au percepteur des tioXi- 
Tixà; 1496-1501 intéressant la pouXr„ les bouleutes ou le prytane. 



54 PIERRE JOUGUET 



Arsinoé, Hénicléopolis, Hermoupolis, Nikotônpolis, Panopolis et Athribis', mais il 
ost probable qu'il y en avait dans toutes, et, comme toutes paraissent les avoir reçues 
en même temps, on peut croire que dans toutes la constitution de la curie était pareille. 
Mais en était-il de même des 3oj),a! des cités? Nous les connaissons extrêmement mal. 
La seule irôXi; pour laquelle l'existence d'un sénat soit attestée sous le Haut Empire 
est Antinooupolis, fondée par Hadrien en 130. Un texte' nous apprend qu'Hadrien lui 
avait donné les lois (vo|jtot) de Naucratis : on serait tenté d'en conclure que Naucratis 
aussi, à cette date, avait un sénat. Mais la rigueur de cette conclusion n'est pas 
impeccable : vôfxoi peut désigner seulement les lois civiles, non la constitution poli- 
tique, et précisément les lois de Naucratis sont citées dans notre texte à propos de 
yiT.:'i%ij.'.y. avec Ics indigènes; de plus elles ne sont alléguées que pour marquer une 
différence entre le droit de la nouvelle et de l'antique cité grecque : donc le modèle 
n'était pas servilement copié; enfin les tribus et les dèmes d' Antinooupolis rapjjelle- 
raient ceux d'Athènes, tandis que nous ne savons pas si Naucratis a eu des dèmes et 
des tribus'. Mais elle avait ou avait eu des timouques\ magistrats ou membres d'un 
sénat aristocratique; or ce terme ne se rencontre que deux fois dans les papyrus : 
d'abord, dans un texte du Sérapéura (II" siècle avant J.-C.) que Lumbroso attribuait à 
Naucratis', tandis que Wilcken", avec plus de vraisemblance, le restitue à la commu- 
nauté des 'EXXT,vo;j;s,a-f Ttïi ; puis, dans un papyrus de Florence du IV" siècle après 
Jésus-Christ, où il s'agit d'un timouque d'Antinooupolis'; faut-il en conclure que 
Naucratis et Antinooupolis avaient la même constitution, et, par conséquent, un sénat 
l'une et l'autre? A priori, même en dehors de l'impression indécise que peuvent pro- 
duire ces indications éparses, on pencherait à admettre que la vieille cité milésienne 
avait gardé quelque chose de ses institutions séculaires, et l'on ne voit pas la raison 
ciui aurait pu la faire priver de son Conseil. Pour Ptolémaïs, nous en sommes aussi 
réduits à des considérations analogues : au IIP siècle avant Jésus-Christ, elle avait sénat 
et assemblée du peuple; Lumbroso veut qu'elle ait perdu son sénat", au cours de la 
période lagide, et que Sévère le lui ait restitué; mais c'est hypothèse toute pure, et 
si l'on conrdit que Y l/./lr,'^U ait pu disparaître sous des régimes aussi peu favorables 
aux assemblées populaires que la monarciiie lagide ou l'Empire romain, on ne voit pas 

1. Pour Athribis, voir /-'. O.nj., 1458. Pour les autres, Vie Maniripale, p. 345. 
J. WiLCKE.N, Chrest., 27. 

3. Vie Municipale, p. 23. 

4. Hermias, ap. Athénée, p. 149 rf-150 6. 

5. P. Pari.<, 60 liis. Lumbroso, Rec/wrchi-s, p. 222 et suivantes. 

6. Chrest., 30, p. 48. Cf. : déjà Bouché-Leclercq, Histoire rfcs Lagides, III, p. 145, n. 1, se refusait à 
l'attribuer à Naucratis. 

7. P. Fior. 71. 

8. LuMi)Uo?o, .\ni;ihtti ili Arr/ieohyia Ale^sanilrina, Riiiinla di Filolot/ia, IV, p. 469, et VEyitto dei Greci 
r dei Romani, 2' éd., p. 76-77. Cf. Jouguet, B. C. H., 21 (1897), p. 207-208. 



LES BOVAAI ÉGYPTIENNES A LA FIN DU III" SIÈCLE APRÈS J.-C. 55 



pourquoi Ptolémaïs eût été dépouillée de toute assemblée délibérante. Il en est autre- 
ment pour Alexandrie, siège de la Cour, puis du gouvernement de la province, et que 
sa qualité de capitale plaçait dans une situation singulière. Alexandrie a peut-être, et 
nous le croyons, possédé des assemblées tout au début de son existence, mais elle 
n'en avait plus depuis longtemps, en 30 avant Jésus-Christ, quand Octave organisait 
en province la vallée du Nil. 

Spartien, en effet, dans un passage de la Vie de Séoère' souvent cité, le dit 
nettement. On ne saurait contester le poids de ce témoignage que tous les critiques 
font remonter à de bonnes sources ; mais on en a discuté le sens ; or, il ne semble pas 
([u'il soit discutable. Sévère, nous dit-il, a donné des bouleutes à Alexandrie, c|ui 
jusque-là vivait sans sénat, comme sous les rois, « ita ut sub regibus ». Il est naturel 
d'entendre qu'il s'agit des rois Ptolémées. Pourtant, pour écarter ce témoignage formel, 
on a voulu interpréter autrement; ita ut sub regibus voudrait dire « comme dans un 
royaume, comme dans un régime monarchique ». Mais c'est prêter une sottise à Spar- 
tien ; Pergame, capitale des Attalides, Antioche, capitale des Séleucides, ont eu des 
SrjuXat, et l'on remarquera en outre que, dans cette interprétation destinée à tourner le 
témoignage du biographe de Sévère en faveur de ceux qui accordent une pouXïj à 
l'Alexandrie ptolémaïque, l'exemple d'Alexandrie elle-même affaiblirait étrangement 
l'affirmation de Spartien. 

En réalité, on était choqué d'une prétendue contradiction entre cet auteur et 
Dion Cassius. Mais, à serrer ce dernier texte de près, le contraste s'évanouit. Il faut 
transcrire ici la phrase en entier : 

'AXAà toïç iJLSv aXXoiç (ô; àxotaToi;, -roTç 3"AXEfavopô'jT'.v àvsu po'jXsuTwv TioXi-rs-jeaflat èxéXsusE' -cojajTTiv 
ITOU veMXEpoitoiiav aùtôbv xaiÉY"'"^- 

La portée de la phrase dépend en grande partie du sens que l'on donnera aux 
premiers mots; si, comme d'anciens traducteurs, on sous-entend après wç È/,àaTo;,- une 
expression telle que irâ^piov v/, il est certain que l'opposition fortement marquée entre 
'AXE$av8peû<7iv et -cok aXXoiç obligerait à traduire : « Tandis qu'il laissait aux autres villes 
leur constitution traditionnelle, il édicta que les Alexandrins s'administreraient sans 
sénat », et à comprendre que le .sénat, faisant partie des institutions traditionnelles 
d'Alexandrie, a été supprimé par un édit d'Octave. Mais pourquoi sous-entendre fî)< 
-ctxpiov v;, quand rien dans la phrase ne suggère une idée semblable ? Si, tenant compte 
de cette observation que souvent dans Dion w? ËxaaToi est un tour elliptique après le- 
(juel il faut sous-entendre un verbe du sens de eiXEiv, on préférait suppléer l'idée que 
donnerait un mot comme ïIpôcrEv ', on arrive à une absurdité manifeste, car personne 

\. Vita Sareri, 17 : m Deinde Alexandrinis jus buleutariim dédit, qui sine publico concilio, ita ut sub rc- 
gibus, ante vivebant uno judice contenti quem Cœsar dedisset. » Voir VfL> Muniripale, p. 28. 
2, 3. Ce sens est proposé par Rkiske. Cf. édition Sturz, t. VI, p. 18, adn. 113*. 



56 PIERRE JOUGUET 



ne peut croire qu'Octave a laissé les villes égyptiennes régler leur vie municipale ;i 
leur fantaisie. Reste le parti le plus sage et le plus méthodique qui consiste a tirer 
l'ellipse de la suite du texte et d'entendre comme s'il y avait wc j^ev aXXoi; [TroXixeyeiBai 
ÈxÉXeo<i£v] ('k ÈzicTTO!; [sxiXeaaev]. Il y a longtemps que ce sens a été indiqué par Reiske', 
qui traduit : « Ita jussit quosqi*e rem suam gerere, ut jussit ». « Pour les autres, 
il ordonna à chacun de régler leur vie publique, comme il le leur ordonna'», 
manière qui, on en conviendra, est tout à fait dans les habitudes grecques pour 
faire sentir au lecteur que l'auteur sait très bien que l'on prit dans chaque ville des 
mesures diverses, mais qu'il se bornera à parler d'une de celles qui concernent les 
Alexandrins. Nous paraphraserons pour rendre toutes les nuances du texte : « Des 
mesures propres à chacune réglèrent le statut municipal des autres villes d'Egypte; 
mais, pour Alexandrie, il l'invita à s'administrer sans conseil municipal. » Strictement 
rien ne prouve que la pouXï5 fut une institution de l'Alexandrie ptolémaïque. 

On pourrait insister cependant et prétendre que le verbe iy.ike-jss.v , qui fait supposer 
un édit ou qui du moins a un sens très fort, parait impliquer autre chose qu'une déci- 
sion limitée au maintien des institutions existantes. A notre avis, on se tromperait : 
dans la réorganisation qui suivit la conquête, pour conserver comme pour réformer, 
un édit était nécessaire, et ce ne serait pas le seul exemple d'un édit ou d'un article 
d'édit destiné à consacrer le statu quo ; tels étaient la plupart des édits des gouver- 
neurs et même beaucoup de constitutions impériales. 

D'ailleurs n'est-il pas vraisemblable que l'édit d'Octave ait été provoqué par une 
demande des Alexandrins? Si l'on admet cette hypothèse, on serait tenté d'en voir la 
confirmation dans le membre de phrase suivant, où Dion nous donnerait la raison du 
refus d'Auguste. « Je suppose, dirait-il, qu'Auguste blâmait chez eux un aussi grand 
désir de nouveauté », c'est-à-dire le désir d'une nouveauté aussi grande que l'établis- 
sement d'un sénat. Mais il faut avouer qu'une telle version souiïre des objections assez 
graves. Le terme de la comparaison indiquée par -:oaajTT|V n'est pas exprimé dans le 
texte. Mieux vaut sans doute, avec les traducteurs, laisser à ToaajTTiv son sens exclamatif 
et voir dans la phrase une allusion au goût des Alexandrins pour les mutineries'. Il 
reste pourtant que Dion ne contredit nullement Spartien. 

Notre explication des premiers mots du texte de Dion a l'avantage de donner un 

1. Voir la note 2, page précédente. 

2. Voici pour mémoire la traduction latine de Sturz : « et ceteris quidem urbibus suum cuique senatum 
concessit, apud Alexandrinos vero sine senatoribus rempublicam administrari jussit », et la traduction fran- 
çaise de Gros-Boissée : v il ordonna que les peuples de cette contrée se gouverneraient chacun séparément «. 
Peut-être trouvera-t-on que ces deux versions nous justifient de revenir sur l'interprétation de ce passage. 

3. La dernière traduction de Dion Cassius, celle de Cary (édition et traduction Gary, Baldwin Forster)i 
t VI, p. 47, est conforme a celle que nous proposons : h But whereas he made varions dispositions as regards 
the several cities, he commanded the .\lexandrians to conduct their government vfithout senators : with such 
capacity for révolution, I suppose, did he crédit them. » 



LES BOl'AAI ÉGYPTIENNES A LA FIN DU III^ SIÈCLE APRÈS J.-C. 57 

sens conforme à ce que nous devinons dans les papyrus sur les réformes d'Auguste. 
Dion savait que ces réformes furent graves, et qu'elles avaient surtout porté sur les 
institutions municipales. Il semble, en efïet, que ce soit de ce temps qu'il faille dater 
l'organisation des magistratures dans les métropoles, la création ou la refonte du 
système des mimera, la définition précise d'une aristocratie municipale de caractère 
grec. Sur ce dernier point, il nous reste une donnée précieuse. Les personnes qui 
soumettent à l'examen des fonctionnaires compétents (stratèges, basilicogrammates, 
commissions d'è-'.-/.p'.Ta() leurs droits à faire partie de cette aristocratie municipale 
{iT.h YujjLvauîoj), citent, comme preuves, l'examen qui a été fait de ceux de leurs an- 
cctres, et, de proche en proche, remontent jusqu'à une liste établie vers l'an 4 ou 5 
après Jésus-Christ'. Sans doute cette date ne nous ramène pas tout à fait à l'heure 
de la conquête : mais il est bien à croire que l'établissement de ce document capital 
est une conséquence des principes qui furent alors posés. 

Si Dion connaissait tous ces changements, pourquoi n'y fait-il qu'une allusion 
rapide et vague, et se borne-t-il à mettre en lumière les seules mesures qui n'ont rien 
changé? C'est que les autres dispositions d'Auguste intéressaient surtout les indigènes 
et les Grecs de la x^pa. Or ce qui se passait en dehors d'Alexandrie attirait peu l'atten- 
tion des historiens romains et de leur public. C'est ainsi que le même Dion et le 
biographe de Sévère, parlant de la réforme de 202, mentionnent la création d'une 
poijXr; alexandrine, mais passent sous silence celles qui furent alors accordées aux mé- 
tropoles de la vallée, non par ignorance, sans doute, car ils sont bien informés et l'on 
doit créance à leur texte", mais par une sorte de dédain pour la vie lointaine des 
provinces qui, sans les inscriptions et les papyrus, nous échapperait tout à fait. 

Ces pouXa! des cités, dont nous constatons plus ou moins sûrement l'existence à 
des dates diverses, pourraient sans doute être comparées à celles des métropoles ; mais, 
sauf celle d'Antinoé, elles nous sont à peu près inconnues. Dans le peu de documents 
qui nous restent transparaissent quelques différences. Pourtant il ne doit pas être 
interdit de conclure avec prudence des unes aux autres. Celle d'Alexandrie surtout, 
(|ui reçut, comme les métropoles, son sénat en 202, devait présenter de grandes ana- 
logies avec celles des villes de la /-ipa. On peut croire aussi que, si, au début, des cités 

1. Voir, par exemple, P. Oxy., 1452, II, 1. 40, et introd. Dion Cassius marque nettement que bien des insti- 
tutions de la province, notamment bien d'autres mesures prises à Alexandrie, datent du temps d'Auguste, xal 
UÇMV o'JTU TÔTî Tay_6évT(i)v, Ta (xèv à').),a xal '/-jv ÎTy/jpw; j-j/iTTîTai. 

2. Dion Cassius, en particulier, parait bien informé. Les traits et les mots qu'il attriliue à Octave (c. 16) 
peuvent même être parfaitement authentiques, et sont tout à fait dans Tesprit de ce que nous savons de sa 
politique : son respect pour .\lexandre et pour le culte très hellénisé de Sêrapis est conforme à son attitude à 
l'égard de l'élément grec que les institutions romaines ont favorisé en Egypte. Il est plus dédaigneux des cultes 
indigènes (Apis) : on sait que les masses indigènes, aux yeux des Romains, sont restées des sujets (dediticii). 
Son mépris pour les Ptolémées marque la rupture voulue avec les souvenirs de la dynastie lagide. 'Voyez la 
note précédente. 

Reçue égyptologigue, I. 8 



58 PIERRE JOUGUET 



comme Ptolémaïs ou Naucratis avaient conservé des traits originaux, il y eut, au cours 
des temps, une lente assimilation dans toutes les institutions des villes d'Egypte. Mais 
ce développement reste pour nous obscur. On constatera que presque tous les frag- 
ments à'acta que le hasard nous a conservés sont du milieu ou de la fin du IIP siècle. 
C'est donc à cette date que nous sommes obligés de nous placer. 

On comprend dés lors (jue nous soyons peu renseignés sur les origines : nous igno- 
rons tout à fait comment a été dressée la première liste des bouleutes. Nous ne savons 
pas davantage comment, dans la suite, les bouleutes se sont régulièrement recrutés. 
Toutefois, entre les deux hypothèses les plus probables, celle d'une lectio par un 
magistrat municipal et celle d'une cooptatio, les vraisemblances sont de plus en plus 
pour la seconde. Elle a pour elle l'analogie du xotvôv des archontes cjui, nous le savons 
maintenant, se renouvelait par cette procédure'. Mais, pour les archontes, il y a une 
sorte d'investiture, purement formelle d'ailleurs, donnée par le pouvoir central et 
symbolisée par la cérémonie du couronnement. Pour les bouleutes, on ne connaît rien 
de pareil, et aucun texte ne parle de leurs couronnes. Il est clair qu'ils devaient être 
choisis dans l'aristocratie municipale, peut-être dans cette classe des à.m ^utivaicou qui 
subsiste après 202". En tout cas, depuis l'édit de Caracalla, tous les curiales sont 
naturellement citoyens romains. Leur gentilice est généralement omis dans les 
acta, probablement parce qu'on le supprime quand c'est le banal Aurelius; s'il est 
exprimé, il est toujours autre, par exemple, pour Ssitit(jito<; SEp?ivo« 6 zaî 'Ir/upioiv'. Il est 
depuis longtemps prouvé que la pouXr; ne se recrutait pas, au moins exclusivement, 
parmi les anciens magistrats, et que tous les magistrats, malgré le principe de Paul ', 
n'étaient pas membres de la ^ouXii. Faut-il croire avec Preisigke que les archontes 
étaient pris parmi les plus riches, les bouleutes parmi les moins riches? C'est possible, 
mais nous ne savons rien de certain '. 

Sur un point, les nouveaux textes nous apportent un renseignement précieux : la 
pouXï! avait sa caisse particulière, (jui n'était pas celle de la ville, et ([ui était adminis- 
trée par un trésorier particulier, xajjiîaç PouXeutixùv ■/or^ii.i.xwi , grand personnage, puisque 
la charge est tenue par un ancien exégète'. Nous voyons que cette caisse prêtait à 
certains bouleutes. On ignore comment elle était alimentée; sans doute par les cotisa- 
tions des bouleutes eux-mêmes, et l'on peut deviner, on le verra, l'utilité de cette 
fortune collective. 

Consistait-elle seulement en argent, et la pouXr; ne possédait-elle pas des terres? 

■ 1. p. Rylands 77. Voir Jougl'Et, Reoue des Études grecques, XXX (1917), p. 323. 

2. Cf., p. ex., P. Oxy.. 1267. 

3. P. Oxy., 1413, 1. -i. 

4. D., 50, 2, 7 : is qui non sit décurie, duumviratu vel aliis lionoribus fungi non potest. 

5. Vie Municipale, p. 358 et suivantes. 

6. P. Oxy.. 1501. 



LES BOVAAI ÉGYPTIENNES A LA FIN DU III" SIÈCLE APRÈS J.-C. 59 

On trouve dans un teste l'expression xà ûTtoariXXov-ca tri SezaTipioTei'a', et Grenfell et Hunt 
entendent qu'il s';igit de terres possédées en commun {jointly) par des décaprotes, à 
raison des risques de leurs charges. L'analogie pourrait suggérer l'hypothèse qu'il en 
était de même pour les curiales ; mais ce n'est qu'une hypothèse". 

Pénétrons maintenant, autant que possible, dans les réunions de la pouXr]. Deux ' 
personnages se détachent sur l'ensemble : le président d'abord, ou prytane, et le 
ajv8iy.o<;. Le prytane est un archonte : il existait comme tel avant 202; on connaît, au 
IP siècle, des prytanes et un archiprytane à Arsinoé, des prytanes, un itp'jxavixàç 'à^'fjà'i 
à Alexandrie''; que TrpuTavixôs ap^."^ soit synonyme de prytane, c'est ce que nous prou- 
vent les acta du sénat antinooupolitain* : le rôle de prytane ou de président y est 
rempli par un itpuxavtxoc; (s. e. ap/wv). On peut donc supposer qu'avant la création des 
curies, le prytane présidait les archontes, et il a dû garder ce rôle, quand il est de- 
venu le président de la '^ml-î,. Ainsi était assurée la collaboration étroite du xo'.vov des 
magistrats et du sénat de la ville, union d'autant plus importante à obtenir que les 
deux corps avaient un recrutement indépendant. Il est vraisemblable qu'à la différence 
des autres magistrats, le prytane était toujours bouleute. La durée de sa charge paraît 
avoir été plus qu'annuelle, comme celle des autres magistratures municipales (nous le 
savons aujourd'hui) ; ou si elle était annuelle, le même titulaire y était souvent réélu. 
On peut, à ce sujet, renvoyer à ce que nous apprenons touchant la carrière d'un 
prytane d'Hermoupolis sous Gallien, Aurelios, Corellios, Alexandros'. L'élection du 
prytane devait, nous le verrons, être proposée à la pouX/ six mois avant son entrée en 
charge. 

Nous ne savons pas, en revanche, si le syndic était toujours bouleute. C'était un 
haut personnage, et qui avait déjà parcouru la carrière des honneurs. On le voit repré- 
senter les intérêts du sénat et sans doute aussi ceux de la ville, au cours de procès. On 
peut donc le considérer comme le successeur de ce TTpoStzo; qui, au IP siècle, défend, 
devant le stratège, la thèse de la commune Hermoupolitaine contre les prétentions d'un 

1. P. s. /., 187, 1. 7; P. Oxy., 1502. 

2. Dans Vie Municipale, p. 370-371, j'avais fait état, non pour appuyer l'hypothèse d'une fortune foncière 
de la poulï], mais pour indiquer que les terres des curiales pourraient former une classe à part, de C. P. H., 120, 
liste de terres classées sous les rubriques (ir)-po7to).my.wv, x(o(jititixmv, Tajjiiaxàiv : je supposais une rubrique pou- 
XeviTixmv perdue dans la lacune. 11 n'est pas prouvé que ces rubriques soient des épithôtes qualifiant des terres : 
les termes (|XY)Tpo)7co)>!Tiy.â, ■/.(ojj.rjtiy.i signifient souvent des redevances dues par les gens des métropoles, des 
bourgs. (Cf., en dernier lieu, Grenfell, Hu.nt, commentaire à P. Oxy., 1419), et on les a ainsi interprétés dans 
C. P. H., 120. Il faut remarquer toutefois que ce texte donne la superficie des terres et jamais le chifîre d'une 
redevance. De plus, dans cette hypothèse, je ne comprends pas ce que peut signifier taixiaxwv. C. P. H., 120, 
reste obscur. 

3. Vie Municipale, p. 175-176 et p. 375. Ernst KOkn, Antinooupolis, p. 107. Je dois communication de ce 
mémoire à M. Méautis. 

4. Wii.OKEN, ad loc. 

5. Vie Municipale, p. 375 et suivantes. 



60 PIERRE JOUr.UET 



certain Achilleus à refuser la cosmétie. Ainsi son rôle répond tout à fait à la défini- 
tion donnée de sa charge dans le texte souvent cité d'Arcadius Charisius'. Mais les 
papyrus d'Oxyrhynclios nous apprennent davantage. Nous le voyons siéger dans la 
pouX/i, intervenir fréquemment dans la discussion, comme une sorte de conseiller juri- 
dique; il semble même avoir eu des pouvoirs d'agent d'exécution, puisqu'il a le droit 
de saisir les revenus de certaines personnes désignées pour les charges municipales. 

En face du syndic et du prytane, les bouleutes nous apparaissent le plus souvent 
comme une foule confuse. On doit se demander pourtant s'il n'y avait pas entre eux 
une hiérarchie, et si les curies n'étaient pas divisées en sections. 

Otto Seeck' a soutenu que les décaprotes, répondant au\ quinquennalicil des 
communes romaines, formaient, au sein de la |3oj),r;, une sorte de comité directeur, 
assistant ordinairement le magistrat de ses conseils, et particulièrement chargé de 
percevoir certains impôts en argent et en nature, sur la ville et sa regio. C'est là une 
doctrine générale qui, selon son auteur, doit s'appliquer à tout l'Empire. Nous reste- 
rons sur le terrain égyptien, où elle ne nous parait pas convenir. Grenfell et Hunt ont, 
sans doute, noté que la durée de leur charge se rapprochait, pour les décaprotes, des 
cinq ans imposés aux quinquennales; mais il faudrait pouvoir démontrer que les 
décaprotes étaient toujours bouleutes. C'est à quoi incline Wilcken : on peut admettre, 
en efïet, que, si cette qualité n'est pas toujours mentionnée dans leur cursus, c'est 
que celle de dccaprote suffit à l'indiquer. Mais je reste impressionné par des textes 
où nous voyons en même temps certains décaprotes se parer du titre de bouleute, 
tandis que d'autres l'omettent dans leur cwsus'. Enfin je remarquerai que dans les 
fragments A'acta que les papyrus nous apportent, loin d'y figurer avec l'allure d'un 
groupe à part, les décaprotes ne sont même pas nommés. Sans exagérer la portée de 
cet argument a silentio appliqué à des textes dont le témoignage est si souvent inter- 
rompu par des lacunes, on peut, jusqu'à nouvel ordre, s'en tenir à l'interprétation qui 
reconnaît dans les décaprotes des liturges d'Etat préposés par la pouXr; à l'administra- 
tion financière des toparchies et notamment à la direction des greniers publics'. Cette 
originalité de l'institution en Egypte tient peut-être à ce qu'ici le nome ne saurait être 
considéré comme le district [regio) de là ville. 

Donc nous ne trouvons jusqu'à présent aucune trace de hiérarchie entre les bou- 
leutes. Il serait peut-être hardi d'affirmer que cette hiérarchie n'existât pas. Consta- 

1. D., 50, 4. 18, 1. 13 : Defensores quoque, quos (Jraeci syndicos appellant, et qui ad certam causam agendam 
vel defendendara eliguntur, laborem personalis muneris adgrediuntur. Cependant nos sj'ndics du III" siècle 
remplissent une charge qui parait durable. Ils ne sont pas nommés « ad certam causam agendam ». 

2. 0. Seeck, Decaprotie und Deceinprimat, Klio, p. i, 147-188. Cf. Vie Municipale, p. 366 et p. 391. 

3. P. Fior. 7, 1. 12-13 ; P. Fay. 85 ; P. Fior. 26. 

4. Cette administration des greniers, autrefois entre les mains des sitologues, n'épuise pas l'activité des 
décaprotes qui lèvent aussi bien des impôts en argent qu'en nature. Voir Grenfell, Hunt, ad P. Oxy., 1410. 



LES BOVAAI ÉGYPTIENNES A LA FIN DU III" SIÈCLE APRÈS J.-C. 61 



tons-nous du moins une division des curies égyptiennes en sections diverses? On 
pourrait penser, par exemple, que les sénateurs étaient groupés par tribus. Dans un 
de nos textes, nous voyons intervenir les gens de la troisième tribu, o'i àr.'o •:?;; xpiTT)? 
tpuXfic. Mais il est à peu près impossible de décider si cette expression désigne tous les 
bourgeois, ou seulement les sénateurs, ou même particulièrement les archontes de la 
tribu ' . 

Pourtant nos textes distinguent des séances plénières et des séances restreintes. 
Celles-ci étaient-elles réservées seulement à certaines sections ou à certaines classes 
du sénat? Pour en décider, il ne nous reste que deux documents. L'un est déjà ancien- 
nement connu. Il s'agit du choix d'un liturge à la place d'un autre liturge décédé. Le 

texte est ainsi conçu : àv9' oî oir)).to(6£vT:o;) XB-zB'k(£.\>Tr,y.h%'.] fip^â'') "Tïô xiôv ÈTt! Toù ÙTtà tïj; aûir^i; 

pouX•?i<;^ 'Ett! toù est évidemment fautif. J'ai autrefois proposé la correction ènî toû <tou>% 
qui implique l'existence d'une section restreinte de la pouXrî, spécialement habilitée 
pour ces désignations aux charges, soit que ce fût son tour de service, soit que ce fût 
son rôle propre. Mais un texte d'Oxyrhynchos nous fournit un élément nouveau ^ Il 
s'agit de nommer des liturges chargés de convoyer des animaux (xaxairojjiuo! Çwwv). La 
nomination était sans doute urgente, car le prytane nous apprend qu'il a réuni en hâte 

les sénateurs qui étaient présents : auvâ^a; iivàç toùc 7Lap[ô]vxas- à-Tiô v?;!; pou),-?;; à)[v]o(jiiaajjtEV -côv 

i:apaTiîiova. Ainsi cette assemblée restreinte n'est nullement constituée par une section 
particulière du sénat. Et, s'inspirant de cet exemple, Grenfell et Hunt corrigent dans le 
papyrus précédent ird xoO en àm T:ô<-;ro>u. C'est probablement la véritable leçon. — Nous 
dirons cependant que deux textes ne sont pas suffisants pour nous assurer qu'il n'y eût 
pas de réunion restreinte régulièrement constituée par des sections ou des classes de 
sénateurs. 

Il est vrai, toutefois, qu'à ces deux textes, un troisième pourra s'ajouter si nous 
étudions la procédure de la convocation; l'occasion en est fournie par P. Oxy., 1412. 
La pouXr est convoquée par le prytane, comme on pouvait le supposer ^ Il s'agit ici 
d'une réunion extraordinaire (po^Xr,'/ T:pocr/.XT,Tov), provoquée par la nécessité urgente 
d'assurer le transport des fournitures pour l'annone militaire {-^r^i àva-/.rjjjtio?;c T?ji; eùeeveîaî 
Tûv -fEvvaioTâTOJv t;-paxiWTwv) et cc sout Ics lettres de deux hauts fonctionnaires centraux, 
deux procurateurs, gratifiés de l'épithète de leur rang, xpâ-ïiatoç, qui attirent l'attention 
du prytane sur l'obligation pressante de réunir la curie : l'un de ces procurateurs est 
le diœcète; l'autre est probablement rÈTreîxxrjî oTijjtoffîou ut-ioj. Rien, notons-le, ne nous 

1. Voir plus bas, p. 71. 

2. e. G. U., 144, II, 1. 1. 

3. Vie Municipale, p. 382. 

4. P. Ojcy., 1414, 1. 21. 

5. Vie Municipale, p. 379. 



62 PIERRE JOUGUET 



dit (jiie le prytanc ait reç;u l'ordre de réunir les bouleutes; en tout cas, s'il le reçoit, 
les fonctionnaires centraux ne paraissent pas avoir le droit de convoquer eux-noêmes 
l'assemblée, pas plus qu'ils n'en peuvent avoir la présidence. C'est, pensons-nous, ce 
qui avait déjà été à peu près démontré '. 

On peut concevoir une convocation collective ou des convocations individuelles, 
celles-ci par lettres adressées à cliaque bouleute en irarticulier; ou, si l'on pense qu'un 
tel procédé eût amené un grand gaspillage de papier, matière assez chère, on peut 
imaginer des jetons, à l'image de ces caciiets ou boulettes en terre sigillaire que le 
stratège faisait parvenir à ceux ciu'il mandait, et qui portaient l'inscription : ô uxpa- 
TTiihi; ai -/.aie.'.'. Remarquons tout de suite que la convocation conservée sur le papyrus 
d'Oxyrhynchos 1412 n'est pas une lettre : au début, après le nom du prytane au nomi- 
natif, suivi de son cwsus, aucune formule de salut; à la fin, aucun souhait de santé 
ou de bonheur, comme on en trouve dans toutes les lettres. La rédaction du document 
est toute impersonnelle; c'est celle d'une proclamation destinée à être affichée. 

L'affichage est, en efîet, la procédure naturelle pour la convocation collective, et 
le texte lui-même mentionne expressément des pièces affichées : mais, parmi ces pièces, 
il n'est pas dit que la proclamation du prytane figurât : il s'agit, si la restitution 
des éditeurs est juste, des lettres mêmes des procurateurs. Toutefois il est à peu près 
certain que la proclamation du prytane 'était afficliée avec ces lettres, car elle est 
elle-même traitée de TipoypaiJiiJLa. 

Ce Tzp'riponiiJ.rt présente d'ailleurs des singularités frappantes. Le lieu de réunion est 
indiqué d'une manière bien vague, sk âmjjiEXîi xônov'. Il est à croire que tous les bouleutes 
connaissent l'endroit et que l'article xôv a été omis par incorrection'. Cet endroit, quel 
était-il, le pouXeuxrjpiov ou une place publique? Les deux solutions sont possibles. Nous 
savons peu de chose, en Egypte, des j3ojXeu-:<ipta. La publicité d'une séance du sénat 
n'est pas, on le verra, une hypothèse absurde. Dans ce cas, le lieu de réunion aurait 
été l'agora. 

Pas plus que le lieu, le prytane n'indique l'heure. Nous savons seulement que la 
réunion est pour le jour même {hi xf, <s/,(itao[v 7ix]i<; knt[\]^ ie') et le plus vite possible 
(6?éio<;) : les barques sont à l'ancre et attendent les denrées à fournir (-lov TrXoiwv tISti -cwv 

6icoSej'0(jiÉv(i)v xà e'.'oii lœopijiôuvxtov). 

On avouera que cette précipitation et ce vague sont de nature à nous surprendre. 

1. Vit' municipale, p. 379. 

2. J. Nicole, Archic, III, p. 226-291. Nous avons trouvé plusieurs boulettes de ce genre, Paul Collomp 
el moi, dans nos fouilles d'Edfou. 

3. Les éditeurs traduisent ei; em^Lilf, TOTtov, at a sui table place, et c'est sans doute le sens. MM. Maurice 
Croiset et PuECH me font reniarquer que l'emploi de l'adjectif £iti[j.E),ri; dans cette acception est étrange et 
mérite d'être signalé. 

■). L'omission de l'article ne me paraît pas rare dans les textes d'époque romaine. 



LES BOTAAI ÉGYPTIENNES A LA FIN DU III" SIÈCLE APRÈS J.-C. 63 

Mais il ne faut pas se représenter la vie de ces villes égyptiennes à la ressemblance 
de celle de nos cités. Si importante que fût Oxyrhynchos, elle n'était pas tellement 
étendue. Le peuple du Levant reste peu à la maison : il vit dans la rue et sur la place 
publique : si une affiche est apposée sur les murs d'un édifice officiel, elle est aussitôt 
lue de bien des personnes; la nouvelle court de porte en porte; les sénateurs convo- 
qués arrivent, un à un, au rendez-vous connu ; quand ils sont assez nombreux, le 
prytane ouvre la séance. 

Toutefois il nous semble que ce mode de convocation ne convient guère qu'à une 
assemblée extraordinaire et improvisée et qui a bien des chances de ne pouvoir être 
plénière : beaucoup des curiales manqueront nécessairement à l'appel. Il ne faut pas 
nous laisser tromper par le T.m-zz(; de la ligne 14. Le prytane demande que tous veuillent 
bien venir, pour être sûr d'en avoir quelques-uns. On pense au auvà^a? -civàc; toOç TtapôvTOç 
àito xî),; pouX-Tic que nous citions tout à l'heure. 

Les éditeurs ont cependant cru à un xotvàv auvÉSpiov, car ils traduisent aux 1. 11-12 
8[ifi]|jio(iîav uuvaYaYEïv TtpôoxATiTov pouXr)v (( par special général meeting». Aruiôatav a-t-il vraiment 
ce sens? c'est contestable. Deux autres, plus appropriés aux circonstances que le texte 
nous révèle, se présentent à l'esprit. S'agit-il d'une séance publique'^ A-^njiôtrtoî signifie- 
rait public, comme Svjfjtoaîa upo-z-Efcai, veut dire : est publiquement affiché. Je ne le crois 
pas, ne connaissant aucun exemple de l'adjectif oTuxoaioç pris dans cette acception. Mais 
qu'on remarque que la séance en question aura pour seul objet de délibérer sur le 
transport de l'annone militaire, qu'elle est provoquée par les fonctionnaires du pou- 
voir central; on est alors amené à cette idée qu'une orijjioaîa pouXr; est une séance où 
l'on discute les affaires de l'État (o-rifiôatcv), par opposition à ce que serait une itoXnixT; 
pouXv^ où l'on dicuterait les affaires de la ville. Toutefois, ne nous dissimulons pas que 
la plupart du temps, quand la |3ouXt; se réunit, elle est à la fois tcoXitiz-ô et oijiJioiTia'. 

Les motions sont présentées le plus souvent par le prytane. Dans un texte do 
Berlin, certains prytanes d'Arsinoé — pas tous — sont appelés en même temps 7-/10- 
|jiï)£iaTr)YY)T:xi et ÈTinj/ïicpiaxai *. On a supposé' quc d'ordinaire les motions étaient présentées 
et mises aux voix par un personnage portant ces titres, et qu'ils étaient donnés au 
prytane quand, à la présidence, il joignait cette fonction. Nous ne trouvons pas trace 
de •cvu)fiT,Et(yr)YTii:r;<; et d'ÈittiJ/TitpKjTïic; dans les acta de la pouX/, jusqu'ici connus. Aucun de 
ces documents n'est, il est vrai, d'Arsinoé; l'institution était peut-être particulière à 
cette ville; mais ce n'est guère probable. Le prytane Yvwjjtï|et(ir,'YT)T:v'iî xa! sTn|7itp'aTïii; ne 

1. Il reste des incertitudes sur les lectures et les suppléments de la ligne 15. Les éditeurs ont écrit, sans 
être satisfaits de leur restitution, îva o-jv TtâvTE; éxôvTeç [àxrt ?] (îouXEUTai. Ils nous mettent en garde contre une 
conjecture telle que èXOôvte;. Ne peut-on pas écrire îv[a oîv 7c]d(VTEç éxdvTE; [(njn]êo\jX£-j<wv>Tai ? 

2. Voir, p. ex., B. G. U., .S62, XV, 1. 8. 

3. Preisigke, Stàcltisches Beamtenwe^on im rômischen /Egypten, p. 20. 



64 PIERRE JOUGUET 



serait-il pas le président effectif de la po.Xr;, tandis que les autres prytanes n'auraient 
qu'un titre honorifique, ou seulement des fonctions administratives? D'ailleurs y""-- 
[jiT.£..TT,YT,-/;ç ne signifie peut-être pas qu'il avait seul l'initiative des motions, mais qu'il 
avait seul peut-être le droit de les mettre en discussion. En fait, dans les textes, 
nous voyons des motions présentées par de simples bouleutes. On peut croire que les 
archontes, individuellement ou en groupe, avaient aussi ce droit. 

L'intervention des bouleutes est le plus souvent collective et se borne à des 
acclamations. La plus fréquente est le cri 'uzeavÉ, que ^^léautis explique comme une 
invocation au Nil. identifié avec le fleuve Océan, et qui serait devenue une simple 
exclamation d'approbation et de joie, comme le A^o<i'7 du moyen âge'. Aux arguments 
que Méautis a groupés pour illustrer son interprétation, il semble que les papyrus 
d'Oxyrhynchos on apportent un nouveau. Le n" 1590 mentionne les iopoirâpo/ot toO 
'i>y.£avoO. Les JSpo-ipo/oi sont- connus par d'autres textes : ce sont des entrepreneurs qui 
prennent à ferme la fourniture de l'eau, soit pour l'irrigation, soit pour les bains, soit 
même de l'eau potable". Il ne semble guère possible qu'on ait fait venir à Oxyrhynchos 
de l'eau de l'Océan. Il ne peut être question que du Nil, et s'il porte ici ce nom my- 
thique, c'est peut-être que l'eau que les SopoTiipo/oi du n° 1590 devaient fournir servait 
à des usages religieux. 

La police des séances était réglée, non par des décisions de la '^o'Ar,, tout au moins 
pas exclusivement, mais par des constitutions impériales. On a conservé un édit de 
Caracalla, afïïché peut-être à Babylone (d'Egypte) et que prévoit le cas où un bouleute 
frapperait ou insulterait soit un collègue, soit le prytane. Le coupable sera d'abord 
chassé de la pou),/,, puis, dit le texte, &'.i cîtîijlov ywpav y.[:fzoi<rzr','7Exoii]. Quel est exactement le 
degré de cette atimie? L'expression ne saurait être synonyme de -ri)? pouk(a; àTiaXXiÇetat 
qui précède; elle doit impliquer en outre l'impossibilité d'arriver aux àp^^'' («px»' = 
-■..ua!), peut-être encore d'autres déchéances. Le coupable était-il rejeté dans la caté- 
gorie des personnes incapables de tout munusl C'est assez peu probable : en ces temps 
où les charges pesaient si lourdement sur la population, on n'allait pas se priver d'un 
candidat possible aux liturgies qui n'étaient point un honneur''. 

Les acta nouveaux ne nous donnent pas l'idée de séances aussi orageuses ; mais 
ils nous laissent le sentiment d'une compétence très étendue de la pouXr;. Voici, en 
suivant l'ordre des textes, un sommaire des questions traitées, tel, du moins, que les 
lacunes permettent de le dresser : 

1. G. MÉAUTIS, Reeue de Philologie. XL (1916), p. 51-54. 

2. WiLCKEN. Archic, IV, p. 120-121. 

3. La rédaction du texte présente une étrangeté, 1. 8, ô ijiev ^o-At-j-zr^i. Dans la suite on ne voit aucun 8à 
qui réponde à ce iùi, et la phrase qui concerne les bouleutes est immédiatement suivie de la mention de 
raflSchage. Notre papyrus ne nous donne peut-être qu'une partie de la constitution originale. 



LES BOVAAI ÉGYPTIENNES A LA FIN DU III'' SIÈCLE APRÈS J.-C. 65 

1413. — 1. Désignation d'un exégète, 1. 1-3. 

2. Désignation de curiales aux magistratures et aux charges (exégètes et 

épitérètes), 1. 4-17. 

3. Détermination des tours de service pour la fourniture d'huile au gym- 

nase, 1. 18-24. 

4. Sur la couronne et la Victoire d'or dues à l'empereur Aurélien, désigna- 

tion d'aptetètes, 1. 25-37. Peut-être les 1. 33-37 ne se rapportent pas 
à la même affaire. 

1414. — 5. Fourniture de vêtements dus par le nome et la ville, 1. 1-3. 

6. Question relative au tissage dans les temples, 1. 4-11. 

7. Augmentation due aux tisserands de lin d'Oxyrhynchos, 1. 12-16. 

8. Désignation à un office public sur ordre du stratège, 1. 17-18. 

• 9. Désignation à une liturgie consistant à convoyer des animaux, 1. 19-21 

(la fin de cette section et le commencement de l'autre sont indécis). 
10. Réélection du prytane, 1. 22-30. Il est possible que les dernières lignes 
(28-30) ne se rapportent pas à la même question. 

1415. — 11. Affaire relative à des transports, 1. 1-3. 

12. Remplaçants à nommer pour des offices publics, 1. 4-8. 

13. Idem, 1. 9-12. 

14. Affaire concernant un banquier, 1. 13-16. 

15. Désignation à une liturgie concernant une banque, 1. 17-31. 

1416. — 16. Choix d'un délégué chargé d'inviter le préfet à la panégyrie, 1. 1-2. 

17. Prêt sur le trésor du sénat, 1. 3. 

18. Désignation d'un agonothète, 1. 5. 

19. Désignation de gymnasiarqaes, 1. 6-9. 

20. Exanien d'une requête de prêtres, 1. 10. 

21. Remplacement à (Jes liturgies, 1. 11-17. 

22. Choix d'un cosmète, 1. 18. 

23. Exemption d'un liturge libéré par la sentence d'un haut fonctionnaire, 

^milianus Asclépiadès. Nomination d'un remplaçant. Il s'agirait du 
cautionnement d'un aomicai'ius, 1. 19-21. 

24. Transmission des revenus provenant de la vente des biens confis(|ués et 

de la caisse municipale (?) à la <^o'A-f, suivante, 1. 22-23. 

25. Nomination d'un épitérète, 1. 24. 

26. Nomination d'un exégète, 1. 25-26. 

27. La ligne 27 reste obscure. 

28. Recevoir une convocation judiciaire du procurateur, 1. 28. 

29. Affaire relative à un préfet, 1. 29. 

Reçue éç/n/itolot/iijue, I. . ^ 



66 PIRKRE JOUGUET 

1412. — 30. Désignation de liturges pour le transport de lannone militaire. 

Dans le tableau suivant, nous avons tenté un classement de ces diverses affaires 
par espèces : 

[ -Apyai, 1, 2, 10, 18, 19, 22, 26. 
Désignation aux magistratures \ ^, ' . . , ^ ^r. -,- 

N Charges municipales, 2, 16, 2o. 

et aux charges ^ Charges d'État, 4, 8, 9, 11, 12, 13, 15, 21, 23, 30. 

Affaires concernant l'administration de la ville, 3, 17, 24, 28(?), 29(?). 

— — de l'État, 4, 5, 7, 11, 14, 29 (?). 

— — des temples. 6, 20. 

Comme on le voit, un des devoirs les plus graves de la jScuXr; est la désignation 
aux magistratures municipales. Sur la procédure suivie, c'est 1413 (jui nous renseigne 
le mieux. Mais le texte est mutilé, il manque au moins 80 lettres à gauche. Il faut 
pourtant l'analyser, et, autant que possible, en établir le sens, avant d'examiner les 
conclusions qu'on en peut tirer. Les éditeurs l'ont fait et ils ont déjà tracé la marche 
de la discussion dans ses grandes lignes. On nous permettra de présenter une ou deux 
nouvelles interprétations de détail, et, pour la restitution, quelques hypothèses dont 
nous ne nous dissimulerons pas la fragilité. 

A la ligne 8, le texte prête aux bouleutes l'observation suivante : 6 ôvo(jia!jOE!i; ètt! xô) 
!o{({j Ttôptp ôvo,uiïa0Ti. « Celui qui a été nommé, a été nommé sur la garantie de son propre 
revenu. » C'est donc sa fortune propre, non une autre, qui a été prise en considéra- 
tion pour estimer le revenu, le irôpoç qui contribuait à le rendre capable de la magis- 
trature où il fut porté, eÙTtôpoc za! i-K'-x-rfitioq, disent nos documents. Il y aurait donc des 
cas où le revenu propre du liturge n'était pas seul considéré. Les éditeurs citent, par 
exemple, un agoranome nommé in'', mpi^, ïTJ-rrj za! tôjv ÙTio/eipiiov (in manu ?) Tixviov, for- 
mule dans laquelle èti'. i:6pto lauxoù est évidemment synonyme de ÈTt'. îoîttj mpi^. On peut 
songer aussi à ce liturge qui remplissait la charge en usant du revenu d'un autre 
qui, désigné à un office et s'en jugeant financièrement incapable, lui avait cédé ses 
biens par la procédure dite cessio bonorum, h-riz-m^ -m-, 6-!tp;^ov-tov. Dans ce cas, en effet, 
la charge serait exercée non pas Im. i8it|j uoptij, mais, si l'on peut dire, £-■ uoptjj xoO È/.ŒTàvxoi;. 
Toutefois je ne crois pas que, dans notre texte, il puisse y avoir une allusion à la 
cessio bonorum, ni que notre formule indique qu'elle ait été interdite au moment de 
la nomination. Certes la ^ox>\i (ixait bien certaines conditions aux magistrats pour 
l'exercice de leurs fonctions (cf. 1413, 1. 3, Itz\ xoixoiç xoTç 6poi,-); mais tout ce que nous 
savons de la cessio bononum nous prouve que cette procédure est réglée par une 
autorité plus haute, celle de l'empereur, et qu'il n'est pas au pouvoir des curies de 
la permettre ou de l'exclure. 

Mais "Sio; -ipoi peut s'opposer non seulement aux revenus d'autres individus que 



LES BOrAAI ÉGYPTIENNES A LA FIN DU III^ SIÈCLE APRÈS J.-C. 67 



l'individu désigné, mais aussi à des revenus collectifs. Par exemple, on peut supposer 
que les décaprotes fournissaient, comme garantie pour l'accomplissement de leurs 
charges, non seulement leur revenu particulier, mais encore ceux des propriétés com- 
munes de la décaprotie, i-ô tôôv •j-o<7x^lXrj'no}-i if, oexa-pw-esi. C'est une hypothèse qu'il me 
semble que Grenfell et Hunt ont faite eux-mêmes. D'autres peuvent être aussi auto- 
risés à utiliser une caisse commune. 

Ces considérations nous fournissent, je pense, une explication pour un autre pas- 
sage du teste. Au début de la discussion, le prytane recommande en ces termes de 
nommer des bouleutes à l'exégétie : 

phrase où le /.al ne signifie pas qu'il faut nommer au.fsi des bouleutes, mais nommer 
encore cette fois des bouleutes, comme on le voit par la ligne 12, où elle est répétée. 
Pour quelles raisons nommer des bouleutes? Si nous voulons le deviner, il faudrait 
savoir ce que sont exactement les ^-.tr^zr/A. Adoptons l'interprétation des éditeurs qui 
est très vraisemblable. Le mot, apparenté à Tiéiiua, désignerait un droit payé par celui 
qui revêtait une magistrature aTstsavr/iôpo?, une sorte de summa honoraria, et, dans la 
lacune, ils suppléent l'idée : « afin que le produit des steptika puisse profiter à l'État ». 
Mais si c'est là la raison pour laquelle les bouleutes doivent être préférés à d'autres, 
il en faudrait conclure que les bouleutes seuls payaient des n-.zT.-.iY.i ou que seuls les 
zztT-.\.-/.i des bouleutes revenaient aux caisses du fisc. C'est une conclusion, on l'avouera, 
assez peu probable'. Que l'on remarque, d'autre part, que la 3oj).ï, a sa caisse collective 
et qui faisait parfois des avances à des sénateurs. Ne peut-on admettre que, sur déci- 
sion de la curie, les ^--z.--<.7.i des curiales portés aux âp/a( étaient pris sur cette caisse, 
ce qui en assurait le paiement ou. du moins, le paiement rapide? Le sénateur à qui 
cette faveur est accordée, n'est pas nommé ï-\ VAto zoptu, mais I-kX \^[w ttooiu /.a! -.-7,^ |3ojXt,,-. 
Si l'on veut bien adopter cette idée, le cours de la discussion pourrait s'éclairer 
assez vivement jusqu'à la ligne 12 du texte. Pour indiquer comment je l'entends et 
permettre une lecture continue de ce pa.çsage, je proposerai et traduirai des supplé- 
ments dont l'incertitude ne me fait aucune illusion. L'important sera, dans nos 
conclusions, de ne tenir compte que de ce qui est sur. 

L. 4. — ['0 -pjTav.; eTt:(ev)- [62 lettres] "ô [xi'fxYl.'.ri; -oj /.jpJoj T.uôjv AJpr,/,!avoj isoajTOj. 

ôvojiâaaTE oOv •/.a! pou/.E'jTiî 'iva ta a-e-Tixà a'JTtôv sX^^fityfiî,- 
L. 5. — [va; ojVTjTa'. à-iïô Ttûv SouXs'jx'.xwv ypTiiiixiov o; ^o'jXsuTa'. eT7:(ov)- ^rpo-rpa-fiTcoTav ojv /.a" ^ou- 

\fjz%]'.. T.p'j-zi-i'.; £T7:(îv)- -rpo-TpÉ^ajO; o'. £;-f, -cT|-a ■ -''va;, o' i;T| y'i",-:!'. £'7:{ov). 

7rpo-p a-Y^TU) [SJîpv'Oî e".^ È;T| y'^i'e '• av. o -p-j-av.; •T[-(ev)- 

1. J'ajoute qu'il est vraisemblable, comme on le verra plus bas, que les TTî-Ti/i étaient payés ii la ville. 



68 PIERRE JOUGUET 



L 6. frrpoToaTTi'.TW oov Siç,f,-ioi- à>,),i oeT xa; ïXXous TrpoTpé-l/asOai- oî s?T,Yr,Ta: eT-iîJov)- zpoTpairnîtto xai 

ô U).OJ-:iov. Sajos'ivoc xa; ù)« y pr, fjta(T:rE ;) Trp'jTiv EjTa; £T-(sv)- ô n).o'JT'!(DV TXeTt- 

T'.XÔV È-! OOîO.E'. ^î âvEOÉ^ITO i~'J T ■. U lïj V î ÇT, -'T, T E '! I î . Ô TT p j T [avlç] 

L_ 7. — [eTT:(Ev)- à).Xà TOOfTOiov/^iei (6 OEÎva) -'p^t'H"'"''-'' "•"'' "^''''"•■''w'' ''• -'■'■ i^=-Hi: "ô t-e-tixov if.ç 
à-rô -rificûv èÇTiYfTjTStïî). (ô oeîvi) Y]pi[J'[J'5'"î'^'; ~o).ï '."'.xtov £Tt:(evi- va!. 'louXiavôc 

ô xi: AlOffXO'JpîOTjÇ È?7)YT1"T,C ElTlfev)- riÀO'JT'WV ÔOeO.E'. 5X£-'C![xÔv]- O'JXOJV 

L. 8. — [e;et:i EiaçÉpEiOat à-ô twv pouXED(';'.xâ)v) 3(pT,;ii(-:w>) •:ô Tz^r.-'.wi -%^ k^T,-(r,-.t'.a.^ si; t,v a-j-.vi 
(ùvoiiâji-E ; o'; Poj).ejt] ai s'7:(ov)- ô ôvofiOtaOei; È-ït: -rw '.îico ■rr'jpio tgvo jJtâjOr,. Se-t!- 
;i'.oc Aîo^Évr,? ô xa: 'AyiOo; Aa;;jtiov Ye'''JH'""'^ i'notJivT, [jia-:oYp[â]oo; xa; 

L. 9. — [ws /pT,iia(-:!r£i) sjvoixoî sT7:(ev)- [66 lettres] Sepf.vo]; Èjt-.v Y'j[JLvi!r!ipy_oc. o ■npj-:avi« 
£T-(ev) ôvOfiisa-E àiÀÀojî, "va Xïv -o Ê ;t, Yr|-:!Xov 7j3-:i6ï,. o; È?T,YTj-:a'. eTtJov). 
t: G T : a ~ rî ■: 10 I w v j i ô ? 

L. 10. — ["oO OEÎva -oO ZEpv'Oj? içf;).!^ e".î èçï.-jTiTE'av o; ^o'jÀEjta: e"-(ovi- 'lixîivE, È|T,YT,-:a'- O'.aOE- 
vÉirOoi ' liov TTjV èÇt, Yr,"£!] a V xoù — i-;r-oj. Zexojvooî Sêxojvoo'j àpjç^tEps-Jî e'-(sv)- 
Èt:itt,oî îsOiu o3v ô ôvojiaoOE !<;. ô -pJTav.; eT-(ev)- atpoOjjia". eÎç e-itt,- 

L. 11. — [pf,'-' ^'i "'^ '•'''' ivotiaîeÉvTï àsT^Àiza Eivat xa". ,ut, oJvasQa; Tf,; ip/_',s àv-!/.ï;jLoivE39a'. <l>'.),Éav 
xa''] nÀojTEv/ov "va -if.v -'tt'.v à-OTT/.T, pwaioTiv -:f, ^o'jÀf,. o't 3 fjjX EjTa! £T7:(ov)- 
iYvÈ, TT'.iTÈ <t>'.),Éa, aYvE, TZ'.j-ï nÀ&[ii]TE'ivE- T J ■: (0 V [?e] 

L. 12. — [oJx àva8£yO}iÉvti)v xa! âiioœEUYÔ'/xwv Tr,v È-;:f:r]pT,!i!v osa -zh Èoo?£v -raÙTa •j-Ep-rEB-^va; £;<; tt,v] 

Èî'^î poaÀT.v. TToJTav'.? eTt(£v)- xa! al aXXat àpya! ôvo utaiâxioaav, etc 

L. 4, restitutions de Grenfell et Hunt. — L. 5, [o! fiojÀsj-a"' eT^tov], G. H.; — [s]e- 

pf,vo;,.G. H.; — eÎ[-(ev), g. h. — L. 6, la]SEÎvo,-, G. H.; — ô 7:p;T[av..,-]. G. H. — L. 7, 

[eT^ev), g. h. — L. 8, o! 3o//,E-.-]a.., G. H. — L. '.), restitutions, G. H. — L. 10-11, £-i- 
T/,[pr,<;tv], G. H. — L. 11, f'./iav xa!], G. FL — L. 12. -'/.-.to', [62 lettres] û-EpTEBÉvxtov e!ç 
^,v], G. H. 

TRADUCTION 

[Le prytane dit : pour lionorer (?], la majes]/<^ clf notre maître Aurélien 

Auguste. Nommes donc encore des bouleutes pour que les frais de leurs cou- 
ronnes [puissent être versés par la caisse du sénat. 

Les bouleutes dirent : Que l'on nomme encore des bouleute]s. 

Le prytane dit : Désignes-en, vous, les exégètes. 

Les exégètes dirent : Que Séi^énos soit désigné pour l'exégétie. 

[Le prytane dit : Que Sérénos soit donc désigné ; mais il faut encore en désigner 
d'autres. 

Les exégètes dirent : Que Ploution soit aussi désigné]. 

Sabinus, etc., ancien prytane, dit : Ploution doit encore les frais de la couronne pour 
l'exégétie qu'il a acceptée après avoir rempli le cursus lionorum. 



LES BOVAAI ÉGYPTIENNES A LA FIN DU III« SIÈCLE APRÈS J.-C. 69 

Le pryt[aine dit : X., scribe de la caisse municipale, nous dira si Ploution doit encore 
ces frais de couronne. 

X.,] scribe de la caisse municipale, dit : Oui, (il les doit). 

Julien Dioscoj-idès, e.végète, dit : Ploution doit les frais de la couronne. 

Ne sera-t-il pas [permis qu'ils soient versés par la caisse du sénat, ces frais d'une 
exégétie où vous l'avez nommé? 

Les bouleutjes dirent : Il a été désigné acec sa fortune particulière pour garantie. 

Septimius Diogénés-Agathodaunon , ancien hypomnématographe, [etc., syndic, dit 
Sérénos ne peut être exégéte? il] est ggmnasiarque. 

Le prytane dit .- Xom,me::-en d'autres, car il faut que le corps des exégétes soit com- 
plet. 

Les exégètes dirent : Que soit désigné Ion,Jîls de [X., fils de Sérénos (?j, mineur, pour 
l'exégétie. Les bouleutes dirent : Bravo, exégètes : qu'Ion remplace] son grand- 
père dans l'exégétie. 

Secundus,Jîls de Secundus, grand prêtre, dit : On doit nommer des épitérètes à la 
personne désignée. 

Le prytane dit : Je choisis comme épitérètes, [parce que la personne désignée est mi- 
neure et ne peut exercer la charge, Philéas et] Ptoutinos, afin qu'ils remplissent 
la confiance de la curie. 

Les bouleutes dirent : Pur etjidèle Pldléas ! Pur et fidèle Ploutinos ! 

[Mais,] comme ceux-ci [refusaient la charge, parce que l'affaire fut renvoyée à la] 

séance suivante 

L. 6. Il va sans dire qu'ici comme ailleurs, les suppléments pourraient être tout 
différents. On pourrait supposer aussi une acclamation de la ^ouXi), approuvant le choix 
de Sérénos. Si j'ai admis une désignation de Ploution, c'est qu'on ne comprend guère 
qu'il apparaisse dans la suite, sans qu'il en ait été parlé auparavant. Il est vrai, d'ail- 
leurs, qu'il a pu figurer dans la discussion, non comme candidat désigné, mais comme 
exemple constituant un précédent touciiant la question des tt£— ixâ. L'exégétie pour 
laquelle « il doit encore » le (rrôTr-rtxôv me semble une exégétie ancienne. 

■f,i àv£0£;x-:o i-ô tîiicûv È^T.-Tr.-Eîaî. — xnh Tificùv est traduit par Ics éditeurs among the 
magistracies. Grenfell et Hunt remarquent que cette expression est employée ailleurs 
en manière de titre'. Il me semble qu'elle pourrait avoir deux sens. Les fcô t'.liûv dé- 
signeraient les personnes qui ont revêtu des honneurs sans être ^o-A^'j-.ol'.. Mais, avec cette 
interprétation, le mot à mot de notre passage est difficile. Je préfère entendre au sortir 
des honneurs, après avoir rempli le cursus honorum. Ploution aurait tour à tour revêtu 
toutes les magistratures municipales; puis il aurait accepté, ■ — et on lui en fait un 

1. P. Oxy.. 1498. 



70 PIERRE JOUGUET 



mérite, — une nouvelle exégétie. Dans notre liypotlièse, il serait désigné pour une 
troisième exégétie. Peut-être à cette époque était-il bouleute. Ce sont là des suppo- 
sitions, mais qui n'ont rien cjue de conforme à ce que nous apprennent les textes. 

L. 7. L'intervention assurée du secrétaire de la caisse municipale a très vraisem- 
i)lablement trait au rz^Tz-wA^ non payé de Ploution. Comme nous n'avons que la réponse 
très brève de ce fonctionnaire, on peut croire qu'elle avait été provoquée par une ques- 
tion circonstanciée du prytane. De là les suppléments. J'ai employé le verbe itpoafptoveïv, 
le mot itpoitpiivTiŒiç était le terme technique pour désigner les déclarations des scribes. 
Comme on voit, il est assez vraisemblable, et on pouvait le penser même a priori, 
fine les rztmiv.i. étaient versés à la ville, non à l'État, et c'est une difiiculté pour l'in- 
teiprétation (lue les éditeurs proposent des lignes 4 et 5. 

L. 8. Il est évident que ô cvojjiaaOeîç pourrait désigner Sérénos, comme le veulent 
les éditeurs, d'autant plus que Sérénos est encore nommé à la ligne suivante. Notre 
interprétation se défend par trois arguments. 1" On ne voit pas à quelle place il a pu 
être indiqué que Sérénos a été nommé ètc! lottj) itôpiu; dans la lacune de la ligne 6, -on 
pourrait, à la rigueur, être tenté d'insérer cette remarque; mais, comme il faut qu'il 
ait été aussi question de Ploution, il reste peu d'espace; 2° L'aoriste wvo;.iâa9iri ne 
convient pas mal à une nomination plus ancienne ; 3" Notre hypothèse et notre resti- 
tution ont l'avantage de justifier la remarque relative au •j-^tizv/.vi de Ploution, qui reste 
seulement vaguement expliquée avec l'interprétation des éditeurs. Tout cela est évi- 
demment très incertain. 

A la ligne 9, les éditeurs pensent que le syndic oppose à la nomination de 
Sérénos un empêchement tiré peut-être du fait qu'il est gymnasiarque. Le prytane 
demanderait alors qu'on en nomme d'autres à sa place. Mais le pluriel aXXouî indi- 
querait alors, à notre avis, que Sérénos n'est pas le seul à remplacer. Je ne suis pas 
sûr, d'ailleurs, que ce soit là le sens de la phrase à suppléer. Remarquons que les 
magistratures municipales peuvent être cumulées et que Sérénos, gymnasiarque, 
peut aussi remplir la charge d'exégète. 

L. 10. Si hypothétiques que soient les suppléments proposés, on peut présenter 
quelques arguments en leur faveur. 'EÇrpi'-riTeijav toû irâintou, proposé par les éditeurs, a 
pour soi les plus grandes vraisemblances. Dès lors, le personnage désigné pour l'exé- 
gétie de son grand-père, soit qu'il le remplace, soit qu'il lui succède, pourrait bien 
ne pas être très vieux. Cette impression est confirmée par le mot ûiôi; qui se trouve à 
la (in de la ligne 9 et au bord de la lacune. Une pareille manière d'insister sur la filia- 
tion, exprimée généralement par un simple. génitif du nom paternel, laisse soupçonne!' 
qu'il s'agit d'un enfant. Enfin il faut bien trouver une raison à la désignation d'épi- 
térètes. Ceux-ci, on doit y insister, ne sont nullement des subordonnés de l'archonte, 
mais bien plutôt des auxiliaires; c'est ainsi que l'on peut entendre l'acclamation por)- 



LES BOVAAI EGYPTIENNES A LA FIN DU III^ SIÈCLE APRÈS J.-C. 71 



eeîav ajTu adressée par les sénateurs à un épitérète désigné, aùTi^ désignant probable- 
ment le magistrat (1. 13). Des épitérètes sont particulièrement indispensables si 
l'archonte est incapable personnellement d'exercer ses fonctions. Or c'est le cas d'un 
mineur, et voilà pourquoi nous avons supposé que le jeune Ion n'avait pas l'âge légal. 
Nous savons que des mineurs pouvaient être portés aux àp/aî. 

La suite du passage, 1. 12-17, est plus difficile à compléter. Sur un point, cepen- 
dant, nous sortons des hypothèses. A la ligne 9, le prytane demande qu'on nomme 
d'autres exégètes. Or, jusqu'à la ligne 12, il n'est question que d'Ion et de ses épité- 
rètes. Il faut donc que, dans la suite, il s'agisse aussi de la nomination d'exégètes. Il 
est curieux de constater que, cette fois, ce ne sont plus les exégètes en charge qui 
sont invités à désigner les candidats; le prytane s'adresse aux autres magistrats : /.a! ai 
ôéXXai àp-i7.\ 6vo|jiaciài:a)aiov, en Ics priant de choisir encore parmi les bouleutes. 

Nous nous heurtons alors à des difficultés graves. Ceux qui répondent à l'invita- 
tion du prytane ou qui, du moins, prennent la parole immédiatement après lui, ce sont 
le? àr.b '7,i; -zpkr^i rfjl-r,^. Cette troisième tribu est certainement la tribu « liturge », c'est-à- 
dire celle qui doit pourvoir aux magistratures et aux charges ; mais que désigne ol à-ô tt)? 
TpiTTjs !p'j),^<;? Ce qu'ils disent est perdu dans la lacune. Quand le texte reprend, on voit le 
prytane désigner comme épitérète un certain Nilos, aux acclamations de la ^vAr,. On 
peut croire que, dans la lacune, c'est l'exégète qui a été nommé par les i-rth tt,? -o'.tt^^ 
cp'jX^ç. Alors ils seraient identiques, au moins en partie, avec les aXXai àpyai que le pry- 
tane invitait à parler, et ce seraient les archontes de la troisième tribu. On hésite 
devant cette interprétation. Il semble que o\ 'àp/m-e; à-nh... serait, dans ce cas, plus na- 
turel. De plus, si c'est le tour de la troisième tribu de fournir les archontes, il n'j' a 
peut-être pas d'archontes en exercice de cette tribu. Mais qui ne voit que ces objec- 
tions ne sont pas très rigoureuses ? Toutefois on peut supposer aussi que ces à™ v^^ 
Tp'iTifjç <puXf,<; ne sont pas les archontes interpellés par le prytane et qu'ils prennent la 
parole, à leur place, pour insister sur la nécessité de nommer des épitérètes à Ion. 
Alors, qui sont-ils? les sénateurs de la tribu, ou tous les bourgeois de cette tribu qui 
assisteraient à la séance'? Problème important et que nous sommes obligés d'aban- 
donner sans le résoudre. 

Ce que nous entrevoyons de la suite de la discussion est peu de chose. La ^ouX/] 
acclame le curiale Nilos que l'on vient de désigner comme épitérète. Le syndic déclare 
(|u'il a mis sous séquestre certain revenu, qui doit être celui d'un épitérète ou d'un 
magistrat désigné, et annonce qu'on en fera connaître le montant à la curie. Une autre 
remarque du même syndic souligne le nom des personnes qui ont fait les désignations 
qui précèdent; l'importance de cette constatation vient peut-être de la responsabilité 

l. Les gens de la tribu tout entière assistant à la séance, il faudrait supposer que celle-ci est publique. 
Cf., dans P. Rylands, 77, le rôle -des ■n[ap]5(rc(iTe; iitô Tij; ndXetoç. Cf. Reoue des Études grecques, XXX, p. 314. 



72 PIERRE JOUGUET 



encourue par les nominatores, garants de ceux qu'ils nomment, et qui même, nous le 
savons, peuvent être forcés d'accepter le cessio bonorum. Nouvelles acclamations de 
la pojX/ à propos d'autres choix, et nouvelle remarque mutilée du syndic relative à la 
première année de la charge dont on vient d'élire les titulaires, — par où est confirmé 
le fait que toutes les liturgies n'étaient pas annuelles. 

Si nous résumons maintenant les quelques certitudes (|ue ces précieux documents 
nous apportent, nous constatons trois moments dans la procédure de désignation aux 
àpyjxL 1" C'est le prytane qui la propose aux bouleutes ; 2° Les archontes, ou du moins 
une partie d'entre eux, sont désignés par les archontes en charge du même ordre; le 
texte ne parle pas du zoivôv. — Que l'on compare ce que le papyrus Rylands 77 nous 
apprend pour la lin du H" siècle, alors qu'il n'y avait pas encore de pou),»! dans les 
métropoles : le rôle des archontes est identique : ce sont aussi des exégètes, £?r,YifiTat tive;, 
qui désignent un exégète. 3° Mais les papyrus d'Oxyrhynchos nous révèlent un fait 
nouveau : tous les exégètes ne sont pas désignés par les exégètes en activité. Le choix 
de plusieurs est réservé aux autres ào/a!. Sans doute il en était de même au IP siècie. 
Les nominations sont ratifiées par les acclamations des bouleutes. Le rôle et la qualité 
de ceux que notre texte appelle o\ i-ab t?-; fulr,!; restent obscurs. 

De la procédure en usage pour les exégètes, nous avons conclu à celle qui était 
suivie pour les autres archontes. On ne trouvera certainement pas qu'il y ait là trop 
de hardiesse, bien que, pour les autres magistratures, nous n'ayons que quelques ren- 
seignements brefs. Dans 1416, 1. 6-10, on ne voit pas très bien s'il s'agit de dé- 
signer des gymnasiarques, ou seulement de régler leur tour de service. Ce service 
parait devoir durer un jour ou un jour et demi; ailleurs, nous apprenons qu'il est de 
cinq jours par an ; donc on est gymnasiarque pendant plus d'un an, mais la durée du 
service effectif est très courte; on en conclura que les gymnasiarques devaient être, 
bien nombreux. D'ailleurs la pouW, semble libre de fixer les modalités de la charge. 
. Ainsi nous la voyons peut-être nommer un exégète à une demi-exégétie, e;<; ■r,ixf.y_wpiov 

Pour le prytane, les choses se passaient-elles différemment? Il semble qu'il ait été 
élu par la pojXr; tout entière; en tout cas la loi, ô vôjjio!; — il faut .sans doute entendre par 
là, soit la charte accordée à la ville, soit une constitution impériale particulière, comme 
l'édit de Caracalla sur la police de l'assemblée — la loi, disons-nous, ordonnait qu'il 
fût désigné six mois avant son entrée en charge : ô vo|jioî Y.elE.'k'. noô È^a.avivou tôv iJieXXo- 
T.pi-zx'ii'i ôvoiJLà^EtrGat. Un prytane le rappelle à la ^o'Ar, qui veut le réélire, tandis qu'il 
s'excuse sur sa santé : èv voaw e!,uî -/.aï -.7,1: icXsupâc [p]=Y;^o|jLat : Je suis malade : j'ai des râles 
dans le côté. 

Des magistrats extraordinaires et non permanents, comme les agonothètes, étaient 
aussi choisis par la pouX,;, et 1416 nous apprend qu'ils étaient pris, au moins parfois. 



LES liOVAAI ÉGYPTIENNES A LA FIN DU III« SIÈCLE APRÈS J.-C. 73 

parmi des personnes déjà désignées pour les mugistratures. Enfin la pouX-ri nommait 
aussi à presque' toutes, sinon à toutes les fonctions municipales : c'est un fait assuré 
pour les diverses curatelles (ÈTrifiÉXeiai) ; nous venons de le constater pour les épitérétes, 
à l'égard desquels le prytane semble avoir le droit de désignation (alpoùjjiat, 1413, 1. 10) : 
peut-être ne l'a-t-il pas seul. Ajoutons les personnes chargées de mission ou d'am- 
bassade spéciale (cf. 1416, 1. 2), et rappelons que nous avons supposé autrefois qu'il en 
était de même pour les trésoriers, les comptables, les administrateurs des domaines'. 

Ainsi tous les pouvoirs de ceux qui prennent part à l'administration municipale 
ont leur source dans la curie. Et naturellement la curie contrôle l'ensemble de cette 
administration, particulièrement celle des finances qui est tout à fait dans ses mains. 
Sans insister sur ce point, déjà traité ailleurs', signalons un passage de 1416, qui 
nous montre les délibérations de la pouXvi portant sur les biens confisqués et vendus : 
t5)v oriiJiEuOévTtov xaî t?;? r.rA^i-zv/.-ii; 7i[potTûcou (?)... Que signifie cette dernière expression res- 
tituée par les éditeurs? Le voisinage des oTUJLEuBévca fait penser, par rapprochement 
avec la yi) TipoarîSou, autre expression bien obscure, au produit des terres confisquées et 
affermées ensuite. Mais c'est une hypothèse fort incertaine. 

La pouAï) n'est pas seulement un conseil municipal, puisque, en collaboration avec 
les fonctionnaires du pouvoir central, elle prend une part active à l'administration du 
nome et que le nome n'est pas la regio de la métropole. Il importe d'insister sur ces 
rapports du nome et de la ville, et, rappelant les faits connus qui montrent que le nome 
n'est pas le territoire rural de la commune siégeant au chef-lieu*, de mettre en lumière 
ceux que nous apportent les documents nouveaux. 

On a remarqué ailleurs que l'autorité des archontes ne dépasse pas les limites 
de la ville, et que les exceptions à cette règle ne sont qu'apparentes '. Quant à la 
pouXï,, son autorité dans le nome a des bornes. Elle ne désigne pas à toutes les charges 
d'État : l'administration des bourgs lui échappe tout à fait, et ce sont des fonc- 
tionnaires ruraux, particulièrement les comarques, qui désignent au choix du stra- 
tège la plupart des liturges du bourg. Le nome a enfin son gouverneur, le stratège; 
peut-être la I^oj),/, le désignait-elle; en fait, nous ne savons pas comment il étiiit 
nommé, mais nous devons tenir pour probable qu'il était nommé par l'épistratège 
ou par le préfet, car il nous apparaît surtout comme le délégué du pouvoir cen- 
tral ; il est au moins l'égal de la pouX/, : les formules d'étiquette le prouvent : bou- 

1. Presque toutes, parce qu'il est possible que le prytane seul ait désigné ;i quelques charges moins impor- 
tantes, que les scribes de la ville aient gardé un rôle, que les fonctionnaires aient pu nommer certains de leurs 
auxiliaires. 

2. Voir Vie Municipale, c, VI. 

3. Ibid., p. 415 et suivantes. 

4. Ihid., p. 385-391. 

5. Reoue des Études grecques, XXX, p. 307-309, 

Reoue éqyptologique, I. 10 



74 PIERRE JOUGUET 



leutes et stratèges se traitent réciproquement de fil-oi-oi ; le stratège envoie même 
des ordres aux curieS: sous forme de message {irJ.(n%lii.y.) , tout comme l'épistratège; 
enfin, s'il faut voir une traduction de cxpaiT.YOf: dans un terme allemand (Bezirkshaupt- 
mann) dont Wessely a bien fàclieusement omis de nous donner l'iViuivalent antique, 
il aurait même le droit de contresigner les acta de l'assemblée ' . 

Si l'on recherche, d'autre part, comment la pou),/; participe à l'administration du 
nome, on s'aperçoit qu'elle désigne sans doute à certaines liturgies, et accomplit des 
actes administratifs importants; mais ce n'est pas librement, ni spontanément, c'est 
par ordre et sous la surveillance des fonctionnaires du pouvoir central. C'est ce que 
confirment les textes nouveaux : 

Le papyrus d'Oxyrhynchos 1119 contient une plnase bien signiticative' ; certains 
Antinooupolites parlent des liturgies auxquelles ils ont été désignés (eî; àc ■^poey^upla- 
9t,[jisv), la série de ces charges incombant cette année-là à leur ^o-M, : toû oToiyoù xaxa- 
XaêôvTo; -rr.v r.fiETÉpT.v |3ojÀv/ -m Èv;aTio[Ti ï-.B'.. Aiiisi quaud hi ^'rAr, désigne à certaines liturgies 
d'État, elle remplit elle-même une charge (|ui ne lui appartient pas constamment, qui 
est une charge d'État, qu'elle exerce avec les autres 8ouXa! et à son tour de service. 

Dans les cîis visés par ce texte, il est vrai, il s'agit probablement, non de liturgies 
du nome, mais de fonctions dont la compétence territoriale est peut-être plus étendue. 
Mais les preuves ne manquent pas que, pour toutes charges dépendant de l'adminis- 
tration centrale, la curie n'y désigne la plupart du -temps que sur ordre et message 
d'un fonctionnaire d'État. Relevons les exemples que nous fournissent les textes ré- 
cents : 

1414 : L. 17. Désignation à un ofTice sur message du stratège Terentius Arius. 

L. 19. Désignation de convoyeurs d'animaux, sur message du stratège, et l'ur- 
gence est telle que le prytane réunit en grande hâte les sénateurs présents. 

C'est encore un message du stratège qui provoque la nomination des liturges 
chargés de remplacer, pour accompagner des convois de vin et d'avoine, d'autres 
liturges, fils de curiales, et défaillants (1415, 1. 5-9). De plus, on en réfère à l'épistra- 
tège. Pareillement, quand il s'agit de liturgies relatives à des banques publiques, il y a 
des messages du stratège, du banquier, d'un fonctionnaire inconnu (1415, 1. 13, 14, 17). 
Enfin, pour le transport de l'annone militaire, nous avons vu la pojXvj réunie sur l'ordre 

du diœcète et de Y inBU-zr,^ xoô orjp^otiio'j akryj. 

Une fois nommés, les liturges de cette catégorie n'échappent pas, sans doute, à 
la surveillance de la ^o'A-r, ; mais ils dépendent bien davantage des fonctionnaires du 
pouvoir central. On en est frappé pour les décaprotes, qui, d'après certains auteurs, 
ne seraient qu'une délégation de la ?&jXr;. Si le diœcète a des instructions à donner 

1. Wessely. Fûhrer, n- 274. 

2. E. KOhn, ;. <■., p. 157. 



LES BOl'AAI ÉGYPTIENNES A LA FIN DU III" SIÈCLE APRÈS J.-C. 75 



touchant la corvée des digues, il les adresse aux stratèges et aux décaprotes; la lettre 
est portée au stratège, qui en envoie copie aux décaprotes. La Soj),/; n'intervient en 
rien ' . 

Son rôle ne se borne pourtant pas à désigner aux offices. La 3ryj),r; en corps a des 
pouvoirs étendus : mais elle les exerce, si l'on peut dire, à titre de déléguée de l'État. 

Sa compétence se manifeste particulièrement dans l'administration des temples, 
et sur le domaine des finances. Déjà les fameux comptes du sanctuaire de Jupiter 
Capitolin, k Arsinoé ', avaient montré la ^o-Ar, nommant les épimélètes chargés de la 
fortune du dieu : elle avait d'ailleurs soin de leur rappeler leurs devoirs de sou- 
mission aux ordres du procurator usiacus et de son supérieur hiérarchique, le grand 
prêtre d'Alexandrie et d'Egypte, dont dépendait l'important département des cultes. 
Nous avons maintenant d'autres allusions aux rapports de la pouXr; et du clergé; on 
voit qu'elle peut avoir à examiner des requêtes émanant de prêtres % et l'on a pu même 
supposer qu'elle recevait ces déclarations de personnes et de mobilier qui portent le 
nom technique de -.-pa-ia! Upstov /.a! yz:p:7-xo'j\ Enfin on va la voir s'occuper des filatures 
qui sont dans les temples, à propos même de son rôle financier. 

Car les curies avaient avant tout à se préoccuper de la perception de certaines 
redevances, et, sur ce terrain, il est vraisemblable que leur activité n'a fait que 
s'étendre dans la suite des temps. Les acta nouveaux d'Oxyrhynchos attirent l'atten- 
tion sur les fournitures en étoffes et sur cet ensemble de contributions que les textes 
juridiques appellent aurum coronarium. 

Le régime des filatures et tissages' est mal connu dans l'Egypte romaine. Il 
semble que, comme aux temps ptolémaiques, cette industrie ait été, du moins en 
partie, monopolisée. On voit, en 172, dans un village de l'Arsirioîte, un droit que le 
texte appelle ■aiw-zap/îa, donné à bail par des fonctionnaires qui portent le titre d'î-i-rr,- 
piiTa! [iiaOoj paçixr,ç\ Il est Vrai que, d'autre part, on peut constater que les tisserands 
(X-.voi^foi) ou les marchands de lin {Irio-al^i:} paient l'impôt sur les métiers (-/E-.pwii^io-i) . 
Mais cette licence est-elle incompatible avec le monopole qui peut prendre tant de 
formes diverses? Ce sont là des questions difficiles et encore non résolues. Il est cer- 
tain seulement qu'il était fourni à l'Etat, pour divers usages, des étoffes et même des 
vêtements tout faits. Les exemples sont de plus en plus nombreux à mesure que nous 
avançons vers le Bas Empire, où, comme on sait, les redevances en nature s'étaient 
multipliées, Mais, dès le II" siècle (128 avant J.-C), les tisserands de Soknopteonèse 

1. p. O.ry.. 1409. 
ï. B. G. V.. 362. 

3. P. Ojcy., 1416. 1. 10. 

4. P. Oxy., 1449, ititrod. 

5. Sur cette question, nous ne faisons guère que répéter ce qu'ont dit Gre.npell et Hcnt. 

6. P. Rylands, 98. 



"76 PIEllHE JOUGUET 



versent, pour les soldats, un certain nombre de tuniques (yiirove?) et de manteaux 
(TraXXîo),») entre les mains des percepteurs des vêtements à l'usage des gardes, TrapaXf,n7n:at 
ST,,uo!r(o(u) V"''Ho^ zouTTooùov ' . Au IV" siècle nous connaissons maintenant rÈTOixxïiç xt,ç 
ôeôvTi;, un grand personnage'; des villages fournissent des robes (m^ip^T.) et des man- 
teaux'. On rencontre enfin des paiements au titre de l'ûeoviifipà, terme qui paraît avoir 
désigné les sommes d'argent équivalentes à la redevance en' nature (adœra(io)'. 

Or, dans la fabrication et la levée de ces étoffes, les acta d'Oxyrhynchos nous 
montrent que la pou),/; jouait un rôle important. C'est ainsi (|u'au début de 1414, il est 
question du « prix », ''■\>.i, de cent robes (uxi/âpia, d'après la restitution, donnée comme 
douteuse, des éditeurs). On sait que '^\^i a souvent le sens de adœratio. Il résulterait 
de ce passage que cent robes étaient évaluées à 140 talents, mais nous ignorons de 
quel métal. Le prytane, car on peut supposer que c'est lui qui parle, déclare qu'il a 
reçu « pour la part de la ville les six (talents?) et demi qui incombent au nome », 
■t-ÀiM là SiatpÉpovTœ tw vojjlio eli; ~J> |jLipo? ■vf,^ TtoXeo); Ë? ripnuoi (1. T|(jiiau). Phrase obscure, à laquelle 
il semble que l'on puisse attribuer deux sens : ou bien les métropoles devaient fournir 
soit un nombre fixé de robes, soit les sommes correspondantes, elles pouvaient en lever 
une partie sur le nome, qui les lui versait, sans préjudice de ce qu'il devait pour 
son compte au trésor; ou bien l'impôt est fixé pour chaque nome par le pouvoir cen- 
tral, et réparti entre les métropoles qui sont chargées de la perception. 

Plus claire est la délibération qui concerne les fabriques des temples. Après 
examen de l'inventaire fourni par le temple (yoï-fi, cf. Ypa-fn 'ieoéwv ■/.■£: yeipitrjjioO), la pouXr; 
a fixé un terme pour la fourniture des étoffes de lin (opov), et ses décisions ont été 
communiquées au stratège. Mais, semble-t-il, on apprend par un rapport des prêtres 
que ni les ouvriers chargés de ce travail ni leurs femmes ne peuvent tisser, faute de 
matière première. Or, dans le nome, il y a trop peu de bourgs qui peuvent en fournir. 
Force est donc de recourir aux marchands importateurs (XtvÉ,ai:opoi), et c'est ce qui a 
déjà été fait, car le syndic rappelle que, sur une somme probablement réclamée de 
40 deniers pour le fil de la chaîne, le fisc en a versé 11, et les bouleutes décident que 
les marchands devront se contenter d'un nouveau versement de 19 deniers (11 + 19=30). 
Le syndic déclare qu'un échantillon du fil sera fourni à ceux qui doivent tisser. 

On admet qu'à l'époque ptolémaïque, le tissage du lin ou byssus était un mono- 
pole, mais que les temples pouvaient avoir des fabriques, à charge de fournir une 
certaine quantité d'étoffes à l'Etat. Nous voyons ici qu'à l'époque romaine, les temples 
avaient aussi des tissages de lin et qu'ils devaient des étoffes à l'État; car on ne s'ex- 

1. p. Rijlamh, 98. 

2. P. Oxy., HiS, 1. 3. 

3. P. Oxy., 1448. 

4. P. RylantU-, 214, 374. 



LES ROl'AAI ÉGYPTIENNES A LA FLNT DU III* SIÈCLE APRÈS J.-C. 77 

plique guère autrement que le fisc ait à payer le fil, au moins en partie. Nous ne 
savons pas par qui les 19 deniers que la pouX/ accorde encore aux marchands de lin 
devaient être versés, si c'est par les caisses de l'Etat ou par celles de la ville. Mais, 
quoi qu'il en soit, nous pouvons conclure que la pouX/ est chargée de la perception de 
la redevance, qu'elle surveille la fabrication et les marchés. 

Elle a aussi, naturellement, à s'occuper des fabriques de la ville. Les tisserands 
demandent un supplément de crédit à cause de l'augmentation de la matière première 
et du pri.\ de la main-d'œuvre. Il est accordé par la curie. Mais ici nous ne voyons 
pas d'où vient l'argent. Les éditeurs ont supposé que c'était celui des contribuables 
qui, ne pouvant verser la redevance en nature, payaient une adœratio avec laquelle 
la po'jXr; faisait fabriquer les fournitures exigées par l'Etat. 

Ainsi, que le tissage du lin ait été, en partie du moins, monopolisé, comme il nous 
semble décidément probal)le, ou que la fabrication en ait été à peu près libre, à charge 
de payer des redevances à l'État, le rôle de la |3ouXy-; a été des plus importants. 

Il nous semble qu'à la fin du IIP siècle, il devient prépondérant à l'égard de 
Vaurum coronarium. 1413 nous donne l'occasion de l'étudier. Le texte est très mu- 
tilé, mais on entrevoit le sujet de la délibération. Il s'agit d'une couronne et d'une 
Victoire d'or qui doivent être offertes à l'empereur Aurélien; un haut fonctionnaire, 
dont le prytane rappelle sans doute les ordres, est chargé de percevoir ce présent; il 
porte le titre d!lT.zW.-^r,^, qui s'est déjà rencontré pour le blé et les étoffes de lin, et c'est 
sans doute un indice que ce don n'est pas tout à fait volontaire et qu'à la même date 
les autres villes ont dû en accorder un pareil. La couronne est prête {y.i\ h aTÉtpavo; aù-où 
tIot) l-^i-izvj), mais il manque 12 talents, sans doute, pour achever la Victoire. La pouX/, 
décide de les fournir ; il faudra donc les lever sur les contribuables : ce soin est confié 
aux mêmes apœtétes qui ont perçu les sommes déjà payées. La suite est plus obscure : 
on s'inquiète du cas où le travail ne serait pas terminé; le prytane parle de l'interven- 
tion de l'épistratège; peut-être encore de celle de Vlizti.Y.zr,<; (S-iav oSv è'Xôïi, È7rEi;(6T;aET:at -,h 
ËpYov), et le syndic remarque que si les ouvriers avancent quelque argent (èv TtÎŒ-n), il en 
sera rendu compte à la curie. Dans les dernièrqs lignes on voit figurer le xoivôv des cos- 
mètes, mais on ne peut pas affirmer que le passage se rapporte au même sujet. 

L'offrande d'une couronne d'or à un empereur n'a rien qui doive étonner. Celle-ci 
était probablement destinée au triomphe d'Aurélien. On portait devant lui, dit son 
biographe, les couronnes d'or offertes par toutes les cités, et surmontées d'inscription.^ : 
Prœferebaniur coronce omnium civitatum aureœ titulis eminentibus proditœ\ Elle 
a pu même être accordée par la ville avec un plaisir particulier : la domination 
palmyréenne ne semble pas avoir été acceptée volontiers par l'élément hellénique 

1. Vita AurcUani, 34. 



78 PIERRE JOL'GUET 



d'Egypte', et un texte de Leipzig laisse entendre qu'Oxyrhynchos avait eu à se louer 
d'Aurélien '. 

On avouera qu'une statue de Nike n'est pas, non plus, déplacée dans un triomphe. 
On sait d'ailleurs que la déesse est souvent associée aux Empereurs. On connaît ù 
Oxyrliynclios même une confrérie chargée d'entretenir, d'honorer, et de porter sans 
doute dans les panégyries, les bustes de Caracaiia, de la Victoire, du divin Sévère et 

Julia Domna, /.(ouaTcai TrpoTOfiwv Toû xupîou SeSaoTOÙ zal Nixt,; TrpoaYOJtn-,?, etC...'. Quant aU gOÙt 

pour les statues d'or, il est souvent attesté pour cette époque : on peut citer le Genius 
Populi Romani qu'Aurélien avait consacré sous les Rostres'. Au IV« siècle, le don de 
statues accompagnait parfois celui de couronnes, comme on le voit par le Code Théo- 
dosion". et il est un exemple célèbre d'une Victoire d'or offerte à un empereur : c'est 
celle que Valentinien reçut de la malheureuse Tripolis, dont Ammien Marcellin nous 
a conté la lamentable histoire". Que de pareils présents pussent être particulièrement 
bien acrueillis et quelquefois àpreinent recherchés, c'est ce qu'il est facile de concevoir, 
pour un temps où la monnaie était d'un si mauvais aloi que l'habitude commençait à 
s'introduir<> de peser les sommes à la balance, et souvent même d'exiger des lingots de 
métal. Pour Aurélien, on pourrait alléguer les témoignages de Vopiscus et de Zosime, 
qui nous le montrent soucieux d'économiser et de thésauriser l'or'. 

Pourtant c'est la première fois, à ma connaissance, qu'un texte égyptien men- 
tionne cette contribution d'une couronne d'or. Uaurum coronarium n'est cependant 
pas inconnu en Egypte. Il nous apparaît aux IP et III* siècles sous la forme d'un impôt 
en argent levé, comme bien d'autres, par des irpix-Topeç; il semble tout à fait régulier, 
payable tous les ans, et plusieurs reçus constatent des versements mensuels, qui sont 
souvent de 4 drachmes'. Ces sommes d'argent étaient-elles destinées à payer la fabri- 
cation de couronnes d'or ou étaient-elles versées au fisc, et, comme les autres recettes, 
utilisées pour les dépenses de l'État? C'est cette seconde alternative qui est la plus 
probable. On peut rappeler à ce jDropos que Caracaiia, selon Dion Cassius", avait 
inventé des victoires pour se faire accorder des couronnes, mais qu'au lieu de cou- 

1. Homo, Essai sur l'empereur Aurélien, p. 84. 

2. P. Leips., 119. 

3. P. Oxy., 1449, 1. g-3. 

4. Homo. /. <:. p. 129, n. 1. 

5. Cod. Théod., 12. 13, 4 : in coronis aureis signisque diversis obtulerint. 

6. Ammien Marcellin, 28, 6 : Tripolitani Severum et Flaccianum creavere legatos, Victoriarum aurea 

simulacra Valentiniano ob imperii primitias oblaturos utque lacriiuosas provincia; ruinas docerent intrépide. 

7. Vita Aureliani, 46. Zosime, I, 54; 56. Cf. Homo, l. c, p. 148 et p. 166. P. Oxy., 1411, est un curieux 
témoignage de la dépréciation de la monnaie. 

8. P. 0.cy., 1441, introd. et les testes cités. P. Oxy., 1441, montre que la taxe portait sur les terres aussi 
bien la ^aTÙiy.r, que l'iSiwtixr,. 

9. Dion Cassius, 77, 9. 



LES BOVAAI ÉGYPTIENNES A LA FIN DU III'^ SIÈCLE APRÈS J.-C. 79 

ronnes, il exigeait des sommes d'argent directement payées aux caisses de l'État. 
Les trxEtpav./.à yar,iJ.aizaL d'Egypte sont Une contribution analogue mais régulière. 

Il n'en est certainement pas de même de la couronne d'Oxyrhynchos. Elle n'est 
pas levée par des -pax-Tops?, mais par la pouX-/-;, et l'on ne peut s'empêcher de rapprocher 
le terme civitatum dans le texte de Vopiscus. Il est intéressant à plus d'un titre, car 
il indique peut-être unenouveauté contemporaine ou antérieure à Aurélien : au temps 
de Claude, si nous en croyons Pline l'Ancien', les couronnes triomphales n'étaient pas 
offertes par les cités, mais par les provinces. Il est évident que, du jour où chaque 
cité dut fournir la sienne, le rôle des curies, dans l'affaire, dut devenir prépondérant. 
Dans le texte d'Oxyrhynchos, comme dans le texte de Vopiscus (même si la cou- 
ronne d'Oxyrhynchos n'avait aucun rapport avec le triomphe décrit par le biographe), 
nous saisissons cette tendance de plus en plus marquée, à mesure que l'on avance vers 
le Bas Empire, à mettre aux mains des curies la perception des redevances. 

L'argent nécessaire doit être versé aux apœtétes par les contribuables. Mais ces 
contribuables, qui sont-ils? Sont-ce les habitants de tout le nome? ou seulement ceux 
des métropoles, ou même exclusivement les membres du sénat? Nous n'avons aucun 
indice pour le décider. Cette ignorance est fâcheuse, car elle nous empêche de définir 
le moment exact que mar(|ue notre texte dans les transformations possibles subies, en 
Egypte, par cet impôt de l'or coronaire. Pour ne pas remonter jusqu'au (iTicpavo; de 
l'époque ptolémaïque, dont l'étude présente des obscurités, nous connaissons bien deux 
époques. Dès le IP et jusque vers la fin du IIP siècle, il semble que ce soit le temps des 
Tisyavixà yp'/jfjiaTO!. taxe régulière, régulièrement payée en argent! Si l'Egypte a donné, 
dans cette période, des couronnes pour le triomphe des princes, ce qui est probable, 
nous ne savons comment elles ont été levées; mais, tant que ces couronnes ont été 
fournies per provincias, le soin de les faire fabriquer n'a pu incomber aux magistra- 
tures municipales. Au IV^ siècle, d'autre part, l'or coronaire est devenu une redevance 
régulière, obligatoire, malgré les efforts de Julien pour lui rendre son caractère spon- 
tané'; mais alors elle était quinquennale et ne portait que sur les décurions; sans 
doute elle était levée par la curie elle-même'. Le texte d'Oxyrhynchos se place entre 
les deux époques, en un temps où il est possible que les srstpavixi ypr^^^ia aient cessé 
d'être perçus, avant que la période quinquennale ait été établie, et peut-être aussi 
avant que la taxe fût devenue particulière aux bouleutes. Mais c'est la pou),/, qui la 
perçoit, autre indice que c'est sur elle que pèseront de plus en plus les soucis de 
l'administration financière. 

1. Pline M., //. A^., 33, 3, 54 : Inter coronas aureas VII pondo habere quam contulissel Hispania citerior 
VIII, quam Gallia comata, titulis indicavit. 

2. Cf. Cod. Théod.. 12, 13, 1, et P. Faij., 20, attribué à Julien par Dessau, Rec. do Phitol.. XXV (19011. p. 285. 

3. P. Brit. Mus., 966, III, p. 58-59, représente cet état de choses. 



80 PIERRE JOUGUET 



Ce rôle grandissant des pouXa? égyptiennes dans l'administration financière, et l'on 
peut morne dire dans l'administration générale du nome, nous apparaît comme la con- 
séquence nécessaire de la principale idée à laquelle l'institution doit sa naissance. 
Créées pour augmenter les garanties de l'État vis-à-vis de ses agents et des contri- 
buables, cette responsabilité des curies devait accroître leur activité en dehors de 
l'étroit domaine municipal. Il est visible, au programme fragmentaire que nous avons 
pu dresser de leur séance, que les affaires de la ville sont celles qui, dans leurs pré- 
occupations, tiennent le moins de place : sauf l'importante et toujours diliicile ques- 
tion de la désignation aux àpya'-, bien peu de délibérations ont pour objet les intérêts 
de la commune elle-même : la ^o^Ar, emploie surtout son temps à désigner aux offices 
d'Ktat et à régler les affaires du nome; elle agit moins comme une assemblée muni- 
cipale que comme un Conseil chargé de suppléer et de seconder les fonctionnaires du 
district; il est naturel qu'elle tendit à les remplacer, et, de fait, il semble que le stra- 
tège s'efface peu à peu devant elle. D'autre part, puisque l'administration du nome et 
de la ville était de plus en plus au pouvoir de cette assemblée unique, l'union de la 
métropole et du district devait devenir de plus en plus intime, et l'on peut prévoir 
le temps où, étant étroitement incorporé à la ville, le nome tout entier, chef-lieu et 
territoire rural, pourra être traité de cicitas et de ttoX;?. Mais comment ces change- 
ments se sont-ils produits et quels effets ont-ils eus sur le caractère général de l'admi- 
nistration byzantine? Nous le savons assez mal. Le début du IV" siècle a dû être un 
moment décisif. Alors' une réforme s'accomplit dans le nome qui se morcelle en pagi, 
avec des prœpositi k leur tète; mais de cette réforme nous ne pouvons mesurer la 
portée ni déterminer le sens, car nous ne savons pas si ces prœpositi sont des délégués 
de la ^o'jXv;, à la manière, par exemple, des décaprotes des anciennes toparchies ou 
des représentants directs du pouvoir central. Alors apparaissent dans les villes le 
curator rei publicœ' et le defensor\ L'administration des bourgs, elle aussi, subit 
des modifications profondes. Il faut souhaiter que, pour l'étude de ces questions capi- 
tales, l'Egypte nous rende des documents aussi riches que ceux du XIP volume des 
Oxyrkynchus Papyri. 

Pierre JOUGUET. 

Paris, 11 juin 1918. 

1. Sous Maxiiiiin Daia, vers 310. Vie Municipale, p. 464, et surtout M. Gelzer, iStudien lui byzanti- 
nischcn Verwaltung ^(/yptens, p. 42. 

2. Le Curator r. p. para» pour la première fois, en 3U5, A O.xyrliynchos, P. Oxy. S95, peut-être en 288, ;i 
Héracléopolis (B. G. f/., 928). 

3. Le De/ensor cicitatis paraît ;i Oxyrliyiiclios en 33'2. 



LES SANCTUAIRES ÉGYPTIENS DE DÉLOS ET D'ÉRÉTRLE 



Si l'on utilise tous les monuments exhumés, de quelque nature qu'ils soient, — 
inscriptions, statues, bas-reliefs, terres cuites ou médailles, — sans avoir trop égard 
à la chronologie, on peut dresser une liste déjà fort longue de localités situées hors de 
l'Egypte et dans lesquelles les divinités de l'Egypte ptolémaïque eurent des adora- 
teurs'. De nouveaux noms pourront toujours être ajoutés à cette liste. Mais le gain 
sera désormais médiocre si l'on se doit borner à tenir à jour un répertoire géogra- 
phique. Un historien des religions pourrait condenser en une phrase toute une minu- 
tieuse recherche : « La diffusion du culte de Sarapis et des divinités qui lui furent 
associées nous est attestée, dans le bassin oriental de la Méditerranée, dès le III" siècle 
avant Jésus-Christ. » De valables précisions ne sont acquises que si l'exploration ar- 
chéologique met au jour des sanctuaires et un ensemble de monuments. Or les succur- 
sales grecques des Sarapieia de l'Egypte sont presque aussi mal connues que ces 
Sarapieia eux-mêmes. Le sanctuaire de Théra, taillé dans le rocher, n'a laissé que des 
traces évanides'; celui de Priène est un simple téménos enfermant un autel''. A Délos 
et à Erétrie, le hasard des fouilles a mieux servi les explorateurs'. Il s'en faut assu- 
rément que notre curiosité soit de tout point satisfaite ; mais, en rapprochant les ré- 
sultats acquis dans les deux iles de la mer Aigée, on peut formuler quelques conclu- 
sions et quelques hypotiièses : l'avenir fournira sans doute d'autres données et de 
nouveaux termes de comparaison ^ 

\. Cf. Ad. RuscH, De Sarapicle et I&ida in Grcecia cultis [Dissertatlo Inauguralis, Berlin, déc. 1906), et 
les additions, déjà insuffisantes, d'Ad. Reinach, Reçue de l'Histoire des Religions, t. LX, 1909, p. 94-95. 
2. Cf. HiLLER VON Gaf.rtringen, Thcra, 1, p. 259 et suiv.; III, p. 85 et suiv. 
'i. WiEGAND, Priene, p. 161 et suiv. 

4. Cf. P. Roussel, Les Cultes égyptiens à Délos, du II!' au I" siècle aeant Jésus-Christ {Annales de l'Est, 
29« et 30° années, 1915 et 1916); cf. G. Lafaye, Journal des Sacants, 1918, p. 113 et suiv.— N. Papadakis : 
'Ava(Txa9T| 'laeiou àv 'Epe-piai (AïXtiov àpx°"°''''T"'°^' '• 1915, p. 115-190).— Je me borne ici à résumer ces deux 
publications. 

5. Sur le sanctuaire exhumé à Gortyne, on n'a encore que de brèves notices; voir, i)ar exemple, D' Gas- 
pare Oliveiuo, Annuario d. r. seuola archeologica di Atene, 1 (1914), p. 376-377, et II (1915). Les touilles ne 
sont pas terminées; mais on peut s'apercevoir déjà qu'il remonte à une époque plus ancienne que les pre- 
mières recherches ne l'avaient fait prévoir; certains bâtiments datent du II', peut-être même du 111° siècle 
avant Jésus-Christ. Le sanctuaire parait avoir couvert une assez grande superficie et avoir compris des cours, 
portiques, etc. 

Reçue égyptologiquc, I. 11 



82 PIEBRE ROUSSEL 



I . 

En 1881, A. Hauvette avait reconnu, au pied du Cynthe et à l'est de i'Inopos, un 
ensemble assez confus de constructions qu'il engloba sous la rubrique de : Sanctuaire 
des Dieux Étrangers. Les dédicaces, fort nombreuses, qu'il y avait découvertes 
s'adressaient aux divinités de l'Egypte et de la Syrie, lesquelles auraient été adorées 
conjointement en une même enceinte. Du sanctuaire même, il ne put dresser qu'un 
plan très incertain ; la destination des bâtiments divers restait en général indéter- 
minée. 

De 1909-1912, la recherclie fut reprise en ces lieux. On put tracer les limites du 
sanctuaire égyptien et en distinguer, au nord, un sanctuaire syrien, à l'est, un 
temple d'Héra, jusque-là nommé temple de Sarapis ou d'Isis. Puis on mit au jour, à 
quelque distance, les restes d'un établissement où avait été pratiqué le culte de Sarapis, 
d'Isis et d'Anoubis ; et à l'ouest de I'Inopos, un troisième sanctuaire, qualifié de 
Sarapicion en deux textes épigraphiciues. 

A l'origine, ces trois sanctuaires furent, comme il semble, des établissements 
privés. Les deux derniers, que l'on a désignés sous les noms de Sarapieion A et B, 
durent demeurer la propriété et le siège d'associations particulières; il y a lieu de 
croire que, dès le milieu du II" siècle, nulle transformation ne fut apportée à leur amé- 
nagement primitif. Au contraire, le Sarapieion C, découvert par A. Hauvette, devint 
sanctuaire officiel au début du IP siècle, et nous en suivons l'histoire jusqu'en l'an- 
née 88 avant Jésus-Christ. Pendant cette période, des constructions nouvelles y furent 
élevées presque chaque année et en modifièrent l'aspect premier que l'on ne peut 
maintenant restituer que par hypothèse. 

Les associations privées qui firent les frais des sanctuaires avaient des ressources 
médiocres; les bâtiments sont mesquins, les matériaux employés sont de la plus vile 
qualité. Dans le sanctuaire ofiiciel lui-même, les multiples vao! (jue mentionnent les 
inscriptions n'ont laissé que de misérables vestiges, tant l'appareil des murs était 
défectueux. 

Ni les fidèles ni les entrepreneurs ne paraissent tout d'abord avoir cherché à se 
conformer aux coutumes de l'architecture égyptienne. On groupait sur un terrain 
resserré les constructions indispensables. La disposition que présente le Sarapieion A 
est la plus simple et sans doute la plus fréquente, car elle se retrouve à Érétrie, et 
même, au P' siècle après Jésus-Christ, à Pompéi : une cour dallée, dans laquelle s'élève 
un petit temple, presque une chapelle, et un autel; sur le pourtour, des bâtiments 
annexes, parmi lesquels on reconnaît un portique et une salle de réunion, encore 
garnie de ses bancs de marbre. Ce plan a été quelque peu modifié dans le Sar^a- 



LES SANCTUAIRES ÉGYPTIENS DE DÉLOS ET D'ÉRÉTRIE 83 

piéton B, selon les nécessités du lieu; mais, là encore, on reconnaît la cour, le temple 
et les annexes. 

Les besoins d'une liturgie particulière ont déterminé du moins certains aménage- 
ments. Sous le temple du Sarapieion A a été pratiqué un caveau rectangulaire, acces- 
sible par quelques marches et dont l'extrémité est occupée par une sorte de puisard où 
un canal amenait l'eau de l'Inopos. Dans ce réduit mystérieux, le prêtre allait puiser 
l'eau assimilée par une pieuse fiction à cette eau du Nil dont on usait dans maintes 
cérémonies. Dans le Sarapieion B, une citerne ou réservoir sacré, dissimulée, comme il 
semble, aux yeux des profanes, jouait un rôle analogue. Nous en avons l'équivalent à 
Pompéi : c'est la petite construction appelée parfois, d'une manière fort impropre, 
Purgatorium, et qu'il faut peut-être nommer Megarum'. On a pu discuter sur la des- 
tination de cet édifice; d'après les décorations qu'il présente et d'après la comparaison 
avec.les réservoirs des sanctuaires déliens, nul doute ne peut, je crois, subsister : on 
y conservait l'eau sainte destinée au culte. 

Le Sarapieion C doit avoir présenté, à l'origine, la même disposition que les 
deux autres sanctuaires ; mais, comme je l'ai déjà signalé, il subit de fréquents rema- 
niements, et, dans les parties ajoutées postérieurement, nous reconnaissons quelque 
imitation des sanctuaires égyptiens. C'est ainsi qu'on construisit un dronios, avenue 
dallée, bordée de sphinx et d'autels. De même, des fidèles y élevèrent des pylônes; 
et l'on n'accédait ainsi dans la cour, la partie la plus sacrée du sanctuaire, où 
étaient groupées les chapelles, qu'après avoir passé par une série d'espaces d'un 
caractère sans doute plus profane. C'est le principe même de l'architecture religieuse 
en Egypte. Mais, dans la construction des édifices eux-mêmes, on ne relève nulle part 
les formes propres à l'architecture classique de l'Egypte. A Isis fut élevé un temple 
dorique, qui aurait pu abriter une divinité quelconque du panthéon grec. La décoration 
des murailles peut avoir présenté un caractère plus exotique ; mais elle était exécutée 
sur des enduits épais qui masquaient la grossièreté de la maçonnerie, et ces enduits 
ont entièrement disparu. 

Le Sarapieion C, agrandi sans cesse et sans cesse enrichi de constructions nou- 
velles, dut ofïrir quelque analogie avec le grand Sarapieion de Memphis, dont les 
bâtiments innombrables nous sont connus plus par les papyrus que par les fouilles'. 
Déjà dans la première moitié du II" siècle, un inventaire gravé sur marbre énumère 
les chapelles et autres édifices groupés dans l'enceinte du sanctuaire officiel qui est 
précisément le Sarapieion C : on y trouve un temple de Sarapis, un temple d'Isis, un 
temple d'Anoubis, un pastophorion, un portique, une exèdre, un dromos. Au cours du 

1. Cf. p. Roussel, op. laud.. p. 31, 55, 136-137. 

2. Cf. Brunet de Presle, Mémoire sur le Sérapéum de Memphis {Mémoires présentes par dicers sacants 
à l'Académie des Inscriptions, l" série, t. II, 1852, p. 552 et suivantes). 



84 PIERRE ROUSSEL 



IP siècle, on y éleva principalement d'innombrables v^oî, qui ne sont que des chapelles, 
mais aussi des portiques et des exèdres : et les constructions préexistantes furent modi- 
fiées, parfois même peut-être rasées pour faire place aux constructions nouvelles. La 
multiplicité des demeures divines et l'existence du pastophorion, sorte d'auberge semi- 
monastique, semi-laïque, rappellent, de loin, ce gigantesque sanctuaire de Memphis, 
véritable « bourg » religieux, auquel se rattachait d'ailleurs, comme nous le verrons, 
le premier prêtre égyptien de Délos. Mais aucun plan préconçu ne parait avoir dé- 
terminé la répartition des édifices ni l'addition des parties nouvelles. 



Le sanctuaire égyptien d'Érétrie a été exhumé par M. Papadakis, en 1914, non 
loin du mur d'enceinte de la ville antique. Les restes en sont fort misérables : ce n'est 
pas seulement parce qu'il a péri par le feu, après avoir été, au préalable, pillé et dé- 
vasté, mais encore parce qu'on avait usé ici, comme à Délos, des modes de construction 
les plus économiques. Le pied des murailles, seul, était en pierre; ailleurs, on avait 
employé la bricjue, qui s'est réduite en poussière. 

Toutefois, le plan est facile à reconnaître et présente d'incontestables analogies 
avec celui du sanctuaire pompéien. Une cour rectangulaire de 23 mètres sur 9 est 
entourée, au sud et à l'est, d'une sorte de portique dans le(iuel des murs de refend 
déterminent quelques pièces ou exèdres. Ce portique fait encore retour sur une partie 
du côté nord, et la porte, décorée peut-être d'un Tipimlo-i, se trouvait, de ce côté, vers 
l'angle sud-est. La cour était occupée par un temple in antis, long de moins de 
9 mètres, large de 5'" 20. Il était précédé d'une sorte de vestibule, délimité par des 
murs, mais à ciel ouvert. En arrière du temple, entre le mur du fond et le mur d'en- 
ceinte, parait avoir existé une pièce en contre-bas, peut-être couverte, sur la nature de 
laquelle M. Papadakis ne se prononce pas nettement'. Il est possible qu'elle corres- 
ponde aux cryptes de Délos. 

M. Papadakis a remarqué que le sanctuaire d'Érétrie, pas plus que le Sarapieion A 
et le Sarapieion B de Délos, n'olïrait en son ensemble aucun caractère égyptien". Une 
mosaïque, qui occupe une partie de la cour, représente un crocodile, d'un dessin mala- 
droit, et un oiseau qui peut être un ibis. Le couple de fidèles qui en fit les frais dédia 
en même temps les enduits des murs et du sol (xi xovtâpiaia -m-i to!;^iov /.a! liôv ÈSacpiôv)'. Il est 
donc permis de supposer que la décoration était empruntée à la faune et à la flore de 
l'Egypte ou représentait, comme à Pompéi, des scènes liturgiques propres à ce culte 
étranger. 

1. Papadakis, loc. laud.. p. 123-124. 

2. P. 184. 

3. P. 128. 



LES SANCTUAIRES ÉGYPTIENS DE DÉLOS ET D'ÉRÉTRIE 85 



II 

Les sanctuaires de Délos et d'Erétrie, si dévastés soient-ils, nous ont fourni quel- 
ques . indications utiles sur la disposition générale des Sarapieia du monde grec. Il 
est probable que, partout, les premiers fidèles furent peu curieux de copier des édifices 
de style égyptien. La raison en est évidente. La propagation du culte égyptien fut due 
à des Grecs qui avaient séjourné en Egypte et non à des Égyptiens établis en Grèce. 
Les inventaires exhumés à Délos nous font connaître les noms des donateurs qui, dès 
la fin du IIP siècle, enrichirent de leurs offrandes les sanctuaires de Sarapis : ils sont, 
pour la plupart, originaires de Grèce ou des contrées hellénisées'. A Érétrie, le plus 
ancien monument, qui remonte au début du IIP siècle ou plus haut encore peut-être, 
porte cette dédicace : Aî-p-Ttoi "i^sioi^ Il est notable qu'à Délos, la plus ancienne inscrip- 
tion s'adresse aussi à la seule Isis et soit due à une femme de nom égyptien, Taessa '. 
On en peut conclure sans doute que, très souvent, les Sarapieia ont occupé l'emplace- 
ment d'anciens lieux du culte consacrés à Isis, et fondés peut-être par des Égyptiens*. 
Mais le succès de la religion de Sarapis, dont l'invention est postérieure à l'introduc- 
tion d'Isis en Grèce, est dû à l'engouement des Grecs, non à la propagande étrangère. 

Les documents mis au jour dans les nouvelles fouilles ont-ils apporté quelque 
lumière sur les causes, les débuts et les étapes de ce succès ? 

On admet d'ordinaire que les Ptolémées tâchèrent d'implanter hors de l'Egypte le 
culte de Sarapis et d'Isis, couple divin « dont la gloire était liée en quelque sorte à 
celle de leur maison ' ». A Délos aussi bien qu'à Érétrie, rien n'appuie cette thèse et 
tout y contredit. Les souverains égyptiens ont, dès le IIP siècle, comblé Apollon de 
leurs offrandes; ils n'en ont réservé aucune. pour le Sarapieion. Les mesquins sanc- 
tuaires qui abritèrent la religion nouvelle sont l'œuvre de fidèles, unissant leurs maigres 
ressources, et ne doivent rien aux Ptolémées °. 

Il apparaît même que le dieu, abordant sous la conduite de son prêtre, dans l'ile 

1. p. Roussel, p. 280 et suiv. 

2. Papadakis, p. 115 et 186. 

3. P. Roussel, p. 106, n" 40. 

4. M. Papadakis, p. 183, admet que le sanctuaire d'Erétrie a succédé à un ancien sanctuaire du héros 
Naustolos, dont une borne a été trouvée à environ 150 mètres. L'analogie des fonctions entre ce héros marin 
et les divinités d'Egypte, protectrices des matelots, ne suffit pas à démontrer cette hypothèse. 

5. Cette idée a été développée en particulier par F. Ou. mont dans son beau livre. Les Religions orientales 
dans le paganisme romain [Annales du Musée Guimet, Bibliothèque de culgarisation, t. XXIV, 1907), p. 97 
et suiv. 

6. M. Lafaye, Journal des Savants, 1918, p. 119, croit qu'on ne peut nier, sans imprudence, que les Lagides 
Il aient donné [au culte égypto-grec] l'impulsion première à travers le monde hellénique ». Je me borne ici ;"i 
montrer qu"on n'en a aucune preuve pour Délos ni pour Érétrie, mais je continue à penser que, hors de 
l'Egypte, ils n'ont fait aucun effort pour propager la religion de Sarapis. 



86 PIERRE ROUSSEL 



d'Apollon, y eut d'abord une demeure d'emprunt et que, plus tard, installé chez lui, il 
dut défendre sa pauvre demeure contre l'hostilité d'ennemis déclarés. C'est ce que 
nous apprend une curieuse chronique rédigée mi en prose, mi en vers, et gravée sur une 
colonne qui fut retrouvée dans le Sarapieion A. l\ convient de reproduire ici une 
partie de ce document unique '. 

Le prêtre Apollonios a fait graver ceci sur l'ordre du dieu. 

Notre grand-père, Égyptien de la classe sacerdotale, apporta avec lui son dieu 
lorsqu'il vint d'Egypte; et il continua à célébrer le culte selon le rite traditionnel, et 
il vécut, croit-on, quatre-vingt-dix-sept ans. Il eut pour successeur mon père Démé- 
trios, qui servit les dieux avec le même zèle et, pour sa piété, mérita du dieu l'honneur 
d'une statue en bronze qui est placée dans le temple du dieu. Il vécut soixante et un 
ans. J'héritai des objets sacrés et je m'acquittai avec assiduité du service divin. Mais 
alors le dieu m'annonça en songe qu'on lui devait consacrer un Sarapieion, un sanc- 
tuaire qui lui appartint, car il ne voulait plus être locataire comme auparavant; il 
ajouta qu'il trouverait lui-même l'endroit où on le devait installer et qu'il indiquerait 
l'endroit. Il en fut ainsi. Or c'était un lieu plein d'ordure dont la mise en vente était 
annoncée par une petite affiche placardée dans le passage de l'agora. Puisque le dieu 
le voulait, l'achat fut conclu et le sanctuaire fut bâti rapidement, en six mois. Il arriva 
alors que quelques individus s'unirent contre nous et contre le dieu, et ils intentèrent, 
contre le sanctuaire et contre moi, une action publique : il fallait payer une amende 
ou subir une peine afflictive. Mais le dieu m'annonça en songe que nous triompherions. 
Maintenant que le procès est terminé et que nous avons triomphé d'une m,anière digne 
du dieu, nous louons les dieux et leur rendons de justes actions de grâces. 



Un mauvais poème de soixante-quatre vers, œuvre d'un certain Maiïstas, est joint 
au récit en prose qu'il paraphrase. Il nous donne quelques détails sur le miracle par 
lequel Sarapis confondit les accusateurs de son prêtre ; le dieu paraît les avoir frappés 
de mutisme. Il nous fait connaître aussi que le premier prêtre venait de Memphis et 
que des fidèles (eipaiûsç) se groupèrent bientôt autour de lui. 

La plupart des prêtres errants qui parcoururent plus tard le monde gréco-romain 
et y colportèrent les mystères de la religion égyptienne, doivent avoir été des charla- 
tans, sans nulle attache avec le sacerdoce régulier. Apollonios nous apparaît comme 
un personnage plus respectable; il vint de Memphis à Délos, non point sans doute par 

1. J'en ai donné le texte dans /. G., XI, 4, n° 1299; le texte et la traduction intégrale dans ÇaUes égyp- 
tien!', p. 71 et suiv. 



LES SANCTUAIRES ÉGYPTIENS DE DÉLOS ET d'ÉRÉTRIE 87 

ardeur de prosélytisme, mais à la demande des dévots de Sarapis pour célébrer selon 
les règles, les rites minutieux du nouveau culte. Et cet office se perpétua dans sa 
famille. Le dieu, d'abord suspect, affirma sa puissance par un miracle; non loin du 
premier Sarapieion, d'autres sanctuaires se fondèrent et les associations pieuses se 
multiplièrent. 



Ces associations, qui assuraient l'exercice du culte, sont dites zotvâ, eiatrot, ajvoSoi. 
Le détail de leur organisation nous échappe en grande partie : dans le même sanc- 
tuaire, on trouve les monuments d'associations diverses. 

Le nom le plus général semble avoir été celui de Thérapeutes ; à côté apparaissent 
des confréries variées : les DécacUstes, hommes et femmes (xoivôv twv 3£/.(xSta-ôjv xa! SexaotaTpiwv), 
qui devaient célébrer une fête le dixième jour du mois ; les Énatistes, dont la fête 
tombait le neuvième jour; les Sarapiastes; les Mélanéphores , que l'on rencontre à 
Délos et à Erétrie; en ce dernier endroit, ils sont associés aux Hy postales (xoivovriôv jjie- 
Xav7)tpopwv -/.aï ÛTtotjTÔAwv) ' . Ces Confréries, dont quelques-unes peuvent avoir porté un 
costume spécial, — les mélanéphores, par exemple, — continuèrent pour la plupart 
d'exister lorsque le culte fut reconnu officiellement; elles avaient sans doute une parti- 
cipation plus étroite aux fêtes religieuses et se distinguaient, par l'ancienneté de leurs 
traditions, de la masse des dévots; elles témoignaient de leur satisfaction envers les 
prêtres en élevant des monuments en leur honneur. 

D'une manière générale, le rôle des fidèles est plus considérable dans le culte 
égyptien en Grèce, alors même qu'il devient culte d'État, que dans les anciens cultes 
grecs. Il y a là comme une survivance des origines. L'usage des collectes ne disparaît 
point : soit pour la célébration des solennités, soit pour l'érection des monuments, les 
fidèles s'unissent et apportent leur contribution. C'est pourquoi les sanctuaires de 
Délos et d'Érétrie nous ont livré de multiples fragments de plaques de marbre où 
étaient gravées de longues listes de personnages". L'intitulé d'une de ces listes est 
ainsi rédigé : o"3e svauâpj^Tioav lii'. upéwi; Aiovudîou Toû ^iXoxXIouç. M. Papadakis en a donné 
l'explication la plus plausible'. On sait, principalement par Apulée, que, pour célébrer 
la reprise de la navigation, interrompue aux mois d'hiver, on lançait à la mer, après 
une procession solennelle, une embarcation consacrée à Isis, la divinité amie des 
matelots. Les hommes et les femmes dont la liste nous a conservé les noms, ont parti- 



1. Sur les confréries de Délos, cf. Cultes égyptiens, p. 253-255 ; sur le xoivôv des Mélanéphores et des 
Hypostoles d'Érétrie, cf. Papadakis, p. 148, n. 1. 

2. A Délos, cf. Cultes égyptiens, p. 154. n° 132; p. 158, n» 137; p. 174, n" 168; p. 181, n» 175 et suiv.; ;i 
Érétrie, cf. Papadakis, p. 155 et 160. 

3. P. 161. 



PIERRE ROUSSEL 



cipé à cette fête du printemps, dite itXoiaçéita ou itavigium Isidts'. En d'autres listes 
figurent les fidèles qui ont versé leur cotisation, soit pour les frais du culte, soit pour 
la réparation ou la construction de quelque édilice; malheureusement, en aucune, 
l'intitulé n'est explicite ou intégralement conservé : o"o£ tr'jveSiÀovxo, dit simplement une 

inscription d'Krétrie '. 'O cspcj? àvÉYpi'l'Sv xoô; uuvêEêXTUJLivou; -ô>[v GEpnreuTÔjJv (?) e!; tT|V — ÈTtiaXEU-(iv 

donnent les listes déliennes '. Le chill're de la cotisation a été inscrit en regard des noms ; 
on atteint rarement vingt drachmes, et souvent on descend jusqu'à une drachme. Les 
lidèles étaient en majorité gens de médiocre condition; on relève à Délos et à Erétrie 
la présence d'un certain nombre d"i-aXt-/.o', desaiîranchis, peut-être même des esclaves'. 



Nous ne pouvons affirmer que le sanctuaire d'Érétrie ait jamais reçu la reconnais- 
sance oHlcielle. Un prêtre, Phanias, est dit UpinTEûtraî ÈYYÉvou;^ Ce personnage peut avoir 
été, comme l'Apollonios de Délos, un Egyptien, dont le nom fut transposé en grec. 
Héritier d'un sacerdoce familial, il aurait exercé .''a charge sa vie durant, et le monu- 
ment lui aurait été élevé après sa mort sur l'ordre du dieu (xa-à -cv jjiavxEiav xoù Beoù). 
Plus tard, semble-t-il, le sacerdoce devint annuel : mais on ne peut rien affirmer. 

Nous sommes mieux renseignés pour Délos : vers le début du IP siècle, les 
Déliens, peut-être inquiets de la vogue rapide du nouveau culte, jugèrent prudent de 
l'annexer, en partie du moins, à la religion officielle. Les prêtres égyptiens continuè- 
rent à exercer le sacerdoce de père en fils durant plusieurs générations ; ils avaient 
d'ailleurs acquis la nationalité délienne. Mais, tandis qu'ils officiaient en leur Sara- 
pieion particulier {Sarapieion A) et tandis que des associations privées avaient encore 
pour siège des établissements dont le Sarapieion B est le type, un sanctuaire public, 
le Sarapieion C, était desservi par un prêtre et un néocore, fonctionnaires officiels, 
annuellement renouvelés en leur charge. 

En 166, les Athéniens prirent possession de Délos, et, du même coup, le Sara- 

1. Cf. ApuL., Metam., XI, 5; 16-17. Le nom de nXoiasio-ia est Jonnè par une inscription de Byzance; cf. 
Athenische Mitteilangen, 1912, p. 180-182. 

2. M. Papadakis, p. 156, rapproche de cette formule celle dune inscription délienne : o! auvëaidnevoi Et; 
TÔv pwjiôv (cf. Cultes égyptiens, p. 109, n" 45 bis, et p. 883). Mais les cotisations peuvent avoir eu tout autre 
emploi. 

3. Le nom de l'édinoe réparé peut se trouver dans le n" 175 A. ['jôjpeiov; mais la restitution est incer- 
taine, et l'existence du dieu Hydreios permet de douter s'il s'agit d'un réservoir ou d'un sanctuaire de ce dieu. 

4. Dans la liste des a-jiJ.g«Xô|jiEvot ii Érétrie (Papadakis, p. 155), on ne relève la présence de nul 'iTaXixi;. 
Cette inscription parait assez ancienne et appartient peut-être encore au III" siècle. Au contraire, dans la liste 
des va-jipxT|<j-avTE; (p. 160). plus tardive, les 'l-alnoi ne' manquent point. Je relève en particulier le nom de 
Ko'i'vro; Bpattioi; Atovûo-co; (col. II, 1. 30-31), peut-être affranchi de ce Brettius ou Braetius Sura, qui joua un 
rôle en Grèce pendant !a guerre mithridatique; cf. P. Koussel, Délos, colonie athénienne, p. 328, note 2. La 
liste serait alors postérieure à 88, ce que la paléographie autorise à croire. 

5. Papadakis, p. 152, n" 6. 



LES SANCTUAIRES ÉGYPTIENS DE DÉLOS ET d'ÉRÉTRIE 89 

pr'eion C, comme tous les sanctuaires publics, devint leur propriété. Ils voulurent lui 
réserver une sorte de monopole, et, pour y parvenir, ils cherchèrent querelle au prêtre 
privé qui desservait le Sarapieion A ; mais, à la suite d'une intervention romaine, ils 
durent lui permettre de célébrer son culte, comme par le passé, en son établissement ' . 
Il arriva néanmoins qu'à cette époque, les sanctuaires privés périclitèrent, peut-être 
par l'effet du mauvais vouloir de l'administration athénienne ; tout au moins voit-on 
que les hommages des dévots s'écartèrent du Sarapieion A aussi bien que du Sara- 
pieion B. 

Par contre, le sanctuaire officiel est florissant. A la tête est un prêtre, personnage 
envoyé par la métropole, choisi parmi les Athéniens de cjualité et renouvelé annuelle- 
ment. Les textes nomment à côté de lui le cleidouque ou porte-clé, le zacore, sorte de 
sacristain, la canéphore. Le prêtre n'est qu'un représentant de l'État; on ne le choisis- 
sait point, à coup sûr, en raison de sa science de la liturgie. Le cleidouque et la 
canéphore, également d'origine athénienne et également annuels, avaient-ils une com- 
pétence plus grande? On en peut douter. La charge de zacore était confiée à des 
étrangers qui, à une époque tardive, l'exercèrent durant plusieurs années consécutives ; 
il est possible qu'alors ce sacristain, immuable au milieu de fonctionnaires transitoires, 
ait pris quelque prépondérance dans la célébration du culte. Mais j'imagine que les 
soins minutieux du rituel étaient laissés à de bas officiers qui n'apparaissent guère 
dans nos documents': tel Yoneirokritès, interprète des songes, lequel devait bien 
avoir quelques connaissances techniques ; peut-être des pastophores, dont on ne peut 
déduire l'existence qu'avec réserve de celle d'un pastophorion'. 

Un sacerdoce organisé à la grecque est donc plaqué en quelque sorte sur ce culte 
exotique. Le même personnage qui exerce une année la prêtrise des divinités égyp- 
tiennes, peut passer par la suite au .service d'Apollon, d'Artémis ou de quelque divinité 
grecque. Dans les cultes orientaux, « le clergé, dit M. Cumont, forme une caste pres- 
que recluse que ses insignes, son habit, ses mœurs, sa nourriture, distinguent du 
commun des mortels, un corps indépendant avec sa hiérarchie, son protocole et même 
ses conciles. Les membres ne retournent pas, comme citoyens, à leurs devoirs civiques 
ou, comme magistrats, à la direction des affaires publiques, ainsi que le faisaient les 
anciens pontifes, lorsqu'ils avaient accompli le service solennel d'un jour de fête' ». 
-Mais les états grecs, en recevant les religions étrangères, se sont efforcés de sauve- 
garder leurs traditions propres : le prêtre de Sarapis et ses principaux assistants ne 

1. Un senatus consulte fut même rendu en faveur du prôlre privé; cf. Cultes égyptiens, p. 92, n" 14. 

2. Ainsi, à Priène. le fonctionnaire officiel devait fournir un AivÛT^o;, expert à célébrer le culte ; cf. 
HiLLER VON Gaertringen, [nschr. Priene, n° 195, 1. 20 et suiv. 

3. Cf. Cultes égyptiens, p. 270. 

4. Cumont, Cultes orientaux, p. 28. 

Reçue égyptologique, I. 12 



90 PIERRE ROUSSEL 



devaient en rien se distinguer « du commun des mortels » ; ils étaient citoyens 
d'Athènes et ne sacrifiaient point ce privilège à l'exercice exclusif d'une fonction reli- 
gieuse. Les nécessités de la liturgie exigeaient sans doute un personnel expert et 
permanent ; mais ce personnel était relégué dans les emplois subalternes. Ainsi, — 
et c'est un trait qui vaut d'être noté, — en ce culte égyptien, le sacerdoce a perdu en 
grande partie le caractère qu'il avait en Egypte et (ju'il aura plus tard dans les temples 
latins d'Isis et de Sarapis ' . 

III 

Les sanctuaires de Délos et d'Érétrie étaient entièrement vides de leur mobilier 
religieux. Les inventaires découverts à Délos suppléent mal à l'absence presque com- 
plète de tout monument figuré*. Ils énumcrent les objets conservés dans les temples 
ou dans les annexes ; statues du culte, ustensiles sacrés, ex-voto des fidèles ; mais le 
plus souvent les descriptions sont sèches et peu précises. La statue d'Isis est ainsi 
inventoriée parmi les objets de bois : La statue de la déesse dorée sous un baldaquin 
en bois (xô 'âyoïlnn zr^ç eeo'j ÈTTÎ;(^pu<Tov h vatoîqj $uXîv()j). Cette notice satisfait peu notre curio- 
sité ; de même, de l'énumération des tables, encensoirs, vases, couronnes, statues ou 
statuettes, souvent désignées sous la simple rubrique ^woio-/ et Uyoipioy; on extrait bien 
rarement quelque détail caractéristique. 

Tout au moins, en combinant ces documents avec les dédicaces qui abondent, 
a-t-on pu dresser la liste fort longue des divinités dont les images figuraient dans 
les sanctuaires ou (|ui y recevaient hommage. Au couple Sarapis-Isis s'ajoute de . 
bonne heure Anoubis. Par contre, l'enfant-dieu, Harpokratès ou le petit Horos, n'est 
mentionné que dans les textes les plus répents et ne figure qu'après Anoubis. A côté 
apparaissent de multiples divinités dites ajwaoi -/.a! TjijSwrjioi. Les unes sont d'Egypte: 
Osiris, Ammon, Boubastis, Zeus Kasios; des fidèles invoquent Sarapis ou Isis, sous une 
forme locale : Sarapis de Kanopos, Isis de Taposiris, Tacimepsis, qui est l'Isis du mont 
Kasios. D'autres divinités apparaissent dans les dédicaces parce qu'elles avaient un 
sanctuaire voisin, tel, à Délos, le Zeus du Cynthe; ou parce qu'elles accordaient des 
grâces identiques : ainsi Zeus Ourios ou les Dioskures. Souvent il est difficile de dé- 
terminer si les appellations grecques recouvrent des divinités égyptiennes. Il y a déjà 
fusion entre les deux cultes sans qu'on puisse déterminer en (|uelle mesure exacte; 
mais il convient de remarquer qu'à cette époque relativement ancienne, — IIP au 



1. CuMONT, loc. laucl., p. 115. 

2. Ce sont néanmoins de précieux documents, qui étaient restés inédits jusqu'à présent; on les trouvera 
dans les Cultes égyptiens, p. 207-238, et on en rapprochera un inventaire publié récemment dans le tome XII 
(les Oûoyrhynchus Papyri. 



LES SANCTUAIRES ÉGYPTIENS DE DÉLOS ET d'ÉRÉTRIE 91 

I" siècle av. J.-C, — où ne trouve nulle trace de ce syncrétisme compliqué, dont 
nous avons postérieurement de si nombreux exemples. 

Les documents épigniphiques, comme on l'a déjà remarqué, ne nous donnent à 
peu près nulle indication sur la liturgie et presque aucune sur les doctrines. Dans la 
partie versifiée de la chronique du Sarapieion A, sont mentionnés des repas rituels 
auxquels le dieu était censé présider (Oeo/.àt.toi îaTTs;). Les salles de réunion, encore 
garnies de bancs, que l'on a exhumées, en permettaient la célébration. La liturgie 
devait comprendre un service journalier et des solennités régulières. Le service joui- 
nalier comprenait, entre autres actes, l'ouverture du sanctuaire et la présentation aux 
lidèles de l'image divine : le cleidouque présidait sans doute à cette cérémonie. Signa- 
lons encore les oblations de victimes, les fumigation.s d'encens, les libations faites 
avec cette eau que l'on puisait dans les crj-ptes secrètes et que l'on assimilait à l'eau du 
Nil, ou avec du lait qui découlait de vases en forme de sein signalés dans les inventaires 
((xaiTo!), les offices accompagnés de musique : tous ces actes nous sont connus par des 
textes littéraires, lesquels éclairent les données éparses dans nos textes épigraphiques. 
Parmi les solennités régulières, il faut citer surtout cette fête de la navigation que 
j'ai déjà rappelée à l'occasion d'une inscription d'Érétrie', et sans doute des fêtes noc- 
turnes (X'j/_va'|/''2) qui expliquent la mention de porte-flambeaux (XajjnrTr.pooôpoi) à Délos et 
aussi la découverte de multiples lampes aussi bien dans le sanctuaire d'Érétrie que 
dans ceux de Délos. 

Les cultes orientaux requéraient des fidèles certaines conditions de pureté aux- 
quelles il se fallait soumettre avant d'avoir commerce avec la divinité. Nous n'avons 
gardé que deux règlements fort brefs et spéciaux. L'un interdit aux femmes l'accès 
d'une partie du Sarapieion A et défend d'y porter des vêtements de laine ; l'autre 
proscrit l'usage du vin et le port de vêtements brodés'. 



Quelles grâces sollicitait-on des divinités égyptiennes? En leur qualité de dieux 
« sauveurs » et de dieux « qui exaucent » (swtîjpe; et è-/;xooi), elles pouvaient fournir 
leur assistance en des cas multiples. En une ville de marins et de commerçants, elles 
étaient invoquées surtout contre les périls de la mer. Mais aussi, tout comme l'Asklé- 
pios grec, elles guérissaient les maladies, particulièrement les ophthahnies : c'est 
pourquoi dans les sanctuaires déliens abondent les ex-voto représentant des yeux. On 
obtenait ces guérisons en couchant dans le sanctuaire, comme font aujourd'luii encore 
les fidèles de la Vierge de Ténos. Cette pratique, dite de l'incubation, permettait, 

1. Ci-dessus, p. 88. 

2. Cultes égyptien.--, p. 95, n" 16, et p. 111, n- 50. 



92 PIERRE ROUSSEL 



d'une manière générale, d'entrer en communication avec la divinité et de recevoir ses 
commandements salutaires. Le prêtre qui construisit le Sarapieion A reçut trois fois 
kl visite nocturne du dieu et y puisa l'espoir et le réconfort dans ses tribulations. 

Nous savons par ailleurs que les promesses fuites par Sarapis et Isis à leurs dévots 
dépassaient les bornes de l'existence terrestre : ils assuraient la félicité dans l'autre 
monde à ceux qui pratiquaient leurs rites. Et ici nous mesurons combien, malgré 
l'abondance des documents épigraphiques, nous pénétrons peu profondément dans 
l'intimité de la vie religieuse; à Délos non plus (|u'à Erétrie^nous n'apercevons nulle 
trace distincte d'une doctrine formulant une assurance d'immortalité bienheureuse. 
Tout au moins convient-il de noter ([ue Sarapis et Isis assuraient leur protection aux 
gens de bien : c'est Maiïstas, le mauvais versificateur, qui nous l'assure. 

« Elles sont innombrables et prodigieuses, ô glorieux Sarapis, les œuvres de ta 
puissance ; les unes sont chantées dans les villes de l'Egypte, chère aux dieux ; les 
autres remplissent la Grèce. Et on célèbre aussi ton épouse Isis ; divinités de salut, 
vous vous attaches sans relâche aux gens de bien qui n'ont en leur esprit que des 
pensées pures. » 

Pierre ROUSSEL. 



L'INVOCATION D'ISIS, D'APRÈS UN PAPYRUS D'OXYRHYNCHOS 



Sous le titre « Invocation d'Isis », MM. Grenfell et Hunt ont publié, dans le 
tome XI des Oxyrhynchus Papy ri (n" 1380), un texte très intéressant qui remonte 
au début du II® siècle après Jésus-Christ. C'est une composition mystique, dont nous 
n'avons ni le commencement, ni la fin ; il nous en reste douze colonnes de vingt-deux 
à vingt-cinq lignes en moyenne, en plus ou moins bon état, mutilées surtout à partir 
de la huitième. Voici, autant que les lacunes le permettent, une traduction du frag- 
ment : 

« J'invoque Isis, qu'on appelle aussi ' — à Aphroditopolis, One... ; dans la Maison 
d'Héphaistos, ...chmeunis; surnommée à ...aphis, Boubastis ; à Létopolis la Grande, 
Unique; à Aphroditopolis du Prosopite, Chef de la Flotte, Polymorphe, Aphrodite; 
au Delta, Donatrice de grâces ; à Calamisis, Bienveillante ; à Caréné, Aimante ; à 
Nikiou, Immortelle, Donatrice; à Hiérasos, ...atroichis; à Momemphis, Souveraine; à 
Psochémis, Refuge; à Mylon, Souveraine; à Ce...culemis, ...; à Hermoupolis, Calli- 
morphe, Sacrée; à Naucratis, Sans-Père, Liesse, Salvatrice, Omnipotente, Très 
Grande; à Nithiné du Gynécopolite, Aphrodite; à Péphrémis, Isis, Souveraine, Hestia, 
Maîtresse du pays entier; à Es..., Héra, Divine; à Bouto, Calculatrice; à Thômis, 
Amour...; dans le Saïte, Victorieuse, Athéné, Nymphe; à Nébéo, ...is; à Cœné, 
Liesse; à Sais, Héra, Souveraine, Parfaite; à Ision, Isis; à Sébennytos, Invention, 
Puissante, Héra, Sainte; à Hermoupolis, Aphrodite, Reine, Sainte; à Diospolis Parva, 
Souveraine; à Boubastos, Sublime'; à Héliopolis, Aphrodite; à Athribis, Maia, Or- 
thosia; à Hiéra du Pthemphout, Portelotus ; à Téouchis, Sacrée, Puissante; aux 
Bouviers, Maia; à Xoïs, Sublime, Divinatrice; à Catabathmos, Providence; à Apis, 
Intelligence ; à Leucé Acte, Aphrodite, Mouchis, Eséremphis ; à Phragouropolis, 
...phis; à Choatiné, Victorieuse, .... Calligraphe; à Cynopolis du Bousirite, Praxidiké; 
à Bousiris, Tyché, Bonne ; à Hermoupolis du Mendésien, Guide; à Pharbaithos, Calli- 
morphe; à Isidion du Séthroïte, Salvatrice des hommes; à Héracléopolis du Séthroïte, 
Puissante; à Phernouphis, Souveraine des cités: à Léontopolis, Serpent, Bonne; à 
Tanis, Gracieuse, Héra; à Schédia, Invention; à Héraclion, Maîtresse de la mer; à 
Canope, Musagète; à Ménouthis, Vérité; à Méniouis, Assise avant lo...; à iM...nestion 

1. ,1e restiiue cette formule, d'après le début des hymnes en vers, comme on le verra plus bas. 

2. Ou Ancienne, suivant qu'on entend tô avw de l'espace ou du temps. 



94 PAUL COLLAKT 



le Grand, Forme de Vautour, Aphrodite; à Taposiris, Thauestis, Héra, Donatrice; 
dans l'Ile, Prompte Victoire; à Peucestis, Pilote; à Mêlais, Polymorphe; à iMénou- 
phis, Guerrière; dans le Métélite, Goré ; à Charas, Athéné; à Plinthiné, Hestia ; à 
Péluse. Refuge; dans le district Casien, Tachnépyis ; à la Ravine, Isis, Sauvegarde; en 
Arabie, Grande, Déesse; dans l'Ile, Procurant les saintes victoires; en Lycie, Léto; 
à Myra de Lycie, Sage, Liberté; à Cnide, Eloignement des attaques, Trouveuse ; à 
Cvrène, Isis; en Crète, Dictynnis ; à Chaicédùn, Thcmis; à Rome. Guerrière; dans 
les Cyclades, à Trois natures, Artémis ; à Palhmos, Jeune; à Paphos, Pure, Divine, 
Bienveillante; à Chio, Mouvante; à Salamine, Observatrice; à Cypre, Toute géné- 
reuse; en Clialcidique, Sainte; en Piérie, Juvénile; en Asie, Déesse des Carrefours; 
à Pétra, Salvatrice; à Hypsélé, Très Grande; à Rhinocoroules, Voyante universelle; 
à Dora, Chérie; à Stratônos Pyrgos, Hellas, Bonne; à Ascalon, Très Puissante; a 
Sinope, aux Nombreux Noms; à Raphia, Puissante; à Tripolis, Orthosia; à Gaza, 
Lii)érale; à Delphes, Excellente, Très Belle; à Bombyké, Atargatis ; chez les Thraces 
et à Délos, aux Nombreux Noms ; chez les Amazones, Guerrière ; chez les Indiens, 
Maia; chez les Thessaliens, Lune; chez les Perses, Latine; chez les Mages, Coré, 
Thapséousis; à Suse, Nania; en Syrophénicie, Déesse; en Samothrace, aux Yeux de 
Taureau; à Pergame, Maîtresse; dans le Pont, Immaculée; en Italie, Amour des 
dieux; à Samos, Sacrée; dans l'Hellespont, Initiée; à Myndos, Divine; en Bithynie, 
Hélène; à Ténédos, Nom du soleil; en Carie, Hécate; en Troade et à Dindymé, 
T...bia, Palentra, Intangible, Isis; à Bérytos, Maia; à Sidon, Astarté; à Ptolémals, 
Avisée; à Suse, du district au long de la mer. Rouge, Sarcounis; — toi qui es la 
première des interprètes dans les quinze commandements; surveillante et guide, 
maîtresse des embouchures marines et fluviales; calligraphe, calculatrice, avisée; qui 
ramènes aussi le Nil sur tout le pays ; bel animal de tous les dieux ; figure joyeuse 
dans le Léthé: musagète ; aux yeux nombreux; noble déesse dans l'Olympe; parure 
des femmes et aimante; abondance de douceur dans les réunions ; boucle de cheveux 
dans les panégyries; plénitude de ceux qui passent les beaux jours; Harpocratis des 
dieux; surintendante des processions des dieux; ennemie des haines; jaspe fidèle du 
vent et diadème de vie ; toi, grâce à qui les statues et les animaux de tous les dieux 
sont adorés avec... de ton nom; ô Maîtresse Isis, la plus grande des déesses, le pre- 
mier nom; tu règnes dans le sublime et l'infini ; tu inventes... ;• tu veux que les femmes 
en bonne santé viennent à l'ancre avec les hommes; tous les vieillards à H... font 
des sacrifices; toutes les jeunes filles... à Héracléopolis vont à toi et t'ont consacré le 
pays; ceux qui t'invoquent en toute fidélité te voient; ... par la vertu des 365 jours; 
bienveillante et douce est la grâce de tes deux édits ; de son lever à son coucher tu 
pousses le soleil et tous les dieux en sont joyeux; au lever des astres, sans cesse les 
indigènes t'adorent ainsi que les autres animaux sacrés dans le sanctuaire d'Osiri's; ils 



1 



l'invocation d'isis, d'après un papyrus d'oxyrhynchos 95 

sont joyeux quand ils te nomment; les démons... deviennent tes sujets : ... tu apportes 
la ruine à qui tu veux et la prospérité aux gens ruinés; tu purifies tout; chaque jour 
tu as procuré de la joie; c'est toi qui, après avoir trouvé tout le... du vin, en as donné 
pour la première fois dans les panégyries des dieux... ; toi qui, de tous les éléments 
humides, secs et froids dont se compose l'univers, es l'inventrice, de tous; c'est toi 
qui as ramené ton frère toute seule, bien gouverné la barque et l'as enterré convena- 
blement ; c'est toi qui du bon démon... ; chef des diadèmes : maitres.se de la prospérité, 
de la ruine... : tu as établi des sanctuaires d'isis pour l'éternité dans toutes les cités; 
tu as donné à tous les lois et l'année parfaite, et à tous en tout lieu... ; en tout tu as 
montré... pour que les hommes sachent que tu...; tu as établi ton fils Horos Apollon 
partout jeune maître de l'univers entier... tu l'as établi pour l'éternité; tu as rendu le 
pouvoir des femmes égal à celui des hommes; dans le sanctuaire, tu as conduit' les 
peuples... ; c'est toi, maîtresse de la terre, qui provoques la crue des fleuves, du Nil en 
Egypte, de l'Éleuthéros à Tripoli, du Gange dans l'Inde; c'est par toi que tout existe 
grâce à chaque pluie, chaque source, chaque rosée, chaque neige et chaque... et terre 
et mer; tu es à jamais la maîtresse universelle... ; tu as le commandement des vents, 
des tonnerres, des éclairs et des neiges ; maîtresse de la guerre et du commandement, 
tu ruines aisément les tyrans par tes fidèles conseils ; tu as rendu le grand Osiris 
immortel et donné à toute la contrée les cérémonies... ; de même pour Horos, devenu 
bienfaiteur et bon ; tu es la maîtresse de la lumière et des flammes ; c'est toi qui, à 
Memphis, dans le sanctuaire...; Horos ayant jugé d'avance que tu avais fait de lui 
le successeur... ; tu l'as établi roi-devin dans la maison paternelle pour l'éternité'... » 
Telle est cette curieuse prière. Une copieuse introduction la précède et lui sert 
d'excellent commentaire, sans parler des notes où les savants anglais ont élucidé des 
points spéciaux. On peut résumer tout leur travail d'exégèse sous deux chefs prin- 
cipaux : l'extension du culte d'isis et le syncrétisme de l'époque. D'une part, en effet, 
cette kyrielle de noms géographiques, fort instructive pour nous, au long de laquelle 
ils ont réussi à démêler un certain ordre, cette géographie universelle prouve mani- 
festement la propagation et la puissance du culte de la déesse. D'autre part, s'il est 
certain que l'auteur a utilisé dans son pieux travail des documents égyptiens', il est 
sûr aussi que son œuvre n'est pas une traduction, mais a été écrite en grec. Pour le 

1. L. 216, je lis r,-f£iJLovr,Ti;, forme en -éw employée plusieurs fois dans Platon, par exemple. 

2. De la 12' colonne il n'y a point de proposition complète à tirer; il faut noter seulement la présence de 
trois mots en -vj : 1. 282, >,£.s6£ô; 1. 286, xaiôSEC ; 1. 296, oiwsavij, analogues aux mots mystérieux rencontrés 
dans les papyrus magiques. 

3. Les éditeurs mentionnent entre autres les titres égyptiens de la déesse et des ressemblances avec les 
hymnes d'Osiris dans le Licre des Morts, et renvoient à Brugscii, Relig. cl. ait. .\eg.. 646-7, et à Budge, 
Osiris and the Egyptian Résurrection, II, 276-8. Il faut lire, d'autre part, le substantiel article de M. G. La- 
FAYE [Reo. phil., XL, pp. 55-108). qui contient une traduction de la Litanie grecque d'isis, un commentaire 
copieux, une judicieuse étude critique et un index. 



96 PAUL COLLART 



prouver, il suffît de remarquer les identifications d'Isis avec les déesses grecques : 
Héra, Athéna, Coré, Artémis, Hestia, Maia, Hellas et la mention de l'Olympe et du 
Léthé, conceptions helléniques. Nous pourrions encore ajouter et montrer (mais cette 
tâche un peu longue appartiendrait plutôt à un éditeur qu'à un commentateur) que 
les épithètes liturgiques de l'Invocation sont empruntées pour la plupart aux hymnes 
grecs, spécialement aux hymnes orpliiques. Mais, sans nous laisser entraîner à ces 
comparaisons, bornons-nous à noter, avec MM. Grenfell et Hunt, que nous avons 
là un nouvel et saisissant témoignage du syncrétisme religieux au IP siècle ' . 

A cette double constatation sur la diffusion du culte d'Isis et la compénétration 
des croyances, nous voudrions ajouter quelques remarques. Dans ce fragment, en 
effet, — qu'on l'appelle invocation, hymne ou litanie, — trois points nous paraissent 
mériter l'examen : la composition générale du morceau, la présence des noms géogra- 
phiques, l'emploi de la prose. 

D'une étude synthétique des hymnes en vers, peut-on tirer des indications sur 
la composition, non pas constante et preci.se, mais liabituelle et générale, des œuvres 
de ce genre? Il nous semble que oui. Qu'il s'agisse des hymnes primitifs, — dont 
nous jugeons par la tradition, — qu'il s'agisse des hymnes homériques, orphiques, 
alexandrins, de ceux de l'Anthologie Palatine ou de Proclos — dont les textes nous 
sont conservés, — le schéma de ces poèmes est à peu près régulier. Il comprend trois 
parties : une invocation, avec la série plus ou moins complète des vocables attribués 
au dieu ; un récit, où le dévot s'adresse souvent encore à la divinité, soit pour conter, 
avec son approbation, un ou plusieurs de ses exploits, soit pour énumérer simplement 
les pouvoirs divins et faire une nouvelle litanie sous cette forme*; une prière, enfin, 
que le fidèle présente à la divinité, prière souvent très brève et réduite parfois à un 
ou deux vers. 

Le fragment d'Oxyrhynchos nous semble être un calque parfait de ce modèle. 
On y trouve, en effet : 1° l'invocation à la déesse. Le début nous en manque, il 
est vrai, mais le fait que toute la suite des noms mystiques est à l'accusatif nous 
permet de supposer que, selon toute vraisemblance, le morceau commençait par 
•/.aXio), ou xf/.Xï;ox(o, OU xÀf,Çw, commc tant d'hymnes orphiques ou par û.avioiJiev comme 
plusieurs fois chez Callimaque et Proclos". 2° Une énumération des vertus et pouvoirs 
d'Isis, à partir de l'endroit où disparaissent les dénominations géographiques. Cette 

1. Us signalent, à titre de rapprochements, au point de vue du contenu : Apulée, Métam., XI, 5; 
P. Leyden, U,1I, et P. Brit. Mas. 121, 492-304; les invocations k Hermès dans les hymnes magiques et un 
papyrus démotique (Spiegelberg, CataL, n° 31169), qui contient une énumération des titres d'Isis et d'autres 
dieux, précédée d'une liste de villes du Delta. 

'Z. Cf. Anth. Pal., IX, 524 et 525, deux hymnes curieux, à Dionysos et à Apollon, qui ne sont que des 
litanies alphabétiques, les titres divins dans un même vers commençant tous par la même lettre. 

3. Callimaque, Hym., III, à Artémis; Proclos, Hym., III, aux Muses; II et l'V, à Aphrodite. 



l'invocation d'isis, d'après un papyrus d'oxyrhynchos 97 



énumération est d'ailleurs scindée vers le milieu par un appel direct à la divinité, 
y.'jpîa 'lai (1. 142), suivi de la mention des privilèges divins : uù xa'.... al -/.a!... ipwTi aï o'. 
Kxxà 'Jj TiKJxov ÈTTizaXo'j|a£vot'. 3° Uttc requôte présentée par le dévot à la déesse. Cette der- 
nière partie ne nous a pas été conservée, parce que le papyrus est incomplet. Mais 
l'accumulation des phrases à la deuxième personne du singulier dans la partie précé- 
dente nous autorise à croire que notre Invocation, comme les hymnes métriques, se 
terminait, après l'appel : « ô Maîtresse Isis », par une demande à Isis, et qu'ainsi nous 
avons simplement perdu une variante pieuse des formules habituelles : Soç llfio:(; 

aYouaa... XiTopiai Ttéjj.TTStv, etC. 

Si nous examinons, en second lieu, les noms géographiques, leur présence, 
étrange au premier abord, nous semble à la réflexion aisément explicable et même 
naturelle. Depuis une très haute antiquité, tous les dieux ont reçu le titre de izoluMm^oc, 
appliqué ici à Isis (11. 97 et 101). Homère l'attribue, entre autres, à Dionysos (Z, 132); 
Callimaque à Artémis (III, 7); Froclos à Aphrodite (IV, 1) et à Hécate (V, 1); les 
hymnes orphiques à la Nature (X, 13), à Pan (XI, 10), à Héra (XVI, 9), à la Mère 
des dieux (XXVII, 4), à Artémis (XXXVI, 1), à Déméter (XL, 1), etc. Or, dans 
chaque endroit où est établi son culte, une divinité n'a que deux ou trois dénomina- 
tions. Si donc, dans la crainte que le dieu, insuffisamment- invoqué, ne se dérobe à 
ses prières, un dévot veut prononcer toute la litanie des « nombreux noms » divins, 
force lui est de bien connaître ce qu'on pourrait appeler la géographie mystique. De 
plus, au cours des récits mythiques, les poètes ont été obligés de mentionner les pays 
où se déroulent les exploits et les voyages des dieux, seconde raison pour eux de se 
faire, dans une certaine mesure, géographes. Ainsi s'explique que la géographie appa- 
raisse dès les hymnes homériques, se montre çà et là dans les hymnes orphiques, 
s'étale chez les Alexandrins. Chez ces derniers, d'ailleurs, ce n'est pas seulement une 
nécessité religieuse, c'est une satisfaction de poète érudit, le plaisir de faire entrer 
dans les vers des mots sonores ou rar'cs et de montrer sa science. Callimaque n'a pas 
achevé les dix premiers vers de son hymne à Zeus qu'il a déjà cité six noms géo- 
graphiques (AtxxaTov, Auxï'ïov, 'i3x(ocatv, 'Apy.aoi-ri, Kp-f;x£ç, iiappaaicu), et ses autres hymnes sont 
à l'avenant'. Après Ératosthène, Strabon et Ptolémée, c'est non seulement le monde 
hellénique, mais encore le monde entier, qui entrent dans la géographie religieuse. 

1. C'est un procédé fréquent dans les hymnes en vers. En voici quelques exemples : Hym. Or/)/i. : 
XXXIV, à Apollon, 11 sqq., crû yàp... o-ol 6' àpyr\... a'j &...; XL, à Déméter, 12sqq., tù x^ovir-,, au ci... a'j àï...; 
LXXIX, àThérais, 3 sqq., r^ npÙTri... îî -/.al... TipraxT) -^ap... èx o-so vàp...; Proclos, IV, à Aphrodite, 14 sqq., 
dc>,).à, 6eà, Ttàvrï] yàp ïyeti... eïte... eïte; VI. à Athéna Polyraétis,? sqq., r\ o-oçir]; itETia-aaa... 5i 7u66ov "Ilçaicrro'.o... 
T, xpaStiqv èo-âwia;... r|Ç iiéXsxy;... v^ xpâtoç... '•r^ fiîorov... r^ ).â)^eç... r^ ;(6ôva... 

2. Cf. surtout lfl,V e( VI. — Bien mieux, il a composé un hymne géographique : A Délos, et sone.xemple 
a été suivi jusqu'aux derniers jours de l'hellénisme par les poètes et les prosateurs : -Elius Aristide a célébré 
Kome(XlV, 'Ptinriç èY/.wij.tov), la mer Egée (XVII, Eiç to Aiyaiov itéXa-fo;) et Smyrne (XXX, lla),iv(..6ia ÉTtt 
i];rjpvri) ; Liiianios Antioche (11" dise.) et Nonnos Bérytos [Dionys., XLI, 143-154). 

Rooue cr/yptologigue, I. • 13 



98 PAUL COLLART 



Notre texte en est une preuve. Nous n'avons plus quelques vagues indications, quel- 
ques noms jetés au hasard, mais la juxtaposition précise d'une épithète mystique 
et du lieu où elle est employée. La tradition ainsi établie se perpétuera. Voici, par 
exemple, comment Nonnos, dans les Dionysiaques (XL, 392-401), célèbre Héraclès 
Astrochiton. « Appelé Bélus sur l'Euphrate, Ammon en Libye, tu es Apis sur le 
Nil, Cronos en Arabie, Zeus en Assyrie..., que tu sois Sarapis, Zeus égyptien sans 
les nuées, ou Cronos, ou Phaéton aux nombreux noms, que tu sois Mitlira, Hélios 
à Babylone. eu Grèce Apollon Delphien. » 

BtjXoî èit' Eùço/ÎTao, .V(6ui; xexXrijjtévoi; "Afijjiiov. 
''Atï'.; l'çtji; NecXûoi;, ".\pa(}/ Kpôvoç, 'AîTjpioi; Zê'j?... 

6'. Ks'jvoî, û 4>aiOiov -oX'jov'jjji.0:;, s'.'te ï'j MîOpT,;, 
'HlXloc liaojÀiôv'jî, h 'Ék'/Aii AtÀ-iô; "A-ôXÀiov...' 

Reste enfin un dernier éclaireis.sement. Une invocation en prose étant une rareté, 
sinon une nouveauté, peut-on répondre à cette question : comment les hymnes, long- 
temps apanage exclusif des poètes, sont-ils entrés dans le domaine des prosateurs? — 
De deux façons, semble-t-il : par la philosophie et par la rhétorique. Les philosophes, 
d'une part, en étudiant dans leurs systèmes la formation de l'univers, ont rencontré, 
chemin faisant, les conceptions de la cosmogonie poétique. Ils en ont profité pour 
condenser les données éparses dans les hymnes, ils en ont fait des tirades brillantes 
et les ont insérées, à titre d'ornement, au milieu de leurs théories. Voici, par exemple, 
ce que dit de Zeus l'auteur inconnu du Uip\ /.oa.aou, traité apocryphe attribué à Aris- 
tote'. « Bien que Dieu soit unique, il a beaucoup de noms qu'on lui donne, d'après 
tous les phénomènes dont lui-même est la cause. On l'appelle Jupiter ou Zeus pour 
exprimer, au moyen de ces noms, que c'est par lui que nous vivons. Il est appelé fils 
de Chronos et du Temps, passant d'un âge sans fin à un autre âge non moins illimité. 
On l'appelle le dieu qui lance les éclairs et la foudre, on l'appelle éthéré, aérien, auteur 
du soleil et de la pluie, à cau.se du tonnerre et de la pluie et des autres phénomènes 
analogues. On l'appelle le père des fruits, à cause des fruits que porte la terre ; gar- 
dien des villes, parce qu'il protège les cités; générateur, père, créateur, à cause des 
bienfaits qu'il répand à tous ces égards ; amical, hospitalier, guerrier, triomphateur, 
purificateur, combattant, suppliant, favorable, tous noms que lui donnent les poètes, 
sauveur et libérateur dans le vrai sens de ces expressions. » Les rhéteurs, d'autre 
part, dans les écoles, ne se contentaient pas d'étudier les orateurs, les historiens, les 
philosophes; ils expliquaient aussi les poètes à leurs auditeurs. Quand il s'agissait, 

1. vil, 2, p. 401 B. Trad. Barthélémy Saint-Hilaire. 



l'invocation d'isis, d'après un papyrus d'oxyrhynchos 99 

par exemple, d'un hymne, les gloses et commentaires pouvaient prendre l'allure d'une 
œuvre personnelle, d'un hymne en prose, l'ne très curieuse preuve de ce fait nous a 
été conservée par un papyrus d'Abousir el-Mélek, du l" siècle après Jésus-Christ'. 
C'est la paraphrase d'un hymne relatif à l'enlèvement de Perséphone. L'auteur nous 
cite quekjues vers de notre hymne homérique à Déméter, mais semble, par ailleurs, 
suivre une tradition orphique. 

De cette double constatation, il semble bien résulter que l'hymne, traité comme 
un passage à effet, va devenir chez les prosateurs un lieu commun. Aussi n'est-on 
pas surpris de voir, au l" siècle de l'ère chrétienne, Dion Chrysostome insérer dans 
son Olympicos ce couplet fervent à Zeus ' : o Oui. Zeus, seul entre les dieux, a les 
surnoms de père, de roi, de dieu des cités, des amitiés, des sociétés. Il est, en outre, 
le dieu des suppliants, des hôtes, des récoltes, et a mille autres appellations, toutes 
bonnes. On le nomme roi à cause de son empire et de sa puissance ; père, je crois, en 
raison de sa sollicitude et de son indulgence ; dieu des cités, à cause de ses lois et de 
ses bienfaits envers tous ; protecteur des familles, à cause de la communauté de 
famille entre les dieux et les hommes; dieux des amitiés et des sociétés, parce qu'il 
unit tous les hommes et les veut amis entre eux, jamais rivaux ou ennemis: dieu des 
suppliants, en tant qu'il écoute et exauce les prières; dieu qui écarte les maux, parce 
qu'il les détourne de nous; dieu des hôtes, parce qu'on ne doit négliger aucun hôte, 
ni tenir aucun homme pour étranger; dieu de la propriété et des récoltes, vu qu'il 
produit les récoltes et accorde richesse et puissance... » 

Moins de cent ans plus tard, c'est-à-dire vers la date de notre Invocation à Isis, 
la tradition s'est fortifiée. Les sophistes ont fait ou prétendu faire de la prose un 
instrument égal à la poésie, capable de traiter les mêmes sujets ; ils écrivent tous des 
poèmes en prose. Aussi les hymnes en prose sont-ils devenus un genre indépendant 
et ne sont plus, comme aux siècles précédents, des morceaux de bravoure insérés 
dans des œuvres d'un caractère différent. Le plus illustre sophiste de ce temps, 
.^lius Aristide, nous a laissé huit compositions de cette sorte'. Notre intention n'est 
pas de les étudier, mais seulement d'en extraire quelques phrases, comme preuves 
de nos affirmations. S'il arrive au brillant orateur, une fois par hasard, de feindre une 
certaine admiration pour les poètes, ses devanciers', il est d'habitude beaucoup moins 
modeste et tient à nous convaincre que ses discours sont des hymnes en prose. « Il 
promet de dire l'hymne de Zeus, et cela sans le mètre : y-'.T-/voj|jt£vo; jijlvoj èoeiv a;6;, /.-x'. 

1. Berl. Klass. Tex., \'\ 8-14. 
i. Olymp., 216-217. 

3. Ce sont dans son œuvre les discours 1-VIII : à Zeus, à Athéna, à Poséidon, ii Dionysos, à Héraclès, à 
Asclépios, les .-Xsclépiades, à Sarapis. 

4. A Dionysos, début : toÙ; |isv o'jv -ù.io'Ji ôijivoj; -i ai: ),<ifo'j; Ttcpl AtovJ(rou 'OpsEÏ x»! .Movjafw Ttapoi- 

\Xfl... a-JToJ SE... T'j|J.lJ.£Tpr,) TT, 3(ûvr, -pOTclTTCdaîV TOV OsÔv. 



100' PAUL COLLART 



TTJxa àvsj nixGou' » ; il annonce à Atlirna (|ue « son discours va être un mélange de 
prière et d'hymne : ô'Se toi ).ô-|-o; à'r:ai ^hxtôî ^^/j,^ -^ '^^' 'Ji^'iou- ». Enfin-, après avoir cé- 
lébré Poséidon, il ajoute ingénument, avant de passer à une autre partie de son sujet : 
« Je viens de faire une sorte de récit et d'hymne des exploits de Poséidon, d'une 
manière irréprochable, à mon avis, et je vois que c'est aussi le votre... : Ta ^ï-i Vf, oiùtoO 

TOÙ lIoSElOWVOi; EL'pTjTai XpoTTOV t'.'IOL V.lA 'j\t.irf:y.l, où liEaTTÔJs, (0^ VE txrii r,ry/_ç[- rjpôj OE Xal 6,uâ; O'JTO) O'.a- 

XEijxÉvoai;... ' )) 

Ainsi cette Invocation à Isis, di-esse égyptienne, est écrite selon les règles de la 
tradition hellénique. Elle est égyptienne par le sujet, mais .grecque par sa compo- 
sition tripartite, grecque par l'emploi — peut-être un peu prolongé — de la géogra- 
phie, grecque par la substitution, selon le goût de l'époque, de la prose à la poésie. 
Il paraît, sans doute, très vraisemblable (c'est l'opinion des éditeurs dans l'introduc- 
tion) que l'auteur en .'ioit un prêtre d'Isis, memphite ou oxyrhynchite. Mais si ce 
prêtre était de descendance égyptienne, il était tout imprégné d'hellénisme. Aussi 
savant que dévot, il semble avoir voulu faire un hymne, si l'on peut dire, exhaustif, 
tant au point de vue de la religion qu'au point de vue de la géographie. Les critiques 
littéraires y trouveront des longueurs et des redites; ils y sentiront aussi, surtout 
dans la seconde partie, un accent de piété, une ferveur indéniable. Reconnaissons-le 
bien vite avec eux, pour n'être pas amené à dire sèchement de l'auteur qu'il nous a 
légué une œuvre docte et pie. 

Paul COLLART. 

1. A Zeus, début. 

2. A Athéna, début. 

3. ,\ Poséidon, édit. Dindouf, p. 42. 



NOTICES ET BULLETINS 



Eugène Revillout et le démotique. 

Je n'ai pas qualité pour apprécier dans son ensemble 
l'œuvre d'Eugène Revhxout. Je ne l'ai pas connu ; 
d'autre part, quatre ans d'interruption presque complète 
dans mes reclierclies ne m'ont pas permis de prendre 
contact, autant que je l'eusse voulu, avec une produc- 
tion aussi vaste. Je laisserai à de plus compétents le 
soin de juger l'homme, le penseur, l'historien, le ju- 
riste, l'helléniste, le linguiste et les autres aspects de 
cette personnalité si diverse et si téconde. Mais je tiens 
il insister sur un fait essentiel pour quiconque veut 
formuler en toute équité une appréciation sur le « sa- 
vant polvgraplie » : le talent d'Eugène Revillout s'est 
alfirmé vigoureusement dans les domaines les moins 
accessibles, en tout cas les moins Iréqnentés. 

Je n'entends pas par là l'ÉgypIologie tout entière. A 
mon sens, ce n'est pas dans l'interprétation des textes 
hiéroglyphiques qu'il a donné toute sa mesure. Sa 
maîtrise s'est révélée surtout dans le copte et le dé- 
motique, qni seront les .seules disciplines envisagées ici. 
Revillout était, avant tout et par-dessus tout, un 
coptisant. Si nous nous reportons à l'opinion exprimée 
en 1880 par L. Ster.n dans la Préface de sa Gram- 
maire, nous voyons que, même en Allemagne, on le 
considérait alors comme le meilleur connaisseur en 
dialecte sahidique. On sait l'importance prépondérante 
prise depuis par l'étude de ce dialecte, et il me semble 
qu'on ne rappelle pas assez souvent le rôle d'initiateur 
qu'a joué E. Revillout en cette matière par ses gran- 
des publications de textes d'une teneur tonte nouvelle. 
Ce n'est pas que snr ce point aussi on se soit abstenu 
de critiques à son adresse. Mais, le copte étant une 
langue assez bien connue, les contestations portent 
souvent sur de menus détails, et il n'y a pas tant de 
diUérences qu'on pourrait croire entre une édilion de 
Revillout et telle antre recommandée, à l'étranger, 
comme beaucoup meilleure. Le grief qu'on peut le plus 
justement formuler est, avec le peu de souci de l'as- 
pect matériel, la hardiesse vertigineuse de certaines 
restitutions. iMais le gros de l'œuvre reste, qni pèse 
dans la balance d'un tout autre poids. 

Sa parfaite connaissance du copte, qu'il avait cons- 
tamment présent à l'esprit quand il s'attaquait à d'an- 
tres périodes de la langue, l'a souvent conduit à d'in- 
téressantes découvertes. Si sa méthode à cet égard n'a 
pas été toujours assez serrée, il n'est pas le seul qni se 
soit laissé entraîner à proposer des dérivations sus- 
pectes, faute d'avoir, au préalable, établi solidement 
es règles phonétii[uc's snr la base des faits certains. 



Le domaine on devaient se manifester au degré 
maximum les qualités et aussi les défauts de Revil- 
lout, est le démotique. Le déchiffrement y exige, en 
parts égales, l'esprit d'invention et l'esprit critique. 
Or, Revillout poussait le premier jusqu'à cet excès 
qni entraine l'atrophie du second. Il y a donc dans son 
œuvre beaucoup à retenir et beaucoup à laisser de côté. 
Aussi faut-il se garder de tonte exagération, ne pas 
lire ses ouvrages avec les yeux de la foi, mais ne pas 
se laisser trop impressionner non plus par les critiques 
véhémentes dont ils ont été l'objet. 

Je signalerai encore ce qu'écrivait Stern en ISSO : 
il rappelle les découvertes u géniales n de Revillout 
dans le domaine démotique. Or, en 1913, J. P.vrtsch, 
le distingué juriste, qui collabore avec W. Spiegelbero 
et K. Sethe, parle, dans une note du chapitre qu'il a 
signé dans les Demntisclte Papijri HaumcaUlt, des 
(I traductions de Revillout, dont la plupart n'ont assu- 
rément rien de fantaisiste «. Moi-même, en juillet 1914, 
je recevais une lettre de K. Sethe, où il disait s'asso- 
cier pleinement à la réflexion que j'avais faite \Juurnul 
asiatii]ue, janvier- lévrier 19141, toncliant les mérites de 
Revillout dans le domaine démotique. Il est clair 
qu'entre le temps où Rrugsch et Revillout collabo- 
raient sans jalousie, et, d'autre part, le décès du sa- 
vant français, qui a fait perdre ans questions de per- 
sonnes l'importance qu'elles avaient prise abusivement, 
une période se place, pour laquelle on ne doit accueillir 
qu'avec réserve des jugements outranciers, souvent 
dictés par l'esprit de polémique. 

On peut alfirmer que la polémique entre Bnuciscn et 
Revillout a nui non .seulement aux deux concurrents, 
mais à la science elle-même. Et, eu effet, à force de 
s'accuser mutuellement de fantaisie, ils ne pouvaient 
manquer de jeter le discrédit sur les résultats obtenus 
dans une discipline comptant aussi peu d'adeptes et 
dont les deux plus brillants se décriaient ainsi, alors 
que bien peu de savants étaient en mesure de les dé- 
partager. Sans excuser ces errements, je voudrais mon- 
trer par un exemple qu'il serait injuste de faire peser 
les responsabilités d'un seul côté. Quiconque a parcouru 
le Poème satirique se sera étonné des termes em- 
ployés par Revillout à propos de Kb.vll, son ancien 
élève. Mais il faut lire aussi la critique de Bruhsch, 
Das Gedichl vom Barpemtjiieler, et, dans le même 
numéro de la Zeitschrift, le modèle du genre, sons le 
titre nie lier bilitiguen Iiiscliriflen von Phitae. Le 
ton est moins violent, mais d'autant plus incisif, et 
l'insistance à relever les mêmes défauts, vraiment in- 
supportable. Or, fait digne de remarque, si Brucsch a 
rectifié uu assez grand nombre d'erreurs de détail eom- 



102 



NOTICES ET BULLETINS 



mises par Hevii-lolt, il est lui-mi^me loin d'avoir tou- 
jours atteint le degré de riguenr scientifique que nous 
exigeons aujourd'hui: ce qui ne l'empêche d'adresser, ' 
en homme sûr de lui, des appels réitérés au jugement 
du lecteur compétent. Il est même parvenu, par un de 
ces manquements à la saine méthode, qu'il reproche 
tant à son adversaire, à méconnaître la teneur d'en- 
semble du document étudié, alors que Revilloi:t avait 
vu plus juste sur ce point essentiel. A la ligne 41 du 
papyrus, on lit : 

i-.'sm pcflntr] 'o nt 'tf> n b(c' : cf mh n w'h-hjn : 

u 11 s'irrite, son dieu tutélaire, d'être couvert d'abo- 
mination quand lui est pleiu d'impureté, ji 

Brugsoh traduit : « Es ermiidet (ujocS) sich sein 
îelterer lîrnder, welcher sich mit dem naoktcn Leich- 
nam {bwè) belastet : Indem er mit Ueinom Unreins 
ausi^llt^ n 

C'est par une entorse maiiiteste au principe fonda- 
mental ([ui régit la construction égyptienne que 
Brucsch a pu attribuer un pareil sens au deuxième 
hémistiche. A cette 'faute de grammaire s'en ajoute une 
de lexique et d'autant moins excusable que Bruhsch 
connaissait, il le dit lui-même, de nombreux exemples 
de l'expression w'b-lijii. Mais voici qui est plus grave : 
la lecture hws ne s'impose pas, loin de là; le sens 
(1 cadavre nu » est dédnit d'un de ces rapprochements 
avec le copte souvent sujets à caution. Et c'est sur une 
base aussi fragile que l'auteur s'appuie pour interpréter 
avec assurance les quelques dix vers suivants que des 
lacunes rendent assez obscurs. D'après Ini, le person- 
nage principal étant mort, puisqu'il est (juestion de 
cadavre, la satire s'interrompt pour faire place à l'éloge 
du chanteur consciencieux. Or, les deux groupes trans- 
crits (Iwl (1 louer, louange » aux vers 44 et 47 sont fort 
diflérents l'un de l'autre, ainsi ([ue des exemples connus 
de cette racine. En outre, qu'à partir du vers 52, le 
développement reprenne, formant la suite naturelle de 
la première partie, Brugsch ne s'en embarrasse point, 
alors que l'invraisemblance d'une telle parenthèse saute 
aux yeux. On croirait vraiment qu'il s'est ingénié à 
imiter là les procédés qu'il réprouve et même à ren- 
chérir sur eux. 

On peut relever dans le même mémoire plusieurs 
autres erreurs que Bruosch eût dû éviter avec les 
seuls moyens dont on disposait à cette époque et sur 
lesquelles je reviendrai dès que j'aurai des loisirs. Il est 
des cas où l'on se sent peu porté à l'indulgence. C'est 
quand Brugsch, prétendant corriger la version de 
Revilloi't et sur le ton doctoral qui lui est habituel, 
n'a su ([ue transformer la vérité en erreur. 

En m'exprimant ainsi, je ne crois pas méconnaître 
les mérites éminents de Brugsch. Si tout égyptologue 
lui paie un tribut de reconnaissance, c'est de la véné- 



1. Revili.out : « Saluez (?) ce ^rand frère «lai va charger 
la tombe I Klle sera pleine d'un mauvais prêtre I » 



ration qn'éprouve le démotisant pour celui qui fut le 
Champollion du démotiqne et qui a poussé dès l'abord 
l'étude de cette branche aride à un tel degré de per- 
fectionnement qu'on en demeure confondu. Mais j'ai 
tenu à insister sur ce fait que Bruosch s est laissé 
parfois entraîner par l'ardeur du polémiste à poser en 
axiomes des rectifications où on doit voir plutôt des 
postulats aventureux ; et cela est particulièrement cho- 
quant chez un auteur qui se proclame champion des 
méthodes rigoureuses, .\joutons qu'il est équitable de 
taire aussi pour Bevillout la part des choses, c'est-à- 
dire de ne jamais oublier, lorsqu'on relève des fautes 
parfois vénielles, les grands services qu'il a rendus, 
notamment en défrii-luint le maquis des pièces juridi- 
ques. 

Ce qui, à première vue, confère souvent aux contra- 
dicteurs de Revillout l'avantage de la vraisemblance, 
c'est qu'ils traduisent d'ordinaire dans une langue 
civilisée, tandis que notre compatriote se servait vo- 
lontiers de ce français petit-nègre qui, avec des pré- 
tentions à rendre le mot à mot, a trop longtemps sévi 
chez nous. Pour les spécialistes, une bonne transcrip- 
tion accompagnant une traduction eu français correct 
et quelques lignes de commentaire pour les passages 
scabreux rendent plus qu'inutile l'emploi de ce lan- 
gage innommable. Le pis est qne parfois des ouvrages 
étrangers à la philologie égyptienne accueillent sous 
forme de citation des passages ainsi traduits. Alors on 
se rapproche, à les toucher, des frontières du ridicule. 
Sous couleur de serrer de près l'original, on témoigne 
tout simplement de paresse d'esprit, de méconnaissance 
complète de l'évolution sémantique, et on risque de 
donner à l'étranger l'impression que nous ignorons 
notre propre langue. 

Si je me suis laissé entraîner sur ce terrain, c'est 
que nulle part peut-être plus que dans certains ou- 
vrages de Revillout le mépris de la forme n'est 
poussé à ce degré où le lecteur, même prévenu, se 
sent tout d'abord désorienté. Ensuite, seulement, à la 
réflexion, il s'aperçoit que ce chaos apparent se trouve 
renfermer nombre d'idées justes et d'inductions ingé- 
nieuses. Il importe donc de ne pas se laisser rebuter 
par les bizarreries de la rédaction et de pousser jus- 
qu'au fond des choses pour y découvrir la parcelle de 
vérité que certes on n'y cherche pas toujours en vain. 

Ceci m'amène à la conclusion pratique de ces lignes, 
qui visent avant tout à l'impartialité. La tâche de 
l'avenir paraît toute tracée, et j'y convie les survivants 
de l'école de Revillout : reprendre les plus importants 
de ses travaux philologiques, les passer au crible d'une 
saine critique en profitant des progrès réalisés par 
ailleurs et seHorcer d'extraire de la gangue le métal 
pur. Rendre ses ouvrages plus aisés à manier en les 
munissant d'index , de renvois qui permettent le 
contrôle et renforcent l'autorité. Enfin et surtout faire 
scrupuleusement le départ entre ce qui est scientifique- 
ment établi et les hypothèses plus ou moins fondées. 
Ce sera là un labeur pénible et sans gloire, mais assu- 



NOTICES ET BULLETINS 



103 



rément profitable à la science comme à la mémoire dn 
maître qui a tant fait pour percer le mystère de signes 
d'écriture qui ne sont plus. anjourd'Uni comme an 
temps de Diodore, Ta /.oivoTspav ï/oi-x zr,-/ jiàôriT'.v. 
H. SOTTAS. 



English Papyrology during the War. 

In England as elsewhere the war has left its traces 
on the ontput ot papyrological work, but to a less 
extent than in some other countries. Kor the compara- 
tively large amount of work which has been done we 
are indebted mainly to the Egypt Exploration Fund 
and its indefatigable editors, Grenfell and Hu.nt. 
HuNT indeed, having taken a commission fairly early 
in the war, has for some time been withdrawn from 
active coopération io the task of ediling papyri, except 
for occasional visits to Oxford; but Grenfell has con- 
tinued. with admirable energy. to carry on tlie work 
alone. 

Two volumes of texts bave been issued by the Eund 
during the war; vol. X of the Oxyrhynchus Papyri, 
which appeared in 1914, belongs wholly to the years of 
peacp. The two volumes in question are Oxyihynchus 
Papyri,Xl (1915) and Xll (1916). Bolh maintain won- 
derfully the high standard of the séries to which they 
belong. Neilher. indeed, contains anything of the im- 
portance of single texts, literary or otherwise, which 
bave appeared in some other volumes of the séries; 
bot the gênerai average is very high. and it goes 
without saying that the editorial work is of the 
flrsl qrialily. Vol. XI, except for an important eccle- 
siastical calendar, consists entirely of literary papyri, 
which. besides fragments of Alcaeus and Baechylides, 
and extremely interesling fragments of the Aetia 
of Callimachus and the lUp- 'A/r.ôîia; ol Antiphon 
Sophistes, contains a noteworthy section of n Graeco- 
Egyptian Literary Papyri». The two most important of 
thèse texts are the long invocation of Isis and the Vila 
(for it is practically an anticipation of the mediaeval 
saint's lifei of Imouthes-.-\sclepius; but the sailor's 
song (P. Oxy. 1383) is also of rather exceptional inte- 
rest. Vol. XII, consisting entirely of non-literary 
papyri, contaius an extremely important, tbough 
nnfortunately fragmentary, séries of reports of proceed- 
ings in the Senate of Oxyrhynchus, some horoscopes 
which throw valuable light on the chronological pro- 
lilems ol the 3rd century, and a number of other note- 
worthy documents. 

Vol. XIII. which should normally bave appeared last 
year, has been delayed by causes too nnhappily familiar 
to ail who hâve had expérience of publishing such 
work uuder présent conditions, and is not likely to be 
ont before the end of the présent year. It will in no 
way fall short of ils predecessors in interest; indeed 
it contaius .several very notewortliy lexls. Thèse in- 
clnde two dithyrambs, one of them extremely inte- 



resting, of Pindar, fragments of two new orations of 
Lycias and of one by Lyeurgns. partof a Socratic dialo- 
gue, not by Plato, some interesting theological frag- 
ments, and textually valuable papyri of several extant 
literary Works. 

In addition to his work at thèse Oxyrhynchus vol- 
umes Gre.nfell has been engaged. in collaboration with 
LoBEL and Smvlï. on the third volume of the Tebtnnis 
Papyri, which, however, will not appear jnst yet. It 
will certainly be one of the most important collections 
of papyrus texts, as regards both qnantily and qua- 
lity, published for some lime. Besides some not very 
extensive but distinclly interesting literary friigments, 
it will contain over 400 non-literary texts, perhaps the 
most noleivorthy of which is a long instruction to a 
subordinale officiai on the administration of the re- 
venues of the Arsinoite nome. But indeed there will 
be many lexts of exceptional interest; the volume, 
owing iiiter alia to the difficulties of decipherment in 
the case of many of them, represents an amazing 
amount of labour. 

Grenfell has given an account of thèse volumes in a 
paper published in the Journal ofEgyplian Archaeo- 
logy ', where be also refers to a scheme which he 
proposes for «after the war», but upon which he has 
already done some preliminary work. This is the com- 
pilation of a geographieal dictionary of GraecoRoman 
Egypt, with maps. The value of such a work does not 
require to be emphasized, and it is greatly to be hoped 
that the scheme may be carried ont. 

Even thèse labnnrs do not exhanst the énergies of 
this indefatigable worker. He is also compiling a list, 
similar lo that of Wilcken's published in the irchio 
but more elahorately classified and brought up to date, 
of published papyri. This list. mnch of which is 
compleled, has been made primarily for the compiler's 
own use, but he has an idea of publishing it aller 
Ihe war. Finally, he is about to publish an article on 
a private collection of ostraca. 

The largest volume of papyrus lexts published duriog 
the war, or indeed for several years, is the second 
volume of the Rylands Papyri, Ihe work of Hlnt. 
Johnson and Martin. Hunt explains in the Préface thaï 
the bulk of Ihe work fell upon his two colleagues, who 
now for the firsl lime appear as editors of non-literary 
texts; and il is matter for regret that the volume 
should hâve had lo appear al a time so inanspicious to 
scientific sludies. Il is a work of the (irst importance, 
and contains an unusually large proportion of interest- 
ing and valuable malerial. The Plolemaic lexls are few 
and not very noteworthy, except that two of them date 
from the reign of the last Cleopalra. and the volume 
contains mainly papyri of the Roman period. Ot thèse 
the most striking single text is perhaps 77, relating 
to an élection to a municipal olKce; but there are nu- 

1. Tlie Future of Graecti-Romati Work in Egypt. in 
J. E. A., vol. IV, pp. 4-10. See now also iliiil., vol. V. pp. 16- 
23, Seir Papyri from OTyrhynchus. 



104 



NOTICES ET BULLETINS 



merons others ol great importance, rendereil ail tlie 
more valiiable by tlie excellent conimentaries ot tlie 
l'ditors ; spécial référence may bc made to some of tlie 
accouiits, where tlie commentary tlirows a (lood ol 
ligbt on varions liitlierto obscure qnestions. 

Had normal conditions obtained. Johnson woiild iiow 
donbtiess bave licen actively onpaged oTi tbe work 
(il publisbing tbe papyri found by bim duriug liis 
excavations on tbe site of Autinoopolis, of wbicli be 
gave au interestiug acconnl in tbe Journal of Egyp- 
tian Archneolugy (ISIIl, pp. l(i8-l>S!| ; bnt baving 
gone to tbe Clarendou l'ress. wbicb is, like everylliing 
else. sbnrt of stalT, be bas at présent no leisure for 
papyrological «ork, and we mnst wait till afler tbe 
end of tbe war for the publication of tbis collection. 

Tlie only remaining volume of papyrus texts is 
/'. Lond. V, whicli slioulJ normally bave appeared 
early in lOlfi but was delayed by war conditions till 
the spring of last year'. Tbis bas not the importance 
of eitlier tbe Kylands or the Oxyrbynchns volumes; 
but tbe texts contained in it, wliirb belong entirely to 
tbe Byzantine period, include several wbicb are of 
considérable interest, ami tbe volume as a wliole 
serves usefully to supplément our knowledge of By- 
zantine law, administration and économie conditious. 
Among the papyri puhlished in it référence may be 
made to a long and very interesting arbitration in a 
légal case and a usefnl coUectiou of metrological tables. 

Largely founded on texts contained in tbe volume 
just noticed or studied in connexion with il is an 
article on The Byzantine Serrile State in Egypi 
whicb I bave publisbed in the Journal of Egypiian 
Archupology (vol. IV, 1917, pp. 86-106). It is an attcmpt 
to sketch, ralher for the gênerai reader tban.for tbe 
specialist. the économie process which led to the semi- 
lendal conditions obtaining in Egypt on the eve of 
the Arab conquest. 

Normally, work should now be well advanced on 
vol. VI of the London Papyri; but the war has made it 
necessary to defer any further work on that volume till 
after the restoration of peace ; and at présent nothing 
beyond an examination of tbe papyri to be included in 
it and a provisional transcription of tbe more important 
of them has been done. The volume will consist main- 
ly of texts ol tbe Roman period, with perhaps a few 
Ptolemaic and Byzantine ones, and will include seve- 
ral which are of unnsual interest, particularly a col- 
lection relating to Autinoopolis aud some imporlan' 
documents couuected with the {iiêXioOr^y.-ri S-iujioo-iwv 
'i.6-(wt of Arsinoe. 

Anotber scheme, conceived during tlie war, which 
my removal to tbe War OIBce in November, 19lo, has 
made it necessary to lay aside for the présent is one 
for the publication in a single volume of ail the Abin- 
naeus Papyri, now divided between London and Geneva, 



1. I take Ihis opportunity of poinltng out lliat the date 1913 
al the end ot the Introduction is of course a misprint for 
^W^• 



by Martin aud myself. The idca is to puhlisb, along 
with tbe texls, translations, an ample commentary, a 
ratlier elaborate introductiou, and ol course full indices. 
At presiMit ail that bas been doue is to tianscribe ail tbe 
Geneva and most ol tbe London letters; a considérable 
number of new readings bave aiready been arrived at. 

1 bave aiso publisbed, besides a review of P. ('air. 
Musp., III {Journ. Eg. .ircli., III, 19IU, pp. 288-292), 
a short note ou a papyrus protocol contained in that 
volume {Tlie Greeli Papyrus Protocol in Journal of 
Hellenic Stnilies, 1917, pp. o6-i)8), and a note on tbe 
légal process of Apokeryxi)! {Uocunienls of Apoke- 
ryxix m Byzantine Egypt. in Journal of Egyptian 
Arcluieotogy, vol. V, p|i. 7U-72I. 

HuNT, tliough be collahorated w ith Gkenfell as usual 
in P. Oxy., XI, and gave occasional belp with vol. XII, 
has latterly been preveiited by bis mililary duties froin 
continuing bis work on papyri. Similarly Kenyon bas 
been fuUy occupied with military and administrative 
work, thougb be bas recently fonnd time for a very 
interesting paper on the importance of papyri for the 
study of classical literature'. 

Despite the dilBculties cansed by the war the Jour- 
nal of Egyptian Arcliaeology, founded sbortly be- 
fore ils outbreak, has continued to appear and has 
attained a bigb standing among Egyiitological pub- 
lications. It dévotes its attention mainly to Egyptology 
proper but does not altogether neglect the Graeco- 
Roman period. Besides articles aiready mentioned and 
the annual bibliographies by F. Ll. Griffith {Ancient 
Egypt), Gazeleb and Crum [Cliristian Egypt], Ton 
(Graeco-Romun Egypt, Inscriptiont:} and myself 
{Grueco-Roiiian Egypt, Papyri), ail of which have 
now for a time been dropped owing to tbe difliculties 
cansed by the war, it has publisbed during the war 
several contributions connecled, directly or indirectly, 
with our studies=. 

In Ancient Egypt, anotber periodioal founded just 
befoie the war, J. Offord has publisbed an article on 
the Egyptian Prefects, à propos ol the publication of 
P. Oxyrhyncims, XIT'; référence may also be made 



1. Greek Papyri and Ihcir Contribution to Classicat 
Literalure; A Paper communicated to the l.eeds [and 
District] Urancli [of the Classicat Association] ...26 Ja- 
nuary. i9IS. Camhridgc, Uuiversily l'ress, 1918. 

2. Mention may be made of tlie following, only one of 
which directly touches Gixek papyrology : — Cleopatra VI, 
by J. P. i\lAHAFFY, J. Ë. A., 1915, pp. 1-4; Alexander in 
Egypt and Some Conséquences, by D. (i. Hogaiith, ibid., 
pp. 53-60; Notes on Hebrew Papyrus Fragments from 
Oxyrhynchus, by A. E. Cowley, ibid., pp. 209-213; Notes 
on Syriac Papyrus Fragments from Oxyrhynchus, by 
D. S. Mabgolioutii, ibid,, pp. 2H-216; Greek and Roman 
Tourists in Egypt, by J. G. Milne. J. E. A., 1916, pp. 76-80; 
A Tourisl's Collection of FiflyYears Ago, by V. Ll. Grif- 
fith, ibid., p. 197 (on Ihis page in publisbed, from an oslracon, 
a Greek letter of the Ist cent. B. C. concerning the transport 
of bodies for embalming); A Women's Club in Ancient 
Alexandria, by c. C. Edgah, /. E. A., 1917, pp. 253-254. 

3. Nen- Parliculars concerning the PraefecH Aegypti, 
A. E,, 1917, pp. 122-123. 



NOTICES ET BULLETINS 



105 



to aD article of J. G. Mii.ne on leaden tokens of the 
Graeco-RomaD period Irom Mempliis'. 

A fair amount of work lias been doue at literary 
texts previously pubHshed. J. M. Eumonds lias been 
active in this direction, publishing revised texts, often 
with very ample restoratioDS, of varions fragments of 
Sappho and Aloaeus^. The resuit of bis labours is 
the production of some very pretty poems; but whether 
llie major crédit for their authorship is to be assigned 
to Sappho and Alcaeus or to Mr. Edmonus is a ques- 
tion vvhich may be left to soholars more compétent to 
judge. 

Anotlier worker ia this (ield is ,1. U. Powell, wbn bas 
publisbed a revised text of the Chicago fragments of 
liymns' and an article making varions suggestions 
for new readings in sonie literary papyri'. He is en- 
gaged at présent on an important volume in coulinu- 
ation of Bergk and Kinkel, wliich is to bcar the 
liUe Fragmenta Àlexandrina : sive RelUquiac mi- 
nores poelarum liraecorum aetatis Ptolemaicae, 
S2^-liS A. C. Eiiici, Elegiaci. Melici, Ethici, Epi- 
grainmatislae. Cuin indice cerborum cojiinso. Its 
contents will be drawn not from papyri only but aiso 
from inscriptions, etc. llie (irst part is praetically 
finished, but tliere is unfortubately little prospect of 
the work being printed till after Ihs war. 

H. G. EvELYN Whitk, vvho is editing the Greek 
Iragmeuts included in a find of Coplic and Greek 
ostraca and papyri helonging to the Metropolitau Mu- 
séum of New York % bas publisbed a note on one of 
the literary papyri of the Société Italiana, which he 
refers to Amphiaraus'. 

Of MouLTON and Milligan's Vocabukinj of the 
Gréek Testament only one part (the second) bas been 
publisbed during the war. I do not know whether 
MouLTON'slamented deatli will prevent the continuation 
of this work. 

The above list is probably not complète ; but it will 
at least show that English papyrology, despite ail the 
dilliculties of the time, bas not been idle. 



1918. 



H. I. BELL. 



1. A.E., 1915, pp. 107-120. 

2. See The New Lyric Fragments, Classical lieniew, 
1916, pp. 97-107; Tlie Berlin Sappko Again, ibid.. pp. 129- 
13:); Tlie nerlin-Abvrdeen Alcaeus Again, ibid., 1917, pp.33- 
3(); Tlie Derlin Alcaeus Again, ibid., pp. 9-11. 

3. Frr:gmenls of (ireck l'netry from Papyri in the Li- 
tirary of the Universily of Chicago, in .lournal of Philo- 
logy, 1915, pp. 106- las. 

4. Notes on Récent Discorcries. in Classical Qunrterly, 
1915, pp. 142-143. 

5. See \V. K. CncM, Discours de Pisenthius sur saint 
Onnophrins, p. I, in Revue de l'Orient chrétien, t. X.\, 
19l«. 

6. Note on Papiri Oreci e I.alini No. 131. in Classical 
Quarterly, 1917. pp. 50-.51. 



ReuuB éiiyptologiguo, 1. 



Les Etudes papyrologiques en Italie 
pendant la guerre. 

L'essor que les études papyrologiques avaient pris en 
Italie pendant les années immédiatement antérieures à 
la guerre, grâce à l'énergie avec laquelle le branle 
avait été donné, n'a pas été complètement arrêté par 
les événements internationaux, qui ont, naturellement, 
entraîné les forces les plus jeunes sur des terrains 
autres que les bibliothèques, les archives, les musées. 

C'est ainsi que, malgré les dilficnltés de tout ordre 
créées par la guerre, ce centre d'humanisme tradi- 
tionnel qu'est encore Florence, à qui nos études 
doivent leur première organisation, a continué, grâce 
aux elïorts et au zèle des professeurs Vitelli et 
Co.MPARETTi, ses publicatioDS de papyrus inédits. 

Le plus grand de nos maîtres italiens, l'inlassable 
Vitelli, complète, par un troisième volume', la série 
des Papiri fiorentmi, dont maint document, à cause 
de son intérêt tout particulier, avait déjà été publié 
ailleurs : on y retrouve encore un groupe de contrats 
de louage , qui avaient été étudiés en partie par 
Gentilli (que la mort nous a enlevé si cruellement) 
dans les Sludi italiant di filologia vkissica'; mais 
on y rencontre aussi une 7iapa-/.),7)Tiy.v) op.o>,OYia (D° 3^3). 
la seconde après P. Oxy. 123, deux reconnaissances de 
dettes (n" 280 et 313), un papyrus intéressant la 
matière du constitutiim debili, et de nombreux docu- 
ments qui ont rapport surtout à l'administration et au 
régime économique de l'Egypte. Voilà pour le juriste ; 
pour l'historien des mœurs, voici encore une série de 
documents, avec d'autres données sur la personnalité 
d'Héroninos, personnage bien connu aux lecteurs des 
Papiri fîorentini, et des lettres comme les n"' 332 et 
334, qui nous offrent de nouveaux éléments pour la 
reconstruction delà biographie d'ApoUonios (voir aussi 
/'. Giessen, III, p. 66 et suiv.) ; pour les amateurs 
d'études religieuses, voici des fragments des oracula 
Sibyllina, et un joli iexie palniomnnlique^. 

Il ne faut pas oublier que le même Vitelli, avec la 
collaboration fidèle de ses élèves, avait publié, un an 
avant la guerre, le troisième volume des Papiri délia 
Societii ilàliana (P. S /.)' ; ici aussi, comme du reste 
dans la plupart des collections, c'est le juriste qui a la 
part du lion : entre autres documents, j'indique le con- 
trat de vente (n» 182) d'une esclave ■. la vendeuse agit 
sans l'assistance du xupcoç, parce qu'elle a obtenu le 
ius iiberorum : le n° 183 nous présente, avec un reçu 
de paiement d'un muluum, une déclaration de nullité 



1. Papiri greco-egizii pubblicati dalla R. Accademia 
dei l.incei. vol. III, Papiri liorentini, Milan, Hœpli, 1915. 
Voir mon Compte rendu ilans tes Studi delta Scuota papi- 
rotogica (= .S. A. M.], I, 1915, H.upli. .Milan, p. 215. 

2. Vol. .XIII, p. 362 et sniv. 

3. Il a déjà été étudié par Diki.s, Abhandlungeii (1er ller- 
iiner Akademie, 1907-1908, 11, p. 10. 

4. Papiri délia Socictà italiana, III, Florence, 1914; voir 
Casteli.i, ,S. .1. lU., 1, 1915. 

14 



106 



NOTICES ET BULLETINS 



du titre de l'obligation, qui, ayant été perdu, ne peut 
pas être restitué au débiteur. D'autres fragments nous 
fournissent de nouvelles données pour l'étude des orga- 
nisations ouvrières et pour la réglementation i\r la 
chasse et de la pi'clie (n- 202, 160, 222). Mais on y 
trouve autre chose encore : un fragmeut tliéologiqne 
(P.\UL, Ad Gai., III, l(î-2,ï), un fragment de médecine, 
deux fragments astrologiques, quelques débris poé- 
tiques, et des lettres, dont l'une (n° 2081, chrétienne, 
est inspirée par un vif et simple sentiment de bonté 
charitable. 

Également variée est la matière du quatrième 
volume, paru en 1917, et du cinquième, qui vient de 
paraître'. Le quatrième nous olTre, et c'est, sans aucun 
doute, le groupe le plus important, une série de papy- 
rns du III' siècle avant Jésus-Christ provenant de 
Philadelphie : ce sont les restes des archives d'un 
fonctionnaire, Zenon. Cesdocumenls In"' 321-443), qui 
auront une suite dans les autres volumes (on peut voir 
en attendant les n" 482-548 du cinquième volume), 
deviendront, lorsqu'ils .seront étudiés et mis en rapport 
avec d'aulres fragments passés dans d'autres collec- 
tions, une source très intéressante pour la connaissance 
de l'Egypte sous les Ptolémées. Le reste du volume 
est bien loin d'oUrir l'intérêt que présentent les 
archives de Zenon : toutefois je rappelle le n" 281 
(II' siècle ap. .I.-C.)et le ir 282 (183 ap. .I.-C, demande 
de notification an stratège), qui proposent aux juristi's 
plusieurs problèmes d'Interprétation et de recons- 
truction =. 

Dans le cinquième volume je relève un décret du 
préfet Petronius Mamertinus (133-137 ap. J.-C), qui 
nous rappelle ceux des préfets Vergilius Capito et 
.'Emilius Reclus contre les réquisitions illégales des 
militaires qui voyageaient en Egypte ; les n" 447 (a. 
IG7 ap .I.-C), 457 (a. 270 ap. J.-C.) ' et 448 (II* siècle 
ap. J.-C), qui accroissent nos connaissances au sujet 
de rèm'-/.pt(T'.; et de r£mV/.E'V.ç, ainsi que le n° 450 
intéressant la question du Siàorpwna et de la TcEÔia/.f, 
èwixpKTtç : je signalerai aussi un contrat (If-III' siècles 
ap. J.-C), qui parait consacrer un passage de l'a-fpatpoç 
il Vïyffdfo; vàiioç, et :.u n" 453 un libellus (encore 
un!) de la persécution décienne (a. 250). 

L'historien des mœurs s'intéressera surtout au n" 454 
(a. 320), qni contient une instance pour la circoncision 
d'un enfant, au n° 453 (a. 178), rapport d'un médecin 
public, au permis de chasse contenu dans le n° 458 
(a. 135), au n° 459 (a. 72|, relatif ;i la vente su détail de 
laines, au n" 464 (a. 249), qui rapporte le serment d'un 
ex-éphèbe d'Hernioupolis. 

Pour l'importance que peuvent présenter certaines 
formules, je rappelle aussi une traduction y.aTà xb 6-j- 

1. Papiri delta Socielà ilaliana, IV, Florence, 1917 ; V, 
Florence, 1918. 

2. Voir ici mcme, p. li^. 

3. Ce papyrus nous montre encore une fois comment, vers 
la fin (lu 111' siècle, les fonclionnaires municipaux exerçaient 
plasieurs fonctions qui èlaient en réalité de compétence des 
onctionnaires de l'Etat. 



•i3.-m d'un contrat démotique (n" 349, a. 42/41 av. J.-C.) 
de l'époque de Cléopàlre et Césarion, ainsi qu'un autre 
contrat, où une femme se met an service d'une autre 
pour une période de quatre-vingt-dix-neuf ans, se 
réduisant ainsi il un esclavage de lait. 

La valeur des fragments des archives de Zenon 
(n" 482-348) ne pourra, comme j'ai déjii dit, être exac- 
tement appréciée que lorsqu'on aura réuni tous les 
matériaux, y compris les papyrus qui se trouvent an 
Musée du Caire. 

Cette œuvre de l'école de Florence, fruit d'une longue 
préparation et d'une activité exemplaire, a, mainte- 
nant, un peudanl dans les travaux de l'école milanaise, 
qui se di'veloppa jnstenii'iit iluraut les années de la 
guerre. 

A l'automne de 1913, l'idée d'un laboratoire de papy- 
rologie, que j'avais proposée à ce savaut enthousiaste 
qu'était notre Attilio ue M.vrchi, eut la fortune d'être 
accueillie par lui, par mon collègue CALUEniNi, par le 
D' Castelm et par plusieurs Milanais cultivés, qui 
nous offrirent le moyen de jeter les bases de notre 
école : déjii, dès les premiers mois de 1914, grâce à 
l'ardeur que nous avions mise il notre travail, nous 
possédions une bibliothèque papyrologique, avec 
quelques papyrus inédits, et nous avions réuni un 
groupe d'élèves bien préparés pour la besogne. J'en 
rappelle deux : Cosattini et Bestetti, qui sont tombés 
plus tard, en héros, en face de l'ennemi. 

yuaud la guerre européenue éclata et reudit dilliciles 
les relations scientifiques internationales, l'organisa- 
tion de notre école était déjà complète et son lonction- 
uement assuré. Les premiers fruits de notre travail 
furent les deux volumes (le troisième est sons presse) 
des Studi délia Scuola papirologica, parus en 1913 
et 1916'. Les matières y sont assez variées; on y a 
publié, avec des notes critiques, quelques papyrus 
inédits, une série de mémoires et d'observations 
(parmi lesquelles une étude de Caldebim sur l'. S. I. 
17 [épigrammes] et une autre très brillante du même 
sur les idées et les sentiments dans les lettres 
privées), (|nelques notes sur des papyrus on des ques- 
tions juridiques (<r-jv£rT-(i'i; et o-jp.7tapwv, les bona liui- 
tenia, un testament romain, par Castelli ; ^i6),cov et 
PiêÀiSiov. P. S. I. 55, I. 122128, par ue Francisci). 
Mais snrtout on a tâché de former des élèves, dont les 
progrès peuvent facilement être appréciés, en rappro- 
chant les études du premier volume de celles du 
second, où M"" iMoxuiM, M'" Razzero et M. Gheijixi 
nous présentent déjà quelques travaux solides sur des 
lettres de femmes, sur quelques détails de la toilette 
égyptienne, sur les éléments religieux pa'iens contenus 
dans les lettres privées. Mais surtout l'on doit rappeler 
le Lexicon suppletorium Sophocleum, contenu dans 
le premier volume, et le Répertoire pour l'étude des 
lettres privées, contenu dans le second, deux travaux 
qui seront sûrement d'une très grande ntilité pour tous 



1. Hœpli, Milan. 



NOTICES ET BULLETINS 



107 



les curieux de l'anliqDili'. Je passe sons silence les 
comptes rendus, mais je ne pois oublier que, avec le 
second volume, l'on a commencé une bibliographie 
méthodique générale des éludes égyptologiques et 
papyrologiqaes, que l'on espère pouvoir continuer et 
compléter, et qui voudrait devenir un instrument de 
travail appréciable pour tous nos collègues. 

On aurait fait plus encore, si d'autres devoirs plus 
graves ne noss eussent réclamés ; car nous dûmes 
forcément interrompre les travaux, déjà commencés, 
pour l'édition des nombreux papyrns qne la Mission 
archéologique italienne avait rapportés d'Assiout 
(Lycopolis) et qui nous avaient été confiés pour la 
publication. 

Toutefois, le troisième volume de l'école milauaise 
est sous presse ; et, entre autres études, on y com- 
mencera des recherches méthodiques sur l'ethnogra- 
phie de l'Egypte d'après les papyrus, sur les femmes, 
sur l'habillement, sur les éléments chrétiens, sur les 
papyrus latins. Le volume contiendra aussi une revue 
critique et bibliographique des études italiennes de 
papyrologie et d'égyptologie, qui voudrait avoir pour 
but de déterminer la place qu'a tnnue et tient 1 Italie 
dans ces recherches. 

A C(Mé des Studi, qui représentent surtout un guide 
pour l'organisation des travaux de l'école, on va 
bientôt commencer la publication d'une collection de 
Testi. non seulement pour les savants et pour les 
écoles, mais aussi pour les amateurs cultivés : on 
recueillera autour d'une question, d'un problème social, 
d'une institution juridique ou d'un lait économique, et 
même autour d'un personnage notable, les principaux 
documents qui offrent des données, des clartés, des 
éléments intéressants pour l'étude du sujet. Ces Tcxti 
serviront ainsi surtout à permettre aux chercheurs une 
facile orientation sur un problème, et en même temps 
ils fourniront les matériaux pour des cours, des confé- 
rences aux élèves, etc. 

Si, malgré la guerre, le travail collectif a pu con- 
tinuer et se développer, le travail individuel et les 
recherches spéciales se sont, au contraire, comme dans 
la plupart des domaines scientiliques, beaucoup res- 
sentis des conditions anormales que la guerre a 
imposées à nos études. 

Cependant la science italienne nous présente, même 
pendant cette période de lutte et de passion, quelques 
travaux de valeur indiscutable. 

Pour ce qui a trait aux études de droit, en laissant 
de côté les comptes rendus, les revues critiques, ou les 
observations contenues dans des travaux qui ne sont 
pas spécialement papyrologiques', je mentionnerai 
avant tout les deux livres de .\Iodic.v, Inlroduzinne 
allô studio dellu papirologia giuridica' et Coittri- 
hvti papirologici alla ricostriizione dcW ordina- 



1. Tel mon Z-yi%ù.i-:<x%. 2 volâmes, I9I3I916, Pavie. 
.Mattei, nii j'ai sonvenl recnupu comme sources aux papyrus. 

2. Vallardi. Milan, 191 i. Voir mon Compte rendu dans 
.S. .1. .V.. I, 1915. 



Dienlo delV Eqitto sotlo il doiiniiio greco-roiiiaiio^ : 
le premier, dont j'ai ailleurs relevé les défauts, peut 
être utile aux élèves qui doivent recevoir une orien- 
tation générale, mais, malheureusement, il ne saurait 
se substituer, même comme livre d'école, aux (Jnind- 
ziige de Wilcken-Mitteis ; le second, qui est l'en- 
semble d'un cours professé par Mouic.v à Palerme, est, 
au cootraire, un résumé très réussi, bien coordonné 
avec quelques observations originales, un joli exemple 
de ce que peut être un cours de papyrologie pour des 
élèves déjà bien préparés. 

Les Sludi romani e bizantini de C.^^■TARELLI' nous 
offrent réunis plusieurs articles, que nous connaissions 
déjà, mais qu'on goûte toujours en les relisant, comme 
tout ce qui sort de la plume de ce travailleur si érudit, 
si lucide et si exact : je rappelle entre antres les études : 
// l'ramment berlinese de dediticiis ; Un prefetlo 
d'Egitlo, zio di Seneca; Flavio Epifanio ; 'H-^-^uù-i 
ipiooTÉpu)-/ ; L'j'Ttap/o; Air-J-To-j nei papiri di 
Teadelfia. 

Si on ajoute à ces volumes l'étude de .\f.\Roi sur 
l'é'Yvpaooç ^iao;^, complète mais sans originalité, 
celle de Sol.\zzi' sur le mariage de la mineure, où est 
de nouveau étudié le P. Lips. 4i, les pages de Buona- 
Mia' sur r.\pokeryxis. celles de Brugi'' sur la philo- 
sophie juridique d'Antiphon le Sophiste, et les observa- 
tions de C.4STELU et de Francisci dans S. A. il., I et 
II, on aura bientôt complété le tableau des études 
spéciales de papyrologie juridique, parues en Italie 
pendant la guerre. 

Dans le domaine de l'histoire, pendant que Canta- 
relli continue la publication de sa Série dei Prefetli 
d' Egilto, il faut surtout rappeler les travaux de Ferr.\- 
BiNO sur la chronologie des premiers Plolémées', et 
de CiACERi* sur les relations entre Rome et l'Egypte 
au temps des Lagides ; celui-ci offre plusieurs aperçus 
intéressants pour la connaissance des rapports et des 
influences réciproques des deux puissances méditerra- 
néennes ; on peut aussi classer ici les discussions de 
CosTANzi', de Lelxhantin de Gcbern.vtis'" et de 
M"' DE XicoLAi", sur le fameux P. Oxij. I3G5 et l'his- 
toire de Sicyone. 

Simplement, pour mémoire, je veux noter ici les 
recherches dans le domaine de la littérature, dont quel- 
ques-unes ne sont pas d'pourvues d'inlérèt pour l'his- 
toire de la culture et de l'hellénisme : ainsi les travaux 
de RosTAGM sur les bibliothécaires d'Alexandrie et la 



. Jlheturiim, Rome. 1916. 

. Lincei, Rome, 1915. 

. Bull. ht. Dir. Rnmano. 1911), Home. 

. AIti .icc. Torino, 1.1, 1915191C. p. 7i9-"7'.. 

. Ann. Universilà Toscane, .\X.\lll, 19i:i, 11, p. i.|2. 

. Slem. Ace. l.incei, XXV. 191B. (asc. 4. 

Alti Ace. Torino. I.l. 1915-1916, p. ;«:) 3G7. 
, Atti Ist. Veneto. I.XXV, 19151916, p. 927-973. 

la Tirannide degli Orlagoridi seconda P. Oxy. 1365, 
s Hir. Fil. Class.. 1916, p. 369-378. 
I. Atti Ace. Torino. LI, 1915-1916. p. 290-305. 
1. Atti Ace. Torino, U, 191.".-1916. p. SS7 ei suivantes. 



108 



NOTICES ET BULLETINS 



littérature de l'époque' ; ceux de Motzn Bacchisio snr 
Aristeas'. de Caldehini sur Achille Tatius', snr le 
mythe d'Europe', sur les lettres privées"'; de C.m.derini 
encore et de Castkii.ioni sur Sapho', de Bianciii sur 
Corinne". Je rappelle encore les observations de Frac 
CAROLi snr Alcée" et sur Antiphon le Sophiste» et de 
M'" DE CouRTEN sur Satyms, le biographe d'Enripide '°. 
Cette revni', nécessairement rapide, nous montre 
que, malgrré la guerre qui absorbe la plupart des éner- 
gies, les bonnes études n'ont pas complètement été 
délaissées en Italie. Mais je pense aussi qu'il ne pou- 
vait pas en être autrement; car, même pendant la lutte 
et les aveuglements passagers qui eu sont la consé- 
quence, tous ceux qui sentent courir dans leurs veines 
quelques bonnes gouttes de sang latin, n'ont jamais 
perdu le goût des choses intellectuelles et surtout n'ont 
jamais renoncé au désir de remonter aux sources de 
leur sagesse, de leur force, de leur civilisation. El, par 
cette raison même, il (aut espérer que, comme dans la 
bataille, comme dans la déten.se de la montagne sacrée 
de Reims et des trésors de Venise, Français et Italiens, 
si proches par le sang, la culture, le tempérament, 
deviendront, dans un avenir qui est proche, sur le ter- 
rain des études de l'antiquité, qui est nôtre, les plus 
silrs, les plus lidèles, les plus dévoués collaborateurs. 

P. DE FR\NCISCI, 

de rL'niversilé de Pérouse. 

1. / llihiiolecarii alcssandrini nella cronniogia délia 
lilleralura ellenistica (Atti Ace. Toiino. L, 1911-1915, 
p. 241-265 [I'. Oxy. I2ll|); iVfOS Dionysns (ibl'rf.. p.989IOI3); 
7'of/i alessantlrini. Torino, Bocca. 1916. 

2. Alli Ace. Torino, L, 1911-1915, p. 202 et suiv., p. âVl 
et suivantes. 

3. S. A. M., I, p. 82-84 (P. Oxy. 1250). 

4. .S. A. il.. Il, p. 103 et suivantes. 

5. S. A. M.. II. p. 9-28 : Lettere privalc delV F.gilld 
grecornmano (l'rolasione). .Milan. 1915. 

6. /UAeHfriim, 1915. Pavie, p. 214; Alenc c Hoina, 1914, 
XVII, p. 241-'345. 

7. Stxxdi liai, di filol. classica. .\.\1, 1915, p. 225 2T.i. 

8. Riv. fil. class., 1915. p. 338 et suivanies. 

9. Riv. fil. class.. 1915. p, 173. 

10. .l(e«c e Roma. 1915. XVllI. p. 127-137. 



Articles nécrologiques 
sur M. Gaston Maspero. 

E. BnEcciA. Commemorazione del socio straniero Gas- 
ton Maspero. iReiiUic. Reale Accad. I.iiuei, Se. iiior., 
X.WI, lu aprile 1917.) 

R. Cagnat. Notice sur la vie et les travaux de M. Gas- 
ton Maspero. {.Complex rendus, .Vcadémie des Ins- 
criptions et Belles-Lettres, nov.-déc. 1917, p. 447-482.) 

É. Chassi.nat. Gaston Maspero. {Recueil de TruKau.r, 
.XXXVIII (I9I7|, p. ill-22o.) 

Maurice Croiset. Un grand égyptologue français : 
Gaston Maspero. |fler»e des Deu.r .Uondes, i'6 aoiU 
lOie.) 

G. Daressv. Notice nécrologique de Gaston Maspero, di- 
recteur général du Service des Antiquités. {AiiiHile.'t 
du Serrice des Aiiliquitès, XVI (I91ti), p. 129-140.) 

B. Haussoui.lier. Gaston .Maspero. {Jounial des Sn- 
vanls, aoiU 1916, p. 376-382.) 

G. JÉyuiER. Gaston .Maspero. (Sp/uw.r, XXI (1918), 
p. 1-11.) 

F. Leg(;e. Sir Gaston-Caïuille-Charles .Maspero, K. C. 
M. G. {Pioceediuys of Ihe Soriely of biblical .ir- 
chaenlogy, XXXVIII (1916), p. 141-143.) 
A. Moket. L'œuvre de Gaston M^ispero. [Reçue de. 
Paris, i" aoiH 1916.) 

— Maspero et l'histoire d'Egypte. (Revue historique, 
CXXIII, 2< fasc, p. 434-UO.) 

— Maspero et la religion égyptienne. {Revue de l'His- 
toire des Religions, nov.-déc. 1916, p. 264-310.) 

Éd. Naville. Sir Gaston .Maspero. K. C. M. G. {Jnurual 
of Egijpliiiu Archaeoloijij, III, 4. oct. 1916, p. 227- 
234.) 

[FI. PetriEj. Sir Gaston .Maspero. (Aucienl Egijpt, 
1916, part IV, p. 143-149.; 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



PÉRIODIQUES 

Recueil de Tracaax relatifs à la philo- 
logie et à l'arcliéologie égyptiennes et 
assyriennes, vol. XXXVIII [1917], 
227 pages, en deux fascicules. Paris, 
H. Champion. 

En dehors d'un article ihi R. F. V. Scheil, Nou- 
velles Notes d'épiyraphie et d'archéologie assyrien- 
nes, p. 163-174, et d'une notice nécrologique sur 
Gaston Maspero, par É. Chassinat (p. 211-225), déjà 
mentionnée sttpra, p. 108, le dernier volume paru du 
Recueil, qui a passé sous la direction de M. É. Chas- 
sinat, contient les articles suivants, classés par ordre 
de matière : 

1. ARCHÉOLOGIE. 

Jean Clédat, Nécropole de Qantarah (p. 21-31). 
— En mai 1914, M. Clédat a pratiqué des soudages 

dans l'ancienne ville égyptienne de Zarou fy^ „ 
(J^© (J'ncl, à trois kilomètres du village moderne 
d'EI-C»antarali. sur la rive gauche du canal actuel de 
Suez. Zarou était le point de départ des armées égyp- 
tiennes allant en Syrie; forteresse de premier ordre, 
elle constituait un des iiastious les plus importants de 
ce Mur du Prince, qui barrait l'isthme entre Péluse, 
au nord, et Héliopolis, au sud; c'était la capitale du 

XVI' nome de la Basse Egypte {^ 7K Hiit 'ab); un 
canal dérivé du Nil traversait la ville d'ouest en est, 
et allait déboucher dans le lac Ballab; un bas-relief 
de Karuak, daté de Séti I'', nous donne un aspect 
schématique de la ville et du canal. 

M. Cléoat a reconnu l'enceinte carrée de la forte- 
resse : la lace sud avait 193 mètres de long, avec qua- 
tre tours rondes et une aux angles; les murs en briques 
crues avaient 4°'3b d'épaisseur; le canal passait à l'in- 
térieur. Aucun document écrit n'a été retrouve dans 
cette courte exploration. Dans la nécropole (de l'épo- 
que romaine), une centaine de tombes ont été ouvertes; 
le mobilier funéraire est rare et pauvre. En somme, 
ces fouilles, exécutées en quinze jours, ont surtout 
permis à M. Cléuat d'élaborer un plan de travaux que 
nous lui souhaitons de pouvoir reprendre prochaine- 
ment. 



Un petit monument trouvé dans l'isthme de Suez 
par M. .J. Clédat et publié au Recueil de Travaux, 
XXXVII fp. 3S-39), a inspiré deux articles explicatifs. 
L'un est de M. H. Sottas, (|ui reconnaît dans l'objet 
une petite liorloge nstronoiiiique gréco-égyplieiine 
{ibid., p. 1-7) ; l'autre, de M. Ch. Kuentz. qui y voit 
un gnomon portatif {ibid., p. 70-84). Les deux au- 
teurs essayent de déterminer : 1" la, date du monument 
d'après les renseignements donnés par l'objet sur l'om- 
bre portée du soleil aux différents mois; M. Sottas 
propose la période 323-283 avant Jésus-Christ, soit le 
règne de Ptolémée Soter; M. Kuentz envisage comme 
dates limites 370 et 234 avant Jésus-Christ; 2° la lati- 
tude du lieu auquel l'horloge était destinée; M. Sottas 
trouve 31° environ, M. Kuentz 29° 43'. 

Les deux auteurs, qui font preuve de connaissances 
mathématiques approfondies, ce qui n'est pas commun 
en égyptologie, arrivent donc à des résultats sensi- 
blement analogues. L'instrumeut fonctionnait avec un 
fil à plomb, qui est ligure sur des variantes de basse 
époque du signe-mot '~^ ® D=— ' mv^î; ces variantes 
reproduisent l'aspect du gnomon de Qantarah. M. Loret 
les a signalées à M. Kue.ntz (p. 83); mais le rappro- 
chement et l'explication du fonctionnement avaient été 
déjà donnés par Romieu, Calcul de l'heure chez les 
anciens Égyptiens, ap. Recueil de Travaux, XXIV 
(1902), p. 142. On a cité dans VÀncient Egypt, 1913, 
p. 184, 1916, p. 83, deux instruments analogues, anté- 
rieurement connus. 

II. HISTOIRE. 

G. Daressy, Le classement des rois de la famille 
des Bubastites (p. 9 20). — Le nouveau classement des 
rois de la période bubaslite proposé par M. Daressy dans 
le Recueil de 1913, t. X.XXV, p. 129-130, a été l'objet, de 
la part de M. H. Gauthier, d'un certain nombre d'objec- 
tions (Bulletin I. F. À. 0., XI, p. 197-216, et Lirre des 
Rois, III, p. 302 à 395). " La diversion porte sur trois 
points : 1° l'existence d'un Cbéchanq II, successeur 
d'Osarkon II; 2° la place à attribuer à un autre Cbé- 
chanq, dont le prénom est O | Ij (I ~wvs» ; 3° la dis- 
tinction absolue à faire entre Osarkon II et d'autres 
Osarkon qui ont ajouté Or à leur nom. n M. Daressy 
étudie en détail ces points litigieux et dresse (p. 19) 
un tableau qui met eu valeur le principe essentiel de 
la classification des souverains à partir d'Osarkon II : 
c'est (I la division de lÉgypte en deux royaumes dis- 
tincts, gouvernés par des rois distincts, bien qu'issus 
d'une même famille ii, celle de Chéchanq I", soit les 



110 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



rois de llubastis (Osnrknn I", II, Cliécbanq II, Aupiil, 
Cbi'clianq III, Pimaî, Chéclianq V,, d'uue pari, et les 
rois de la Tliébaïde iTakelat I". Hai-siési, Padubast, 
Chécbauq IV, Takelat II, Osarkon III, Takelat IV et 
Osarkon IV, Uudamcn). d'autre part, — jusqu'au mo- 
ment où les rois étliiopieus reconquièrent la Thébaïde, 
l'Heplanomide (Piankbi), et, après l'exécution de Boc- 
choris, reconstituent, sous Cbabaka, l'unité de l'empire 
égyptien. 

G. Daressy, In secoml e.reiiiiilnire du ticrret 
de l'an XXIII de l'inlémée lipiphane {p. I7o-t70 . — 
M. Daiif.ssy avait publié, dans le Recueil de 1911, 
t. XX.XIll. p. 1-8, une stèle portant un décret de l'an 
X.XIII de l'tolémée Épipliane: ce décret reproduisait le 
protocole du décret dit de Rosette, et des considérants 
d'nn décret trouvé à Pbilae; les lignes 17 à 38 don- 
naient un texte nouveau relatif à des fondations en 
riionueur des dieux, à des événements qui concernent 
Aristonikos, grand maître de la cavalerie, et à la prise 
d'Arad en l'bénicie par ce personnage. Malheureuse- 
ment la portion intéressante du texte était mal gravée 
on mutilée. Un nouvel exemplaire de ce décret vient 
d'être retrouvé à Asfoun lau nord d'Esnéli) ; la date est 
de la même année, mais non du même mois. La com- 
paraison des deux textes permet d'apporter quelques 
améliorations à l'édition de la première stèle; mais la 
gravure est déplorable, et la fin dn texte, qui est la 
partie intéressante, est d'une rédaction abrégée ; une 
lacune lAcheuse supprime le nom d'.\rad, et le récit 
s'arrête peu après, . . Le second exemplaire ne remplit 
donc pas les conditions espérées pour donner une édi- 
tion définitive de ce décret fort important. 

G. Maspero, Hérodote, H, ci- (p. 20), rapporte une 
légende, d'après laquelle le Nil envoie une dérivation 
souterraine dans la Syrte, à la hauteur de Memphis. 
M. iM.xsPERO cite une tradition actuelle analogue, 
d'après laquelle nn déversoir souterrain mènerait les 
eaux du Nil sur la rive gauche, près de Débot, jus- 
qu'au pied du Gebel Shemt-el-Ouah. 

111. PHILOLOG-IE. 

G. Maspero, Introduction it l'étude de la phoné- 
tique égi/ptiennc (t. XXXVII, p. 147-204; t. XXXVIII, 
p. 85-164). Tirage à part, à la librairie Champion. 
— C'est le dernier grand mémoire scientifique publié 
par M. G. Maspero. synthèse très attendue d'une 
quantité d'études préparatoires dont il publiait les 
fragments dans presque chaque fascicule du Recueil 
de Travaux'. Elle représente le point de vue du con- 
tinuateur de E. DE RouGÉ en regard (îu système gram- 
matical préconisé par l'école de Berlin. Maspero avait 
indiqué, dans la Reçue critique (1897, I, p. 203-203), 
l'objection fondamentale qu'il opposait aux grammaires 

i. Sous les titres : Holcs SKI" dilférenls points de gram- 
maire OH d'Itistoire. depuis 1879; .4 travers la vocalisation 
égyptienne, depuis 1S93 (apparition de la Grammaire d'Ea- 

MAN). 



d'EuMAN. de Sethe et de Steindorff : « L'idée qu'au 
fond l'égyptien appartient au groupe des langues sémi- 
tiques prédomine chez Erman comme chez Steindorkf, 
et ils ont jeté la matière égyptienne dans nu moule 
qui n'est souvent que le moule sémitique à peine mo- 
dilié. Il me semble bien que l'égyptien a quelque chose 
de plus libre et de plus fluide..., peut être aussi le 
départ n'est-il pas net entre les formes qui appartien- 
nent aux paradigmes verbaux et celles qui sont de la 
syntaxe pure. . . » 

A la théorie qui fait de t'égyptien une langue res- 
sortissant presque entièrement au sémitique, Maspero 
n'a jamais opposé une théorie formelle, mais les audi- 
teurs de ses cours, les lecteurs des Hlossaires qu'il a 
rédigés pour les éditions des Mémoires de Sinouhit, 
des Instructions d'Amenemhat et de l'Hymne au Ml 
(Bibliothèque d'étude de l'Institut français d'archéo- 
logie orientale), savent bien qu'il n'acceptait pas de 
classer les verbes d'après le nombre des consonnes ra- 
dicales, qu'il écartait la terminologie sémitique, qu'il 
ignorait systématiquement les termes de ;jsPMrfo-/)«r- 
ticipe, de uisbé ou de niplial: à cela près, il tradui- 
sait en nuançant les temps ou les formes sans s'écarter 
beaucoup des sens adoptés par l'école adverse. Réaliste 
en philologie, il se souciait peu d'un système, sémitique 
ou autre. Au début de son Introduction récente, il re- 
vient sur ce sujet : u Comme je l'ai dit un nombre in- 
fini de fois et imprimé à plusieurs reprises, nous avons 
eu la chance de trouver table rase en matière de lan- 
gue au commencement de notre science, et nous avons 
abordé le déchiffrement sans encombrement de théories 
préconçues ou de paradigmes préétablis : ne vaut-il pas 
mieux profiter de la liberté absolue, dont la fortune 
nous a gratifiés de la sorte, pour créer à l'égyptien ans 
grammaire qui ne soit inspirée exclusivement ni des 
modèles purement classiques, ni des modèles indo- 
européens, ni des modèles sémitiques, mais qui res- 
sorte entièrement d'une analyse des textes avec l'aide 
de tous les moyens que la philologie peut nous prêter 
à quelque ordre de langue qu'elle s'applique? » 

Pour constituer une grammaire, au lieu d'imposer à 
la langue égyptienne un cadre de lois philologiques, 
Maspero tente de définir exactement les usages du 
parler, ce qui l'amène d'abord à disséquer la vocalisa- 
tion. Tout le monde admet que l'égyptien, comme le 
sémitique, jemploie des voyelles pour distinguer les 
différents emplois des mots : en copte, le verbe «en- 
tendre» slm est vocalisé sôlem à l'infinitif, sôtmef 
à l'état pronominal, setem- à l'état construit, sôlem 
au qualitatif: il doit en être de même dans l'égyptien 
hiéroglyphique. Le tableau de toules les vocalisations 
d'un mot à une époque donnée ferait connaître à quelle 
forme syntaxique, à quel emploi du mot dans la phrase, 
correspond telle on telle vocalisation. Ici se pose une 
question préalable essentielle. L'égyptien n'est-il point 
analogue à ces langues sémitiques où l'écriture ne rend 
pas les voyelles, mais note seulement le squelette con- 
sonantique des mots"? L'école de Berlin répond alBr- 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



111 



mativemeut : d'où cette conséqnence que la transcrip- 
tion en lettres latines de l'égyptien dp doit rendre qne 
les consonnes et proscrire les lettres o, i, o, u, du 
moins comme notation de voyelles : le problème de la 
transcription est donc connexe de celui de la vocalisa- 
tion'. 

Ces problèmes, Maspero prétend les résoudre non 
pas au nom d'une théorie, mais par l'analyse des pho- 
nèmes; il tentera de retrouver le son, c'est-à-dire la 
vocalisation, et le définira par une démonstration em- 
pirique, comme on prouve le mouvement en marchant. 
Tout d'abord, il admet l'existence de caractères-voyelles 
dans récriture hiéroglyphique : « au point de vue de la 
prononciation, le système graphique de l'égyptien ex- 
prime trois sortes d'articulations différentes : 1° des 
consonnes, 2° des voyelles, 3° des sonnantes ». 

M.tspERO analyse chaque lettre pour discerner « quels 
sons réels recouvre tel caractère ". Ces sons, il les re- 
trouvera dans les transcriptions de mots égyptiens 
donnés par des langues qui écrivent la vocalisation, 
telles que l'assyrien, le grec, ou le copte. Ce faisant, il 
n'atteindra pas l'articulation fondamentale que chaque 
caractère présentait à l'origine, car nous n'avons pas 
de transcriptions en assyrien avant la XVIII' dynastie ; 
mais, depuis cette époque, la vocalisation sera connue 
approximativement, .\ussi, pour chaque caractère, iM.\s- 
PERO distingue trois périodes, où il applique les mêmes 
méthodes : I. De la XVIII' dynastie à la fin de l'épo- 
que saïte, étude des transcriptions en hiéroglyphes des 
noms sémitiques, données par les listes géographiques 
des conquêtes pharaoniques en .Asie ; transcriptions cu- 
néiformes de noms égyptiens donnés par les tablettes 
d'EI-.\marna ; transcriptions hébraïques et grecques des 
noms d'époque saïte conservées par les prophètes et 
Hérodote. II. De l'époque macédonienne an début de 
l'âge copte, étude des transcriptions grecques des noms 
propres conservées par les décrets royaux, les étiquettes 
de momies, les papyrus démotiques et grecs. III. De 
l'âge copte à nos jours, étude des transcriptions don- 
nées par les textes coptes et arabes, anciens ou mo- 
dernes, y compris les intonations que les moines de la 
Hante Egypte donnent aux textes coptes qu'ils lisent 
encore aujourd'hui. 

Ce résumé suffira à donner idée de la méthode toute 
empirique préconisée par Maspero; il a pu écrire les 

analyses : 1° des consonnes, 2° des voyelles (I , *è\ , 

0], 3° de la première des sonnantes : MM. Çà et là, 

il laisse pressentir quelle aurait été la conclusion de ce 
mémoire : « Une fois qu'on a retrouvé des correspon- 
dances constantes entre certains phonèmes à deux ou 
trois dates différentes, à l'époque byzantine, -J l'assy- 
rienne et à la cananéenne, par exemple, il devient 
possible avec beaucoup de précautions de rétablir les 
formes transitoires qni se sont produites de siècle eu 

1. Voir, à ce sajet, les réponses à reoijuéte ouverte en 
l',i02-190:i par .M. Leore dans les Proceediiigs of Ihe Society 
ofbiblical Archacnlogy (l. .\.\IV-X.\V). 



siècle entre ces dates, et même de reconstruire quel- 
ques-unes des formes antérieures. Je n'ai pas étudié 
ici, sauf en de rares occasions, qnelle était l'action des 
phonèmes les uns avec les autres : il y a là une série 
de phénomènes que je me propose de déterminer pins 
loin dans ce livre, lorsque j'examinerai la syllabe et le 
mot. Je n'ai voulu analyser pour le moment que les 
phonèmes fondamentaux à l'état isolé qui se cachent 
sous chaque caractère, et constater ce qu'ils peuvent 
devenir par la suite des temps. Pour ce qni est des 
caractères M, '^^, o, j'ai réussi, je crois, à mon- 
trer d'une manière certaine, jusqu'à la XVIII' dynastie, 
que les valeurs phonétiques nombreuses, qni se cachent 
sous eux aux bas temps, se laissent ramener à deux on 
trois valeurs; ce point déterminé, j'ai pu remonter par 
déduction plus haut, ju.sqn'au point où, n'exprimant 
chacun qu'un phonème unique, ils étaient de véritables 
signes-voyelles, tels qne ceux de nos alphabets, et non 
plus des voyelles vagues, ou ce que l'école berlinoise 
appelle des cnnsoitiies faibles, vocalisées variablement 
à toutes les époques, sans tenir dans son appréciation 
de lenrs valeurs un compte suffisant de l'histoire de la 
langue. » (P. 153.) 

.\insi, cette langue morte depuis tant de siècles, 
JIaspero s'efforçait d'en faire un langage parlé; à 
l'étude «pour l'œil )) des hiéroglyphes il ajoutait l'étude 
«pour l'oreille»; par la vocalisation reconstituée il ar- 
riverait à définir les lois d'après lesquelles les mots 
déplacent accent et voyelles suivant. le rôle joué dans 
la phrase; de la phonétique il passerait alors à la syn- 
taxe. 

VliUrodiiction témoigne d'une immense érudition, 
de l'esprit le plus souple et le plus ingénieux; il est à 
jamais regrettable qu'un travail si original doive rester 
inachevé. 

V. Loret, Le titre ^yS |f]î) fp. 61-68). - Ce 

titre apparaît à la fin de l'.Ancien Empire, se trouve 
fréquemment au .Moyen Empire, et devient d'un emploi 
de plus en plus rare à partir des Ramessides; il est 
écrit le plus souvent au moyen de signes figuratifs, les 
trois premiers faciles à expliquer «directeur des cor- 
nes, sabots, plumes n. le dernier resté jusqu'ici énigma- 
tique. M. Loret u a eu la fortune de rencontrer l'or- 
thographe complète, en toutes lettres, de chacun des 

quatre mots '\ | (j J), et par suite d'être à même de 

proposer, pour le tout, une lecture et une traduction ». 

1° Pour les deux premiers mots, une stèle publiée 

dans le Dendereh de Pétrie (pi. XI) donne la variante : 

k 



J\ I ^iw '/Ît} '""■' '^ "'("" " directeur de.s 
hêtes à corne et à sabot ». Le signe-mol qui accom- 
pagne I ^v peut prêter à discussion. M. Loret y 
reconnaît un âne; cependant, si l'on compare l'animal 



tohm avec un âne authentique ( 



I I apparaît 



118 



COMPTES RENDUS BIBLIOGKAPHIQUES 



à la ligne suivante de la stèle de Dendérali), la photo- 
graphie révèle des diflérences dans la tète (relevée pour 
iChm, abaissée ponr \'Ane\ et la ligne du dos (eonvexe 
pour whm, concave pour l'àne). Je transcrirai donc 

(comme l'a fait déjà Spieuelberg, qui 



.IB 



avait si<rii,ilé au Recueil, XXIll, p. 197, l'importance 
de la stèle pour la lecture du titre étudié), et je recon- 
nais dans wlnn le veau, et non l'àne, comme type de 
l'animal à sabot, on petit bétail. (Voir ce qui est dit ici 
sur le (( veau de Plitah », p. 114.) 

2" Pour les deux derniers mots, une tombe d'époque 
Siiïte FI. Pétrie, Gizeh and Rifeh, pi. 3r>-36la fourni 



à M. LoRKT les variante 



f?- 



:C35Z3 I 



^\ V) iiiir' iw nsinift « directeur des (bétes à) 

.Jj^lll 

plumes et des ibètes à) écailles ». M. L. donne d'excellents 

exemple'S ni'i l'on compare « les plumes des oiseaux et 

les écailles V\ v '^ iifiinrl des poissons» 

(p. tH]: le mot k écailles» s'emploie aussi pour « bétes 
à écailles» = «poissons» (p. 60). Le sens du mot 
« plume n^w étant indiscuté, la traduction de l'ensem- 
ble du titre est désormais acquise : imr' 'bw, wlimw, 
èwt, nsÊinct u directeur des bétes à cornes, à sabots, 
à plumes, h écailles ». 

-M. LoRET termine par un exposé intéressant de l'éle- 
vage du gros et petit bétail, de l'entretien de la basse- 
cour et des viviers, depuis l'.Ancien Empire; il rap- 
pelle les témoignages d'HÉROuoTE (II, 149; III, 91| et 
de DiODORE (I, 52) sur les gros revenus que les rois 
d'Eg)pte tiraient des pêcheries du lac Mœris, et les 
renseignements donnés par les papyrus sur les impôts 
de chasse et de pèche. Les fonctionnaires pharaoniques 
qualifiés « directeurs des bétes à cornes, à sabots, à 
plnmes, à écailles » ajoutent souvent à ces titres celui 

imr' iljijj pt, km't l', Innt h'pj, «directeur de ce 
que donne le ciel, ce que produit la terre, ce qu'ap- 
porte le Nil »(p.67), et parfois celui de^ ^ ^^^^ 
""^^ n®^i. '""■' s'sxBJ n sljiii/j V directeur des 
deux étangs de divertissement ». c'est-à-dire des deux 
étangs réservés où le pharaon et les grands se livrent 
au plaisir de la pèche an harpon et de la chasse au 
boumerang (p. 68|. 

E. Chassinat. À propos d'un passage de la stèle 
n' SiôS du Musée de Berlin (p. 179- 182), propose une 
rectification à la traduction d'un passage vétilleus d'une 
stèle relative à une fondation piense faite dans la ville 
de Pharbietus, l'an nl_de Psammétique 1". Il s'agit 
d'un groupe de signes 



qui sem 
n prêtre 



ble composer un titre sacerdotal, porté 
du temple d'Hormerti, le dieu local. 



E. Dévaud, Un signe hiératique peu connu 



(p. 182-1871. Dans l'intervalle du Moyen Empire an 
Nouvi'l Empire quelques signes hiératiques nouveaux 
apparaissent. Celui étudié par M. Dévaud, avec beao- 
coup de soin et dans toutes ses variantes, se compose 
de deux traits obliques, \\. soit linéaires, soit formant 
crochet à la base. Ce signe détermine des mots au 
duel, et il n'est pas autre chose que le signe abréviatif 
\ répété; il remplace le déterminatif, quand celui-ci 
serait forme- du redoublement d'un même signe. 

E. Dévaud, Le Conte du Naufragé, remarques 
grammaticales, lexicographiques, paléographiques (p. 
188-210). Le papyrus lli:i de l'Ermitage a été l'objet 
d'excellentes études d'ER.M.\N, Skthe, G.\ri»iner, Mas- 
PERo, et d'une édition modèle publiée par son proprié- 
taire, M. Golé.mscheff (Bibliothèque d'étude de l'In- 
stitut F. .\. O., t. Il [1912]). M. Dévauu, eu relisant 
ces travaux, a noté toute une série d additions et de 
corrections, d'un grand intérêt pour la grammaire et 
la lexicographie. 

Je ne puis analyser ici ces analyses de phrases, aux- 
quelles il faut renvoyer le lecteur. Je signalerai seule- 
ment à M. DÉVALD des exemples des deux mots rares 

qu'il étudie : 1" .\ux références pour l®V\XI7 (p. 193), 

il faut joindre les dérivés V^ ' ® v ' ' " ^""^ 

large d'Horus » des décrets de Koplos cf. mes Chartes 
d'immunités, ap, J. Asiatique, 1916, I, p. 294, 326) et 



^ 



44. à coté de 



^ 



Jl ^as, hiscr. d'Ouni, 1. 43- 

. — 2» Pour le mot n paquets » ("?), 
^ — u 

<:3^(JMci inrrjwt «uoa relevé par ailleurs en 

<=>1l I I I -==r.f\. 00 nni^^î^^ 

égyptien » (p. 206), cf. le mot V\ X J H 

mrw 7>.w libéw v paquets d'étoffes » (Lacau, I, p. 179; 
II, p. 16), que j'ai cité ici même, p. 3, n. 3. 

Aylward M. Blackmann, On the reading of 

Ias « ny-swl », avec une addilional note de 
/WWVA 

Alan H. Gardiner |p. 69-70). — Ces courtes notes 
conlirment, l'une par un passage à allitération des 

textes des Pyramides (Prjr., 724 = u — " — V^ V 

myswt et I nysut), l'autre par un passage des 

sarcophages du Moyen Empire (Lacau, Recueil de 

r,-.,xxxv.p.228,3^f^^^]^^). 

la lecture nsw, proposée par Sethe (.Ï. Z., 49, p. Ib- 
34) pour le groupe I (contestée par Ed. Mever). 

IV. RELIGION. 

É. Chassinat, La mise à mort rituelle d'Apis 
(p. 33-60). — Le point de départ de cette étude est 
double : I" l'affirmation de Pline (VIII, 46), A.mmien 
Mahcelli.n (.\XII, 14, 7i, Soun (32), que le bcenf Apis, 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



113 



quand il avait aUeiot iia âge fixé par les livres sacrés, 
était noyé dans une fontaine sacrée; 2° le renseigne- 
ment donné par l'auteur du De Iside (36) qu'on ne 
laissait vivre Apis que 25 ans. Mariette contestait ce 
chiSre, contredit par les deux seules stèles du Séra- 
péum qui mentionnent l'âge des Apis morts (26 ans); 
mais il admettait volontiers qu'on sacrifiait Apis, image 
d'Osiris, à l'âge même auquel Osiris serait mort (28 ans). 
Le chiffre des ans mis à part, c'est l'interprétation 
même de Mariette et le fait matériel de la noyade ri- 
tuelle d'Apis, que M. Chassinat se propose d'examiner 
et d'appuyer d'une démonstration. 

Peut-on déterminer la nature primitive d'Apis ? 
M. Chassinat tente d'y arriver en analysant le proto- 
cole d'Apis sur les stèles du Sérapéum (p. 34-49). Le 

nom même d'Apis : k (ip rappelle celui du Nil : 



■ D W' 



(l'pj ; M. Chassinat admet qu'Apis paraît 



avoir été, dès l'origine, un dieu du Nil de la région de 
Memphis; qu'il se rattache à Phtah-le-Grand-Nil, puis 
à Osiris, dieu du principe humide issu lui-même de 



Phtah; d'où le nom d'Apis-Osiris 



-1^1 



Hp- 



1§ 



Osiris (qu'il faut distinguer de la formule 

BÛsiris-Apis)) =: Apis mort). 

Le titre lip^v S ic/nn '■n/j n Plh indiquerait 

aussi qu'Apis est le v renouvellement vivant» de Phtah, 
comme le fils est celui du père, parce qu'il incarnait 
Osiris créé par Phtah. — En somme, M. Chassinat ad- 
met comme vraisemblable (p. 40) la conjecture de 
Mariette qu'Apis est l'image d'Osiris; par conséquent, 
la mise à mort du boeuf Apis peut avoir « une signifi- 
cation symbolique définie « (p. 34). 

M. Chassinat examine ensuite les formules des stèles 
du Sérapéum relatives à la mort des Apis (p. oO sqq.). 
D'ordinaire l'événement est relaté en termes vagues : 

H la Majesté d'Apis monta an ciel » 

N. 



y\ 



— Mais deux stèles du taureau mort en 
l'an 30 de Ramsès II adoptent une rédaction plus pré- 



'^H, 



a 



7i: 



(I ce jour-là, la .Majesté 

d'Apis se rendit au Qob/iou afin de joindre l'atelier 
d'Anubis taricheute u. Une stèle ptolémaïque (Caire, 
n" 22180), rédigée à l'occasion de la mort d'une des 
vaches sacrées d'Aphroditopolis, s'exprime à peu près 
de même : « Ce jour-là... la vache sortit au Qobhou, 
son àme monta au ciel et se joignit à Ra. » 

Qu'est-ce donc que le Qobfiou"? Le mot écrit A 

v\ y AAAAA^ ç\y\/^ signifie refrigerium, et désigne 

le pays de l'eau fraîche, soit, sur terre, la région d'Élé- 
phantine, source présumée du Nil, soit, dans l'autre 

Reoue égyptologique, 1. 



Q 



monde, une région du ciel, un paradis. « Se rendre au 
Qnb/iou n n'est peut-être qu'un euphémisme pour : 
« aller au ciel, mourir »; c'est dans ce sens qu'on in- 
terprétait la formule jusqu'ici. Au contraire, M. Chas- 
sinat s'efforce de démontrer que la phrase, en ce qui 
concerne Apis, a une signification spéciale et rituelle. 
Le Qoli/iou n'est pas seulement une localité mystique; 
« on donnait aussi ce nom, dans le langage ordinaire, 
à une pièce d'eau, à un étang, à une mare et même, 
souvent, au lac sacré des temples » (p. 54) ; dans le voi- 
sinage d e VAp ieum de Memphis, il y avait un M 

îK"~^ I— j. Ldcr^i 

y AAAAA^ /il fcbhw = u édifice du Qobhou ». n Le 

Qobhou étant une pièce d'eau, il est difficile de n'y 
point reconnaître la fontaine sacrée dans laquelle, au 
dire des auteurs latins. Apis était noyé » (p. oa). Donc 
la formule des stèles de l'an 30 de Ramsès II signifie- 
rait : « ce jour-là, la Majesté d'Apis alla à la source 
sacrée », euphémisme pour dire qu'il y fut noyé. Ainsi, 
serait-il k établi que la coutume de la mise à mort du 
taureau memphitique était déjà pratiquée sous la XIX' 
dynastie u (p. 59-60). 

D'autre part, M. Chassinat, chemin faisant, compare 
ce formulaire relatif à la mort d'Apis à certaines for- 
mules relatives à la mort des rois (p. 51 sqq.). Ram- 
sès 11, parlant de la mort de son père Séti I", dit que 

celui-ci Zl J Iy fN^^^ ^ 

Wl ir^^. ' ^ " ^® ■'6i"'i' 3u Qobhou, joi- 
gnit le Hrmanent et se réunit à Ra dans le ciel »; u il 
faudrait entendre que le pharaon fut noyé au terme de 
sa vie ou que sa dépouille fut, par simulacre, plongée 
dans uu étang sacré » (p. 60). Rappelant les concep- 
tions signalées par M. Griffith dans son article Àpo- 
theosis by drowning {A. Z., 46, p. 132; cf. Rec. de 
Tr., XXXIV, p. 37), M. Chassinat conclut que ce genre 
de mort, qui rappelait la noyade d'Osiris, h était le seul 
qui put convenir aux représentants vivants du dieu » 
(p. 60), soit Apis dans la série animale. Pharaon dans 
la série humaine. 

L'argumentation dont .\I. Chassinat soutient sa thèse 
ne résout pas quelques difficultés sérieuses. Sur les 
quatre exemples de la formule « passer au Qobhou », le 

mot essentiel est écrit y v\(^^V3, ^ 9 , /û \\ 

|y P"'^^ (verbe) ; les déterminatifs du pays montagneux 

r^^^^ et de la ville ® prouvent sans ambiguïté que 
Qnbhou est pris ici au sens de u région » et non au 
sens de u fontaine » (où il s'accompagnerait des déter- 
minatifs AA/AAA ^ 1 1 , p. 54). C'est seulement dans un 
passage mutilé de la stèle du Caire que M. C hassinat 
croit devoir attribuer les déterminatifs /wv^^v au niot 
Kbhw. mais ce mot est restitué par M. Chassinat; donc 
la preuve n'est pas faite. Si l'on se réfère aux textes 
des Pyramides — qu'on doit invoquer de préférence 



114 



COMPTES RENDUS BIULIOGUAPHIQUES 



pour l'étude d'un rite par sa nature fort ancien, — le 
Kbhw y apparaît comme la région de l'eau Iraiche, de 
la cataracte d'Élépliantine, voisine de liiisl lia Nubie) 
{Pepi /, 297, 337, 392; cf. Mir., 180); c'est là que le 
défunt Osiris trouve accès au ciel et se purifie avant 
d'entrer. Divinisé, le Kbhw est une déesse portant les 
quatre vases des purifications et fille d'Anubis (/V//i /, 
3931. Au temple funéraire de Sn houra (V djn.l, on 
nomme le lac du h'b/iw j'y v\ HonciiAnDT. 

Grabdenkmal des K. S.. II, pi. 69, p. 127), où. d'après 
les textes des Pyramides, le roi se purifie {P'jr., 1301, 
1979). Aucune allusion au sens spécial préconisé par 

rOi 
Al. Chassinat'. De même, le sens qu'il attribue a 

Ijut, salle du palais nfi l'on déposait le roi mort ou 
mourant, demanderait une démonstration précise. J'ai 
signalé plus haut les conclusions que M. Cuassinat 

tire du titre porté par Apis I^W «> interprété 
u seconde vie de Plilah », qui avait déjà fourni à Ma- 
riette la matière d'un long commentaire. Le curieus, 
c'est que ce litre n'existe réellement pas. Spieoelberg 
a démontré [Recueil de Trar., X.XIII (1901), p. 197 : 
Veber einen Titel des Apisstieresj que les stèles dn 

Sérapéuni écrivent toujours, non pas //■¥■■ mais -f-j/ , 

pJ^Off no Jl i i 

soit : '^■ 



.D 



, et que l'expression se conpe 



en deux : Ijp '^iilj et œhiii n Plli «Apis vivant» et 
« idIiik de Phtali ». (Voir, pour la coupure, l'article de 
Spieoelberg, et le texte de Pbihe, cité par M. Chas- 
sinat, p. 3o, I. 2o.| 

Le sens de | varie fort suivant qu'on y voit un signe- 
mot ou UB signe phonétique. Comme signe-mot, il 
équivaut à « bête à sabot », probablement « veau, tau- 
reau »; Spiegelberg traduit donc « le taureau de 
Pbtah ». Comme signe phonétique, il correspond à 

(I substitut, liérant ». De toute façon, la formule ' 

J7 D Q ^D 

-r- -)- I /vwv^ft n'a rien de commun avec l'expres- 
sion //"¥" ichm 'un/j, qui définit la résurrection des 
morts osiriens. — Je signale aussi, p. 3b, la stèle du 
Sérapénm, où il est dit : « La Majesté d'Apis monte au 

p. fx «8 H ^33>^ 
ciel » : V\ D ^ 



jj"^ Hr pw liprf m 

'Isir. M. Chassinat traduit : n C'est Horus qui devient 
Osiris »; il ressort de passages similaires que (jpr m 
signifie ici «provenir de»; cf. le texte de Sabacon, 
publié par Breastku et Erman, où l'énuméralion des 

dieux issus de Pbtah est précédée du titreH ] ] M 

*=>a □ p M I W 

■V ^Jv 8 (I dieux provenant de Pbtah ». Le pas- 

1. Dans les temples, les sanctuaires on reposent les barques 
des dienx s'appellent mn kbhw /wvw IV I I (Lkgrain, 
Bulletin I. F. A. 0., XIIl, p. 60). 



sage disenté signifie donc : u Apis est Horus; il est issu 
d'Osiris », interprétation confirmée par les textes cités, 
p. 35. 

Les textes latins qui relatent la noyade d'Apis ne sont 
donc, jusqu'ici, formellement confirmés par aucun teste 
hiéroglyphique. Ces dilRcnltés signalées, la thèse de 
.M. Ch.vssi.nat n'en est pas moins fort intéressante; s'il 
parvenait à l'établir solidement, son importance dépas- 
serait même les conclusions qu'il en tire. Ce ne serait 
point seulement à cause du « caractère auguste » de la 
mort par immersion (rappelant la noyade d'Osiris), 
qu'on enverrait u à la fontaine » Apis vieilli et le roi 
mort. La noyade d'Osiris, premier roi d'Egypte selon 
la légende, et anleur de la fécondité (soit coinme dieu- 
terre, soit comme dieu-Nil), évoque le thème du sacrifice 
rituel du roi que les peuples primitifs regardent comme 
resp»nsable de la fécondité naturelle, et qu'ils tuent re- 
ligieusement, ou remplacent, quand ils le jugent vieilli 
ou impuissaut'. Apis, identifié à Osiris on à Horus, 
pourrait être — (suivant l'adoucissement habituel du 
sacrifice royal) — un animal substitué à Osiris ou au 
roi successeur d'Osiris (Horus = Pharaon i, afin de per- 
pétuer l'existence sur terre d'un patron de la fécondité 
mondiale, sacrifié et remplacé à une date rituelle. La 
noyade d'Apis — si elle était prouvée — rappellerait 
donc une coutume en nsage dans bien des sociétés pri- 
mitives et dont l'existence en Egypte est, jusqu'ici, 
probable plutôt que démontrée (cf. mes Mysleres égyp- 
tiens, p. 184, 236). 

G. Maspero, Quelques divinités dans les arbres 

(p. S\. — Le naos de Saft-el-Hineb (Musée du Caire) 
représente plusieurs divinités figurées dans un arbre : 

une Hathor, dame dn iibs I 11 (1 () ), un Harnia- 

khis. un .Shou-Tafnout. On se rappelle qu'Osiris ha- 
bite un arbre qui refleurit, que Tbot hante le iihs 
et le palmier, qu'une autre Hathor est « dame du syco- 
more ». Il C'est probablement à ces cultes que se rat- 
tache l'institution des bois sacrés énumérés dans la 
grande liste d'Edfou et qui se composent pour cliaque 
nome de deux ou trois espèces d'arbres. » 

G. Maspero, Sur le sens juridique de ' ' 
(p. 31-32|. — .M. Maspero relève une assertion de 
M. Gardineu dans thc Toiiib iif Anienemliét (p. 47) : 
l'épithèle '' ' mùkhroou, litt. Irue of voice, est 
certainement un terme juridique, qui fait allusion 
d'abord à l'acquittement d'Osiris à Héliopolis dans son 
procès contre Set, puis, par extension, à l'acquittement 
des morts au tribunal d'Osiris; la conclusion de M. Gah- 
DiNER est qu'il faut revenir à l'ancienne traduction 
justifié, et renoncer à l'interprétation de Maspero, 
« d'après laquelle l'expression appliquerait à la justesse 
de voix nécessaire pour entonner les formules religieu- 

1. Plutarque rapporte qu'en Egypte les animaux sacrés sont 
sacrifiés en cas d'épidémie ou de calamité [De Iside, 73); 
d'après .^mmien Marcellio (.K.XVIM, 5, 14), les rois d'Egypte 
sont déposés en cas de mauvaise récolte. 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



115 



SOS I). — Maspero rappelle qu'il a le premier, dans 
son étude Sur l'crpression aUâkhrncinn (publiée en 
1892), insisté sur l'importance « que le cariiien avait 
dans la religion et dans le droit de l'ancienne Rome », 
et (( qu'il était tout-puissant en Egypte i). De nouveau, 
M. Maspero démontre que la loi était chantée chez les 
Grecs comme chez les Romains; là, comme en Egypte, 
« il fallait donc que la justesse de la voi.r se combinât 
avec l'intégrité de la lettre pour que la formule légale, 
comme la formule religieuse, liât la partie qui la pro- 
nonçait et celle qui la recevait ». D'où il suit qu'Osiris 
et tout mort osirien étaient proclamés ' par le tri- 

bunal sacré lorsqu'ils avaient prouvé leur dire selon les 
termes de la loi prononcés exactement avec la voix 
juste : (I c'est ainsi que le sens légal du mot conduisit 
les Égyptiens au sens funéraire qui prévalut par la 
suite... Toutes les significations qu'on connaît à l'ex- 
pression {riclorieux, triomphant) dérivent naturel- 
lement de celte première valeur mi-religieuse, mi- 
légale. » (Pour d'autres développements de la même 
thèse, cf. l'article de G. M.\spero sur le livre de Gar- 
DiNER, ap. Revue critique, 7 août 1913.) 

\. MORET. 



Eugène Dévaud, Les Maximes de 
Ptahhotep d'après le papyrus Prisse, 
les papyrus 10371110435 et 10509 
du British Muséum et la tablette Car- 
narvon. Texte. Fribourg (Suisse) (en 
vente à la librairie A. Rody), 1916. 
II p. et 53 p., in-4°, lithographiées. 

L'édition des Maximes de Ptahhotep, dont .M. Dé- 
vaud nous donne tout d'abord le texte égyptien seul, 
a comme base les reproductions photographiques : 1° du 
papyrus Prisse et des papyrus 10371 et 10433 du Bri- 
tish Muséum, publiées en 1911 par M. Jéquier; 2' du 
papyrus 10309 du British Muséum, publiées en 1910 par 
M. BuDGE {Facsiiniles of egypiian hieralic Papyri, 
pi. 34-38; 3" de la tablette Carnarvon, republiée par 

M. JÉQUIER. 

M. dévaud a fait sur ces photographies sa trans- 
cription du hiératique en caractères ordinaires; par sa 
correction minutieuse, cette transcription répond à ce 
que nous pouvions attendre de l'auteur, dont la com- 
pétence en matière philologique est bien établie; d'ail- 
leurs, M. Dévaud a bénéficié des collations faites sur les 
originaux par MM. Gardiner, Lange, Sethe. Ce qui fait 
l'originalité de l'oeuvre de M. Dévaud, c'est l'établisse- 
ment d'un texte critique d'après les différentes versions. 
Après avoir consacré ses premières pages à la trans- 
cription littérale, dite « servile », des pap. 10371 et 10433, 
qui sont fort mutilés et dont il devait tout d'abord jus- 
tifier matériellement le texte, M. Dévaud présente en 
colonnes parallèles la version du papyrus Prisse, et 



celles que fournisseut la tablette et les papyrus du Bri- 
lish Muséum. L'iuterprélatlon critique, telle qu'elle se 
manifeste à l'œil seulement dans cette première partie 
encore dépourvue de traduction et de commentaire, a 
consisté : 1° à diviser la matière en paragraphes, in- 
diqués par des titres; 2° à diviser chaque développe- 
ment en phrases dénommées «vers», dont les césures 
sont marquées non seulement par le parallélisme des 
phrases, le rythme grammatical, mais encore, au pa- 
pyrus 10509, par les points ronges suscrils, habituels 
aux papyrus du Nouvel Empire; 3° à rétablir la leçon 
correi'te des mois, que le scribe a parfois déformés, 
tout en donnant en note la leçon des manuscrits; 4' à 
noter les interversions, adjonctions, suppressions de 
phrases on de formules, qui constituent les variantes 
que présentent les différenls textes conservés. 

M. Dévaud ne mérite que des éloges pour l'habileté 
avec laquelle il a triomphé des réelles dilBcultés qu'of- 
fraient la lectnre des papyrus, la division logique dn 
texte, l'utilisation des divers manuscrits; l'édition se 
présente sous une forme claire et d'utilisation pratique 
et aisée. Nous espérons que la traduction suivra bien- 
tôt, et que le commentaire nous renseignera sur 
l'évolution des formes grammaticales, qui apparaît en 
maiut endroit, entre le texte le plus ancien et ceux 
d'époque plus récente; sur les règles philologiques de 
ce qu'on peut appeler la métrique égyptienne, sujet 
que Grébaut avait autrefois approfondi (dans un tra- 
vail resté inédit) en prenant comme base précisément 
le papyrus Prisse (cf. édit. Vihey, dédicace). Si nous 
avons aussi une idée exacte de cet « enseignement de 
la doctrine royale aux enfants des nobles » que les 
iMaximes de Ptahhotep développent avec complaisance, 
l'histoire n'aura pas moins que la philologie à profiter 
de l'excellente œuvre de M. Dévaud. 

A. MORET. 



B. P. Grenfell and A. S. Hunt, The 
Oxyrhynchus Papyri. Part. XI, Lon- 
don. The Offices of the Egypt Ex- 
ploration Fund, I-XII; 1-278 pages, 
7 planches. 1915. 

Leurs admirables trouvailles antérieures ont fait de 
MM. Grenfell et Hunt des manières de magiciens : 
on espère toujours d'eux de nouveaux prodiges. Le 
tome XI des Papyrus d'Oxyrhynchos donnera plus de 
crédit encore à cette opinion, puisqu'il satisfait une fois 
de plus l'attente des hellénistes. C'est un miracle, en 
effet, de voir paraître en temps de guerre une œuvre 
scientifique de cette valeur et de ce volume: c'est mer- 
veille aussi d'y constater des résurrections, 

Le recueil ne comprend que des papyrus littéraires 
(1331-1404). 

1° Les fragments de l'.Xncien et du Nouveau Testa- 
ment sont au nombre de cinq (1331-1333) : iéritique. 



116 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



XXVII, sur parchemin ; Psaumes, lxxxh-lxxxiii, sur 
parchemin ; 1" Épitre de Pierre, snr parchoniiii ; 
Épilre aux Ri)iiutins, i; Épi(re aux Roinaini!, viii. 
Ils sont d'nn inlérèl médiocre au point do vue paléo- 
graphique ; an point do vue critique, on y relève quel- 
ques leçons intéressantes, sinon inattendues. Plus 
sensationnel est le a° 13o6 : fragments inédits de 
Philon. M. HuNT nous les avait promis pour un futur 
volume en publiant dans le tome IX (1173) de longs pas- 
sages de quatre traités déjà connus du philosophe juif. 
Il nous donne aujourd'liui des lambeaux de pages pro- 
venant du même rodw. Elles sont numérotées dans le 
manuscrit 192 et 193 (pqS, pqy) et prennent place, par 
conséquent, entre les morceaux daComiiieiitairc allé- 
gorique de la Genèse (oct, oë) et ceux du De Ebrietate 
atS-Ttf)) publiés auparavant. Elles ne se rattachent 
sans doute ni à l'un ni à l'autre de ces traités et 
appartiennent à un ouvrage indéterminé de Philon. 
Voici, à titre d'indication du sujet, la traduction de 
quelques lignes (fol. 4, verso, 11. 24-33). Nous y trouvons 
exprimée, à propos d'un souvenir païen, l'iilée chrétienne 
de la justice divine, venant tardivement, mais à son 
heure et inéluctable. « Ne méprisons donc pas le devin 
véridique qui, plein de l'enthousiasme du trépied 
delphique, avertit Crésns, réputé le plus heureux de 
tous les hommes do son temps, d'envisager le terme 
d'une longue vie. Car, des méchants en vérité, nul ne 
reste impuni, mais re(;oit un châtiment adéquat, sinon 
sur-le-champ, du moins plus tard, suivant l'opinion de 
quelques-uns. Rien, en effet, n'est décidément tard dans 
la nature, mais tout vient en son temps. Oui, le cou- 
pable expie sinon ici-bas et parmi nous, du moins chez 
Hadès, devant des juges dégagés des lions du corps... d 

Moins important sans doute au point de vue litté- 
raire que ci'S restes de Philon, le dernier texte de cette 
catégorie est pourtant tout à fait remarquable. C'est 
nn calendrier des services religieux chrétiens à 
Oïj'rhynchos pour l'année 533-36, selon le calcul ingé- 
nieux des éditeurs. Le début donnera une idée de la 
valeur du document. Ll. 1-14 : « Liste des olHces à 
partir de la rentrée à Alesandrie du patriarche, à 
savoir : 14* indiction ; 23 Phaophi, à l'église de Phœ- 
bammon, dimanche; 23, à Saint-Sérénos, jour du re- 
pentir; 30, an monastère des martyrs, dimanche; 
3 Athyr, à l'église de Phœhammon, fête d'Épimachos ; 
7, à l'église de l'Évangéliste, dimanche; 12, à Saint- 
Michel, sa fête; 13, à la même; 14, à Saint-Just, sa 
fête; 13, à Saint-Ménas, sa fote; 16. à la même ; 17, à 
Saint-Ju.';t. n L'introduction et les notes du fragment 
contiennent des renseignements précis sur les premiers 
calendriers chrétiens et sur les églises chrétiennes 
d'Egypte. 

2* Le groupe des inédits profanes commence par des 
fragments d'Hésiode: Catalogues des femmes illustres. 
Les papyrus, entre autres ceux des Berliner Klassi- 
kertexte, nous en avaient déjà rendu un certain 
nombre de vers. Ceux-ci (1338-1339) nous apportent : 
1° l'histoire d'Europe et d'nn de ses Dis en 32 vers ; 



2" la poursuite et la lutte aérienne des Harpies et des 
Boréades en 33 vers; 3" l'union d'.\ngé avec Hérakiès 
et les prouesses de leur fils Téléphe en 23 vers. D'autres 
lambeaux plus petits parlent d'ÉlocIra unie à Zens, de 
Diomédé et de son fils Hyacinthe. D'Alcée (1360) nous 
n'avons que des bribes, poèmes et scolies, le tout très 
déchiqueté. 

Bacchylide (1361) nous dédommage : c'est un heureux 
dans l'histoire de la papyrologie. Après ses éjiinikia, 
voici ses scolia, chansons à boire. Un passage d'Athénée, 
qui cite le poète, assure l'identification des fragments 
exhumés. Ils sont au nombre de 48 ; trois seulement, 
les plus longs, valent d'être mentionnés ici, mais des 
raccords pourront être découverts ultérieurement entre 
les autres'. Le fragment 3 est un récit mythique sans 
détail saillant, les deux autres sont les débuts de deux 
chansons en dactylo-épitrites, adressées au fils d'un roi 
de Macédoine et à un tyran sicilien. La traduction sni- 
vante essaie d'en rendre le sens, mais non pas la grâce 
légère et le rythme mélodieux. Fragment 1, vv. 1-17 : 

« Pour Alexandre, fils d'Amyntas. mon luth, ne 
reste pas davantage accroché, ne contiens plus la voix 
limpide de tes sept cordes; 

Viens dans mes mains, j'ai hâte d'envoyer à Alexandre 
une plume d'or de l'aile des Muses ; 

Ornement de ses banquets mensuels où les jeunes 
nobles, sous la délicieuse contrainte des coupes redou- 
blées, sentent s'échauffer leur cœur, où l'espoir de 
Cypris pénètre leurs sens ; 

Cypris, qui, unie aux dons de Dionysos, élève ju.squ'au 
sublime les pensées de l'homme. Sur-le-champ, il 
effondre les créneaux des cités; à tous les hommes il 
lui semble imposer son empire ; 

D'or et d'ivoire ses palais étincellent; chargées de 
blé sur la mer éblouissante, les nefs amènent d'Egypte 
une énorme richesse : tels sont dans l'ivresse du festin 
les élans du cœur, n 

Fragment 4, vv. 1-tO : « Pour Hiéron de Syracuse. Ne 
laissons pas encore de côté mon luth aux sons limpides : 
Oui, je vais à présent exécuter une fleur gracieuse des 
Muses au péplos d'or pour Hiéron fameux par ses 
blonds coursiers et ses compagnons de festin, et l'en- 
voyer vers ./Etna bien biUie. Puisque, auparavant, j'ai 
célébré Phérénicos illustre entre les chevaux par ses 
pieds agiles et sa victoire aux rives de l'Alphée... » 

Comme Haccbylide, Callimaque, lui aussi, avait été 
déjà favorisé par les papyrus. II figure ici sous deux 
numéros. 1362 est un passage des Àetin ; le rappro- 
chement avec plusieurs fragments connus de Callima- 
qne en assure l'authenticité ; mais l'incertitude règne 
au sujet du chant. On y lit, non sans agrément, malgré 
l'érudition accumulée et la recherche alexandrine, nne 
jolie scène de banquet, prétexte à un interrogatoire 
mythologique. Un convive questionne sou voisin de 
table, nu habitant d'Ikos, sur certaines coutumes de 



1. Le frag. 24 semble être une fin de strophe, du même 
rythme dacljlo-épitritique que le frag. 4. 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



117 



son île. 1363 contient des ïambes très mntilés; le 
bénéGce le pins clair en est pour nons la vériDcation 
d'nne conjectnre de Bentley. Antiphon le sophiste vient 
ensuite (1364' avec nn fragpment du livre I de son 
Tiiol i'/.Tfiiix;. C'est nn long débat sur l'opposition 
entre les lois humaines et les lois de la nature. Le 
point de départ en est cette définition de la justice 
(11. 1-11) : (I La justice, c'est le (ait de ne transgresser 
aucune des lois en vigueur dans l'État où l'on vit. o De 
cette définition anodine, .\ntiphon aboutit à des coocln- 
sions audacieuses : les hommes peuvent prendre la 
liberté de suivre leurs penchants, car les lois naturelles 
ont plus de force que les lois sociales. Nous passons 
alors à l'histoire (1363) représentée par des bribes sur 
l'histoire de Sicyone, spécialement sur la dynastie des 
tyrans fondée par Orthagoras : et à l'éloquence repré- 
sentée par le titre, V<j-.6'itT:; et le début du discours 
d'un orateur attique, défenseur, semble-t-il, de l'accusé 
dans nue affaire d'empoisonnement. 

Le papyrus 1367 nous retiendra davantage : ce sont 
des fragments du t:zo\ voao6;T'ôv, abrégé d'Hermippe, 
par Hérakieidès Lembos, comme nous l'apprend le titre 
qui a été conservé (fr. '2\. Outre des renseignements sur 
des législateurs comme Démouax, Cécrops, Bouzygès, 
Archimachos, nous y gagnons des précisions sur la façon 
de composer qu'avait l'abréviateur. Il résumait chaque 
œuvre de ses auteurs séparément et ne fondait pas plu- 
sieurs œnvres en une seule, comme quelques savants 
le croyaient. A noter un détail piquant : lorsque, dans le 
tome IX, M. Huxt avait publié la Vie inédite d'Euripide 
par Satyros, il avait déjà remarqué qu'un des abrévia- 
teurs de .Satyros, Hérakieidès Lembos était né. selon 
Suidas, à Oxyrhynchos. Le rapprochement est cette fois 
bien plus frappant, puisqu'il s'agit d'un ouvrage 
d'HérakIeidès lui-même. Un lambeau de roman anonyme 
do III' siècle (13681 clôt la série des inédits. Joint ani 
fragments antérieurement découverts, il atteste une 
fois de pins la popularité des romans à cette époque. 
Voici les 30 lignes finales non mutilées ; le mystère 
de la nuit, de la solitude, l'horreur d'un crime et d'une 
apparition s'y mêlent aux observations minutieusement 
réalistes. C'est un revenant qui parle à nn voyageur: 
« C'est là que je repose, an pied d'un platane et avec 
moi une belle jeune fille, tous deux assassinés. Glan- 
kétès, effrayé, comme il est naturel, ne dit rien à cette 
révélation, mais se contenta de baisser la tète et en 
même temps de pousser son cheval. Or le jeune homme 
disparut tandis qu'il baissait la tète. Glankétès, tout 
en poussant son cheval à bride abattue, se retournait 
pour voir s'il l'apercevrait de nouveau, mais il ne le 
vit plus. Il arriva, de nuit encore, dans nn village, au 
bord d'une rivière. Il la traverse et aperçoit une écurie 
ouverte avec nue litière pauvre et misérable. Il attache 
son cheval à la mangeoire, et, se jetant sur la litière, 
essaie de s'endormir. .Mais voici qu'une femme descend 
par une échelle qui amenait d'en haut dans l'écurie... » 
3° On peut naturellement passer plus vite sur les 
fragments (1369-13791 appartenant à des œuvres clas- 



siques déjà connues. La nomenclature réunit les noms 
de : Sophocle, Œdipe-Roi. sans rien de saillant: 
Euripide, Oreste, où une conjectnre de Weil est 
confirmée: Médée' : Aristophane, Xuees, avec scolies; 
Grenouilles ; Paix: Cheraliers ; Guêpes, sans valeur 
particulière, ou trop courts pour qu'on puisse juger de 
la qualité du texte : Hérodote. 17/. sans originalité 
paléographiiiue. ni critique : Thucydide, 17/, le plus 
long des fragments de l'historien jusqu'à ce jour, im- 
portant en ce qu'il aidera à fixer la valeur respective des 
deux groupes de manuscrits de Thucydide; Démosthène, 
Couronne et Midienne, sans rien de remarquable ; 
enfin, un tout petit passage de Tite-Live, le premier 
que nons ayons de cet auteur dont P. Oxy. 668 ne nous 
avait donné qu'un épitomé. 

4» Les fragments de littérature gréco-égyptienne 
sont des plus curieux. Le premier (1380l, très long, 
puisqu'il comprend les restes de 12 colonnes de 22 à 
28 lignes en semioneiale voisine de la cnrsive. est une 
Invocation d'Isis. Il nous en manque le commence- 
ment et la fin. C'est une kyrielle des titres et appella- 
tions de la déesse Isis. classés par villes, nomes, iles, 
en Egypte et à l'étranger, et une énumération de ses 
attributs et des faveurs qu'elle peut accorder à ses 
dévots. Tout à fait précieux pour les géographes, puis- 
qu'il peut aider à situer certaines villes d'Egypte et en 
fait connaître de nouvelles, ce texte ne l'est pas moins 
pour l'histoire des religions. Les identifications d'Isis 
avec des déesses étrangères sont une preuve du syncré- 
tisme de cette époque et de la diffusion nniverselle do 
culte d'Isis. Les éditeurs inclinent à croire que l'auteur 
est un prêtre de la déesse, Oxyrhynchite ou .Memphite. 
Pour nous, nous verrions volontiers dans ces litanies 
mystico-géographiques une sorte d'hymne en prose = 
composée par un dévot aussi fervent qu'érudil. Le fait 
que les titres d'Isis sont énumérés d'abord à l'accusatif 
et qu'ensuite la déesse est invoquée directement : -/.-jpia 
^<7;... v.fi7V.i... T-J /-ai... rrj -/.a:, nous incite à 
penser que pour la composition — questions de lon- 
gueur et de géographie mises à part — on peut rap- 
procher ce fragment de beaucoup d'hymnes en vers. 
An début, il devait y avoir xï/îu ou y.:/.'i.r,T/.u) comme 
dans tant d'hymnes orphiques on Ca/ioasv comme chez 
Callimaque et Proclos; l'invocation vient ensuite et 
n'est, comme toujours, qu'un prétexte à une nouvelle 
énumération pieuse: pour finir, il y avait sans doute 
une demande du croyant, nue variante des : ôb;... 
£/.6o'.; i-;ryj'7y: . . . iiToaii -sul-î'.v des hymnes en vers. 

L'éloge d'Imouthès-Asklëpios (1381) est un peu 
décevant. En réalité, nous n'avons qu'une sorte de 
romau préliminaire, et le papyrus nous fait défaut 
quand le panégyrique allait commencer. C'est, nons 
avertit l'anteur, une traduction accommodée, une para- 

i. Adx deux papyrus de Médée. cités par les éditeurs daus 
riDtrodnetion. ne faat-H pas ajouter Berinier Klassiker- 
texte, V. pp. 97-98, qui nous a donné les vers 507, 513-517. 
545-569? 

2. Cf. Paul CoLLART. baocation d'Isis, Revue égyptolo- 
gique, X. S., 1, p. 93-100. 



118 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



phrase d'un rouleau de papyrus ancien relatif à 
Imoutliès, rouleau sacré, datant du j^rand Mjcériniis, 
retrouvé miraculpusemunt alors qu'on désertait les 
sanctuaires du dieu, sous Neclanébo, restaurateur du 
culte. La reconnaissance a mis le calame à la main de 
ce tliéoloj^ien anonyme : Asklépiiis l'a guéri d'une 
fièvre et lui est apparu ainsi qu'à sa mère. Il ne nous 
fait jïrAce d'aucun détail, renseigne Asklépios sur ses 
travaux antérieurs, lui présente les liommages des 
dévots et se met enlin, à la I. 218, ù traduire le précieux 
rouleau. Par malheur, le papyrus nous manque à la 
I. 247 : cetera desiderantur. 

Il y a encore du prodige dans le fragment suivant 
(1382) ; c'est la lin et le titre d'une légende : Sarapts 
et Syrion. Nous y voyons ledit Syrien, avant de s'em- 
barquer, se défaire en faveur des geus de Pharos, pour 
100 draclimes d'argent, d'une eau miraculeu.se, dont il 
a subi les effets ; « cette grâce est attestée dans les 
archives du Mercurium ». Nous rentrons dans la réalité 
avec le u° 1383, Channon de matelot, dans une langue 
un peu rude et pas très pure, mais non dépourvue de 
naïve recherche : « Aux vents Rliodiens j'ai commandé 
Et aux régions marines quand je voulus voguer. Quand 
je voulus rester ici. Je dis aux régions marines de ne 
pas heurter leurs vagues. Soumettez la mer aux nau- 
tonicrs. De toute sa force le vent donne; Emprisonne 
les souilles, ù Nuit, Et rends les ondes apaisées, — et 
le titre : u Aux vents Rliodiens. » Nous trouvons enfin, 
réunis sur un fragment (1384), dans le désordre le plus 
baruque : I" une recette de purgatif; 2" une citation 
chrétienne non canonique où Jésus parle de la valeur 
curative de l'huile d'olive; 3" une citation judéo-chré- 
tienne où les anges du Seigneur semblent attendre 
d'une éponge et de Jéhovah-Sahaoth la guérison de 
leurs yeux malades ; 4° un remède pour l'étranglement ; 
ii" un baume pour les blessures. 

ii" Parmi les fragments d'Homère (1385-1398) ceux 
de l'Iliade sont les plus nombreux, comme toujours, il 
y en a neuf contre cinq de l'Odyssée. On attache peu 
d'importance, en général, à ces bribes homériques à 
moins que les éditeurs n'aient pris soin d'en signaler 
l'intérêt. C'est ce qui arrive pour 1301, publié in extenso, 
où MM. Grenfell et Hunt ont cru trouver des traces 
d'une tradition différente et peut-être des vers inédits. 
A mon avis', il y a là une erreur d'identiflcation. Au 
lieu de Iliade, XI, S26-28; 566-69; 597-602; 634-41; 
avec iutercalation apparente de vers nouveaux entre 
637 et 640, il faut transposer l'ordre des fragments et 
y voir les traces de : 564-70; iî97-602; 608-10; 633-638. 
6° Pour terminer, voici quelques parcelles moins im- 
portantes, sinon négligeables (1398-1404) : le titre des 
liapSapiy.i de Chœrilos, des miettes de tragédie, de 
comédies (peut-être d'.\ristopbane) et en quatre lignes 
de latin un abrégé de la fable ésopique : Le chien qui 
lâche sa proie pour l'ombre. 



1. Sur ce sajet comme sar celui des scolies de Bacchylide, 
cités pins liant, cf. P. Coî.lart, Homère et Baccitylide dans 
les l'apjjrus d'Oxijrhynclios, Revue de PliUotogie, lUlS, n" 1. 



J'ai suivi à dessein dans ma recension l'ordre adopté 
dans le recueil, puisque les savants anglais en ont 
plusieurs fois éprouvé l'excellence, et puisqu'aucun 
des groupes établis, presque aucun des textes publiés 
par eux dans ce volume, ne doit passer inaperçu aux 
yeux du lecteur curieux et attentif. Comme pour 
chacun des tomes de cette collection, nous devons 
aujourd'hui encore une vive gratitude à iMM. B. P. GREiN- 
FELL et .\. S. lluNT, en raison de leur science infinie, 
de leur énorme labeur, de leur active persévérance. 
Nous leur devons cette fois davantage : le tome XI des 
Papyrus d Oxyrhynchos nous apporte une émotion et 
une le^von. Qui ne serait en effet touché, qui ne serait 
instruit en lisant les deux brèves constatations par 
lesquelles, avec uoblesse et sans tapage, les éditeurs 
ont ouvert et fermé leur livre ' '? Je voudrais que tout 
le monde, et pas seulement le monde des hellénistes, 
put lire ces deux phrases calmes et en faire le rappro- 
chement terrible. « Nous avons reconnu pour chaque 
papyrus individuellement le coucours que nous ont 
prêté M. T. Allen, D' J. V- Bartlet, etc., et le Prof. 
U. VON WiLAMOwiTZ-MdELLENDORFF, » — (I Lcs treize 
papyrus suivants d'Oxyrhyuchos et de Hibèh ont été 
transmis par l'intermédiaire de Bruxelles (Musées 
royaux ) ù la Bibliotlièque de l'Université do Louvain et 
ont vraisemblablement été détruits. » 

Paul COLLAKT. 



Verœffentlichungen aus der Papy- 
rus-Sammlung der Kœn. Hof. und 
Staatsbibliothek zu Mûnchen. I. By- 
zantinische Papyri. Leipzig, Berlin, 
Teubner, 1914, in-4'', 37 planches. 

Le premier volume des papyrus de Munich, publié 
par A. Heisenberg et L. Wenger contient dix-huit 
textes appartenant à une collection répartie entre la 
bibliothèque royale de Munich et le British Muséum. 
Cette collection provient de Syène et est constituée par 
les papiers d'allaires d'une même famille, dont les 
membres paraissent singulièrement portés à la chicane. 
Ces textes remontent tous au VI' siècle. 

Les papyrus de Syène conservés au British Muséum 
ont été publiés eu 1917 dans le tome V des papyrus de 
Londres, sous les numéros 1722-1737. La transcription 
de quelques-uns d'entre eux a été jointe aux numéros 
3, 4, 6, 7, 8, des textes de Munich qu'ils complètent. 
D'une façon générale, les papyrus de Syène, parus dans 
le tome V de la collection de Londres, confirment les 
données fournies par les textes de Munich. 

Ceux-ci sont précédés d'une introduction (pp. 1-19) 
concernant la provenance des textes, leurs dates, les 

1. Dans la Préface, datée de juin 1915 (l'ouvrage était en 
préparation avant la guerre) et dans une petite note, p. 248. 
Le professeur von Wii.am()\v[tz-.Moi-;llendorff a signé le ma- 
nifeste des intellectuels allemaods. 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



119 



membres de la famille de Jacobos qni y figurent, en 
particulier Patermoathis et sa femme Kako, les gens 
de Syène, les rédactenrs des docoments, la langne et 
le style. 

Chaque texte est accompagné de notes critiques, 
d'nne traduction, d'un abondant et substantiel com- 
mentaire. 

Les n"' I, 7 et 14 sont des exemples de l'arbitrage 
connu sous le nom de ôiiz-jT;;. Le n" 6 est un jugement 
prononcé par le 7/o>.a(rT!/.o; Marcos, à propos d'une 
contestation survenue entre Jean et sa mère Tapia. 

Les n"4, 5 (verso), 9, 11, 12, 13, 13, 16, sont relatifs 
à des ventes. 

Le n° 3 est la réconnaissance d'une dette; le n° 8, 
une donation; le n° 10, un chéirograpbon : les n" 17 et 
18 sont des fragments. 

Le n° 2 est particulièrement intéressant, c'est un 
reçu dans lequel les membres du collège des priores 
du numerus d'Élèphantine reconnaissent avoir reçu 
et enregistré la probaloria que leur a présentée nn 
conscrit. Ce texte, qui apporte d'utiles précisions au 
sujet de l'inscription des lirones sur le registre de 
leur compagnie, a pu être étudié par J. Maspero dans 
son étude sur VOrganisation militaire de l'Egypte 
byzantine (pp. 33-34). 

D'une façon générale, le recueil des papyrus de 
Munich renferme un certain nombre de renseignements 
précieux pour l'historien de l'administration militaire 
d'Egypte au VI' siècle: il peut également être utile 
pour la connaissance de l'administration civile et l'his- 
toire du christianisme: mais c'est principalement pour 
les juristes qu'il offre de l'intérêt, en leur fournissant 
des textes relatifs au droit successoral et familial. 

Germaine R0UILL.\RD. 



Catalogue général des Antiquités 
égyptiennes du Musée du Caire. 
Papyrus grecs d'époque byzantine, 

publiés par Jean Ma.spero. Tome II, 
n»^ 67125-67278, le Caire, 1913. Tome 
m, n°^ [67140]-[67169], 67279-67359, 
le Caire, 1916. Deux vol. in-folio. 

1. — Le second recueil des papyrus byzantins du 
Caire publiés par le regretté Jean Maspeko renferme 
une série de documents du VI' siècle trouvés à Kôm- 
Ichgàou par Gustave Lefebvre de 19051908 : une 
partie des textes de celte collection avait paru dans un 
premier volume, en 1911. sons les n" 67001-67124; ilsy 
étaient répartis en trois sections, .\, B, C ; le présent 
volume s'ouvre par des papyrus appartenant toujours à 
la section C : aHectée aux documents d'ordre privé con- 
cernant des habitants d'Aphrodilo ou d'.\ntaiopolis, 
elle est close ici par vingt-cinq textes (n" 67123-67150). 



Deux d'entre eux, les n" 67136 et 67137, se rapportent 
en réalité, comme le lait remarquer l'éditeur, à la 
section Bdu premier recueil, consacrée aux rôles Qnan- 
ciers et quittances d'impôts. 

Les papyrus portant les n°* 67131-67171 forment la 
section D, ce sont des documents d'ordre privé concer- 
nant les nomes Antinoïte, Panopolite et Hermopolite. 
La section E contient des fragments littéraires 
n" 67172-67190. 

Le volume se termine par l'inventaire de quatre- 
vingt-sept fragments qui accompagnaient les rouleaux 
de papyrus rapportés de Kôm-Ichgàou n" 67191-67278) ; 
les n" 67200, 67203, 672:33, 67240, 67231, 67273. ont été 
complètement transcrits par J. Maspero. 

Ils oUrent le plus vif intérêt pour l'historien des insti- 
tutions byzantines en Egypte au VI' siècle : ils contri- 
buent à la connaissance de la législation justinienne 
en matièr-* de droit privé, de l'administration civile et 
militaire et des mœurs administratives en Egypte ; 
certains d'entre eux fournissent des renseignements sur 
la vie et les questions religieuses, d'autres sur l'éco- 
nomie des grands domaines particuliers. 

Le n" 67126, dont la planche I reproduit les lignes 
33-66, est, avec le n° 67032 du tome I, le seul papyrus 
connu dont le lieu d'origine soit Constantinople. 

.\ la ligne 16, bien que la lecture '-]o?,[rj]-r,iii.u.7.-u>-i ne 
soit pas très sure pour le début du mot, nous trouvons 
tout au moins la preuve de l'existence d'un corps de 
Dalmates dans la garnison de Constantinople. Le verso 
du n' 67131 renferme une pièce de vers îambiques due au 
poète d'Aphroditô, Dioscore, ûls d'.\pollôs : les n" 67177- 
67188 sont également des spécimens de ses œuvres 
dont nous possédions déjà les fragments publiés dans 
la Byzaalinische Zeitschrift, t. 19, pp. 1-6, dans le 
premier volume des papyrus du Caire et dans un article 
paru dans la Revue des Éludes grecques, t. X,\IV (1911), 
pp. 426-481, où Jean Maspero nous (it connaître l'a- 
musante ligure de ce k gentilhomme campagnard o, 
poète infatigable sinon original, et dont les œuvres 
nous fournissent maints renseignements intéressant 
l'histoire de l'administration de la Thébaïde. 

Le n" 67131, dont on a retrouvé le brouillon qui 
porte le n" G7132, est le testament de Phoibammôn, 
médecin en chef d'.\ntinoé. Ce document est de nature 
à satisfaire les juristes qui y verront appliquées les 
règles de la législation justinienne. Le testateur se 
préoccupe aussi de ses intérêts spirituels en léguant 
une aronre de vignes à choisir an gré du bénéliciaire 
et libre de tout impôt, ainsi qu'une barque avec ses 
agrès, au couvent de Saint-Jérémie. L'en-tête du testa- 
ment de Phoibammôn est un protocole dont l'écriture 
est du type auquel H. I. Bell donna le nom d'o écriture 
perpendiculaire n. C'est le plus bel exemplaire actuelle- 
ment connu de ces estampilles ollicielles mentionnées 
par Jnstinien dans la Novelle, 44 (2), destinées à conférer 
aux actes nn caractère d'authenticité. Le présent re- 
cueil compte deux autres fragments de papyrus recou- 
verts de cette écriture conventionnelle, déformée à 



120 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



dessein pnur déjouer les fraudes possibles. Jean Mas- 
l'ERO a di'chiflrr en partie le protocole du n° 67131 en 
indiquant sous toutes réserves le résultat de ses reclier- 
ctips; le protocole contiendrait le nom du cornes lar- 
gitinnum. Voici quelles sout les lectures de Maspeko 
pour les deux premières lignes : 

1. 4>).. ptx' tvôo?OT xoijiet/ =; •l'Xaoirrj pixTOpo; 
èvSoÇo-iTOV /.ôiJLîTo;. 

2. xai TiaTptv./ ôiaarijiOT/ := y-ai Tta-rpixio-j ôiaiTr,[j.o- 
-i-co'j. 

Maspero siprnale d'ailleurs le caractère d'authenticité 
suspecte du testament en question, après' avoir fait 
remarquer que le protocole a été coupé et recollé en- 
suite sur le papyrus contenant l'acte; la photographie 
(pi. VIII) montre en effet que les libres du papyrus 
sont horizontales dans la partie qui contient le proto- 
cole, et verticales dans le corps du testament. 

L'éditeur remarque que plusieurs protocoles, égale- 
ment trouvés à Kôm-Ichgàou (67178, recto; 67180, recto; 
671S7, recto; 67189 et 67I90|, ont de même été coupés; 
il suppose que Dioscore, dont il croit reconnaître 
l'écriture dans le brouillon du testament en question 
(n° fûlijâ), avait fait à son usage une collection de ces 
(I papiers timbrés i>, dans le dessein de les utiliser 
peut-être une seconde fois. 

Le n» 67166 nous fait connaître un alabarque à 
Antinoé; l'existence de l'alabarque n'avait été constatée 
jusqu'ici qu'à Alexandrie. 

Les n" 67172. 67173, 67174, contiennent des frag- 
ments du chant IV de l'Iliade ivers 494-319, 528-333, 
336-376, 594-614, 631-641, 667-678 ; dans le fragment 
67172, les accents ont été ajoutés postérieurement. 

Le n" 67173 est on fragment d'une biographie 
d'Isocrate, qui a dû être utilisé dans nne école, pense 
l'éditeur. 

An verso du n" 67170 se trouve une conjugaison des 
verbes no'.siv et -/p-jToCv : la première personne du duel 
n'y est pas toujours employée ; on y remarque une 
préférence pour certaines formes rares. 

II. — La publication de ce second recueil de papyrus 
byzantins n'avait point épuisé la collection des papyrus 
trouvés à Kôm-Ichgàou, et Jean Maspero avait com- 
mencé à s'occuper de l'impression d'un troisième 
volume, lorsqu'il tomba en pleine bataille le 17 février 
1913. Ce troisième recueil fut doue publié en 1916 en 
nne seule fois par Gaston Maspero avec la collabora- 
tion de M. Bernard Haussoullieb, qui rédigea la partie 
la plus considérable des indices et revit les épreuves. 
La notice qui manquait au n° 67329 est due à M. CuQ. 

Dans une émouvante préface, Gaston Maspero a re- 
tracé l'enfance et la jeunesse, les différentes étapes de 
la carrière scientifique et les derniers moments de son 
fils, il donne des extraits des poésies, des lettres que 
ce dernier écrivit avant de trouver la mort, et dresse 
la bibliographie de ses travaux. 

D'une façon générale, les documents qui composent 
le troisième volume des papyrus du Caire présentent 
le même intérêt que les testes du second volume, ils 



se rapportent aussi le plus souvent à l'histoire de 
l'administration byzantine, aux questions de droit 
privé, et à l'histoire des premiers siècles du christia- 
nisme. 

Le recueil di'bute par deux textes déjà connus par le 
tome II ; li' premier qui porte dans le volume précé- 
dent le n° 67140 est complété et corrigé; le second est 
le début du n» 67169 du tome II. 

Les textes qui suivent (n" 67279-67339) sont venus 
enrichir depuis 1908 la collection formée par la trou- 
vaille de Kôm-lcligiiou, certains d'entre eux cependant 
font partie des textes trouvés par Lefebvre avant 1908; 
ils forment la section F dans la série complète des 
papyrus édités par J. Maspero. 

Le n" 67281 est un itp6irïay!J.a de Dioscore, prcRseg 
de Théba'ide, enjoignant à Apollôs, fils d'Isaac, d'ac- 
cepter les fonctions de l'ipitrios d'Aphroditô; ce texte 
prouverait que l'on cherchait à se dérober à cette 
charge; il nous montre que le ripai ius était désigné 
par le conseil administratif du viilage, dont la décision 
était ratifiée par le presses de la province. 

Le n° 67283 est un rapport dressé par les habitants 
d'.Aphrodilo au sujet des agissements du pagarque 
d'Antaiopolis; il est adressé à une femme (f, r,[i.iï>v 
SÉTicoiva), qui n'est autre que l'impératrice Théodora, 
comme le montre l'éditeur. Ce texte vient s'ajouter à 
ceux qui nous renseignaient sur VaiUopragie d'Aphro- 
ditô; il nous montre que, depuis l'annexion du village 
à la domus divina, les fonctionnaires privés du 6eîo; 
olxoç, les StTTtoivixoi, jouent un rôle dans la perception 
des impôts, alors que l'autopragie d'Aphroditô avait 
été absolue avant l'époque de Justinien (cf n° 67024 r., 
1. 4). Le n° 67286 parait être un exemple de ces an- 
noiKe civiles accordées à des églises et à des couvents 
dont parle Justinien dans la Novelle, 7; il s'agit ici de 
deux quittances pour une redevance en nature que 
doit fournir le village d'Aphroditô au couvent de la 
Pénitence (MeTivoia). 

Le n" 67294 est un duplicatum du n' 67089, publié 
dans le tome I ; c'est une déclaration par laquelle un 
personnage certifie qu'une religieuse nommée Eulogia 
n'est ni esclave, ni d'une famille servile. Le papyrus 
67294 fournit le début du texte qui manquait an 
n° 67089 ; il permet d'en combler certaines lacunes. 
La ligne 16 montre que ce n'est point Eulogia qui ha- 
bitait la maison du maître, comme le faisait croire la 
première version, mais plutôt sa sœur Marthe. Le 
n° 67293 est un recueil de quatre pièces diverses ; 
l'éditeur reprend en le corrigeant le texte des pages 
I et II déjà parues dans le tome XI du Bulletin, de 
l'Institut l'rançais d'Archéologie orientale, pp. 163- 
195 (J. Maspero, llorapollon et la fin du paganisme 
égyptien) et donne en outre le texte de la page m. 

Le n° 67296 vient s'ajouter à ceux qui font mentioo 
du droit d'asile conféré aux églises et autres lieux 
consacrés. 

Les n" 67298 et 67299 sont des exemples du contrat 
d'è[j.9'jTe\jTiç. 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



121 



Le n° 67310 contient la majenre partie (1. lo-6o) d'un 
texte de la collection de Londres {P.Loiul.V, 17111, dont 
il est le brouillon, c'est un contrat de mariage dont 
la forme est curieuse à l'époque byzantine ; il a été ré- 
digé après le mariage et rappelle l'ancien « mariage 
d'essai », connu en Egypte pour une époque plus 
ancienne. La « donatio ante nuptias » y est représentée 
comme la reconnaissance d'une dette, de même que 
dans le papyrus de Londres, Inv. u" 1799, publié avec 
P. Mou. n° 3 (éd. A. Heisenberg et L. WengerI'. 

Le n" 673ia est le testament de FI. Théodore, em- 
ployé dans les bureaux du duc de Tbébaïde. La ligne 
69, où le testateur exprime son intention de contribuer 
au rachat des captifs, montre que les razzias de no- 
mades étaient probables à cette date dans la Haute- 
Thébaïde. 

Dans le n" 67314, on voit cinq frères héritiers de leur 
père obligés de .servir à leur mère une rente désignée 
par l'expression insolite de à-r,(j:o-i ■nexoJXtov. 

Le n° 67316 contient on protocole de cinq lignes, 
.dont les lettres ne sont point déformées et agglomé- 
rées. J. Maspero a pu les déchiffrer en partie, et ses 
lectures viennent confirmer les résultats qu'il avait 
obtenus en cherchant à lire le protocole du n° 67lol 
du tome II; voici sa transcription pour les deux pre- 
mières lignes : 

*>./ Sr,[....l£vgoE/ y.O!i/ 
«^[o] -.^alt/ ■/./ [7raTpL[-y'. 

Au début de la ligne 4, l'éditeur lit les lettres ir:, qui 
seraient, d'après lui, les initiales du mot r^ç^oL-r^li-r,;*. 

Le n" 67325 n'est pas le premier à mentionner l'exis- 
tence de deux pagarqnes à .\ntaiopolis, mais il ren- 
ferme les titres, nouveaux pour nous, de Tzifipyoi 
ToO 0[[Xo:po*j îJL£po*j; Avrato-j et de Trâvap-^o; toô TptTo*j 
|j.Épo'jç. J. M.\spERo en conclut que ces titres correspon- 
dent à une division territoriale de la pagarchie. 

Le n" 67326 est une quittance de loyer où apparaît 
un certain Kephalôn. L'éditeur croit qu'il s'agit d'uu 
évêqne d'Antaiopolis et signale le cas de cet évèque 
marié comme exceptionnel en Egypte, où l'on -ne choi- 
sissait guère ces dignitaires que parmi les moines. 

Le n" 67359, le plus récent des papyrus publiés dans 

1. L'éditeur du tctte de Londres, H. I. Bell, pense qu'on 
ne saurait voir dans ce contrat ane snrvivance du mariage 
d'essai; il suppose plutôt que, pour une raison quelconque, la 
rédaction de l'acte a été retardée et faite après le mariage, ou 
bien qu'il s'agit d'un second contrat relatif à la «donatio 
propter nuptias ». 

2. Dans un article du Journal of Hellenic Studies (vol. 
XXXVll, 1917, pp. 56-58), «The Tireek papyrus protocol », 
H. I. Bbll signale l'importance du n' 67316 pour l'etnde des 
protocoles dans les papyrus grecs. Il apporte un certain nom- 
bre de corrections aux lectures de J. .Masi*eho: il suppose en 
particulier que la ligne 6 renfermerait non pas le mono- 
gramme de 'Itoàvvy;;, mais plutôt le mot îv5([-/.Ttovo;). De 
ses observations de détail sur les protocoles à l'époque by- 
zantine et arabe, H. I. Bell conclut à la survivance do type 
traditionnel de la formule même au temps où celle-ci n'avait 
plus de sens. Il pense que les n" 67)51 et 67316 de la collec- 
tion des papyrus du Caire donnent le coup de grâce à la 
Ibèorie de Karabacek sur les protocoles trilingues (latin, 
grec, arabe). 

Reçue égyptologique, I. 



ce recueil, est un compte d'époque arabe relatif aux 
impositions d'Antinoé ; il débute par un protocole. 

Bien que les documents publiés dans le second et le 
troisième recueil de J. .Maspero aient été fournis exclu- 
sivement, comme ceux du premier volume, par les 
trouvailles de Kom-Ichgàou, ce qui semble impliquer 
une modification à un plan plus vaste, exposé par 
l'éditeur dans son Introduction en 1911, ils n'en réali- 
sent pas moins l'espoir qu'il y exprimait alors. Il 
remarquait qu'au Vf siècle l'Egypte, « définitivement 
encastrée dans l'édifice du Bas-Empire », devenue 
(( semblable à toutes les provinces qui l'entourent », 
nous fournit des renseignements qui peuvent être 
utilisés avec quelques précautions pour la « Romania » 
tout entière. Les précautions sont de rigueur, certes, 
en pareille matière; et, tout en les observant, les histo- 
riens trouveront dans les documents si nombreux et 
si variés venus d'une seule bourgade de la Théba'ide, 
de précieux matériaux pour l'histoire de l'administra- 
tion byzantine en général. D'ailleurs, l'intérêt d'un 
ordre plus particulier qu'offrent les recueils de J. Mas- 
pero en contribuant à tracer la physionomie de l'Kgypte 
byzantine au VI' siècle, est des plus vifs, et par là 
aussi Jean .Maspero et les éditeurs de son dernier re- 
cueil ont les plus grands titres à notre reconnaissance. 

Germaine ROUILLARD. 



M. J. Bell, M. A. The Byzantine ser- 
vile State in Egypt, tirage à part du 
Journal of Egyptian Archaeology. 

vol. IV, parts II-III, April-Jul)- 1917. 

Article de vulgarisation écrit par un lettré qui est 
en même temps l'érudit le plus compétent sur l'histoire 
de l'Egypte byzantine. L'auteur s'est proposé de 
montrer comment s'est développé en Egypte cet asser- 
vissement de l'individu à sa condition qui caractérise 
cette époque. Bell remonte aux origines, et on ne lira 
pas sans profit les quelques lignes consacrées à l'Egypte 
ptolémaïque, très favorablement traitée, à l'époque 
romaine, oi'i l'on vit naître la propriété privée et ce 
funeste système des nniurra qui, dès le II* siècle, fait 
sentir ses effets sur la vie économique du pays. Il 
explique comment les réformes de Dioctétien amènent, 
avec l'appauvrissement du domaine public, la création 
d'une classe de grands propriétaires fonciers, domi- 
nante dès le V" siècle, l'apparition du colonat, l'enchaî- 
uementdu colon à la glèbe, l'asservissement héréditairo 
du paysan libre à sa terre, celui du curiale à la curie, 
du (1 liturge » à sa charge. Il montre comment le 
privilège de Vx-j-zoïtpotyin concédé aux grands proprié- 
taires met entre leurs mains un pouvoir capable de 
faire échec au gouvernement central, et, à l'aide des 
papyrus de l'époque, uotamment ceux d'Aphrodito, il 
peint l'aspect « féodal et médiéval » de cette société où 

16 



122 



COMPTES RENDUS, BIBLIOGRAPHIQUES 



les fonctions publiques ont une tendance à devenir 
héréditaires, où les grands propritHaires sont presqne 
des seigneurs, où les Églises et les monastères ont 
tant d'influence. D'ailleurs l'ignorance et l'indolence 
engonrdissent le monde : quelques lettrés, comme le 
Dioscoros d'Aphrodili\ ne snflisent pas à sauver l'iiellé- 
nisme, et c'est un édilice à demi ruiné que l'invasion 
arabe viendra renverser. Rien de plus désirable (|ue de 
voir l'exemple de Bf,i.i. plus souvent suivi : des articles 
de ce genre, où ne manquent d'ailleurs pas les vues 
personnelles, n'ont pas seulement le mérite de (aire 
connaître à un public plus étendu les résultats de nos 
recherclies, ils permettent aux spécialistes eux-mêmes 
de mettre dans leurs idées cet ordre et cette clarté que 
l'on ne peut obtenir qu'eu se dégageant des détails 
pour mieux comtempler les ensembles. 

P. J. 



Publicazioni délia Società italiana 
perla ricerca dei Papiri greci e la- 
tin! in Egitto. Papiri Greci e Latini, 

vol. IV, n"^ 280-445. Fii'cnze, 1917. 

Le quatrième volume publié par la Société italienne 
a été édité, comme les autres, sous la direction de 
G. ViTEi.Li, avec le concours de Medea Norsa, Matilue 
Sa.nsoni, Kaffaf.le Hiancui, Giorgio Pasquali et Angei.ô 
Segré. Si nous mettons à part une sentence en trois 
trimèlres ïambiques, ce volume ne contient que des 
documents: quarante d'époque nuiiaine et byzantine, 
cent vingt-cinq des régnes de l'iiiladelphe et d'Éver- 
géte 1". Ce dernier groupe ne représente qu'une partie 
de la trouvaille faite récemment dans les kôms de 
Roubbayat, l'ancienne Philadelphie : malheureusement 
ceux que la fortune a ainsi favorisés sont des marchands, 
et ce n'est que grAce à l'activité du regretté Guino 
Gextili, mort au Caire à cfj ans, au mois d'août 1916, 
que la majorité de ces textes est venne aux mains de 
nos collègues italiens; ils nous en annoncent d'autres, 
et il faut aussi s'attendre à voir des papyrus du même 
lot parvenir dans les collections d'Europe ; mais il est' 
également probable que, comme d'habitude, les collec- 
tions françaises n'auront rien. La dispersion de ces 
archives d'un certain Zenon, fonctionnaire au Fayoum, 
dans la première moitié du III' siècle avanlJésus Christ, 
est sans doute infiuiiuent regrettable; au moins devons- 
nous nous féliciter que la plupart des pièces aient 
trouvé des éditeurs aussi compétents et aussi diligents 
que ViTELLi et .ses élèves. 

Ce Zenon, qui sort pour nous de l'obscurité des 
siècles, n'en reste pas moins encore un personnage 
mal connu. Vitelli n'a pas pu déterminer ses fonctions. 
C'est, on le sait, la coutume presque constante dans 
les textes du temp^ de désigner tes personnes par leurs 
noms, sans leur donner leurs titres. Il y règne une 
liberté toute hellénique d'allure et de ton; l'Egypte 



conquise n'a pas encore plié le viril esprit de ces pre- 
mières générations de conquérants à la servilité orien- 
tale des formules hiérarchiques ; mais si ce goût de la 
simplicité, qui se marque aussi dans la langue plus 
correcte des pièces, est un plaisir, pour le lecteur de 
papyrus, peu accoutumé à la sobriété claire de l'expres- 
sion, c'est un tourment pour l'exégète. Vitelu pense 
que Zenon a été épistale du bourg, et c'est possible ; 
il semble bien d'ailleurs que son activité, ses rapports 
fréquents avec le diœoète .Apollonios, laissent entrevoir, 
au moins à un moment de sa longue carrière, une 
compétence plus étendue et peut-être plus variée. Une 
autre conséquence de ce naturel, ennemi de l'étiquette, 
est qu'il est souvent dillicile de distinguer dans la 
correspondance de Zenon ce qui touche à ses intérêts 
privés de ce qui se rapporte aux afiaires publiques. Il 
reste donc bien des points obscurs dans cet amas de 
renseignements nouveaux sur l'administration, les 
mœurs, l'économie politique et domestique de l'Egypte 
ptolémaïque ; il faut iuterpréter des allnsions, rassem- 
bler les détails épars, préciser les données les unes 
par les autres, et l'on n'y parvient pas toujours ; on 
doit attendre beaucoup du temps qui complétera nos 
sources et de l'effort collectif des chercheurs. Les 
éditeurs l'ont compris, qui se sont abstenus d'un com- 
mentaire étendu, préférant aller vite pour associer au 
plus tùl le public érudit à leur travail. Ne leur repro- 
chons donc pas de n'avoir pas facilité notre tâche en 
faisant suivre les textes d'un essai de traduction. 

Le volume s'ouvre, avons-nous dit, par les textes 
d'époque romaine et byzantine. 

281. Le haut des colonnes est occupé par des pièces 
relatives à l'aHaire d'un certain Épimachos et de ses 
tuteurs. C'est certain pour les deux pièces du recto, 
probable pour ràva:popiov (1. 53) du verso. Nous voyons 
intervenir le juridicns connu Claudios ISencydés. 
Est-il certain que, comme le dit Meoea Norsa, Épima- 
chos, au moment où il rédige sa requête, soit rentré 
dans sa patrie? Je serais tenté de croire que son 
absence dure encore, depuis plus de trois ans (-JjtÈp 
Ta-JTïiv vjvt TpisTi'av), et, comme il est absent par 
ordre du préfet, il demande que son tuteur vienne le 
trouver, àvsî.ÔEïv iipô; i^i : Épimachos est au sud 
d'Oxyrhynchos. Dans la marge de la 1. 33, il faut lire 
sans doute 138-141 au lieu de 136-141. .Mais les dates 
ne sont pas certaines. 

Le bas des colonnes contient des procès-verbaux 
d'audience, réunis pour établir la jurisprudence relative 
à la prœscriptio longi temporis, en usage dans la 
pratique bien avant qu'elle entrât dans la législation 
avec Caracalla (v. l'éditeur). A la 1. 16, on lit: OJtêiou 
M«Çi|io'j 5 r,[ . z\e peut-on pas interpréter 

ô(|ioiu;) rilfcijLÔvoç... de Vibius Maximus, préfet lui 
aussi"? C'était aussi une sentence de préfet, qui précé- 
dait celle-ci dans la partie perdue du rouleau. 

292. Je ne sais jusqu'à quel point le texte est appa- 
renté à B. G. U. 648 et à P. Oxy. 899, comme l'indi- 
quent les éditeurs; mais je m'étonne qu'ils ne l'aient pas 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



123 



rapproché des docnments relatifs à la cessio bonorum 
(sxTTa<T!ç). A la 1. 4. èS!iTTa!J.£v[o-j; tûv] ■jitxpyô-i-ia'i ne 
laisse aucuo doute : c'est le terme techoique. Je restitue 
donc à la 1. 3, en m'aidant des remarques déjà faites 
par l'éditeur : D.e'jOspjijoî [to-J; itapi ui -/.a-aîs-JjvovTa; 
et 1 . 4 : è$ioTa|i£v[oijç -w]v CTtapx[ô]vT(i>v[Toï; itpooaXo- 
[jLivoL; a-JTOj;]; cf. C. P. R., 20, 1. 6. Le seos ainsi 
Obtenu est conforme à ce que nous apprennent les 
textes sur la législation relative à la matière {H. G. U., 
473 — MiTT., Chrest., 386; C. P. fi., 20; P. Oxy., 1403). 
C'est sans doute à Vimperium inajtis de l'empereur 
que fait allusion la 1. 5 : r; or, -o-j xpaTioro-j âTcirpoTto-j 
•JTtEpçÉpo-jo-a [iïouo-ia, comme l'a vu l'éditenr. Pour 
voixoBïTt'ai; (1. 6) emploj'é à propos de la même matière, 
cf. vosio6£Tf,<ra! de B. G. l ., 473, 1. 6. A la 1. 7, je ne suis 
pas sûr de la restitution 7tpaY]iaTi[/.o-j ; mais, à la 1. 8, 
TiapaTi6év3ci me fait songer à iTtoTièévai de C. P. R., 20, 
fol. II. Notre plaignant s'est-il décidé, comme celui 
de C. P. R., 20, à déposer une protestation aux pieds 
des statues impériales ? Toù; irapi rrî y.x-ixivjfm-iii 
de la 1. 3 sortirait alors de la banalité courante. Il 
faut présenter cette bypotbèse avec réserve : les lacunes 
sont courtes pour les suppléments qui s'offrent à 
l'esprit. En tout cas, riuirpoiro;, peut-être l'épistratège, 
absent pour les intérêts de sa charge (Trîpi tc5v oyciXo- 
[lÉvwv T-?, ÈTi'.-panf,), a dû convoquer le plaignant. Celui-ci 
n'a pas pu se rendre à son appel, (I. 10, o->/t] ïywi 
Sï TrpcKTjiravTÏv), pour plusieurs raisons, perdues pour 
nous dans les lacunes, et entre autres motifs, peut-être 
à cause des obligations que lui impose une yïwpyc'a ou 
obligation de cultiver une parcelle du domaine impé- 
rial. .Mats on peut aussi supposer que la vswp-p'a dont il 
est question, comme les i-i7.]fy.x:; des 1. lO-U, sont des 
tracasseries que le plaignant s'est attirées par son 
refus de remplir la liturgie et son offre de cessio bunn- 
rum. En tout cas, il n'est pas certain que cette 
fEiopYta soit la liturgie dont il cherche à se libérer par 
la. cessio bonorum, et peut-être n'intervient-elle ici 
qu'à titre épisodiqne. A la I. U : Sià -.a y.3,(i]il-Ai.uHi jjio; 
Yctopy[iav] 7i),£;'crTr|V est-il impossible? Sans doute, car 
les éditeurs l'auraient probablement donné, bien que 
l'expression courante soit plutôt : ■/.a9]£).x£(76ai |jiî yswp- 
fia. A la 1. 12, il est fait certainement allusion à la 
disposition législative bien connue par les textes déjà 
cités et qui garantissait celui qui demande la cessio 
bonorum contre toute tracasserie et violence. On 
pourra peut-être lire, 1. 11-12: Tr,-' vi6-/}.i]]'7:'i -/«[va-z-u- 
).u6fi}vai xai Tr|v si; t'o trmiia -jopiv, en ponctuant après 
\iopiv; xa[rax£y.u).u/.£]vai paraît trop long. Le reste est 
bien obscur. 'Açio-ravoiisvo-j de la 1. 15 rappelle àyi^r- 
ridai T(ôv -Jitïp/ôvTMv de R. G. l ., 473, et y.x: -ûi iSiwv 
à?'.oTa[i£vo-j de C. P. fi., 20. L. 18 : Tiapà ta ^à ?-/vy), 
cf. P. Rain. 20, II, 1. U. L. 20: idy.Xr,7o; nous fournit 
sans doute la restitution à introduire dans B.G. U., 473, 
1. 16-17, ào]y),r|TO'j;. MiTTEis avait] restitué iv£vo]x).r|TO-j; 
qui est aussi possible. 

298. Requête au préfet d'Egypte. Comme Matilde 
Sansoni, je pense que le plaignant ancien magistrat 



d'Oxyrhynchos, qui a pris du service sur les bateaux 
publics, ne doit pas être un simple matelot, mais un 
y.-jozp-iTi-r,;. Mais celui dont il se plaint ne serait-il pas 
un personnage comparable au -/.E^alXaiiiTr,? '? Le recru- 
tement de ces équipages était réglé par des principes 
analogues à ceux qui régissaient le recrutement de l'ar- 
mée. Il était couDé, au moins dans certains cas, à des 
x3ya).«!MTat, terme qui, dans certains textes du IV' siè- 
cle, parait désigner le capittclariiis (cf. P. Théad., 
22, n° 4). La zw3tr,).ao-ia est une liturgie à laquelle cer- 
taines personnes sont tenues. On peut servir personnel- 
lement ou fournir un remplaçant. Ces remplacements 
pouvaient être faits par des volontaires. Je croirais que 
notre plaignant est un de ces remplaçants volontaires. 
Libéré du service personnel, on devait payer une taxe 
qui devait servir au salaire du remplaçant : comparez. 
VÀuriim tironicum. Vitelli me confirme que la lec- 
ture xsipaXiiwTr,; est impossible, et qu'il faut s'en 
tenir à celle de l'éditeur ]/.),azTT,;. S-jva),>.a-/.Trî;, qui 
vient à l'esprit, peut il donner un sens analogue et sa- 
tisfaisant? C'est donteux. L. 6 : si nous restituons un 
mot plus court comme iTtrips-ijo-]»'. ou ).!To-jpY-r,(7]ai, 
nous aurons la place pour une indication de temps : 
elle serait elle-même très brève. L. 13, Peut-être le 
plaignant veut-il dire : Il ne m'a pas payé ma solde, 
bien qu'il ait reçu tout l'argent destiné à la solde des 
remplaçants : xai-roi a-jTÔ; É-/.3E|i;x£vo; Trivra; -rov; tûv 
[àvTra>.v)po-JvTwv ...]>.6o-J;. 'AvtiuXrjpo'jTwv, dans notre 
hypothèse, mieux que ivTtXsuo-ivTwv de l'éditeur, mais 
quel est le mot qui se cache sous ...]X6o-jç, lecture 
conflrmée par Vitelli? L. 16-17 : TtapsÇoiiat to-jç xar' 
èzïï[va Iv -û> è[i.it]opî(i) <rjV7TapôvTa;. Kat' èxîïva au sens 
temporel est classique. Le texte se termine par une 
apostille très mutilée du préfet et on en devine le sens. 
Le préfet convoque le plaignant. A la dernière ligne, 
. . .]iT£9r, i-i-u> a. . .u suggérerait ^pojîtéOr) bi tw i[-pQia 
ou x[;6p!]w, si la lecture était possible; Vitelli ne peut 
voir que a-jtw (se. -ô-izto'!]. 

300. Vente d'un xepajjisiov (atelier de potier). Je 
doute fort de la date (302j assignée à ce texte par 
l'éditeur qui restitue I. I : [O-JaXîpioi; ii]ni-oii -o Tsiap- 
-o'i, eu s'autorisant d'une conjecture de Plaum.^nn à 
B. G. C. 586, 1. 30 (cf. Preisigke, Berechligungslisle, I, 
p. 51). D'après l'édition même, la lacune à gauche est 
très sensiblement plus grande. Je souge à [toï; im- 
p.évoi; -Jl-^iToi; -o Titaprov, formule qui nous reporte 
en 324, certainement avant novembre ou décembre, ce 
qui s'accorde très bien avec la date 13 Pacliôn donnée 
dans le texte. X cette date, la division en pagi est déjà 
introduite (depuis 307-310) dans les nomes égyptiens, 
et, au début de la 1. 9, il faut lire ûji^oo au lien de 
]ôTo-j, comme Vitelli veut bien me le confirmer. Sur la 
formule de date restituée, voir Gre.nfell, P. Oxy., XII, 
1430, n. I. 

301. Lettre particulière difficile à comprendre. Notez 
à la 1. 13 : o-jx 7)5'jvr|f|riu.Ev Y»p àYopi(TotO titiote ûiiîv, 
où ti'tio-e est employé dans un sens voisin de celui qu'il 
a en néo-grec. Le texte est du V siècle. 



124 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



303. Ce texte a embarrassé l'éditeur, et il sonlève 
eu eUet plusieurs dilBcnltés; ainsi on ue voit pas quelle 
est exactement la fonction de l'ancien liypomnémato- 
graphe auquel la lettre est adressée. Il est appelé 
SioixoCvTt Tov M£v8r,(riov. Il n'est pas vraisemblable 
que ce soit un stratège. On songe plutôt ù un fonc- 
tionnaire de la Sioixr,Tt;. On rencontre, à la (in du 
IIP et au commencement du IV" siècle un assez grand 
nombre de litres se rapportant aux diœcètes ou à des 
fonctionnaires financiers et dont on ne peut déterminer 
le sens avec précision (cf. P. Theatl., p. 95-96). Le per- 
sonnage qui écrit, ancien exégète et curiale d'Alexan- 
drie, appelle son correspondant -û> sù-i-m, ce qui est 
conforme à l'étiquette. La lettre n'est d'ailleurs peut-être 
pas une lettre oiticielle, et voici comment on pourrait 
expliquer le cas. Horion était décaprotc. Il est mort, 
au cours de sa charge, avant d'avoir rendu ses comptes 
et reçu toutes les contributions qu'il aurait dû en- 
caisser. Dés lors, ses héritiers sont tenus des arriérés 
envers l'Étal. Ceux-ci sont mineurs bien que l'un 
d'entre eux ait déjà r?mpU la charge municipale 
d'agoranome, ce qui n'a rien de surprenant; leur parent 
et peut-être tuteur (è/.Yo-jioiç pour èvYovot; C?) désigne 
peut-être des petits-fils) se préoccupe de faire rentrer les 
arriérés, et c'est pourquoi il s'adresse an comogrammate 
de Psenbenchis, village sans doute situé dans le district 
de la décaprotie d'Horion. Mais ce curiale d'Alexandrie 
n'a aucun pouvoir direct sur le comogrammate d'un 
village du nome de Mendès : il est éconduil par lui. 11 
s'adresse alors à un plus haut fonctionnaire du nome, 
son égal et presque son collègue. Il n'est donc pas du 
tout question de décaprotie héréditaire, comme le sup- 
pose l'éditeur. 

304. Comptes. Kavjo avec le liet copte, dit l'éditeur, 
ne serait-ce pas une abréviation ou une graphie pour 
Kxixrjj-;, Kavav, Ka/aov, qui se retrouve ailleurs ? 
(Cl. P. Théaii.. Ind.) 

Parmi les autres textes d'époque romaine et byzantine, 
signalons le n° 285, pièce adressée au Xo-fiorr,; d'Oxyr- 
hynchos et où il est question de l'unique perséa de 
cette ville. Il est intéressant de constater que le Xo-furrr,; 
est en même temps ciuclnr (civitatis); 293, collec- 
tion très mutilée de procès-verbaux d'audience, du 
m* siècle, réunis probablement pour établir une juris- 
prudence louchant l'immunité à l'égard des liturgies ; 
282, demande d'envoi en possession ; diverses requêtes, 
à l'archidiraste (11'), 288; aux archivistes |314). Les 
contrats sont généralement d'époque byzantine (296, 
306, 316, 321). Parmi les reçus, 284, 295, 302, 
309, je relève une quittance -JTtkjS -tio^sw; è7ri/.Eoa).atou, 
et un intéressant reçu adressé par le prœpositus pagi 
au stratège (309); il y est question de l'annone 
d'.Alexandrie. Qnel(|ues comptes courts mais intéressants 
du V' siècle (303, 307}. Les lettres privées d'inter- 
prétation difficile sont instructives, notamment au 
point de vue de la langue. Notons 297, curieux billet 
adressé à un médecin et la lettre qui mentionne 
Théodotos, évêque de Laodicée, en Syrie, arien connu 



et condamné en 325 au concile d'.Xntioche. On peut 
ajouter une recette pharmaceutique (297l et un horos- 
cope (312). 

Sur les textes ptoléma'iques je serai plus bref : ils 
sont dune variété qui échappe à l'analyse, et, pour 
tenter des interprétations il faudrait faire une étude 
d'ensemble. Les renseignements précieux abondent. 
Donnons quelques exemples: 322 nous montre Zénctn 
à Gaza, en Syrie. 324, 325, nous parlent d'importation 
de blé syrien. 328 est une lettre des prêtres d'Aphro- 
dite au diœcèle qui mentionne des fournitures de 
myrrhe, pour les funérailles d'un dieu, peut-être Apis. 
Ces prêtres parlent d'Isis, d'un Ion qui laisserait en- 
tendre que c'est elle qui est leur déesse, .\phrodite 
est-elle identifiée dans leur temple avec Isis '? On peut 
signaler de nombreuses lettres remplies de détails 
vivants comme 330, 333, 340. 341 est une intéres- 
sante requête de tisserands de vêtements féminins qui 
demandent à Zenon de les installer à Philadelphie. 
Détails sur les çjXaxÎTat dans 344. Quel est cet Éphar- 
mortos, qui demande sur un ton cavalier à Zenon de 
le libérer de prison, à l'occasion de l'anniversaire de 
Philadelphe (347) ; la date de cet anniversaire peut 
être placée dans les environs de Mai (.\vril à Juin). 
349, 358, 372, 373 sont à ajouter aux textes qui 
nous renseignent sur le régime de l'huile. 354 oflre 
des détails curieux sur les voyages royaux et le sans- 
gêne de l'escorte. 363, lettre relative à des ânes, 
1. 5-6, lire peut-être xoiiiaajdôat &; 1. 14, un mot ne 
serait-il pas tombé : ■<îtpô> to-j I-xsïvov v.o\i.i[oanboi:] '? 
364 nous renseigne sur les n-oÀsjiaisia et 'Apirivdeia. 
Mention de la z^i-r^ pa).avîiou dans 377. Détails intéres- 
sants sur les cheptels dans le même teste. Les erreurs 
des percepteurs d'impùt (cf. I'IvtsijI!;, 383|, leurs tra- 
casseries (cl. 3841, sont souvent peintes au vif. 391 
nous entretient des gymnases et du miel qui leur était 
fourni. Dans 402 nous voyons la concurrence du 
ifax>i'i6; et des marchands de citrouilles. Dans 403, 
on se plaint de n'avoir pu lire une lettre reçue, parce 
que l'écriture était effacée. 406 nous met sous les yeux 
les méfaits de deux brigands. Dans 407, Théophile, 
peintre de îtiva-zs;, demande du travail ou la liberté de 
retourner à Alexandrie. 420 nous fournil des préci- 
sions sur l'art du potier ; 425 donne plusieurs détails 
sur l'administration, sur les o!vi-/.ai cruYypaçai, 434 sur 
la culture de la vigne. Les éleveurs de chats sacrés, 
hiérodules du Boubasteion (pougaT-cou, temple de la 
déesse Bubaste (l'éditeur interprète : « du village de 
BoubaslisDl, protestent, au nom de l'immunité qui leur 
a été garantie par le roi et le diœcète, contre les 
corvées qu'on veut leur imposer (440). 435 est une 
lettre toute pleine de piété pour Sérapis. Disons pour 
terminer que le grammairien trouvera, dans ces docu- 
nients, autant à glaner qne l'historien de l'Egypte 
hellénique. 

P. JOUGUET. 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



125 



Catalogue of the greek papyri in the 
John Rylands Library. Manchester. 
Vol. II. Dociiinents of the Ptole- 
maic aud Roman periods. N^^ 62- 
456. Edited by J. de M. Johnson, 
Victor Martin, Arthur S. Hunt. XX, 
487 pages, 22 phmches. Manchester, 
The University Press, 1915. 

Le premier volume de cette collection avait paru en 
1911: dans la préface do deuxième, .M. Hu.nt nous 
annonce l'apparition, dans un délai moins long, du 
troisième, composé de documents byzantins. Ce tome II 
comprend des textes et des descriptions de papycns 
ainsi répartis : littéraires, n" 62-64 et 246-7 {(léser.) ; 
ptolémaïqnes, 65-73 et 248-68 (rffscr.) ; romains, 74-245 
et 246-447 {descr.]; et un rappel des n" 448-56 déjà 
publiés dans les P. Oxy. 

Littéraires. La traduction d'un auteur latin (n" 62) 
faite par un certain Olympios Isidorlanos est attribuée 
par les éditeurs à quelque sophiste ou rhéteur. Ne 
serait-ce pas plutôt un simple boniment de charlatan 
ofirant, à défaut de panacée, les services de sa puis- 
sance et de sa compétence universelles''? Le court 
fragment suivant (n" 63) est une conversation entre 
Platon et des prophètes égyptiens. Une relation y est 
établie entre les planètes et les sept voyelles, puis entre 
les parties du corps humain d'une part et les planètes 
ou les signes du zodiaque de l'autre. 11 n'y a rien là, en 
somme, de nouveau, sauf la forme du dialogue et le 
choix des interlocuteurs. Les papyrus nous ont appris 
le pouvoir des voyelles en astrologie et en magie, et la 
relation des membres aux planètes nous est connue par 
Hermès Trismégiste. 

Ptolémaigues. Le pins ancien de ces textes est du 
II' siècle, le pins récent de 30 avant Jésus-Christ. Ils 
proviennent du nome Arsinoïte, d'Osyrhynchos, de la 
Thébaïde, de Pathyris, d'Hermoupolis. On y relève la 
première mention à cette époque des v£-/.poTisoi |n° 63) ; 
l'apparition d'nn nouveau titre de cour : twv ÏTOTi'awv 
tol; TtpiÔTo'.; -filoi: (n" 66l ; le nôoMixa nommé pour la 
première fois sous les Ptolémées (n" 71) et quelques 
noms propres rares (n" 72). Les descriptions compren- 
nent entre autres plusieurs dockets bank {u" 248-251) 
aux P. Byl. démotiques et 66 lignes mutilées (n" 262) 
d'un contrat de mariage du 11= siècle. 

Romains. Ces papyrus proviennent on parlent de 
diverses régions de l'Egypte. Les plus nombreux sont 
d'Arsinoé même ou du nome Arsinoïte, d'Hermonpolis 
on du nome Hermnupolite. Moins fréquentes sont 



1. Puisque ni îïoiYiTaî; ni ;ia9r|Taïç ne conviennent, 1.13, 
on peut penser à TtoXiTaî;, écrit TtoXriTaC: avec nne fante 
d'iotacisme; 1. 13. ne faal-il pas lire [àytojvcia; pour ivM- 



d'autres provenances : nome Apollonopolite (n" 82-96), 
.Memphite (n° 83), Héracléopolite In» 87). Signalons en- 
core (n» 78) des nomes plus rarement ou même jamais 
nommés: Phthemphouth, au sud, et Cabasite, à l'ouest 
du nome Xoïte ; Bousirite, Sethro'ite, Mareote, Bou- 
bastite. Parfois aussi ce sont des villages nouveaux on 
peu connus: Poumpinouphis In" 100), Phiaôta, Thopsis, 
Senalhotîs, Lachos (n° 2061. Enfin les papyrus carbo- 
nisés de Thmouis nous fout entrevoir la région du 
Delta. Les éditeurs ont réuni des renseignements 
bienvenus dans l'introduction qui précède cette série de 
textes (n"" 213-222i ; on y trouvera spécialement la liste 
des toparchies désormais connues du nome de Mendès. 
.Après cet aperçu de géographie papyrologique, voici 
les plus importants des fragments, dans l'ordre de la 
publication. 

On sait que, d'après, non pas une loi, mais une tradi- 
tion constante, les préfets d'Egypte avaient leur cour 
à Péluse pour le Delta oriental, à Memphis pour l'Hep- 
tanomide et Thèbes. à Alexandrie pour le Delta occi- 
dental. Contrairement à cette habitude, le préfet 
Petronius Mamertinus. par un édit de 133/35 (n" 74), 
fait connaître son intention de se rendre à Coptos. — 
Le fragment (n" 77) d'Hermoupolis est d'une importance 
capitale, 192 ap. J.-C. Il a éclairé un peu la question 
obscure de la désignation aux if/xi dans les métro- 
poles'. Du cas particulier d'.\chilleus, qui nous est 
ici conté, on pourra tirer des indications générales. 
Achilleus, fils de Xéarchidès, a été désigné par une 
partie, sinon par la totalité du corps des cosmètes, 
pour la cosmétie vacante. 11 a dû, semble-t-il, avant la 
nomination officielle, faire pressentir son refus an 
moins aux promoteurs de sa candidature. Néanmoins 
le stratège tient séance à Hermoupolis pour « con- 
ronuer » le nouveau cosmète. .\ssisient à cette andience, 
outre le stratège-président, Sarapiôn-Apollonios et le 
candidat récalcitrant, .\chilleus, fils de Néarchidès : 
Dios, gymnasiarqne en charge ; Dionysios, exégète ; 
Olympiodôros. avocat de la municipalité; Apollônios, 
fils d'Héraclapollùn, ancien gymnasiarqne : Achilleus, 
fils de Cornelios, sans indication de titre et, plus loin 
du pT,[j.a olBciel, les habitants d'Hermoupolis. Ces der- 
niers demandent par acclamation u qu'.\chilleus soit 
couronné cosmète » et imite son excellent père. Mais 
Achilleus cherche à décliner les lourdes responsabilités 
et charges de la cosmétie par l'acceptation volontaire 
de l'exégétie et un versement annuel de 2 talents. 
Olympiodôros intervient pour dénoncer l'échappatoire ; 
le candidat devrait verser les frais d'entrée en charge, 
et d'ailleurs il ne peut se proposer pour une dignité 
supérieure à celle qui Ini est oHerte. .\chillens réplique 
qu'il a déjà oEEert 2 talents, mais un certain .Ammonios, 
fils de Dioscoros, interrompt le débat pour affirmer, 
malgré les dénégations de l'accusé, qu'il a été frappé 
par Achilleus. Sarapiôn-.Apollônios s'avise à temps 
qu'on s'éloigne de la question ; il s'aperçoit qne la 

1. JocGUET. Vie Municipale, p. 305 sqq., 399 sqq., et sur- 
tout Revue des Études grecques, XXX (1917), p. 309-326. 



126 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



présence des cosmèles esl nécessaire et lève la séance : 
tontes les répliques ligureront au procès-verbal, et on 
va convoquer les cosniétes. Seconde audience du stra- 
tège, ail Ciesareum, cette fois. Lis cosmètes, par 
l'organe d'un des leurs, Diogénés, déclarent que l'atti- 
tude d'Achilleus est illégale, et citent, à l'appui de leur 
dire, un décret — peu explicite — de Marc-Aurèle. 
Aspidas, père d'ilermas, ancien cosmète, intervient 
alors, deus ex machma, pour liàler le dénouement. 
Sous sa prnpre responsabilité, il déclare couronner 
Achilleus cnsmète et Olympiodore accepte au nom de 
la communauté. Le stratège lève à nouveau la séance 
après avoir a.ssuré que le procès-verbal serait complet. 
Suit une lettre de l'exégète et du gymnasiarque pour 
prier Sarapiôn de prendre, vu les événements, les dispo- 
sitions nécessaires. Outre la connaissance de ces débats 
mouvementés, les résultats suivants restent acquis : 
1° la procédure de la nomination ; 2" la constatation 
que le stratège n'est pas iutervenu, n'ayant pas ce 
droit sans doute, pour trancher la question, et qu'il 
devra aviser pour la suite » donner ; 3° la possibilité 
pour un citoyen de bonne volonté de remplacer un can- 
didat détaillant ou de se porter garant pour lui ; 4° le 
sens du mot ÈTtO.oYxo' '1"' désigne, seml)le-t-il, les 
magistrats en surnombre, plutôt que les magistrats 
malgré eux ou les magistrats désignés, mais non 
installés ; 5° le fait que la cosmétie paraît une charge 
peu enviable'. 

Vient ensuite (n" 78) une lettre officielle au stratège 
du nome Bousirite, annonçant l'envoi de plusieurs 
èîtiiTToXài; et èitKTTiiXjiocTa (une définition précise des 
deux termes reste à donner). Deux remarques à ce 
propos sont à taire : 1" ces documents ne sont pas 
adressés au stratège lui-même, mais à différents fonc- 
tionnaires de différents nomes et à de hauts fonction- 
naires romains, y compris le préfet Sempronius Libe- 
ralis ; 2" il est bien spécifié qu'ils sont portés à sa 
connaissance, comme d'habitude, selon l'ordre donné, 
xa-rà ta î'6oç, xaià ta ■/.O.^Mi^éi-a.. On peut en conclure 
qu'au moins dans les affaires d'intérêt et d'ordre gé- 
néral, certaines décisions sapérieures circulaient, par 
ordre, d'un bureau à l'autre. Elles y étaient portées ' 
par les èmuroXaçiipot, successeurs des pigîvtaçôpot 
ptolémaïques. Ils prenaient les envois officiels dans les 
stationes, comme celle de Basillus mentionnée à la 
L 23, et les portaient à destination. 

Un texte latin (n» 79) s'intercale ici. La provenance 
n'en est pas indiquée: il est du II» siècle. C'est sans 
doute un extrait de registre militaire » dans le genre 
du pridianum, liste tenue à jour, indiquant les chan- 
gements survenus dans la cohorte, pour servir à la 
paye des soldats. 

1. Elle devait entraîner des dépenses considérables ; cf., par 
exemple, r* 86 qai montre que tes conrses de chevaux étaient 
du ressort des cosmètes. 

î. et. 1. 24. 

3. Cf. dans les descriptions nn autre papyrus latin (n" 273 a) 
comparable an P. Gcn. Lai. 1 : n .M Junins Crispus (en ca- 
pitales) accepit stipendia kalendis Januariis. » 



Les textes suivants (n" 80-112) sont des déclarations 
faites à des fonctionnaires. Il y a beaucoup à y glaner- 
Ici (n« 80), c'est un ordre donné aux TipeiréOTepoi de vil- 
lages nommés de fournir pour les digues un certain 
nombre d'hommes comme ûSpoyùXaxsi; ; là (n° Si), c'est 
la mention du préfet L. Valerius Proculus, dans une 
lettre du diœcète au stratège de l'Hermoupolite ; lit 
(n' 85), dans un rei,'.u pour fournitures militaires, c'est 
le nom d'un autre préfet. Longions Rufus ; ailleurs 
(n- 89), dans une liste de Srni6<jioi, par villages', 
c'est la confirmation d'une hypothèse de Jouguet dans 
sa Vie Municipale : les TrpEo-g-jTepoi sont compris dans 
les ôripLodioi ; ailleurs encore c'est, pour Cynopolis et 
Lysimacliis, la copie en triple expédition d'une liste 
de noms pour la présentation (àvàôoaiç) aux charges'; 
enfin, dans le fragment 97, c'est un mot nouveau, èiti- 
yyii-oi, impôt sur les denrées liquides, supplément de 
2 cotyles piir métrète, comparable à l'éTtiOefxa, impôt 
en grain dont les éditeurs ont noté les références. Re- 
levons encore le fragment 110 d'Hermoupolis, 259 ap- 
J.-C., rapport intéressant à plusieurs titres adressé par 
le prêtre de Thotoperios^ à l'archiprophète d'Alexan- 
drie, prophète d'Hermoupolis iUagna, conformément 
aux ordres de l'archiprètre d'Alexandrie et du préfet 
Mussius .lîmilianus. 

Nous arrivons aux n" 101-104 relatifs à l'el'o-xptffiç et 
à l'èTtixpto-t;*. On sait que pour être complètement ou 
partiellement exonéré de la capitation, Xaoypaçpia, payée 
par les indigènes, il fallait faire reconnaître ses droits 
à un tel privilège, par le préfet pour les citoyens ro- 
mains, par le stratège ou les âmxpiTai pour les Grecs : 
cet examen des titres, c'est rÈTttzptaiç. Pour être dis- 
pensé de la Xaoypaiit'a, nous voyons par un texte 
d'Hermoupolis (n° 102) qu'il suffit de prouver que les 
ascendants du candidat sont àizo zth (iTirpoitoXeuç. 
Dans deux demandes d'Arsinoé (n"" 103-4), adressées 
aux ÈTtixpiTat, on justifie seulement pour des jeunes 
gens de 14 ans leur descendance àn'o yuixvaaîou. Autre 
chose est l'Ei'frxpiai;, examen des titres valables pour 
l'inscription au nombre des éphèbes. Ici (n" 101), un 
certain Anoubion, du gymnase d'Hermoupolis, prie 
l'exégète, dans une demande rédigée en triple expédi- 
tion, d'ordonner au secrétaire du gymnase d'inscrire 
son fils, qui a l'âge de l'examen (sans indication plus 
précise) sur le rôle des éphèbes. Enfin un autre papy- 

t. C'est un extrait de la Btê).io6T,xr) ôrijiocriwv XiSy^v 
comme le n" 91. 

2. Les liturgies en question sont : àfwvocp'jXaxta (mot nou- 
veau, mais on connaissait les ■JtaXaKT-pocp-JÀstxEç et les fi- 
),axï; Ôeitpo-j par P. Oxy. lOSO), Yev/i|j.a-o5p'j).axia, <pu- 
Xaxta TY); aipaTïiyiaç, yjasiarcxgo/.ia, àvai|/»)anol Siupû- 
3(iov, xpdvocav TCoir|(7a<79ai toû xaSapbv e^vai xai aSoXov 

TÔV tX£TpO'J[J.£VOV 6y)[JLÔa-lOV TT-JpOV et TrpoŒTTÎvat Tôiv SïJ- 

fioat'iov 6/|<raiipwv xai irjiyif^ixfi^ti'j âiia toî; (titoXôyoiç. 

3. D'après M. GniFFixii, o Thwt-up-rhtiwi », Thot, qui juge 
les deux rivaux. Set et Horus. 

4. Pour ces questions, cf. .Iougcet, Vie Municipale, et 
l'article déjà cité du même auteur, R. E. G., XXX (1917), spé- 
cialement la longue note 1, p. 301-302; Guenfell-Hunt, P. 
Oxy., XII, 1451, et Lesijuier, dans son Armée romaine d'E- 
gypte, actuellement en cours d'impression. 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



127 



rcs, du lot de Thmouis (n" 220', semble aussi se rap- 
porter a ce snjet, mais l'interprétation en reste si 
malaisée qn'il vaut mieux n'en signaler que la teneur. 
C'est une liste de noms d'hommes avec les renseigne- 
ments suivants: patronymique, matronymiqne, mention 
d'un recensement (iioYpasT, ax-' o:/.!av), renvoi à une 
page de registre (y.o/.Xr.sia). âge de l'inscription (àveYpi?'i 
on i'/3.yç)X3rjafioi et un cliiflre) et âge de l'esamen 
(è7i£7.pi6ri), 10 ans le plus souvent. 

Dans la série des pétitions, après avoir mentionné 
que l'une (n" 113) est adressée au préfet Petronius 
Mamertinus, que deux (n°' 113 et 120) nomment son 
prédécesseur immédiat, Flavius Tatianus, qu'une autre 
enfin (n" 114) nous présente Aurélia Artémis. person- 
nage déjà connu par P. Théad. 15. il nous faut mettre 
à part le groupe des pétitions d'Evhéméria ln°' 124-lb2). 
Ce n'est pas qu'il nous apprenne rien de très saillant, 
— sauf peut-être le fait que Gains Julius Asklas (n° 149) 
cnmule les titres d'archiprètre de Calignla, d'exégète 
et de stratège, — mais il nous montre, d'une manière 
très vivante, les tracas quotidiens, les querelles véhé- 
mentes entre fellahs dans un village de l'.Arsinoïte, 
entre 28 et 40 ap. J.-C. : vols d'ustensiles et d'animaux 
domestiques, échanges d'insultes et de coups, bris de 
clôture, violations de domicile, dégâts commis dans les 
champs par les troupeaux. 

Le testament qui fait suite n° lb3) n'a rien de très 
remarquable dans ses clauses multiples: six témoins 
sont nommés à la fin et l'acte est signé par un adjoint 
des archives du nome. 

La catégorie des contrats commence par un contrat 
de mariage (n° 154). destiné à régulariser un i'ypa^o; 
fiiio; entre Chffremon, Perse de VÉpigoné' et sa 
concubine Thaisarion. Le père de la jeune femme s'en- 
gage à verser une çôpvr, des Tïapijapvï et l'usufruit 
d'une terre catœcique de 10 aroures 3/4. Dot et dons 
feront retour à la femme en cas de séparation. En 
dehors de cet acte, nous avons les ventes et locations 
ordinaires (animau.x, maisons, terres, moulin), des 
emprunts,, des remboursements, des reçus. A noter 
cependant les papyrus bilingues' (n°» 160-160 (/ et 
304-310, descr.\, contrats démotiques dont les éditeurs 
nous donnent les -j-of?»?!'' grecques. 

Les indications sur les sources de revenus de l'État, 
les taxes et redevances en argent et en nature, les 
contributions indirectes : douanes et monopoles, les 
compétences des fonctionnaires de l'administration 
financière, le classement des terrains, sont trop disper- 
sées dans les papyrus relatifs aux impôts (n"' 185-222/ 
pour qu'on puisse songer à les réunir toutes dans un 
simple compte rendu. Il faut relever seulement l'essen- 
tiel. Un registre de taxes sur la terre (n° 188) nous 
fait connaître les redevances pour la /.aTotxixT, et la 
ispà Vf,. Un impôt 7. (criblage ou 1/20?) reste énigma- 



1. Le contrat est de 66 après Jésus-Christ. — D'autres 
Perses de VÉpigoné sont encore nommés 160 d (i2 ap. J.-C.) 
et 332. descr. (139 ap. J.-C). 

2. Cf. GHiFFiTH,Ca/a/ogitc oft^e Rylands démolie Papyri. 



tiqne. Dans une note, les impôts susdits sont classés 
selon la nature du terrain avec les renvois au frag- 
ment. Très instructif aussi est le tableau dressé en note 
(n" 192) indiquant les références aux papyrus déjà 
connus pour les exemples de vajgiov et Tipo^ôia-cpasô- 
|jiî/a, avec le total et le supplément pour le change, dit 
v.oX'i.CS'jj. Les éditeurs ont profité d'un fragment (n° 192 ft) 
sur les taxes des jardins pour faire une étude minu- 
tieuse de ces impôts. Ils y ont fait entrer des tableanx 
avec renvois aux textes infiniment commodes et ont 
réimprimé à la suite P. Fuij. 55, P. Tebl. 478, P. Brit. 
Mus. 917 (III, p. xLv) et 195 (II, p. 127), qui traitent 
de la même matière. D'un registre de taxes sur la 
terre (n" 202), nous pouvons aussi tirer des informations 
sur la terre catœcique à 1 artabe par aroure. sur la 
Yô !J.ovip-:agiï, diSérente de la précédente à certains 
égards, sur la yf, iTiiêoXr,, la yf, àjiTicî.tTiç, la yf, 
çjXax.'.TMv et la yf| [layijjnov. Enfin, le n" 209 nous 
instruit un peu sur nne opération familière au gouver- 
nement égyptien : ÈKijiîpi'e:'/ on 7rpoc7|j.iptsïtv. Elle 
consistait en ceci : l'autorité, pour des raisons mal 
connues, forçait l'administration d'un village à se 
charger de cultiver des terres domaniales situées sur 
le terroir d'un village voisin. 

Les papyrus carbonisés provenant des ruines et des 
décombres de Thmouis (El-Timaï; ont été dispersés 
dans plusieurs collections d'Europe. Certains d'entre 
eux ont déjà été publiés '. En voici nn lot nouveau. 
Nous lui devons les précisions géographiques snr le 
Delta signalées plus haut et toute une série de détails 
intéressants sur les impôts et le classement des terrains. 
Les tableaux insérés dans les introductions et les notes 
(n" 213, 216, 220) seront, sous ce rapport, particulière- 
ment appréciés. 

Parmi les comptes (n" 223-228) il n'y a guère à noter 
que des comptes en latin (n" 223), sans provenance in- 
diquée, relatifs sans doute à l'armée. La correspon- 
dance privée m" 229-243) est assez terne. .\u nombre 
des correspondants se trouvent deux personnages déjà 
connus : .\mmonios (P. Brit. Mus. 853, III, p. xliii) 
et Horion qui figure dans la correspondance de Héro- 
ninos. .\joutons, pour être complet, les trois appen- 
dices : 1° le démotique de 160/' par M. Griffith ; 2° le 
papyrus de Gand, rerso, col. II et 111, où P. Ryl. 192 a 
permis de faire des compléments; 3° les .4(Me)i(/a et 
Corrigenda. 

Telle est l'œuvre que .MM. Johnson, M.\rtin et Hunt 
nous offrent ; œuvre énorme qui — la préface le dit — 
a grossi considérablement entre leurs mains, sans 
empêcher — c'est nous qui le disons — les trois savants 
de s'employer à d'autres travaux. Tout ce que leur 
doivent la science et les érndits, nous voudrions l'avoir 
montré dans cette analyse trop brève, si l'on considère 
la masse des documents, trop longue, si on la compare 
aux comptes rendus ordinaires. M. Hunt, en constatant 
dans la préface que le volume s'est fait attendre, 

1. U. G. V.. 902-3, 970-80: P. Friehtier (Preisigke. Satn- 
melbuch, 8), et P. S. 1., II, 101-8; III. 229-35. 



128 



COMPTES RENDUS BIBLIOGKAPIIIQUES 



espère qu'il y aura gaffué d'être plus soigné et plus 
complet. C'est reconnaître notre dette de pratituile 
envers les éditeurs que de constater ici avec adiniraliim 
lenr conscience, leur patience et leur science. 

Paul COLL.\nT. 



Georcks Leckain, Louqsor sans les 
Pharaons, légendes et chansons po- 
pulaires de la Haute Egypte, un vol. 
in-18, 224 p. et 100 phototypics hors 
te.\te; Vromant et C°, Bruxelles et 
Paris, 1914. 

Sous ce litre piquant, le regretlt' diiectpur des tra- 
vaux du Service des Anlii|uilés à Karnak a publié un 
intéressant volume cjui, sans la guerre. eiH bénéficié, 
d'un accueil encore plus cbaleureux de la part des sa- 
vants et des touristes. Combien de ceux-ci, venus à 
Louqsor pour visiter liAtivement temples et bypogées, 
repartent sans rien connaître de la vie intellectuelle 
ou inorale des indigènes ipii liabiteut à côté ou parfois 
à l'intérieur même des tombeaux ou des sanctuaires? 
Le tellali ignorant qui cultive son champ, le petit com- 
merçant de Louqsor, le chrétien copte ou le musulman 
ont-ils conscience de la gloire abolie des Pharaons, de 
la puissance d'Amon-Ra et d'Osiris qui s'est aflirmée 
en ces lieux pendant tant de siècles"? 

Legr.vi.n était l'homme le plus qualifié pour nous ré- 
pondre, lui que ses fonctions mettaient en contact avec 
l'ouvrier, le fellah, et qui avait su capter leur confiance 
par son habileté de conducteur des travaux, sa bonne 
humenr, sa connaissance des dialectes; il les a écoutés 
parler, notant leurs rélleiions, leurs chansons, leurs 
légendes : la réponse est résumée dans le titre ironi- 
que : u Louqsor sans les Pharaons ii. .\insi, l'indigène 
ne se soncie guère des Thontmès ni des Ramsès, et 
cela ne nous étonne point: mais, sans le savoir, son 
esprit reste imprégné de traditions ataviques, sa mé- 
moire transmet, infatigable, de gi'nérations en géné- 
rations, telle légende dont les textes hiéroglyphiques 
nous révèlent les prototypes.... Voilà ce qui fait du 
volnme de Legbain une contribution précieuse à l'étude 
du lolk-lore. 

Legrain' nous fait connaître tout d'abord la « légende 
dorée n de quelques saints locaux dont la geste, qui 
s'élabore tous les jours, n'a pas encore fermé son cycle. 
Les mêmes saints vénérés à l'église copte et à la mos- 



quée pour leurs miracles et leurs guérisons ont hérité 
du prestige et même des tours de main accomplis jadis 
sur les mêmes lieux par les dieux thébains, tels que 
Khoiisou-Neferhetep (p. 23). — .\illeurs, revivent des 
prali(|nes de totémisme (récits sur les hommes qui 
naissent avec une Ame-chat, p. 120| ou les vieilles cou- 
tumes du sacrifice au Nil; les fellahs connaissent en- 
core B les soirs où il faut jeter au fleuve les offrandes 
que prend le Nil « (formule de la XVIII' dynastie), 
prémices des champs ou de l'homme : fruits, grains, 
dents de lait, premiers ongles, premières coupes de 
cheveux, prépuces île circoncis, le tout accompagné 
d'hymnes au Nil, d'une inspiration vraiment pharaoni- 
que (p. 140, 146, 163 sqq.). 

La légende de la barque d'or de Karnak, qui vogue 
par les nuits de lune, conduite par un roi tout en or, 
mmitéc par un éciuipage d'argent, rappelle les voyages 
des barques dorées d'Amon, figurés le long de la grande 
colonnade d'Horemheb (p. 96). La mémoire de Cambyse 
et des ravages qu'il lit à Thèbes se survit dans l'afBr- 
mation populaire que c'est un « roi de Perse i> qui a 
jeté la barque d'or au fond du lac sacré (p. 98). 

On sait le goût du fellah pour la musique et le chant. 
En Egypte, plus encore qu'ailleurs, tout travail est 
rythmé par un chant, dont les paroles, transmises ri- 
tuellement, ont quelque chance de remonter à un âge 
très ancien. D'où l'intérêt de ces « chansons de métier o 
que Leghain a notées sur les lèvres du laboureur, du 
potier, des artisans et des pleureuses funéraires. Les 
plus caractéristiques sont les thèmes, éternels en 
Egypte, sur le rouge soleil, sur le Nil, n ce saint, ce 
bon cheikh qui nous fait vivre » (p. 134), et les plaintes, 
immémoriales aussi, des malheureux paysans qui, dans 
l'eau jusqu'aux genoux, le torse recuit au soleil, ma- 
nœuvrent interminablement chadouf et saqièh, et de 
ces femmes, levées avant l'aube dans chaque maison 
pour broyer le grain entre deux meules, alors que tous 
dorment bienheureusement, sauf la pauvre victime du 
joug familial.... Cette chanson de la Meule (p. 184) 
exhale un des cris les plus pathétiques que la souffrance 
et la résignation aient jamais arraché à la femme ser- 
vante. 

De lumineuses photographies éclairent presque cha- 
que page de ce livre attrayant. En le fermant, nons 
sentons plus vif encore le chagrin d'avoir perdu si pré- 
maturément l'homme de bonne volonté qui a bien dé- 
fendu à Karnak les intérêts de la France et de l'égyp- 
tologie. 

A. MORET. 



Le Gérant : Emile BERTRAND. 



CIIALON-SUK-SAÔNE, IMP. FRANÇAISE ET ORIENTALE E. BERTRAND. 



Y 



.J^« 



Édilions^ ERNEST LEROUX, 28, rue Bonaparte, Paris 

BIBLIOTHÈQUE ÉGYPTOLOGIQUE 

Comprenant les Œuvres des Égyplologues Irançais 
dispersées dans divers Recueils et qui n'ont pas encore ete^ 



publiée sous 



reunies, 
.ou» la direction de M. G. MASPERD, membre de IMnstitut, 
et de M. Ei>. N A VILLE, associé étranger de 1 Institut. 



Volumes en format in-8- raisin, iUustrés de nombreuses planches et figures. 



I, II. G. Maspero. Éludes de mythologie 
et d'archéologie égyptiennes. Tomes i et 
H. 2 vol. Chacun 15 fr. » 

III. M. de Rochemonteix. Œuvres di- 
verses 15 fr. » 

IV. Th. Devéria. Mémoires et fragments. 
Première partie 20 fr. » 

V. — Les mêmes. Seconde partie. 16 fr. » 

VI. P loHois. Journal d'un ingénieur at- 
taché à rexpédition d'Egypte (1798-1802). 
Publié par P. LEaFÈVRE-PoNTAns. 2 por- 
traits ■ 7 fr. 50 

VU, VIII. G. Maspero, Études de mytho- 
logie et d'archéologie égyptiennes. Tomes 
III, IV. 2 vol. Chacun 15 fr. » 

IX à XII. F. Chabas. Œuvres égyptologi- 
ques. Tomes I-IV. Chacun .... 15 fr. » 

XIII. — Les mômes. Tome V.... 20 fr. » 

XIV. F. Chabas. Mélanges égyptologiques 
(en préparation). 

XV. AuR. Baillet. Œuvres diverses. Tome L 

" 15 fr. » 

XVI . — Les mêmes. Tome II, premier fasci- 
cule 10 fr- » 

XVII. Ph.-J. de Horrack. Œuvres égypto- 
logiques 15 fr. » 



XVI II. A. iMariette Pacha. Œuvres égyp- 
tologiques. Tome I ■ • • 20 fr. » 

XIX, XX. — Les mêmes. Tomes H, III (en 
préparation). 

XXI h XXVI. E. de Rongé. Œuvres. Tomes 
là VI. Chacun 20 fr. » 

XXVII, XXVIII, XXIX. G. Maspero. 
Etudes de mythologie et d'archéologie 
égyptiennes. Tomes V, VI, VII. Chaque 
volume ^^^^- " 

XXX CharapoUion le Jeune. Lettres écri- 
tes d'Italie, publiées par H. Hartleben. 

15 fr. » 
XXXI. ChampoUion le Jeune. Lettres et 

journaux écrits pendant le voyage d'Egypte, 
publiés et annotés par H. Hartleben. 
^ 15 fr. » 

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CEuvres diverses (en préparation). 

XXXIV, XXXV, XXXVI. E. Lef^b"?;*^- 
Œuvres diverses. Tomes I, II et III. Cha- 
cun 16fr. » 

XL. G. Maspero. Études de mythologie et 
d'archéologie égyptiennes. Tome VIII. 

16 f r . » 
XLI. — Les mêmes. Tome IX (en prépara- 
tion). 



SÉniE ÉTFtATVOKrtE 



Le Page Renouf (Sir Peter). Egyptological 
essaya edited by G. Maspero. H. Rvlands 
and Ed. Naville. 4 vol. Chacun 30 fr. » 



W. N. Grotî. Œuvres égyptologiques. T. I. 
Œuvres françaises, publiées par sa sœur, 
avec l'aide de G. Maspero, 1 vol. 25 fr. » 



SJBrviE a.ivivex:e) 



A.-J. Letronne, de l'Institut. Œuvres choi- 
sies, publiées par E. Fagnan. 6 vol. in-8°, 
fig. et planches 40 fr. » 

A. de Longpérier, de l'Institut. Œuvres, 
publiées par G. Schlumberger. de l'Ins- 
titut. 7 vol. in-S", fig. et pi 60 fr. » 



Bouché-Leclercq (A.), membre de l'Ins- 
titut. Histoire des Lagides. 4 volumes 
in-8o 50 fr. » 

— Histoire des Séleucides. 2 volumes in-8°, 
planches et cartes 20 fr, » 



CIIALON-BUH-8AÔNE, IMPHIMKHIE PKANÇ.MSF. ET ORIENTALE E. BERTRAND. 862 



Nouvelle Série. Tome I. 



Fascicules 3-4. 




Alexandre MORET 



Conservateur du Musée Quimet 
Directeur d'Études à t'École des Hautes-Études 



ET Pierre JOUQUET 

Professeur à l'Université de Lille 
Chargé de conférences à l'École des Hautes-Études 



SOMiMAIFlE 



H. SoTTAS. — Remarques sur le «Poème sa- 
tirique». 

PiERRK Langlois. — Essai pour remonter à 
roriginal égyptien du terme sémitique 
désignant l'Egypte. 

A. MoRET. — Monuments égyptiens de la 
collection du comte de Saint-Ferriol (fin). 

P. Perdrizet. — Les représentations d'Anou- 
bis dans l'imagerie gréco-égyptienne. 



C AuTRAN. — Stèle carienne. 

E. Cavaignac. — La Milice égyptienne au 
VI' siècle et l'Empire achéménide. 

H. L Bell. — Some private letters of the 
Roman period from the London Collec- 
tion. 

Paul Cloché, — La Grèce et l'Egypte de 
405/4 à 342/1 avant J.-C (premier ar- 
ticle). 



Notices et Bulletins. — Comptes rendus bibliographiques. 



PARIS 

ÉDITIONS ERNEST LEROUX 

28, RUE BONAPARTE, 28 
1919 



Paris : 40 fr. 



Prix de l'abonnement annuel : 
— DÉPARTEMENTS : 41 fr. — Étranger 



fr. 



REVUE ÉGYPTOLOGIQUE 



Nouvelle Série. Vol. I, fasc. 3-4. Juillet 1919. 



REMARQUES SUR LE « POÈME SATIRIQUE » 



Le papyrus démotique n" 31 de Vienne a fait l'objet d'une communication à 
l'Académie des Inscriptions (août 1883), par E. Revillout, publiée dans la Revue 
égyptologique, III, p. 98-100, sous le titre La oie d'artiste ou de Bohème en Egypte; 
puis d'une étude partielle et critique de J. Krall dans le Recueil de Travaux, Y, 
p. 76-85. Des analyses complètes et détaillées en ont été ensuite données par Revil- 
LOUT dans son livre Un poème satirique, et par Brugsch dans la Zeitsclirijt, XXVI, 
p. 1-52. Enfin, Revillout a riposté à Brugsch dans une longue Réponse à la Cri- 
tique, insérée dans la Revue égyptologique, V, p. 176-201. 

Par sa belle écriture, sa teneur peu banale, la sécurité avec laquelle certains pas- 
sages se laissent traduire, ce texte mériterait d'être considéré comme classique. Mal- 
heureusement, sur quatre-vingt-quinze vers, une trentaine seulement n'ont pas subi 
de mutilation sérieuse ; d'autre part, le style « poétique », la composition peu ordonnée 
ne permettent pas de retrouver facilement la suite des idées. Revillout et Brugsch 
ont tenté de suppléer aux imperfections de leur modèle par les ressources de leur ima- 
gination, qui était fertile. Mais, pour ingénieuses que soient leurs inductions, la «maî- 
tresse d'erreur o ne les en a pas moins engagés dans une voie que la science moderne 
juge à bon droit hasardeuse. Krall, plus réservé et plus scrupuleux, a présenté quel- 
ques observations générales fort sensées. Son travail est celui qui a le moins vieilli. 

C'est seulement par la précision philologique dans le détail que l'on pourra un 
jour mener à bien la tâche ardue que s'étaient imposée les précédents commentateurs, 
et en utilisant les récents perfectionnements de l'outil linguistique dont ils ont été les 
habiles forgerons. La contribution à cette œuvre placée ici sous les yeux du lecteur n'a 
d'autre prétention que de mettre au point quelques passages qui s'y prêtent. Il restera 
encore énormément à faire pour obtenir un ensemble satisfaisant. Bien que j'en aie le 
vif désir, je ne vois pas le moyen d'échapper entièrement au double reproche que le 
regretté A.-J. Reinach formulait à l'adresse des égyptologues, d'une part, de faire 
dire aux Égyptiens des absurdités, d'autre part, de manquer au devoir élémentaire 
de traduire les textes. 

Je n'ai pas utilisé : Krall, Abwehr der Angriffe des Herrn Prof essor Eugène 

Reçue égyptologique, I, 



130 HENRI SOTTAS 



ReoWout (Vienne, 1885, Selbstverlag), non plus que la Métrique démotique, de Bou- 
DiER. On ne peut guère bâtir un traité de prosodie sur un texte que l'on comprend 
mal. Je me suis abstenu en général de faire la critique des opinions antérieures, me 
bornant à proposer la nouvelle leçon qui me semblait préférable. La critique à trente ans 
d'intervalle conduit souvent à « vaincre sans péril » ; et puis le ton de polémique em- 
ployé par mes devanciers invite à la modération; mais silence ne veut pas toujours dire 
assentiment. J'ai utilisé, en donnant les références, un certain nombre de remarques 
éparses dans les ouvrages des démotisants; si je me suis rendu coupable d'omissions, il 
faut en accuser surtout la période troublée que nous venons de traverser, durant la- 
quelle, comme tant d'autres, j'étais occupé ailleurs'. 



1) ....efeoA- e-nce 'b.. «.n. — Ainsi 'b est plutôt un verbe : désirer, cesser, at- 
tendre {??). 

2) La construction montre que nous avons afïaire à Tc&.fio et non à 'J-cÊto. 

3) Sur tne, cf. Griffith, Stories, p. 94. L'expression sk n hr revient, avec un 
autre sens, d'ailleurs peu clair, au Papyrus de Pamonth, III, 7. Le vers 3 peut se tra- 
duire : « . . . l'attitude, le laisser-aller inconvenant; les grimaces, ses paroles. . . » 

4) Sur çinm, cf. Pap. mag., index, n" 916, et en hiéroglyphes, "Çv -^3- \~ 
p, Spiegelberg, Correspondances , p. 68; sur 't = a>T, cf. Stories , p. 94. — 

«... de l'un, aveugle de l'autre; n'y voyant (i.Tn*.Tr) pas des deux yeux. » 

5) La graphie [s]y-t-f, comne dans Pap. mag., XXI, 21, et Rhind, I, 6, 6, est 
plutôt favorable à l'hypothèse ig«. : uj*.i ^ èr-t, malgré le genre. Le féminin gbe-t est 
gênant en face de ffl^^^^'-— ", s'toi : •stÇoi. Peut-être doit-on invoquer le duel ■sfÇw')- 

et les orthographes ffl"^ J^ X- Le sens dérivé «côté», comme dans Wes^ca/-, VIII, 
15-16, paraît préférable. L'expression t|H eT(qa.i) ss*. (oT)a.n«^oirc, qui surprend, doit con- 
tenir une allusion à un fait mythique dont on relève des traces dans les papyrus funé- 
raires. On y voit des personnages monstrueux, à corps humain et à tête de serpent, de 
bélier, de chien, de lionne, d'âne, portant h bras tendu un ou deux lézards, tenus par 
la queue et la tête en l'air. Cf. Naville, Todtenbuch, I, pi. 208; Budge, Book of the 
Dead, 2« éd., p. 620; Blackman, Journal of Egyptian Arc/iaeology,Y, p. 32. Dans 
le texte du chapitre glxxxii qui accompagne la vignette, Thot a la parole et rappelle à 
plusieurs reprises qu'il a donné l'air respirable au défunt, dont le nez possède, grâce 
à lui, les qualités nécessaires à la vie. 

6) Erman [ZMDG., XLVI, p. 123) rapproche ^euineg^ de nisn, supposant un em- 

1. Au moment de la mise en pages (décembre 1919), les ouvrages parus pendant la guerre, tant à Stras- 
bourg qu'en Allemagne et en Autriche, me sont encore inaccessibles. 



REMARQUES SUR LE « POÈME SATIRIQUE » 131 

prunt à une troisième langue. Le démotique dph méritait d'être cité. — 'jke est peut- 
être pour 'ske (wck) (confusion facile entre j et s). — « Quand il est dans l'attente (??) 
d'une réponse », ou « dans l'impossibilité de répondre ». 

7) Pour le groupe final, les avis se partageaient entre les lectures fiA«.Te ou 
' eA&«.igo : ° Ainge. : -'^ exia^iga. : '' eju.«>Bgu). SpiEGELBERG, qui penchait pour la première dans 
Dem. Studien, III, n° 173, semble se rallier entièrement à la seconde, ib.,Y , n° 97. 

10) igu), de Revillout, semble bon. 

11) Peut-être eq-^oAs', de jwAs' : ^wA's; «quand il s'y joint des douleurs d'en- 
trailles ». eq ne peut guère être relatif après antécédent déterminé. 

12) He n hbnbn parait difficilement assimilable à g^efciocon. « La bonne année de la 
famine » est une alliance de mots peu heureuse, dont Revillout s'est moqué suffisam- 
ment. On a plutôt hbnbn, hbrbr, g^Aop&p, avec opposition entre «bonne année» et 
«jour de désastre». — a^^oxi, cf. Pap. ma<)., index, n" 121; Rylands, p. 331. Sur 
g^e&wioit en démotique, cf. Rylands, p. 227, 10. 

13) Lire : hr t hjw-t n p hn n Mt. Les deux mots essentiels se retrouvent dans 
I Kh., III, 28 (cf. Stories, p. 100). Il semble qu'on ait plutôt g^m que ^otht. — 
«... avec le gouvernail de la traversée de Moût. » La « navigation de Moût », J^^"^^ 

X ^^as^ ^, TL, est le nom d'une fête qui se célébrait le 17 Tybi. Cf. Erman, 
AZ., XXXIX, p. 129; Gardiner, ÀZ., XLIII, p. 140; Ed. Meyer, Chronologie 
égyptienne, trad. Moret, p. 316. — Sur hnj, g^me. verbe, cf. Spiegelberg, Recueil, 
XXVI, p. 40. 

14) nntKV n'est pas « Anblick », mais « le moment ». 

15) Sens probable : « la harpe ne s'harmonisait pas avec la voix », soit que l'ins- 
trument ne fût pas « accordé », soit qu'il couvrît la voix, soit que notre musicàtre man- 
quât aux règles d'euphonie rappelées par Lucien : ut, ^apaêiîveiv -ïi toO ôuGijioG, xa". 

T'jv(|>8èv Z'.'ii: TT|V x'.ôipav /.%': èjJioj^poveTv -cri fldiz-îTi to ■:tXt;xtpov (EIv-oveî, 14). 

16) Sur h'r, devenu uj«.ù.p et peut-être g6.pe : ^jvpi, cf. Spiegelberg, Sphinx,Y , 
99 sqq., et Dem. St.,\, n° 73. Le verbe revient encore aux vers 38, 42 et peut-être 78. 
A côté de la construction /«'/■ /• (igê^e^p e) = « être en colère contre » (cf. // Kh., III, 27), 
nous avons ici h'r hr = « être en colère à cause de »; cf. Piankhi, 23 : v V 

fl I 1; Rylands, IX, 22, 2. Si la nuance de sens existait réellement, elle n'est pas 

observée dans Piankhi, 31. — Hr 't-t-f est déjà ici, comme au vers 53, la préposition 
composée giojw» : giwT». Cf., pour des exemples plus anciens, Rylands, p. 373. 

La construction est étrange; on dirait une survivance de l'ancienne tournure, 
^3"" ^^ □ y '<-=^ > déjà rare dans la /.oivr; ramesside. Cet exemple autorise peut- 
être a traduire le passage // Kh., vi, 36 : gm-st py 'r-y, simplement par : « j'ai trouvé 
cela ». Cf. dans une phrase interrogative : Rylands, IX, 2, 16, — 'n htb rm n mire py 
nt e-tn a 'r-f. — « Est-ce tuer un homme en plein midi ce que vous allez faire? » 



132 HENRI SOTTAS 



17) Sf/m • ^-Z" rappelle aussi une forme depuis longtemps disparue : l'a adjectif 
verbal » . 

18) Bu devant iiiiq, ici et au vers 73 (les deux fois devant g*.), fait penser aux or- 
thographes ^v J^ ^^ I' citées par Maspero, Des formes de la conjugaison, p. 100 
et 110; Spiegelberg, Rechtswesen, p. 16. Ce sont peut-être des variantes purement 
phonétiques. 

19) Hp = g^on, « noces » ; hs n hp = « épithalame ». Il n'y a peut-être pas d'em- 
pêchement absolu à ce que gon vienne de | J '^S^î cf. goon, Roman de Cambyse, S, 7; 
10, 6, en parallélisme avec g*.. C'est d'ailleurs l'avis de Môller {Rhind, n" 255). 

20) « Ses paroles sont plus aveugles que lui. » On a dit plus haut (v. 4) que le 
chanteur n'y voyait pas. 

23) Il semble qu'il n'y ait rien dans la lacune. Je crois apercevoir le point final à 
droite de celle-ci et à une distance convenable. Ici, comme ailleurs, une difficulté sup- 
plémentaire résulte du fait que, dans les héliogravures sur fond noir, les trous ou fentes 
du papyrus ne se distinguent pas nettement des traits à l'encre. — Le deuxième hé- 
mistiche demeure incompréhensible. 

24) Lacune bien courte pour la restitution que Brugsch propose. La tournure 
relative employée ici, assez rare aux époques antérieures, se trouve couramment en 
démotique. Cf. Rylands, p. 253, 5. 

25) Il semble logique que le deuxième hémistiche fournisse la réponse à la ques- 
tion posée dans le premier : « Comment est son entrée dans une fête ? — Comme ...» 
Pour admettre une semblable version, il faut éliminer certaines difficultés. D'abord 
l'orthographe développée de r h-t-f en face de l'orthographe simple /• h au vers sui- 
vant : la présence de l'affixe a pu entraîner cette graphie, usuelle pour le sens «corps». 
On trouve le mot écrit à peu près de même au Papyrus Rylands, XXI, 29, au sens 
«copie». Ensuite, la construction. Pourquoi pas r hn tout simplement? Peut-être 
pour la même raison : h-t, partie du corps, s'employait déjà plus volontiers à l'état pro- 
nominal (KOTiïq ïïii.fcp*.oi.Ai); cf. icn to' hmm n h-t-f n Z-hr, « il y a de l'inflammation 
dans le ventre de Teos » (ostracon démotique; Thompson, PSBA., XXXV (1913), 
p. 9.">). Autre motif plausible : les nécessités de la prosodie. 

1. Pourtant J ou manque devant f^ . Mais le Papyrus magique (n" 632) fournit des exemples ana- 
logues. — Au dernier moment, je m'aperçois, en revoyant le passage à la loupe, que le groupe, transcrit nhaf 
(devant lui) par Retillout et "r-yet-f'f (bezûglich seiner kôrperlichen Haltung) par Brugsch, doit être dé- 
composé autrement. Il y a d'abord r h, u comme », graphie normale, puis deux signes qui représentent d'or- 
dinaire, soit g^HT» (de "^^ ), soit goTiT. Ce qui était pris pour un f^ atrophié n'est qu'un appendice 
appartenant au signe précédent. Il est ainsi établi que le deuxième hémitische débute par v comme ». La tour- 
nure elliptique : « comme (l'entrée de) » nous est habituelle. Si le mot à moitié détruit est bien tcp-t, un sens 
possible serait « premier d'uii art », soit « celui qui serait le premier dans son art ». L'absence d'articles aug- 
mente l'incertitude. 



REMARQUES SUR LE « POÈME SATIRIQUE )) 133 

Une question délicate est celle de savoir si h-t, « ventre », et h, « manière », sont 
un même mot. Griffith semble l'admettre {Stories, p. 110; Rylands, III, 377, où, 
cependant, il ne donne plus comme équivalent copte ge : ^e); Sethe ( Verbum, III, 
s. V.), qui dérive g^e : ^e de J^ , et Môller {Rhind, n°« 306-7) les distinguent nette- 
ment. Il n'est pas impossible que, la relation d'origine n'étant plus sentie, des diver- 
gences phonétiques se soient produites en copte. Il peut en être de même pour <\ , 
qui aurait abouti à rot et à s'ot si, comme le propose, sans l'affirmer, Griffith {Sto- 
ries, p. 101, et Rylands, p. 401), ce dernier mot est en rapport direct avec notre pré- 
position m kdj, malgré le changement de genre (remarquer aussi kotc, féminin). Enfin, 
la comparaison d'ordre sémantique s'impose avec le sens de oÉfia; dans Homère. Ex. : 
Iliade, s, 1 : 

"iiç o't |jlIv iJLxpvavTO oéfiaç Ttuoôc aî6oij.Évoio. 

On doit encore observer que, pour la préposition-conjonction, les scribes ne se 
rendaient pas toujours un compte exact de l'origine de h. L'absence de marque de 
genre en est un signe; mais le fait s'observe au mieux dans la juxtaposition que l'on 

rencontre dans Canope, 39 : V h *■&■«. CTe Tne caiokt g^iwwc julhoott, xaxi Tf;v vCiv oiSaav y.aTâtr-caaiv 

TOÛ xôffJO.OU. 

Remarquons que, quelques vers plus bas (31), notre auteur emploie caiot. Il aime 
à varier son style. Puisque je suis sur le chapitre des mots répondant au sens « manière, 
sorte », j'en profite pour revenir, a propos de leur synonyme Aime, sur mon article 
« Mnw = socle » dans le fascicule précédent de la Revue. Les circonstances ont voulu 
que cet écrit parût après l'article de A. H. Gardiner {PSBA., XXXVIII, p. 181, Some 
Coptic Etymohgies, dont le sous-titre Aime n'avait pas attiré à temps mon attention ' . 
Je me suis rallié depuis à l'avis de Gardiner, non sans m'être livré au préalable à une 
petite opération de contrôle, de nature, je crois, à consolider son ingénieuse identifica- 
tion. Si un vocable de sens aussi général que AAme est attesté dans la langue vulgaire 
ramesside et, d'autre part, dans les principaux dialectes coptes, ne devons-nous pas en 
trouver trace dans la littérature démotique ? Il s'en rencontre, en effet, au moins un 
exemple : / Kh.,v, 17 : sgne n t' mne-t n t' hr-t Pr-o, «des odeurs du genre de 
celles dont s'approvisionne Pharaon ». 

26) Mtw-f, simplement conjonctif. Les exemples donnés par Brugsch et tirés de 
Rhind ne sont pas concluants. Orthographe et construction diffèrent. — Il faut lire, 
non tiTe^KiAi, mais nTeqg^eAxci. Sur ce verbe au sens particulier d'(( assister à une fête», 
cf. Dem. Studien,Y , n. 149. 

27) Le dernier mot du premier hémistiche doit être l'adverbe AiAA4.Tf. Cf. aux vers 
44, 47, 59, 61, 83, 90, les formes variées admises par Brugsch, tantôt pour dw', « louer », 

1. Sur le rapprochement Aime, j'tt, proposé par Brugsch, cf. Erman, ZDMG., XLVI, p. 111. 



134 HENRI SOTTAS 



tantôt pour auuo*. Sur les grapliies démotiques de Juiiia.T, cf. les exemples indiqués 
par Spiegelberg, Dem. Studien,\, n" 105. — « Et il apporte la harpe pour chanter 
là. » 

28) *eAieigi.ir. La distinction établie par Griffith {Stories, p. 106) entre rh, «pou- 
voir», et r/j ou 'r-rh, «savoir», s'est généralement vérifiée depuis, du moins dans les 
cas les plus tranchés, car il y a un terrain commun (ich kann lesen = je sais lire; 
on ne saurait admettre, etc.). Nous avons de même *xieaja>q aux vers 48, 51 et 54, Cf. 
l'article fondamental d'ERMAN {ÀZ., XXXII, p. 128 sqq.); de nombreux exemples de 
ces formes dans l'article de N. Reicii {Recueil, XXX, p. 90 sqq.) et la remarque de 
Griffith {Rylanda, p. 236, 4). Par contre, pour la première personne, les vers 62 et 
63 donnent normalement bw-'i-j rlj, *Aj.ei-^-g^wc; *A».ei-ig-qi-TfeoiitH. Nous devons avoir 
affaire simplement à une variation analogue à la double construction nne-f rli, quand 
le sujet est un pronom, et nneuj- quand le sujet est un nom. On peut en rapprocher, 
outre epcig-, *Aï.ne-y-rt hyqw, «les sortilèges ne purent pas, » etc. (Stories, p. 190)'. 
Ces divergences sont peut-être des témoins de la résistance opposée par un vocable 
aussi fréquent que rh à l'abandon des formes caduques de la conjugaison. Le compro- 
mis entre les anciennes et les nouvelles tendances est bien visible — s'il ne s'agit pas 
d'une simple faute d'inattention — dans le passage suivant du Papyrus gnostique 

Bruce (éd. AmÉLINEAU, p. 171) : ju.epeig n«kii>>n Ax.nA,2^op».TOc nnoTTe juLeTujTajoTii ^s.pooT. 

30) P' nt e-f a m"-J nh. — Dans la xoiw) ramesside, on eût construit /^^^ 
^c::7 (1 <==>°°/"u=^. Le futur en <=> n'a pas encore la force qu'il a acquise plus 
tard par contraste avec les nouveaux futurs en n*.. Cf. d'autres exemples dans des 
phrases respectivement relative et conditionnelle : Petubastis, 10, 9; 9, 24-5. Il en est 
encore de. même en copte dans des tournures relatives comme celle des contrats : 

2_u- »xt>. itiAJL eT».eAi.t^a.[ti7e juiAioq. 

31) Pour lie, le déterminatif semble se rapprocher de pw^' ^'^^ ^^ ^^''^^ " dépense », 
plutôt que « jour ». 

32) Rien n'empêche de traduire : «Qui donc se jettera sur la harpe?» Participe 
futur (cf. Rylands, p. 203, 27). 

33) Sur .S.S, ujwig, cf. Stories, p. 156. Mais le rapprochement n'est pas valable 
avec // Kli., n, 16 : ny rmt nt ss nioh e n 'o-w [wm] m s-ic, qui doit s'entendre : 
« Ces gens qui tordent de la corde que les ânes mangent derrière eux. » Le sens pro- 
bable m'a été indiqué par Isidore Lévy, d'après la légende d'Ocnos et les représenta- 
tions figurées'. Evidemment, ss nwh est pour ssn nwh, avec assimilation normale de s 

1. Considéré par Griffith comme fautif, mais confirmé depuis, notamment par Recueil. XXVI, p. 160, 
1. 6. 

2. Cf. Annuaire de l'Ecole des Hautes Études (Philologie et Histoire), 1918-19, p. 61, et Roscher, Lexicon. 
der Mytholo;iii', au mot Oknos. 



REMARQUES SUR LE « POÈME SATIRIQUE )) 135 

à S et contraction des deux n consécutifs', inadvertance bien explicable de la part d'un 
scribe copiant une histoire étrangère au cycle des légendes nationales \ Ssn est le terme 
propre pour « tordre » de la corde ou du fil. Cf. Zaubersprûche fur Mutter und Kind, 
p. 37; Recueil, XXIV, p. 179; Stèle de Metternich, 1. 34; Dem. mag. Pap., 6, 12. — 
Maspero, à qui est due la référence à Pausanias, n'a amélioré le passage qu'à demi : 
«des gens qui couraient et s'agitaient tandis que les ânes mangeaient derrière eux» 
{Contes populaires, 4'' éd., p. 159). Revillout [Revue égyptoloyique, XIII, p. 35) 
traduit is nwh par « semant des chicorées ». 

34) epe neq thrAc Aio-ss" e noTne- ïï-ce «.k. — e indique ici le comparatif : « plus 

que ». — Un dérivé de Aj.o-s-sa' entre, comme on sait, dans la composition du nom de 
Psammétique. Cf. Griffith, Rylands, p. 201; W. M. Mûller, OLZ., février 1913. 
Sethe ( Verbum, II, 128) voyait dans ixoifs.(i un verbe emprunté à l'arabe. 

35 et 36) Même remarque pour e. Sur £». : 55«.i, cf. Pap. Hauswaldt, p. 8, 5. 

37) eq oig nnoie eiii^igo. — Le dernier mot ne peut être l'adjectif « grùndlich ». 

39) V sjh, probablement .<S5- I j , ep-tgiuji, selon la remarque de Griffith, 
Stories, p. 184; cf. Spiegelberg, Recueil, XXVIII, p. 181. 

40) Peut-être le deuxième hémistiche donnait-il AineiiTo [efeoA n] khalc. Ce serait 
une vérification de l'étymologie proposée par Sethe, AZ., XXXVIII, p. 145. Dans 
'n ';i je vois ore *.«. On sait que les graphies des deux particules s'échangent volontiers. 

41) J'ai déjà proposé une nouvelle interprétation de ce vers dans la Revue égyp- 
tologique, nouv. série, t. I, p. 102, l" col. : «Il s'irrite, son dieu tutélaire, qui est 
chargé d'opprobre quand, lui, il est rempli d'impureté. » 

Nous remarquons d'abord que notre vers est encadré entre deux autres où il est 
question de la colère d'un dieu. Aussi le sens de «s'irriter», attribué à îisme, cwujjui, 
gocAx, paraît-il bien en situation. Cf., sur ce mot en démotique : Stories, p. 159, 206; 
Pap. Strasb., n° 47, et Pap. Krall (Petubastis), G. 24. — Bw{t) (cf. Stories, p. 174) 
est ici encore, comme j'y ai insisté pour une époque plus primitive', l'horreur sacrée, 
le tabou. Le dieu en ressent personnellement les atteintes. La cause en est exprimée 
dans le second hémistiche, où le sujet pourrait être à la rigueur le dieu lui-même, 
mais se rapporte plus vraisemblablement au personnage principal du poème qui est 
constamment rappelé par un simple pronom. D'ailleurs, c'est lui déjà que représente 

1. On ne peut plus invoquer 'Aij.ovps«7ov6r,p {Dem. Stud., I, p. 42*), puisqu'on a ns-ntr au lieu de stn-ntr. 
Par contre, la chute de Vn final, au moins dans l'écriture, est attestée dès les plus anciens textes. Exemple de 
deux n abusivement contractés : TOTe [q]ni.TO)OTns'i o-s-ppo {Apoc. Elias, sah., 4, 1). 

2. RoscHER récuse le témoignage de Diodore (I, 97), qui attribue à la fable d'Ocnos une origine égyp- 
tienne. 

3. La Préservation de la propriété funéraire, chap. I. Bon exemple récemment publié : Statue naophore 

Touraefî A. S [Journal of Egyptian Arcbaeolorjy,y, pi. 21) : W n ''=^^ ^' P^^^^^* __^ " •'^ pénètre 

A ttl txU I JKJ^i ' — ^ 

dans ton temple, pur de ce qui te tait horreur ». 



136 HENRI SOTTAS 



le /'qui précède. Le dieu est donc offensé quand le harpiste malencontreux se trouve 
rempli de w^b bjn. Je ne crois pas téméraire de voir dans ce passage une confirmation 
tardive du résultat auquel j'étais parvenu quant au sens péjoratif à attribuer à lo'b et 
qui parait assez paradoxal au premier abord. Il faut noter que lo'b, même au sens habi- 
tuel, est quelquefois suivi du déterminatif funeste. Ainsi, au Papyrus magique, 5, 3'. 
Que ce soit là une inadvertance, il importe peu; la graphie, même erronée, dénote des 
habitudes de pensée qui ont au moins survécu dans leur représentation orthographi- 
que. Il semble que la présence de ce déterminatif, employé plus ou moins abusivement, 
ait amené à distinguer par une épithète qui se prononçait le sens laudatif du mot et 
le sens péjoratif. M. Môller, dans son édition du Papyrus Rhind, traduit correcte- 
ment par « schlechtes Reinsein », mais cette interprétation est assez peu en harmonie 
avec le prototype hiéroglyphique qu'il propose et qui, d'après lui, n'aurait rien à voir 
avec X^ ^•''^- Je crois que ce sont plutôt les groupes hiéroglyphiques qui rendent in- 
complètenient l'idée. Une fois admis le sens que prend quelquefois w'^b dans les inscrip- 
tions de l'Ancien Empire, il n'y a aucune raison valable de récuser le témoignage des 
exemples démotiques où l'orthographe est nettement explicite'. 

D'ailleurs, il a dû se passer quelque chose d'analogue pour hsrnn, «menstruation», 
que l'on rencontre, comme chacun sait, au début de / Kh., et dans les contrats, avec 
le déterminatif funeste. Il paraît y av'oir, là aussi, contraste entre le déterminatif et le 
sens premier du mot, si l'on admet toutefois qu'il y a un rapport sémantique entre 
hsmn, «natron», et hsmn, «menstruation». Ce rapport n'est pas évident, et M. Em- 
ber', notamment, rapproche ce dernier terme d'une racine sémitique smn impliquant 
la notion de durée, donc de périodicité. Bien que le déterminatif que l'on rencontre au 
Papyrus Ebers ne nous apprenne rien, on peut imaginer que l'idée d'une ablution 
avec une solution de natron, sel habituellement employé dans les purifications rituelles, 
ait conduit à adopter un euphémisme analogue à lo'b. A moins que, par un processus 
plus complexe, la purification au natron n'ait éveillé l'idée de purification en général, 
ce cjui nous amènerait au double sens de « Reinigung » ou de vMj.ziii, par exemple. Il 
n'est pas hors de propos de rappeler que « l'impureté prétendue des jeunes filles pen- 
dant la crise de la puberté et la sainteté des hommes revêtus d'un caractère sacré ne 
diffèrent pas l'une de l'autre aux yeux de l'homme primitif » (Frazer, Rameau d'or, 
II, p. 437). Ainsi parait pouvoir s'éliminer la contradiction apparente entre les données 



1. Par contre, la lecture uh donnée par Revillout, Précis du droit, p. 1279. pour un groupe du Papyrus 
de Strasbourg n° 47, est fausse. 

2. Dans le passage Rhind, 1, 6, 2, immédiatement avant «;'& bjn, il est question de la colère du dieu {/j'r 
n ntr). W'h hjn, dans Pamonl/i, II, 24, est rendu par le dernier éditeur, K. Lexa, de la même manière que 
par Brugsch. 

3. AX.. L, p. 121: au c.mtraire, Spiegelberg, Dam. Stud., V, Glussar, n* 157. 



REMARQUES SUR LE « POÈME SATIRIQUE » 137 

de l'étymologie et l'élément idéographique dans les deux mots en discussion'. 

Je citerai encore, à titre de curiosité plutôt que pour en tirer argument, deux des 
versions coptes de / Thessal. reproduites par Stern à la fin de sa grammaire (p. 430) 
et qui s'accordent à écrire K&.«e>.pci«. pour AKa.-o-*.pci«.. D'autres manuscrits, naturelle- 
ment, donnent la leçon correcte (Amélineau, ÀZ., 1888, p. 126). Il se peut que nous 
ayons aSaire à une simple variante phonétique plutôt qu'à une confusion de sens. 

« Son dieu grand » est peut-être un peu embarrassant. L'expression n'est pas 
usuelle avec le possessif. Cependant, beaucoup de divinités à la basse époque s'intitu- 
lent «grand dieu», et on lit dans Petubastis, 13, 17 : ne-fntr-w, et au Papyrus de 
Pamontk, I, 16 : pe-k ntr. Un panégyriste, s'adressant à Constantin, disait de même : 
A polio tuus. 

42) Sm-f n t sj. Sur la graphie du dernier mot, cf. Stories, p. 183, et Pap. macj., 
n" 817. 

44) Ne-iua-u, de Brugsch, semblerait impossible à côté de la graphie du vers 47. 
Mais, dès l'instant où cette dernière est lue aiaioc, on peut peut-être penser à une or- 
thographe non étymologique de ntr-dw' avec deux signes |. 

45) Nous avons ici le préfixe nominal , , *.-. Cf. les mémoires de Spiegelberg, 
ÀZ., XXXVII, p. 24 sqq., et LI, p. 122 sqq. 

46) Doit-on lire knbe nb ou knbe mit nb ? 

47) eq •s.ojK Auuioc eAïa^ujo. Ou bien eq ■shr ?. 

48) Plutôt 2^1 Teu.o€rr, avec Hess, Setne, 10. Sur hnij, cf. Petubastisglossar , 
n» 246. 

49) nen-, imparfait, que vraisemblablement nous devons rendre par un condition- 
nel, après la phrase dubitative qui précède. Ces deux vers sont très obscurs, et je dois 
me contenter d'un mot à mot informe. Tout d'abord la lecture tef sept de Revillout 
est très suspecte, bien qu'il affirme l'avoir obtenue d'un fragment du papyrus oublié 
sur l'héliogravure. Si l'on admet rh, il n'y a pas assez de place pour te-f. Eu outre, 
le mot sept, que nous lisons maintenant wpt-t, «one, est toujours écrit dans notre do- 
cument avec la marque du féminin et deux traits, l'un oblique, l'autre horizontal, fai- 
sant partie du signe wp. Ces caractéristiques font défaut ici. Enfin, dans, dans nt /'-/' 
'r-f, le second /doit se rapportera un substantif masculin ou à un infinitif. On aura 
donc à restituer l'article n. Le mot sept de Revillout doit plutôt se lire mn, la resti- 
tution de l'élément ic du verbe wpj paraissant exclue. C'est pourquoi je propose 
ju.a.ciit. Quant à eTÊHHTc en fin de vers, cette mention doit rappeler ju.ocit. 

1. Dans le même ordre d'idées on remarquera que la transcription démotique de î , expressicm euphé- 
mistique pour <( tombe » ou «atelier d'embaumeur», est suivie aussi du déterminatif ^^- Cf. Moller, 
Rhind, n° 118, et Davies-Gardiner, TIw Tomb of Amonumhèt, p. 73. 

Reoue égyptologigue, I. 18 



138 HENRI SOTTAS 



5<t) Kfj; cf. Kwioqe et kbj, Kwiofec {Pap. mag., n° 950). 

51) Il est probable que l'on doit lire : w'h Iipr c-f 'r-rh. — On aurait, dans 
chaque hémistiche, une opposition : «Supposé qu'il sache, il ne sait pas; il a la 
[science] et il ne l'a pas. » Si la lecture est correcte, remarquer les deux constructions 
de rh, juxtaposées. 

52) AJLncJuoT noT&epwq. — La lecture *.t-, due à Griffith, permet d'obtenir un 
sens bien meilleur et mieux lié au vers précédent : « Comme quelqu'un qui ne saurait 
pas parler, quoique intelligent, et qui ne saurait pas répondre de façon satisfaisante. » 
— Sur n'-nfr = nqp-, cf. Spiegelberg, Recueil, XXXVII, p. 22; remarquer l'em- 
ploi absolu dans une formation adverbiale, comme si n'-nfr était un simple adjectif. 

53) « Comme un sot qui prend («.Aia-j^Te) un livre. » Cf. Hess, Setne, p. 85. — Sur 
swg', coiî', cf. Gardiner, Lilerary Texts, commentaire de Anast. I, 9, 6. 

54) La lacune n'empêche pas de lire nettement nc«.feHX e o-s-*.. — La tournure 
n-tj-n /)' ms-t-f e-r-w est plus ancienne' et ici peut-être plus expressive que ne 
serait ■xinT«>ip A».a.cTq. La préposition ns.m étant de formation plus récente que oj*., la 
combinaison TimTc- a dû apparaître plus tardivement que uji^nTe-, gs^Te-, qui est at- 
testée, non seulement plusieurs fois en démotique, mais dans le Papyrus d'Ounamon. 
On est en droit de trouver étrange au premier abord cette tournure où l'on rencontre 
séparément l'article et l'afRxe possessif déterminant le même mot. Mais, dans neq -(- 
infinitif, q est sujet. Pour parer aux confusions, les Egyptiens ont soigneusement ré- 
servé la construction infinitif -|- q aux cas où q est régime, et, pour q sujet, ont eu 
recours soit à ncq + infinitif, soit à n -)- infinitif -f- e-r-f ei plus tard à nTpeq -)- infi- 
nitif, soit au report de l'afïixe sur le mot dont dépend l'infinitif, soit à l'emploi de 

1 devant le sujet substantif. Le régime se construit selon le procédé ordinaire, et il 
n'y a pas d'ambiguïté. Cette remarque permet, semble-t-il, de tenter de départager^ 
pour se faire une conviction, Erman et Maspero', qui ont soutenu, sur la formation 
de verbes causatifs en t — o, des thèses opposées, chacun avouant de son côté avoir 
le sentiment d'être dans la vérité, sans pouvoir fournir, à l'appui de son dire, une 
preuve formelle. Or, Maspero affirme que, dans Os W •¥■ '<-=^, «Tj^n^oq, ,/fut 
à un moment donné «régime de l'auxiliaire factitif et sujet de l'infinitif »,.fae/o eum 
vivere. Il semble qu'on ne puisse admettre pareille chose après ce qui a été dit plus 

1. Antérieurement, par exemple au Papyrus Anastasi f, 9, 5, on pouvait rendre la même idée par 
fn 'm I I \ , où mst est plutôt substantif qu'infinitif. 

■>=>iiii »i^^ m fV 

2. Cf. .Sethe, Verium, II, 583 sqq. — Le contraste est bien net entre des tournures comme : V^ 
~w^/>^ n >« le jour où il veille » et J ' '^^"'^ vl ^V '<^=^ (0'-6., 13, 15) «trois années à le chercher ». 

3. A. Erman, Spuren fine^ alten Suhjunktws im Kopti.i'chen, ap. ÂZ., 1884, p. 28-37. — G. Maspero, Sur 
les traruK (l'un mode Kuhjnnrtif en égyptien et sur les factitifs en T-o qui dérieeraient de ce mode, ap. Re- 
cueil, XXVII, p. 1-13. Je ne crois pas que la controverse ait été reprise depuis. Chacun est resté sur ses 
positions. Erman a seulement évité, par la suite, de parler de subjonctif. 



REMARQUES SUR LE « POÈME SATIRIQUE » 139 

haut des précautions observées, au moins aux basses époques, pour que le rôle de l'af- 
fixe vis-à-vis de l'infinitif soit nettement défini. 

Maspero a naturellement raison d'affirmer que les causatifs en t-o sont de forma- 
tion antérieure à l'époque copte; mais il est probable que, tant que l'auxiliaire et le 
verbe principal ont été sentis séparément, l'ensemble répondait k facto vivat is\ On 
aura peut-être remarqué que Maspero, qui, dans cet article, semble moins bien inspiré 
que de coutume, reproche à Erman de traduire ich mâche dass er lebt (et non dass er 
lebe), tout en prétendant avoir afïaire à un subjonctif. Maspero, lui, veut prouver qu'il 
n'y a jamais eu de subjonctif et n'en rend pas moins le mot à mot paryaci'o vivat is ! 

Maspero attribuait encore une grande importance aux causatifs tj-hkre, « affamer », 
tj-'b-t, «altérer», tj-rjm, «faire pleurer», employés {Pamonth, I, 32) sans sujet (ou 
régime, selon comme on l'entend), tout comme leurs correspondants, les causatifs an- 
ciens Ifi ^^ et ^^^^- ^^ ^'^^^ P'^^ impossible d'admettre que, même dans 
cet emploi absolu, le verbe principal soit à un mode personnel. Une tournure est tou- 
jours tant soit peu elliptique', où entre, sans accompagnement d'un régime direct, un 
verbe causatif dont le sens n'est pas affaibli. On est en droit, dans ce cas, de sous- 
entendre un sujet (ou régime) équivalent de sens à Aa.*.-?-. Le subjonctif sans sujet n'est 
pas chose inconcevable dans l'ancienne morphologie. Un sujet substantif peut en être 
séparé par des compléments, et dans une succession de plusieurs verbes le sujet déjà 
exprimé peut être omis. On n'est donc pas obligé d'admettre avec Steindorff, par 
exemple (§ 250), que les infinitifs absolus en o soient « secondaires »' au même titre que 
les qualitatifs correspondants en k-s- : hott. A un moment donné, le « subjonctif » com- 
portait un thème du type syo, dont la voyelle thématique n'était pas influencée par la 
présence d'un sujet pronominal affixe (atone) en contact ou d'un sujet substantif (ac- 
centué) à distance', mais tombait à e ou zéro quand le sujet substantif suivait immé- 

1. Il y a pourtant deux faits que l'on pourrait, à la rigueur, invoquer en faveur de la thèse de Maspero : 
1» en démotique, l'infinitif dj-t peut se construire avec les pronoms régimes; i" en akhraimique, on rencontre 
des tournures comme celles-ci : qtxa.-Te-îtS'ô.AeeTe xi«kiwg^e, qn«>-TC-!icu)^ cWTiie, qitu.-Te-n.efiw jge'xe, 
qiiA.-Te-ïîfe'iV<\.eeTre no «.fm^A, neTCô^jCig^ qna.TiàfioTrô.TS', neTujcone qna.T'As'ewT, iictc ïï':^a.ijuiOïtion am^- 
TCROT a.&ik'X, qn«.-Ti.mu) n«eqx«.eeiiie {\poc Elias, 33, 1-7). Ici on a en apparence *fai'iet surdos audire. 
La version sahidique (5, 5) est un décalque e.xact quant à la construction, mais TC- .y est remplacé par Tpe- 
équivalence bien connue. Gripfitii [Slorins, p. 175) signale comme la plus fréquente en démotique la forme 
sans '/•. Le Papyrus magique emploie couramment Tpe-. Dans ty mhij-w se (II K/i., IV, 7), le rén-ime 
montre que m(jy est encore au «subjonctif». 

2. Il y a un cas d'ellipse de même nature dans la traduction de Marc, 4, 25 : cÇh ctc OTonT*.q , eTe4 
na^q. D'autre part, l'e.xistence du nom propre théophore apocope FlaTïn {Rylands, p. ■26i>, 9) ne nous obligerait 
en aucune manière à modifier notre conception du préfixe normal IIets-. 

3. Ce qui est vraiment secondaire, c'est l'emploi syntaxique de n-, ju.ju.o«. 

4. Gkiffith {Stori(.'s, p. 73) considérait comme douteuse l'influence sur la voyelle thématique du pronom 
régime intercalé : setniose (ou sutmese] pntiti'. Elle est assurément nulle d<ans le cas d'un régime indirect ou 
de deux régimes : *Aiecio nekq ce Teqg^ixie. 



140 HENRI SOTTAS 



diatcment. Ainsi, dans les deux cas, qu'il s'agisse d'infinitif ou de «subjonctif», l'au- 
teur des excerpta démotiques du Livre des Morts avait sous la main les éléments 
néce ssaires pour décalquer, à la mode nouvelle, les vieux causatifs Ift "^^ et 

^\ ^^. D'ailleurs, ces formes *-»pKo, *TpexjLio, paraissent mort-nées. Quant à 
tj-b-t, dont le cliapitre 125 ne fournit pas le prototype hiéroglyphique, il semble 
composé avec '6-^ substantif, ce qui le mettrait hors de la question. Peut-être en est-il 
de mémo pour les deux autres. De toute manière, ces formes sont loin de fournir un 
appoint décisif à la thèse de Maspero. 

On sait quel usage on a fait, pour restituer l'ancienne morphologie, des formes en 
T-o; c'est pourquoi j'ai cru devoir, en passant, m'étendre quelque peu sur ce point et 
tenter de discerner, tout parti pris mis à part, de quel côté penchait la balance. L'ar- 
gument que l'on peut tirer des formes Tpe-, -©po, etc., n'est d'ailleurs pas ébranlé 
davantage par les remarques de Maspero, Recueil, XXV, p. 170 sqq. 

55) La graphie de eue : «.n avec n redoublé se présente plusieurs fois en démo- 
tique : 'nn {Pap. mag., n° 76); 'nne {Stories, p. 18.5). Au contraire, la postnégation 
«jt est rendue simplement par 1 . Si Revillout avait tort de s'entêter à la traduire 
«est-ce que point? », Brugsch et Hess {Setne, p. 10 sqq.), critiquant le commentaire 
de Revillout, ont fait confusion entre le « temps J) ^\ i a;^=^ » et la construction 

n JWi /www 

avec infinitif -)- ' + sujet. 

56) «.uj ^wcoq. — Paléographiquement (autant qu'on en peut juger sur la photo- 
graphie) et raisonnablement, Revillout doit avoir raison contre Krall et Brugsch 
en ce qui concerne £io{»)q. 

57) Pour le premier mot du deuxième hémistiche, je ne puis comprendre comment 
ni l'un ni l'autre des commentateurs n'a su reconnaître reorpe. Le plus fort est que 
Revillout, dans son commentaire sur /aat, p. 137, cite un passage du Kouji où il est 
question de vautour et de /_aat. Quoi cpil en soit, notre vers donne le sens assuré 
autant que satisfaisant : « Il se hâte vers le sang plus que la mouche, plus que le vau- 
tour qui aperçoit le carnage. » Ngtge est un verbe de mouvement: la construction 
l'indique. Le t de Brugsch est le déterminatif A. D'ailleurs, le mot est connu par le 
passage de Pamonth, II, 9-10' : stm p nt ngtg [n]ef' ms'' -ic : « Écoute, ô toi qui pré- 
cipites tes pas. . . » Cette invocation n'a malheureusement pas de variante hiéroglyphi- 
que. La forme simple gtg apparaît au Papyrus de Strasbourg, 47, verso 1. Le cor- 



respondant hiéroglyphique proposé par Lexa est . La nature du thème 

développé ngtge prête à une double hypothèse. Nous pouvons avoir affaire soit à un 
vieux verbe ngtgt, selon le type si fréquemment rencontré aux Pyramides et qui paraît 
avoir survécu dans hkotr (différent du verbe qui nous occupe, bien entendu), soit à 

1. Revillout [Rccw: égyptol.,V^ 184, a) signale encore un autre exemple du papyrus moral d'Edimbourg. 



REMARQUES SUR LE « POÈME SATIRIQUE » 141 

une formation du type n«.ige-, na^noT-, etc. C'est ainsi que l'entendent Revillout et 
Lexa. Il faut alors admettre l'existence préalable d'un adjectif gtg, « rapide ». C'est le 
plus vraisemblable, car le rédacteur de Pamonth emploie en outre n-wsli (II, 3), à côté 
de wsh simple (II, 11), et mieux encore p' nt n-h'r-f (II, 5; 15), thème qui semble 
formé sur un adjectif ou participe h'r, « coléreux ». A^ (prépos.) gtgt, à la fin du Pa- 
pyrus du Caire 31213, 24, peut vouloir dire «en hâte». Cf. Pap. mag., n" 938. 

58) ë-f a-rh V(?) hno 4 : « Il sera capable de passer 4 jours à rêver, à regarder 
. . . quelque chose, tout habillé. » 

59) er louj K«.q • eq jujul*.-5- xxn tAoikh : (( Si OU lui crie : « Viande ! » dans n'im- 
porte quel douteux, établissement, il y est dès auparavant avec la harpe. » *e^H sur le 
modèle de ng^H. Ici encore, Revillout avait vu plus juste que son contradicteur. 

Il est connu à la basse époque. 

60) e-JiritTa.q cci. Revillout doit avoir encore raison. — 'sse rappelle (] ^^ .••<=> 
« cracher ». Crachat ne serait pas mal en situation. — peqcooq c; c doit être le compa- 
ratif : « plus dégoûtant que son voisin ». Nous sommes dans un endroit mal fréquenté. 

61) nquje exx^Ts- eAj.nois-TAg^Aiq . Pour l'emploi (' elliptique » du conjonctif, Revillout, 
Stern (§ 546) et Griffith [Rylands, p. 273, 12) sont à peu près d'accord. Brugsch 
est une fois de plus dans l'erreur. Il faut noter que la tournure avec «.-yw : oto^ est par- 
fois utilisée dans des conditions assez analogues (Stern, § 592, p. 386). 

62) « Et il adresse la parole aux gens de la fête, disant. » — Mdw erme, «parler 
avec». Cf., sous Darius, Rylands, III, p. 357. Antérieurement on disait | g7\ 
^\ û D (Neuâg. Gramm., § 110, b). Aux Pyramides (758; 2051), le verbe est tran- 
sitif, mais avec la nuance « appeler ». 

63) Le dernier mot du vers doit être le même qu'au Papyrus magique, n° 580 ou 
481, « be pleasing», « will, pleasure»; ou aurions-nous là une orthographe abusive 
pour £m, puisqu'il est question de boisson? On doit lire plutôt eAimcei que eAimcw. 
cw au vers suivant, cei trois vers plus haut, présentent des graphies différentes, mais 
cei se retrouve au vers 75, avec le même déterminatif ; cf. Petubastisglossar , n" 347. 

64) «Le pain de cinq réunis», eis-ToiAreT. Pour ce, au lieu de eT, Brugsch a tort, 
toujours. 

65) 'tp-t kns-t, « un fardeau importun » ; kns, métathèse de ksn, | ^;^^ . 

67) ë-f-s; on est vraiment tenté de voir ici et au vers 70 le prototype du condi- 
tionnel akhmimique eqiga.-. Si la graphie e-'r-hn = epuie^n, de Petubastis, 13, 16, est 
peu favorable à cette hypothèse, par contre e-r-k s ne, du Papyrus magique, 3, 29, 
laisse beaucoup à penser. 

Wnh, o-irwii^; ici, orthographe phonétique; au vers 76, orthographe étymologi- 
que, wn-hr. Remarquons qu'ici le verbe, assimilé comme en copte à une classe régu- 



142 HENRI SOTTAS 



lière, se conjugue normalement, ce qu'il ne pourrait faire sous la forme complexe 
wn-kr. 

68) ■xoTOT, plutôt boheïrique; ainsi que -sotc au vers 81. Il n'y a pas l'article devant 
'tn, comme l'écrit Brugsch. Sous toutes réserves, l'essai de traduction : « Il chante, le 
sommet de la harpe au sol, ce que disent les ... » 

69) Si la lecture o-yco^ii doit être maintenue, on peut entendre : « et quand il l'a 
retournée' vers le manche, il recommence à chanter les horreurs des . . . »; le même 
mot qu'au vers précédent. Ce n'est peut-être pas gratuitement que Brugsch a fait de 
notre auteur un misogyne; il n'est guère po.ssible de lire autre chose que nec^iAie. Mais 
pourquoi les deux graphies différentes du pluriel? Et quel est le signe qui suit au 
vers 68? Ces difficultés rendent incertaine la leçon que je propose : ii^K-i', « faisant le 
pain ». Les esclaves chargées de ce soin, et que nous connaissons bien par les statuettes 
funéraires, avaient-elles la même réputation que nos « poissardes » ? Cf. 0. v. Lemm, 
Bull. Acad. Pefror/rad, XIII, p. 1-3. Sur hsf, cf. Stories, p. 192. 

70) L'orthographe sf'-t de igqw, ujfew, « fable », est intéressante à côté des exem- 
ples shf'-t signalés par Spiegelberg, Dem. Stud.,Y, n° 51. 

71) La place de *.« est étrange. Question de prosodie? Sur lot. . . wt. . . = o-s-ct- 
. . . OTCT- de oTwwTe : oTco'J-, hier. ^ j (X )i\ (assimilation déjà proposée par Krall), 
cf. Stern, § 309, et Stories, p. 160. Le présent exemple, que Griffith n'a pas cité, 
paraît donner raison plutôt à Stern; il semble que otct- soit à l'indicatif plutôt qu'à 
l'impératif. Les passages coptes seraient alors intéressants comme témoins de la con- 
jugaison perdue. Selon la théorie courante, nous devrions lire *oTTe-; mais si nous 
avions affaire à un vieux passif dit en w, conservé dans une expression toute faite? 
Un supplément d'information est nécessaire. Quoi qu'il en soit, notre passage se tra- 
duit aisément : « Sa voix va d'un côté et la harpe de l'autre. » C'est la même idée 
qu'au vers 15. 

72) Lecture probable : pe-f tj hjn. 

73) *gine Mjtneq , peut-être : « honte à son ... ! » C'était aussi l'avis de Krall. 

74) AXA. [eqjoTooTe, « un lieu réservé », où règne le bon ton, une maison particulière. 
Il ne serait pas devenu chanteur mondain. 

75) eqcHOT, a^qx*- ■»0'»"wiru, «.q(oTwXc??), e.q ige irn^q. W)' serait-il un résidu de 

Vi, 5 ^ ' " '^'^'^'^ " "^ ^'^ ™°*' ^^t vraisemblablement à rapprocher de loU , w'I {Petu- 
baslis(jloss((r, n" 92), wl (Môller, Rliind, n" 89), où M. Moller voit des intermé- 
diaires entre ^ ^A et o-ywwAc. On peut se demander si otcoAc n'appartiendrait 
pas à la même racine. Ce serait une formation analogue à \o»xc, Twftc (Stern, § 99; les 

1. Allia nce îl e mots analogue dans le texte fragmentaire cité par Sethe. A2., XLVII, p. 148 : V\ 

•5:3^ ,ww^ f^,7^ <=> A A p 



REMARQUES SUR LE « POÈME SATIRIQUE » 143 

autres exemples de verbes cités dans le paragraphe sont controuvés). Le déterminatif 
péjoratif qui suit ici icr serait bien en harmonie avec certaines acceptions de otwAc. 

ge n«.q nous rapproche encore du boheïrique, bien que parmi les rares exemples 
existants de ge en sahidique, signalés par Crum (Ostraca, n° 185), on rencontre nT«i.^e 
n«j (Ad. 9, émanant d'un habitant de Djème). D'ailleurs, on sait que la tournure à 
pronom réfléchi au datif est usuelle dans la -/.o'-n, ramesside et en démotique pour les 
verbes « s'en aller, s'en retourner, se tenir debout, se lever, s'asseoir, se coucher, s'at- 
trister, se réjouir, se tuer». Cf. Erman, 'iVewcf^. Gramm., § 315; Griffith, Stories, 
pp. 131, |145, 180; Rylands, pp. 222, 8, et 360. '^ j" ° '"=^e\\ ^^ Papyrus 

Rhind, I, 8 h, 9, n'est peut-être pas fautif, comme l'affirme Môller. 

78) Probablement [Ii]r; ici Tefnout, au vers suivant Harsaphès; il est question 
d'impureté [au vers 77; les dieux et leur colère rentrent en jeu, pour la troisième fois 
au moins. « De toutes les figures de rhétorique, la répétition est la plus chère aux 
Arabes », a écrit Cherbuliez. C'est aussi le procédé de composition employé par Re- 
viLLouT dans sa Réponse à la Critique. 

81) Sur ce vers, cf. Stories, p. 106. 

82) « Il fait un trajet en bateau («.oimt) vers l'ouest de Senfi, vers Psônis, [du dis- 
trict] de Panopolis. » Sur a>oTm et ï'ûvt?, cf. Hess, Rosettana, p. 57; Spiegelberg, 
Dem. Studien, I, p. *71, et ÀZ., LI, p. 72. Sur Snji, cf. Brugsch, Thésaurus, p. 991, 
et Dict. géogr., p. 715. 

84) Après A«.c, probablement l'afBxe t de la première personne. 

87) M s' p'nt e-w. — Nous avons déjà rencontré cette construction au vers 61. 
Plus tard on dirait Ainnca. TpeT ïïTq. Auparavant les prépositions se prêtaient plus do- 
cilement au rôle de conjonctions; es. : <^=>'d'. En démotique, îïca. s'emploie encore 
au sens temporel; cf. *ïtc*.i-^e, «après boire», au vers 67, et Môller, Rhind, n° 327. 
Le Papyrus magique (index, n° 698) emploie concurremment ne*, et Aj.itnca>, cette der- 
nière forme exclusivement au sens temporel. Môller (loc. cit.) distingue deux ortho- 
graphes répondant respectivement à "ce et ne*.. — *itTeq'^ •swq nTeqcHcji, a et qu'il a 
posé la pointe de son couteau ». 

88) *itTeq epcgopn ti oireu.-«.q e^HT, « et qu'il a déjà commencé à manger la viande». 
epigopn n est encore plutôt boheïrique, contre pgopn e, sahidique. 



Je donne ici un essai de traduction, où malheureusement les vides tiennent autant 
de place que les pleins. J'en ai banni intentionnellement toute interprétation hasar- 
deuse et toute restitution. J'ai fait imprimer en caractères romains quand le sens m'a 
paru s'imposer; et en italique quand ma version, que je crois philologiquement cor- 



144 HENRI SOTTAS 



recte, a nécessité un choix entre deux ou plusieurs sens possibles, choix guich^ par le 
contexte immédiat. 

PI. I. 1) dehors ** alors qu'ils ne pas. 

2) (terme péjoratif) celui qui l'a instruit, **pire que lui, celui qui l'a 

3) l'atatude, le laisser-aller inconvenant, ** les grimaces, ses paroles. . . . 

4) de l'un, aveugle de l'autre, **n'y voyant pas des deux yeux. 

5) son nez des deux côtés ** comme celui qui poi-te un lézard. 

6) plus trtpé qu'une pomme ** lorsqu'il hésite à répondre. 

7) de goût en vérité, ** très élevée est sa voix. 

8) (terme péjoratif) à connaître **le chant échappant à la compréhension. 

9) les deux mains ** sans qu'il parvienne à se mettre d'accord avec la harpe. 

10) sable, ** toute son attitude est contrainte. 

11) ** la mort compliquée de douleurs d'entrailles. 

12) année heureuse au jour de la catastrophe, ** chants plaintifs de ...... 

13) **avec le gouvernail du périple de Moût. 

14) ** alors que nous ne pouvons pas les dire ** à l'instant de 

15) tout ce qui est mauvais, ** la harpe heurtant sa voix. 

16) pour son récit mensonger, **elle se fâche contre lui. 

17) [acec] son agrément, ** son douloureux pour celui qui écoute. 

18) ** il n'y a pas encore jeté un coup d'œil. 

19) épithalames ** 

20) ** leurs paroles sont plus aveugles que lui. 

PL II. 21) ** rire, dire leurs noms. 

22) Souffrance, dégoût de l'intelligence, ** c/'entendre la voix du pourri quand il 
chante. 

23) C'est vraiment un chanteur détestable ** 

24) Il se tient du parvis, ** faisant entendre ce qu'il déteste. 

25) A quoi ressemble son entrée dans une fête? **à celle de quelqu'un qui serait 
le premier dans son art. 

26) Et il prend place, le visage contracté, ** comme si c'était un poète pour 
de bon. 

27) Et il apporte la harpe pour chanter là, ** ils disent à part eux : « C'est 

quelqu'un d'important. » 

28) Alors qu'ils ne peuvent pas dire : «Lourde sottise», ■*en non-connaisseurs 
qui sont 

29) Et il récite pour le non-connaisseur d'une voix stridente, **et ils 

30) Quiconque le verra quand il chante **/era les frais 



REMARQUES SUR LE « POÈME SATIRIQUE )) 145 

31) Ce n'est pas la peine d'insister sur la manière ** de son vice. 

3i) Qui donc se jettera sur la harpe? ** en qui. 

33) Son travail est décousu; son art désordonné **son art 

34) Ses doigts sont plus embrouillés qu'une racine, **ils ne pas la harpe. 

35) Sa voix Jhit plus de bruit que le van ** 

36) Ses fautes de chant sont plus graves ** que mes écrits [ne le sauraient dire (?)]. 

37) Il a de très nombreux défauts ** plus que mes 

38) La dame d'Asher (la déesse Moût) s'irrite contre lui, ** en sa forme de 
grande 

39) Il est uoué à sa griffe et sous sa terreur ** gouverner. 

40) Ne portant plus de harpe désormais ** en présence de Egypte. 

PI. III. 41) Son dieu tutélaire s'irrite contre lui, chargé qu'il est d'opprobre, 
** quand, lui. il est rempli d'impureté. 

42) Horus se met sérieusement en colère contre lui, **il va vers la chambre de 
torture du fils d'Isis. 

43) Et on lui donne le nom d'Aruôtès, ** alors que celui qu'il mérite est 

44) Un chant Moût ** des actions de grâce à la régente de l'Egypte. 

45) C'est un véritable chant ** qui est pour le renversement de la doctrine. 

46) écrits de tout le monde ** dans leur ardeur pour leur art. 

47) pour son art, et il y est tout à fait complet. 

48) Supposé que il ne sait pas, ** n'étant pas sur cette voie. 

49) Nous [saarjions [le] miracle (?) de (?) science qu'il a accompli, ** de sorte que 
nul inconvénient ne l'atteint de son fait. 

50) la doctrine de la contrainte, ** il n'y a pas de force à cause de la chose. 

51) Si l'on croit qu'il sait, il ne sait pas, ** il a la science et il ne l'a pas. 

52) Tout comme quelqu'un qui ne peut parler, bien qu'intelligent, **et qui ne 
sait pas répondre de façon satisfaisante. 

53) Et comme un sot qui se saisit d'un livre ** sur lequel se trouve toute science. 

54) II ne sait rien chanter, si ce n'est une seule chose, ** depuis qu'il a été mis au 
monde. 

55) « J'ai faim; je voudrais boire, ** n'y a-t-il pas quelque chose à manger? » 

56) Mais que ** en sa présence, quand il voit de la viande ? 

57) Il se précipite sur le sang plus vite que la mouche, ** que le vautour qui a 
aperçu le carnage. 

58) Il sera capable de passer quatre jours à l'état de veille, ** à contempler 

quelque chose et tout habillé. 

59) Lui crie-t-on : « I! y a de la viande dans tel mauvais lieu », ** il y est déjà 
avec la harpe. 

Reoue égyptologique, I. 19 



146 HENRI SOTTAS 



60) Ne se rassasiant pas de crachat ** en homme plus répugnant que son 

voisin. 

PI. IV. 61) Dès qu'il a trouvé de la boisson et de la viande devant lui, ** il va là 
sans qu'on l'ait invité. 

62) Et il parle aux gens de la fête, disant : ** « Je ne puis chanter quand j'ai faim. 

63) » Je ne puis porter la harpe pour chanter ** quand je n'ai pas eu mon content 
de boisso/i, à discrétion. » 

64) Et il consomme la boisson de deux, la viande de trois, ** le pain de cinq réunis. 

65) La harpe pèse à son cœur, ** elle est comme un fardeau importun. 

66) Il fait si bien qu'on lui crie : « » deux ** et trois fois plutôt qu'une : 

« Chante I » 

67) Se met-il à prendre une harpe après boire, ** alors tous ses défauts se mani- 
festent en lui. 

68) Il récite, la harpe sens dessus dessous, ** rfes propos de femmes qui font le 
pain. 

69) Retourne-t-il (l'instrument) du côte du manche, ** il recommence à réciter 
les horreurs des femmes. 

70) Se met-il à élever son art, ** sa bouche disant sa fable, 

71) Ce ne sont pas les paroles qui témoignent pour son art; ** sa voix va d'un 
côté et la harpe de l'autre. 

72) La manière dont il gâte son art de diseur par sa voix ** j'épond à son in- 
différence pour le chant. 

73) Honte à son ** on n'a pas entrepris de lui mettre cela sous les yeux. 

74) On ne le reçoit pas dans un endroit sélect, ** à cause de ses nombreux vices. 

75) Une fois rassasié, il plante là la harpe, ** il se dérobe et sort. 

76) Et il laisse passer l'occasion de montrer ** 

■ 77) Et il se tient là ** 

78) Tefnout s'irrite contre de nouveau ** 

79) Comme celui qui est pour Arsaphès ** dans la main 

80) la montagne de ** jusqu'à la mort 

Pl.V. 81) Je disais cela à propos des sottises qu'il a commises, ** étant donné 
g'u'elles sont plus nombreuses que 

82) Il a fait un trajet par eau jusqu'à l'occident de Senfi, ** jusqu'à Psônis de 
Panopolis. 

83) Il a fait le travail d'un aide-sacrificateur ** pouvoir dire les choses 

qu'il a faites. 

84) Cela ne mérite pas de me venir sur la langue ** 

85) ** 



REMARQUES SUR LE « POEME SATIRIQUE » 147 

86) Alors qu'il ne pas le sceau, ni n'observe la mesure ** et qu'il ne connaît 

pas le grand prêtre de Sekhet 

87) Après qu'on l'a amené pour l'immolation ** et qu'il a posé la pointe de 

son couteau 

88) Et qu'il a commencé à manger la viande, ayant ** d'en connaître le degré de 
cuisson 

89) Il s'en va à Tlièbes sans ** ouest 

90) Tournant le dos au chant ** 

91) On fait venir quand il boit dans ** // ne se lèoe pas 

Henri SOTTAS. 



ESSAI POUR REMONTER A L'ORIGINAL ÉGYPTIEN DU TERME SÉMITIQUE 
DÉSIGNANT L'EGYPTE 



Dans l'ensemble des idiomes sémitiques, le nom de l'Egypte est représenté par 
un mot bâti sur la racine MSR. Ajoutons que cette appellation, dont le plus ancien 
exemple connu date du XV" siècle avant Jésus-Christ, s'est maintenue chez les peuples 
sémitiques jusqu'à nos jours, sous la forme arabe ^^.a^, Masr, pour désigner le Caire 
et l'Egypte. Si nous observons, par contre, les textes indigènes de l'Egypte antique, y 
compris la littérature copte, nous trouvons plusieurs manières de nommer la contrée, 
dont l'une pourtant finit par triompher des autres dans le parler vulgaire, dès les temps 
saites, puis resta seule, en passant par le démotique, pour représenter en copte le nom 
du pays : RH*ie. Ni dans ce mot, ni dans les appellations indigènes antérieures, nous 
ne trouvons rien qui corresponde exactement au mot sémitique. C'est du moins l'opi- 
nion accréditée jusqu'à présent. « Il n'y a pas, dit M. de Bissing, pour la vallée du Nil, 
de désignation phonétiquement comparable à l'expression sémitique commune'. » 

Dans le présent travail, je me propose d'examiner s'il n'y a pas lieu de faire re- 
monter l'appellation sémitique à l'expression égyptienne bien connue '■^=s^ (I j ® t'mrj. 
Je crois, en effet, que là se trouve l'origine égyptienne, le point de départ de l'expres- 
sion sémitique, d'abord transcrite approximativement, puis interprétée et déformée 
suivant les habitudes linguistiques des Sémites. Nous suivrons donc l'histoire de ce 
mot dans ses pérégrinations diverses. Je l'examinerai tout d'abord en ce qui concerne 
sa phonétique pour ne m'occuper de sa signification qu'en dernier lieu. Sur ce point, 
en effet, il ne faut pas perdre de vue que nous en sommes réduits à ne formuler que de 
pures hypothèses. Nous tenterons, malgré tout, de ramener au plus haut degré de pro- 
babilité un groupe particulier de ces hypothèses, et cela, autant que possible, par .une 
analyse minutieuse des éléments que nous aurons dégagés au cours de notre étude. 

Je vais donc rechercher, en premier lieu, quel groupe de phonèmes les Sémites 
ont pu entendre en Egypte, qui, transcrit selon leurs habitudes propres, a pu donner 
naissance à un mot dans lequel ils ont cru reconnaître la racine MSR. En second lieu, 
nous verrons que l'interprétation qu'ils donneront à ce mot selon la. racine MSR les 
confirmera dans leur transcription, en leur fournissant l'équivalent, presque la traduc- 
tion, d'un terme usuel en Egypte pour désigner l'ensemble du pays : « Les deu;î 
terres». L'équivalence phonétique, probablement très approchée au début, sera plus 

1. Recueil de traoaux, XXXIV, p. 152. Voir cependant les articles de Spiegelbkrg (Rec. de trac, XXI, 
p. 39) et de Naville {Journal of Egyptian Arcliaeology, III. p. 230), que me signale M. H. Sottas. 



l'original égyptien du terme sémitique désignant l'Egypte 149 

lointaine par la suite; mais le sens du mot deviendra si précis et cadrera si bien avec 
l'une des appellations de l'Egypte, familière aux actes officiels, que le besoin impérieux 
de trouver un sens à tout nom propre, besoin tout sémitique, sera pleinement satisfait. 
Nous aurons de plus, au cours de cet examen, l'occasion de faire d'utiles observations 
concernant l'un des différents phonèmes couverts en égyptien par la lettre -=>, ce 
qui élargira sensiblement l'intérêt d'une simple étude sur un point de détail. Il devient, 
en effet, de plus de plus évident qu'en égyptien, comme dans toute langue, la lettre 
n'a jamais pu représenter qu'une sphère d'articulation assez large de tel ou tel ordre; 
toute étude, même fragmentaire, de l'un de ces groupes sera donc profitable. 

Les plus anciens monuments sémitiques où se trouve mentionnée l'Egypte sont les 
lettres d'El-Amarna; elles datent du XV® siècle avant Jésus-Christ. Les formes em- 
ployées sont : '"'^*" Mu-sur, '"«'" Mi-is-ri-i (génitif). Ce terme, construit sur la racine 
à 3 radicales MSR, est indubitablement déjà un nom propre et se rencontre couram- 
ment dans ces textes; nul doute que telle était à ce moment l'appellation officielle de 
l'Egypte en Canaan et dans tout l'Orient sémitique : elle devait donc exister depuis 
longtemps. Dès lors, la question se pose ainsi : les Sémites ont-ils pu, antérieurement 
au XV« siècle avant Jésus-Christ, entendre une expression égyptienne qui put être 
l'origine du terme qu'ils adoptèrent et qu'ils devaient, par la suite, conserver jusqu'à 
nos jours? De plus, s'ils ont entendu cette expression, en quelle partie de l'Egypte 
est-il probable qu'elle ait été entendue? Cette dernière question se laisse résoudre 
avec la plus grande vraisemblance en admettant que les Sémites, Bédouins du désert 
oriental, marchands, émigrants, réfugiés ou autres, ont été en contact avec l'Egypte 
par l'est du delta, et ont dû résider, s'ils y ont pénétré, dans cette partie de la Basse- 
Egypte. Il est donc très probable que ce soit l'un des noms employés pour désigner la 
Basse-Egypte qui ait été entendu par les Cananéens, puis adopté par eux avec la trans- 
cription qu'ils jugèrent se rapprocher le plus de la prononciation indigène, — enten- 
dons bien, de La prononciation de la Basse-Egypte. 

En ce qui concerne la première question, de tous les noms égyptiens employés 
pour désigner le pays, un seul, à première vue, semble phonétiquement pouvoir être 
rapproché du terme sémitique, je veux dire ""^inj®. Cette expression désigne, il est 
vrai, dans les textes l'Egypte entière, mais nous savons qu'elle était employée concur- 
remment, au moins au IV" siècle avant Jésus-Christ, pour désigner le delta. Les plus 
anciens exemples connus de cette expression dans les monuments égyptiens datent du 
Moyen Empire (à partir du XXP siècle avant Jésus-Christ); ils sont peu nombreux : 
=^çî= \\ , =?^^'^ 0©, '■==i- (1 c=:^ © [Gi ARDia^n, Recueil de travaux, XXXIV, 

p. 53), et ^^^'"^^Ijf®, ^^^'''^[jfty^^ {Sinouhît, édit. Maspeko, p. 17, 23). 

Laissant de côté pour le moment le premier terme de l'expression, le mot •=?^^, 



150 PIERRE LANGLOIS 



examinons de prés la constitution du seul mot (1 1 ® et voyons s'il est possible que 
les Sémites aient pu en extraire un mot à 3 radicales comprenant les lettres MSR. 
Pour M et R, point de doute; mais, pour S, nous nous heurtons à une très grosse dif- 
ficulté. Y aurait-il eu primitivement une radicale, correspondant à S, qui, par la suite, 
serait tombée? Les textes sont formels; pour le mot qui nous occupe, aucune variante, 
à aucune époque, dans les textes connus jusqu'à ce jour, ne justifie pareille hypothèse; 
de plus l'emploi du signe '■■^^l = M + R semble exclure toute présence de consonne 
intermédiaire. Nous devons donc renoncer à trouver en égyptien l'équivalent de la 
lettre S en tant que radicale. Je m'empresse d'ailleurs d'ajouter que, vu l'époque rela- 
tivement basse de nos documents, nous n'avons aucune raison de nous croire obligés, 
— même en admettant le principe de la trilitérité sémitique primitive en égyptien, — 
de retrouver dans cette langue une racine trilitère répondant lettre pour lettre au sémi- 
tique. Nous aurons, au contraire, l'occasion de voir comment cette trilitérité, peut-être 
réelle aux origines en égyptien, puis disparue au cours des âges, a pu se recréer, sous 
l'influence d'un dialecte, dans un mot égyptien sémitisé. 

Si nous regardons de plus près notre mot, nous remarquons que dans la presque 
totalité des textes r<=> est suivi d'un (1 et, depuis Sinouhît et le Nouvel Empire, du 
signe I . Le signe | particulièrement attire mon attention ; quel est son rôle exact ici 
et dans les autres cas où il se trouve employé similairement? Certes il ne saurait être 
considéré comme déterminatif de sens dans des mots comme '^(Ij-^s-, ? 'Jl'^' 
I il I • \\\' ^tc. Dans ces mots, lest, sans aucun doute possible, employé 
comme déterminatif phonétique pour le groupe <;^. Mais, alors, que fait ce détermi- 
natif phonétique dans notre mot qui ne comporte pas de ^, mais seulement un <=>, 
et qui, d'un autre côté, offre une analogie frappante dans sa constitution avec les mots 
que je viens de citer? // indique vraisemblablement une prononciation particulière 
du <=>, se rapprochant dans une certaine mesure de ,_^ tr'. Pareille hypothèse 
est-elle confirmée par l'examen des textes? Je n'ai rien rencontré jusqu'à la fin des 
Ramessides; mais au Papyrus Hood (entre les XXI* et XXVP dynasties) il y a un 
mot o 1)^^. t'ont on retrouve un équivalent plus tard à Dendérah, ^^ , qui 

paraît identique au de l'Ancien Empire et à ^ ^^ à'Anastasi IV, 10/5. 

Que signifie donc cette graphie comportant la présence du signe r=a, qui se lit m''t, 
sinon que la prononciation sonnait à peu près më-h-él Je suis donc tout naturellement 
;imené à admettre pour la lettre <cr> employée dans notre mot une sonorité spéciale, 
rude, plus accentuée que celle d'un p précédé d'un simple esprit rude chez les Grecs. 
Qu'une pareille prononciation ait existé, c'est ce qui est mis hors de doute par les cinq 
faits suivants : 

1. Skthe {Vprbum, 1, ^241) note que, dans tout mot où il y a un ci avant <T'>, on utilise le signe 1 , ■I , 
quf <:3> soit conservé par l'usage ou non. 



l'original égyptien du terme sémitique désignant l'Egypte 151 

1" Lorsque, au IV® siècle avant Jésus-Christ, les Septante transcrivirent en grec 
le nom hébreu du prophète sitb, ils le firent sous la forme EsSoï?. L'introduction du 2 
avant le p ne s'explique que par une prononciation spéciale du "i : c'est exactement le 
phonème qui nous occupe. 

2° Même remarque pour la transcription latine Hasdrubal du mot punique bra-ii». 

3" La transcription perse de notre mot Moudrâya = l'Egypte'. 

4° La transcription grecque de Strabon Tpo(a pour le mot /^ v r^^^^ (VP dyn. ), 
<=>^l)(j(XVIIIedyn.). 

5° Enfin, la variante copte de MstrpaiiJi, («.ecpa^uu.) = AieTpeju.*, qui, s'appliquant au 
mot même qui nous occupe, me parait lever tous les doutes. Je sais que le texte copte 
fut fait d'après les Septante, en adoptant leurs transcriptions des noms propres, et que 
les noms étrangers y revêtent la forme hébraïque, mais il n'en demeure pas moins que 
l'intercalation du t, que rien ne semble justifier, avant le p est une particularité dialec- 
tale égyptienne, du delta très probablement, puisque la traduction dite des Septante 
fut élaborée à Alexandrie'. 

Une fois admise la présence dans la prononciation d'une sorte de t, d, précédant 
1'/' et faisant corps en quelque sorte avec lui, voyons maintenant comment cette occlu- 
sive dentale a pu être interprétée comme une sifflante emphatique 5t par les Sémites. 
Le fait me paraît assez simple à expliquer. La prononciation entendue dans la Basse- 
Egypte comportait, entre autres particularités, l'aspiration de certaines lettres; n deve- 
nait cç, T devenait ■», spécialement devant p'. Or, précisément, cette spirante interden- 
tale \) (th anglais) devenait très facilement emphatique (ç, d) par élévation du dos de la 

1. Maspero, Hi.H., 11, p. 704. 

2. Fallet, La ct'rsion cofihte du Pejitateuque, d'après les manuscrits de la Bibliothèque impériale, Paris 
(1854), p. 61, note. La variante AiccTpeii, citée au même endroit, correspond à MeTTpaia, transcription plus 
rapprochée de l'hébreu; je ne crois pourtant pas que le t doive s'expliquer par une métathèse (pour fs = S), 
étant donnée la forme McTpain, qui prouve que le 2C avait, déjà à l'époque des Septante, le son s emphatique 
lorsqu'il n'avait pas passé à t (hébr. "IIS. arara. ^^ta = T-Jpo;, jn'ï = SiSmv). 

3. Je pourrais encore ajouter l'exemple de l'intercalation du t devant r tiré de la dérivation proposée par 
Sethe (A. Z., 43 (19061, p. 146), *Se-wosrét = SEaû'Trp-.;. 

4. Les échanges entre q. g=>, ^°^ et c:^>, ainsi que leur passage à la sifflante, sont d'ailleurs fré- 
quents, ex. : ] S=3 1 © = assyr. Zabnouti, SeêivvuTo;, •setno-s-'^ (Maspero, Rec. de trao.. XXXVIII, p. 163). 
Remarquer aussi les équivalences suivantes que je dois à l'obligeance de M. Moret et dont je le remercie : 

^=5>^ = ^«ï^.., \^ ^^ '^^ (Contrat de Tehnèh, Rec. ég., nouv. série, I, p. 33) = (5 



^^ ^ (Ori., 3, 1) = V\ 1^^=^*^^ ^^ ipassiin). Le fait que la prononciation égyptienne ^^r, passée 
à '''r, s'est encore exagérée dans la bouche des Cananéens en devenant S -(- 'n est mis en lumière par la trans- 
cription, au temps des Ramessides, de Dnsa par ^>^^ ^Si ^^\ «^' ''®^ Égyptiens ne reconnurent 
pas l'original (1 j , de même que, bien plus tard, ils transcrivirent D [I (I -SSi ^^^ C\ TK Mîi le 
grec <Pi),a(i[ia)v, sans y reconnaître le nom du dieu (I /fi (Maspero, Introd. à l'étude, p. 6,. 



152 PIERRE LANGLOIS 



langue aux alvéoles, et était, par conséquent, fort voisine de l'emphatique sémitique S. 
Il est d'ailleurs normal en sémitique qu'une consonne devienne emphatique au simple 
contact de Vr. C'est, en définitive, cette sorte d'esprit rude très particulier, notons le 
,1), que les Sémites ont transcrit par un S. Un fait, d'ailleurs, nous montre bien com- 
ment ce soi-disant S avait été entendu et à quelle place. En sémitique on le trouve 
en fin de syllabe doublement fermée. Dans les lettres d'El-Amarna, en effet, Mû-sûr 
= Mûsr, car, l'accent, dans cette classe de noms ( J«>), étant sur la voyelle suivant la 
première radicale, la seconde voyelle tombe (cf. arabe Misr). Mais le syllabaire obli- 
geait les Cananéens à articuler s-\-r avec une voyelle médiale, alors même qu'elle 
n'était certainement pas prononcée. Dans cette position, le S perdait beaucoup de son 
emphase, puisque le même syllabique servait pour sur et jm/*. Quand le mot est au 
génitif Mu-us-ri, Mi-is-ri, le système de syllabiques permet de donner à S sa véri- 
table place et sa valeur vague, puisque tnj équivaut au.x: sons is, is ou «^ indiffé- 
remment. 

Pour en finir avec l'examen de l'ossature de notre mot, voyons maintenant la lettre 
(j, invariablement placée derrière <=>. L'analogie graphique existant entre ijf^* 

les mots cités plus haut ( '^(|j-^3-, | ^1 V' ^^^■) ^^^^ conduit-elle à appliquer 
au groupe <=>û lu remarque d'ERMAN', qui considère que (j placé après <=> n'est 
qu'un artifice graphique montrant le passage de <:i> à (1? La transcription grecque 
■Kxlixupi; , dont il est question plus loin, écarte absolument cette interprétation; non seu- 
lement notre <=> s'est maintenu très distinctement prononcé, mais il est possible qu'il 
ait été redoublé dans le dialecte original'. La persistance de (1 dans l'orthographe de 
notre mot, jusqu'à l'époque grecque, m'apparait, en effet, comme l'indice d'un redou- 

1. Gram.', §§ 59 et 107. Cette règle est incontestablement exacte pour des mots comme "^^(1 = Iwj , 
wu), — " — ^^ I £f> — gicj et,,- mais elle n'explique pas des formes comme le pluriel Q [N = 
£Tiou)pe, à côté du singulier ^to, (I j .^&- = <Çwp, nwwpe, [13, M 1 () = ^^9i Twpt, 

j O = Tepe, à côté de th, etc. Il y a, d'ailleurs, peu de régularité dans les diverses orthographes et 

«cr> 1 1 S " A r *? 

dans le Poème de PenCaour, par exemple, Sallier emploie presque toujours (J H , où les inscriptions 

"^ r ^ \ A<:=>ii.lll 

de Louksor et de Karnak portent uniformément 9 -i (ijj) I- ^^ crois qu'il y a lieu de faire pour ce J 

final, quand il n'est pas une désinence, et peut-être même dans ce cas, la même observation qu'ERMAN pré- 
sente à propos de (I prothétique dans les formes verbales des textes des Pyramides, à savoir « qu'il n'y est 

écrit que là où il était particulièrement frappant de le faire entendre, ou lorsque, étant écrit, il facilitait la 
lecture » {Dii; Flexion des âg.Verbuins, p. 3). 

2. Dans le dialecte du delta, le redoublement semble indiqué, pour certains cas, par lintercalation d'un 
Ti, par ex. : memph. Aienpir =:*mer-rit (théb. JULCpiT), voy. Erman, Allâg y ptische Studien, p. 60. Com- 
parer en araméen ce renforcement de la syllabe par la nasale noun, parallèle au redoublement (Rubens Du- 
TAL, Gram. syriaque, § 117). Remarquer aussi la tendance à redoubler un p qui doit s'articuler nettement ; 
,-n'Br — c«.pp«.. 



l'original égyptien du terme sémitique désignant l'Egypte 153 

blement de r<3=", soit par euphonie, soit par assimilation d'une consonne (ou consonne 
faible) précédente, l'accent retombant sur une syllabe fermée par un 0. Ce (] serait la 
désinence/ du participe parfait passif '^r-j {s<^dm-j), ou de l'adjectif en j, et le tout 
aurait été afïecté, à partir de la fin du Moyen Empire, du déterminatif phonétique f 
précisant la prononciation du groupe. Cela donnerait pour notre mot les aspects 
m^'^r^j, puis *rrfir'ré' . En tout cas, ce qui est remarquable, c'est que, dans certains 
mots, r<:=> suivi du (1 se prononçait distinctement et a le plus souvent subsisté en 
copte ( (1 1 A ^= TUjpe, (^ I = Tepe [niepe, quando, à côté de th, ibi, illic])\ 

Après avoir reconnu l'existence d'un phonème ''^r'^ dans le mot qui nous occupe, 
nous serait-il possible d'en dégager la genèse? Je le crois, mais je préfère traiter cette 
question plus loin, lorsque nous aurons à examiner le sens et la dérivation de la locu- 
tion égyptienne. 

Passons maintenant à la prononciation fixée dans la Bible, vers le IX*' siècle 
avant Jésus-Christ, sous la forme onsa (transcrite Mésraïm au IV^ av. J.-C, mais 
probablement prononcée antérieurement Mésrêm) ' et dont nous trouvons l'équivalent 
dans une inscription de Sennachérib datant de 701 ' : Mu-su-va-ai. Nous voici en pré- 
sence d'une forme de duel indiscutable, et l'origine de ce duel nous révélera pourquoi 
les Sémites n'hésitèrent pas à adopter le S comme représentant la spirante entendue 
avant 1'/^ en Egypte. En effet, en essayant de transcrire le mot qu'ils entendaient, les 
Sémites tentèrent, comme tout peuple dans la même situation, d'interpréter ce mot en 
lui cherchant une signification dans leur propre langue. J'ai à peine besoin de rappeler 
que les Sémites, en particulier, étaient atteints de cette véritable manie à un degré 
aigu; il n'y a qu'à parcourir la Bible pour s'en convaincre. Or, la racine MSR leur 
donnait un mot misru, « frontière, limite, section de territoire, contrée », etc., alors 
que l'une des désignations officielles de l'Egypte, dans tous les actes et protocoles 
royaux, était précisément '. ;;; ! t'-wj, taoui, « les deux contrées, la double contrée ». 
C'est là, je crois, l'origine de l'orientation de l'ancien Musr cananéen vers le duel 
Misraïm de la Bible. Il n'est pas sans intérêt, d'ailleurs, de noter qu'à partir du Nouvel 
Empire, nous trouvons très souvent la graphie égyptienne indiquant le duel ''=i- M , 
justement vers le temps même de cette évolution chez les Sémites. Une fois implantée 
dans l'Asie sud-occidentale, cette prononciation, interprétée par une racine sémitique, 
devait subsister sans modification. Peu importait le nom employé en Egypte par les 
indigènes, sous les Saïtes, sous les Ptolémées, sous la domination romaine; les Coptes 
avaient beau nommer leur pays rhaic, pour les Sémites il resta Misr, et c'est ce nom 

1. Pour la vocalisation m", se rappeler que la lettre m transforme en ou. les sons à et X. 

2. Dans d'autres mots, au contraire, r<zr> ne se prononçait pas dès les plus anciens textes (Jéquier, 
Recueil de trac, XXXIV, p. 121). 

3. P. Dhorme, La langue de Canaan, R. B., 1914, p. 355. 

4. KiNG, First ste/js in Assyr., p. 59. 

Reoue égyptologigue, 1. 20 



154 PIERRE LANGLOIS 



que les Arabes du VII* siècle après Jésus-Christ appliquèrent à l'Egypte en s'en em- 
parant. 

Pourtant je voudrais examiner maintenant ce que vaut la seule transcription 
grecque qui nous soit parvenue et tenter de rechercher si elle doit être considérée 
comme exacte pour l'époque d'Éphore, qui nous l'a conservée, c'est-à-dire au IV* 
siècle avant Jésus-Christ. Dans cette transcription, Ti-cîfiupi;, rien d'apparent ne 
laisse soupçonner la chute d'une lettre ou d'une aspiration; mais nous ne devons pas 
oublier que la prononciation du p grec ne correspondait pas toujours à celle de notre r 
français; témoins l'esprit rude ', transcrit par m en égyptien de l'époque romaine 
("PwfjLTjî = T ^'1 ^'' ^* ^®^ racines primitives grecques en Sp = j5, fp = 'p, etc., dans 
lesquelles le f ou s reparaissent, dans certains cas, sous forme de redoublement par 
assimilation (;p?T,$a de /pr/cvjfjt'.).' Cependant, si l'aspiration avait été encore très sensible 
au IV* siècle avant Jésus-Christ, nous aurions dû avoir *7iTcfJiupptî, de même que, par 

assimilation régressive, il est vrai. ^-^^-^ t ^^K L fJ ^ Nayeapo'ggi;. Certes le vague et 

l'incorrection, apparents au moins, de la plupart des transcriptions grecques nous en- 
gagent à nous défier d'un tel terme définitif de comparaison, surtout lorsque nous en 
sommes réduits à un extrait du IV* siècle avant Jésus-Christ, cité près de 1.000 ans 
plus tard par Etienne de Byzance ! Mais je crois qu'en somme la transcription est assez 
exacte, car le copte nous prouve que le génie de la langue, sur ses vieux jours, préfé- 
rait à l'assimilation la chute de la consonne avec redoublement ou allongement com- 
pensatif de la voyelle précédente; par exemple : ^ = Axeepe (au lieu de *A«.cppe), 

Û '^ % ^ = \\ ^ "ZZ , 1 ^'^^ = [] <=>% ^ = eioop (Maspero, Introd. à l'ét. 

phonét., p. 16), 1 1 ^^ ^ juHpc (•M:Xr;[jtjjLLipa, inundatio, œstuatio, Maspero, Et. 

égypt., t. Il, p. 5, note 4) et enfin '^{■^3^ = ^wp (M.) et nwujpe (Th.)'. Il est très 
remarquable que ce dernier mot ait eu déjà un doublet hiéroglyphique où le c^ avait 
disparu, \ -^&-, et qui offre avec le mot qui nous occupe ( iJ j ® ) ^'^^ analogie 
frappante'. Pour ma part, j'admettrai que, dès l'an 238 avant Jésus-Christ, la pronon- 
ciation était déjà conforme à la transcription d'Éphore' ; nous trouvons, en effet, ""^i- 

1. Maspero, Études do myth., VIII, p. 371. 

2. Voir la curieuse variante du dieu D U'IrJri'-' ^(JirVl (^i/"""-' "" ^'' ^t Instructions d'Amen- 

emhait I", édit. Maspero), où le =. et le -l apparaissent à partir du Nouvel Empire {Pap. Sallier, XIX' dyn.), 
copte n«^(^pi. Je ne ferai pas état de ces variantes, le signe -1 pouvant être interprété comme déterminatif 
pour l'idée de germination. 

3. Voir la note 2, p. 152, où la variante AienpiT (Memph.) paraîtrait pourtant indiquer pour p un reste de 
prononciation particulière à la Basse-Egypte, équivalant à un redoublement, ce qui s'accorde tout à fait avec 
notre hypothèse. 

4. Il est, d'ailleurs, très naturel que, s'il y eut jamais dans la prononciation un redoublement, il se soit 
perdu assez vite, la plupart des langues ayant une tendance à s'émousser à l'usage. Je puis citer de nos jours 



l'original égyptien du terme sémitique désignant l'Egypte 155 

au décret de Canope, orthographe où le détermiiiatif plionétique | était tombé, n'ayant 
probablement plus aucune raison d'être. 

Reste à rendre compte de la disparition en sémitique du premier élément de l'ex- 
pression, c'est-à-dire du mot ^^^^ f , ta, lo^ « la contrée, le pays ». Je crois qu'elle peut 
s'expliquer par analogie; les deux expressions, égyptienne et cananéenne, commen- 
çant de même par l'idéogramme, le signe-mot signifiant «contrée» (égypt. =;?^, ta; 
assyr. ^, matu). En égyptien, il se prononçait; en assyrien, non. Les Cananéens au- 
ront donc traité le groupe selon leurs usages graphiques, et V ^tt tj ^^UXt^. 
matu Mi^is-ri-i, devint très exactement l'équivalent de =^?^ |] j r\/^/i , {tà)-Moù~ 

En résumé, les Sémites, antérieurement au Nouvel Empire, probablement même 
avant le premier empire thébain, ont entendu dans le delta un nom désignant la Basse- 
Egypte tout entière ou en partie*. Ils l'ont transcrit par à peu près; puis, l'interprétant 
selon leur langue, ils en ont fait un terme fixe, définitif, pour désigner l'Egypte. Plus 
tard ils réimportèrent le même terme avec sa déformation originelle dans le pays d'où 
ils l'avaient tiré. Il serait curieux de voir ce qu'il en adviendra par la suite; mais il est 
extrêmement intéressant de noter que la lettre arabe j^ s perd en Egypte presque 
totalement sa valeur emphatique' ; et nous assistons probablement à un travail obscur 
de réassimilation pour le mot j,a^ , qui nous présente, dans le domaine linguistique, 
un exemple de cette faculté souvent reconnue qu'a la vallée du Nil de transformer et 
de modeler tout élément immigré selon ses propres usages. Peut-être le _^ de j,a-« ne 
deviendra-t-il plus dans la bouche des fellahs qu'une aspiration un peu rude devant 1'/', 
et le mot, parti d'Egypte bien avant le XV^ siècle avant Jésus-Christ, retrouvera-t-il 
un écho de sa prononciation primitive après une carrière de plus de trois millénaires? 
Il est possible; quoi qu'il en soit, les traitements très particuliers que certaines lettres 
arabes reçoivent dans le parler des indigènes, suivant les localités, rendent cette hypo- 
tlièse assez vraisemblable. 

Ce n'est pas sans raisons que je me suis abstenu jusqu'à présent de rechercher 

un exemple assez frappant, comprenant, au reste, à peu près le même groupement de phonèmes qui nous 
occupe : je veux parler du mot Lorraine. Du latin (X' s.) Lotharingia il a passé d'une part à Lotbringen 
et d'autre part à Lorraine. De nos jours, dans le parler vulgaire, le redoublement a disparu pour l'oreille, et 
l'on n'entend plus qu'une prononciation molle : *Loraine. 

1. Le grec t; = t', ta, io, est la forme allégée de l'état construit, prise souvent en copte par le substantif 
suivi de l'adjectif (Steindorp, K. gram.\ § 148; Sethe, À. Z., 43 (1906), p. 145|. Quant à la vocalisation sémi- 
tique mi au lieu de mou, elle vient d'une assimilation de voyelle a voyelle due à la sonorité ( dominante à 
cause de la finale longue ii >■ f (v. Brockelmann, Préris de linguistique sémitique. § 106). 

2. Le fait d'appliquer à l'ensemble d'un pays le nom de l'une de ses provinces n'a rien qui doive surpren- 
dre. Les Égyptiens agirent ainsi lorsqu'ils donnèrent le nom de Kharou à la Syrie tout entière (Maspeuo, 
Hist., Il, p. 210). 

3. SpiTTA, Gram. ri. arab. rulg., § 2, p. 9. 



156 PIERRE LANGLOIS 



l'origine et la signification de la locution égyptienne; c'est, en effet, une question très 
délicate, puisque, comme je l'ai dit au début de cette étude, nous ne pouvons qu'é- 
mettre des hypothèses. Je ne ferai donc que rechercher si l'une de celles-ci ne trouve 
pas un commencement de confirmation dans les quelques faits mis en lumière au cours 
de ce travail. Il est bien entendu, toutefois, qu'une réserve prudente s'impose tant que 
de nouveaux textes ne nous auront pas apporté des éléments de contrôle définitifs. 
Je ferai remarquer, avant tout, que les plus anciennes graphies citées plus haut 

donnent comme déterminatif le bassin i 1. J'inclinerai donc à nous maintenir, en 

gros, au voisina'^e des interprétations ne nous éloignant pas de façon sensible du sens 
primitif de ^^^ -i — r II est certain que le déterminatif ■■ — r était extrêmement ancien, 
— sinon primitif, — puisque le mot mrj « aimer » est écrit ^^ i — r dans les textes 
des Pyramides. Le sens de <::> était « lac, bassin » et aussi « canal » ' ; nous retrou- 
vons ce dernier sens dans les inscriptions de Séhel I j. Le delta était sillonné de 
canaux naturels ou artificiels, entrecoupé de lacs de plus ou moins d'étendue. L'isthme 
de Suez actuel était autrefois presque entièrement barré par des lacs, des lagunes que 
le Cananéen émigrant, après avoir franchi les murs de défense, avait à côtoyer pour 
pénétrer en Egypte. Une fois, en Goshen, c'était tout un réseau de canaux distribuant 
l'eau fécondante par tout le pays. Rien ne pouvait plus frapper l'imagination des Sé- 
mites descendant des plateaux arides de Moab ou de Judée, tombant, après la traversée 
du désert, dans une contrée largement irriguée. Pour les Égyptiens eux-mêmes, le 
delta était un territoire où, depuis les temps les plus reculés, la navigation jouait cer- 
tainement un très grand rôle, non seulement pour le transport des récoltes, mais aussi 
pour l'importation des bois par exemple, ainsi que l'a fort justement remarqué Capabt'. 
Il y avait à coup sûr, à l'origine comme plus tard, des ports importants en de nom- 
breux endroits'. Le mot désignant la chaussée où les bateaux pouvaient s'amarrer et 
décharger leurs marchandises, l'équivalent de notre «port», \\\\ mrjt, a donné 

le copte JûLpu), portas, en thébain, et eAifcpto, cAinpi» en memphitique. Le mot <=> <^—^ 
désigne aussi le rivage, la berge divinisée sous la forme des déesses protectrices de 
l'une et l'autre rive. Le tout semble se ramener à une racine M- R, qui a subsisté en 
copte sous la forme iio-s-p, Aïop, ligare, «lier, assembler», et dont Brugsch a très 
bien analysé les dérivations diverses'. Le bassin n'est que l'eau retenue par des liens 

1. Puis, secondairement, dès l'empire memphite, « pâturage, terrain irrigué par les canaux, V\ i i i). 

(Voir la forme intéressante t^^^^I sur le bas-relief d'Ichetaa |I1I' dyn.) au Louvre, et W., 1.623, .) 

Cf. les décrets de Koptos, étudiés par A. Moret, Chartes d'immunités (J. asiat., mars 1916, p. 275, n. 7). 
8. Les Origines de la Cieilisation é'.iyfitienne. p. 32. 

3. Rapprocher N'i'j/.patic = (Jlj/www, de même ^^^Z. • Mipsia, /S^ "v\ 

^^^ ® ayant à l'origine le sens de « ville du havre », u Le Havre ». 

4. Wôrt. S., p. 616 et sq. * ^ 



l'original égyptien du terme sémitique désignant l'Egypte 157 

qui sont les digues (mrjt), et l'ensemble des bassins limités par les chaussées devenait 
synonyme de l'inondation maîtrisée, parquée en quelque sorte pour les besoins de 
l'agriculture (* mou-méré = aqua alUgata, d'où, avec ellipse de mou, juiHpe, inun- 
datio). — Je crois donc que primitivement le sens, très largement interprété, de 
""■^(JlczzD devait être «le territoire de l'inondation captée», et plus littéralement 
« endiguée »', et que l'existence du bourg actuel de Demeirah ('t«.AiHipe) , situé dans le 
delta, à une dizaine de kilomètres au nord de Talkha-Mansourah, sur le Bahr-Chibîne, 
nous indique très probablement la localité ainsi nommée à l'origine et dont le nom se 
sera, par la suite, étendu au delta tout entier. 

Avant d'en finir, je voudrais appeler l'attention sur une interprétation du passage 
d'Éphore, qui ne me paraît pas avoir été envisagée : AéXxa v?)ao; aIyutixou wç "E^opo?, 

xax' AiY'jTCTi'ou; xa)vOUfji:'/irj TTTifiUpii; cltÙ) toû a^iri[JiàTOi; ô(JiotoxTfixo; — « Le delta 1 île d Kgyptô 

selon Éphore, appelée par les Égyptiens Ptimuris, d'après la similitude de sa forme. » 
Je conclus de ce texte que non seulement les Grecs avaient reconnu la similitude de 
lettre a avec le plan de la Basse-Egypte, mais que les Égyptiens eux-mêmes avaient 
déjà fait une remarque analogue. Pour eux, un des noms les plus anciens de la houe 
était certainement mr (quoique non attesté)', d'où le syllabique '"=:3l = mr; la houe, 
dans beaucoup de textes, a cette position >*>— > : y. Or, cette figure est assez voisine 
du delta grec -A^, et il est probable qu'au IV« siècle avant Jésus-Christ, les Égyptiens 
du delta, en interprétant Tfc'jjtupiç aux voyageurs, l'expliquaient en leur montrant le 
signe y, ce qui leur donnait peut-être pour eux-mêmes une étymologie populaire : 
« le territoire de la houe ». La similitude des deux figures, seule, aura frappé Éphore, 
d'où son observation parvenue jusqu'à nous . Je dois ajouter à ce sujet que le sens in- 
diqué par Brugsch ( W. S., p. 617) pour (l(| , équivalant à l'hypoténuse d'un 
triangle rectangle, confirmerait étrangement cette façon de voir. Dans la figure A^, le 
côté AB, appelé en égyptien M , serait, en effet, pour le plan du delta', « le ri- 
vage, la bordure » de la mer. 

J'ai dit plus haut qu'il nous serait peut-être possible d'expliquer l'origine du 
phonème '''r'', que nous avons reconnu avoir été décomposé par les Sémites en deux 
éléments, s et -i, à la transcription. Les observations que je viens de présenter, rame- 
nant, selon toute probabilité, notre locution à la racine qui aboutit au copte *xoTp, 
ligare, éclairent, ce me semble, la question d'une vive lumière. Je pense qu'à l'origine 

1. Voir la n ote de Brugsch, W6/-(. S., p. 616, et la mention du berbérin DbmIra = ^J_J) au sens de 
l'inondation (= ''"^ (||®)- 

2. Lacau, Rec. de trao., XXXV, notes de gram., p. 230. 

3. Se souvenir que, les Égyptiens s'orientant face au sud, le plan du delta devait avoir pour eux la 
forme A. 



158 PIERRE LANGLOIS 



la racine était une II"" v^, soit *mwr, et qu'en étudiant attentivement les éléments qui 
en ont subsisté, nous pourrons nous rendre compte que les changements qui se sont 
produits peuvent s'analyser assez régulièrement selon les lois générales régissant les 
IP w. Il est bien entendu que la présence du phonogramme bilitère ^^=31 m-\-r n'ap- 
porte aucun obstacle à cette hypothèse, Sethe ayant reconnu que les signes appelés 
autrefois « syllabiques » s'employaient même là où, en plus d'une voyelle, se trouvait 
encore un j ou un w entre les deux consonnes {A. Z., 45, p. 39). Ceci posé, ne trou- 
vons-nous aucune trace de ce v^ avant le copte? Je vois un renseignement intéressant 
dans le signe ï) figurant dans l'exemple du Moyen Empire cité par Gardiner ^=?^^ \S 

Ç®). I) est placé là comme déterminatif phonétique avec la valeur ^^^ qu'il 
a dès l'Ancien Empire, et nous ne pouvons songer à supprimer purement et simple- 
ment le fl pour ne laisser à que la valeur mr. Il est vrai que la valeur de a 

est encore discutée et que Maspero y reconnaissait « une orthographe approchée pour 

rendre un son égyptien un peu étrange »', ce qui nous laisse une certaine latitude. 

En tout cas, le son étant à l'origine plutôt emphatique et lourd, — qu'il s'agît d'une 
voyelle ou d'une gutturale, — je ne crois pas téméraire d'admettre qu'il a pu prendre 
dans quelques cas, dont le nôtre, la place d'un son ô long provenant d'une diphtongue 
aw, ow. J'ajouterai, pour justifier mon hypothèse, que le mot ^v y existe en 

arabe sous deux formes, avec la diphtongue en arabe ancien jy, màw-s, « bananes », et 
avec la réduction en voyelle longue dans le parler moderne jy môz^ Le détermi- 
natif phonétique ^ placé à la suite de ^^ nous autorise donc à supposer avant Vr un 
son voisin de w non vocalisé, fermant une syllabe, comme par exemple in^io-ri et avec 
la réduction de la diphtongue môri. Pourtant l'emploi constant, dès les plus anciens 
temps, de ^==5:. pour rendre M -]- R, aussi bien que M -|-W+ R\ me pousse à admettre 
que le w primitif a vraiment perdu de très bonne heure sa valeur propre dans la racine 
qui nous occupe. Il a suivi deux tendances différentes : 1" d'une part, conservant 
quelque chose du son primitif, il est devenu une sorte de spirante/', f passant à la 
spirante dentale p au contact de 1'/' et finissant par faire corps avec lui pour produire le 
phonème rude particulier '^r^, plus tard affaibli lui-même en un simple esprit rude ' 
précédant 1'/" : V-. Il n'a, en ce cas, gardé le souvenir du w primitif que par la voyelle 

1. Maspero, Introcl. à l'étude de la phonétique, p. 102. 

2. Le 3 « en place de Vr peut s'expliquer de la façon suivante : ^^\ y ancien est devenu plus tard 

.=^V| y {m"u-r > m^^r > mô'^r et par métathèse mô{r]\>), puis, par chute de 1'/-, ^\ \j (Abydos, 

XIX' dyn.), morf > môa et enfin môJ. — Voir l'interprétation très différente de Maspero, Les Instructions 
i/'Amenemhait l", gloss., p. 80. 

3. A moins d'admettre une métathèse graphique dans v\ Q pour y- v\ <::::=> , ce qui est bien 



l'original égyptien du terme sémitique désignant l'Egypte 



159 



longue ôU, ô (iioTp, iULop). 2" D'autre part, le ic, s'étant de bonne heure amolli enj au 
contact de Yr^ s'est conservé sous cette forme dans certains cas particuliers, principa- 
lement sous l'influence d'une désinence en r suivant IV, devenue e en copte : ju&ipe, 
juuupe {fasciculus alligatus). J'ajouterai que dans le bohérique SLÊpu) ou JCinpio je con- 
sidère le A et le n, prononcés v et ph, comme un vestige du ic primitif, correspondant 
au y secondaire de Axajpe. Je résume le processus que je viens d'indiquer par le tableau 
suivant : 



^(MWR) ligare' 






mour (xio-yp) 



(Aieppe) ligamentum (M.&jpe, AXHipe)' 



AicTpestx. 
u.ecTpeJUL 

I 



Me voici parvenu au terme de cette longue analyse. Je ne suis pas certain d'avoir 
à coup sûr pu remonter aux origines de l'appellation sémitique désignant l'Egypte; 
mais je crois avoir pu démontrer qu'à la suite d'un examen approfondi certaines déri- 
vations, inacceptables à première vue, peuvent peut-être s'expliquer. En tout cas, il 
me semble avantageux de ne pas laisser indéfiniment dans le vague des problèmes qui, 
après tout, doivent pouvoir se résoudre. On risque évidemment l'erreur, mais d'autres 
sont là qui la discuteront, puis la redresseront; et, somme toute, comme l'a dit Bacon', 
la vérité sort plutôt de l'erreur que de la confusion. 



1. Je veux signaler, en passant, la concordance extraordinaire des deux racines, égyptienne et assyrienne 
(égypt. AiOTp, à *M\VR, et assyr. MaSâRu), qui signifient également «lier ensemble, en faisceau». — Le 
u3, en assyrien, aurait déjà subi une transformation analogue à celle analysée au cours de cette étude. Cela 
semble indiquer une racine commune mwr, ligare, en proto-sémitique. 

En fait de rapprochement curieux, je lis dans Maspero {Hist., II, p. 39, n. 7; qu'il y avait en Chaldée, à 
l'époque d'Hammourabi, une ville nommée Mairou, Meir, qui possédait beaucoup de bateaux et qui a pu, par 
conséquent, avoir la signification de « havre ». Serait-ce là le doublet chaldéen de l'égyptien i\fry (Mêré), un 
reste affaibli comme en Egypte de la racine proto-sémitique, non encore emphatisée ? 

2. '^aJULHipe : Demeirab, bourg du delta, cité plus haut. 

3. Cité par Renan, Soucenirs d'enfance et de Jeunesse, p. 818. 



160 PIERRE LANGLOIS 



[Un dernier mot pour répondre à une objection possible. Comment expliquer, si 
mon hypothèse est vraisemblable, que Mezralm soit devenu un personnage éponyme 
de l'Egypte dans la Bible et dans la tradition copto-arabe, celui « dont les compagnons 
bâtirent Mâfah (Memphis) » (Carra de Vaux, Abrégé des Merveilles, p. 233)? Je 
crois qu'il }■ a là une tradition tout à fait différente, qui, par la suite, se sera fondue 
avec celle concernant le pays. Le Mésraïm, le pseudo-Menès de la tradition copto- 
gréco-arabe, remonte, je crois, au nom d'Horus de Chéops, ^W>^ hrw Mdrw, 
*Mé::rou. Les constructions de ce roi étaient assez fameuses et avaient laissé assez de 
souvenirs pour que l'identification fût possible. Notons d'ailleurs, sur la rive droite du 
Nil, en face de Memphis, la localité à'El-Ma'sara, au pied presque des carrières de 
Tourah, dans lesquelles peinèrent si fort les sujets de Chéops, s'il faut en croire la tra- 
dition, et qui représente probablement l'emplacement de la ville ouvrière antique qui 
dut certainement se construire là pendant les travaux de la grande pyramide et dont 
le nom arabe serait le seul écho parvenu jusqu'à nous.] 

Annecy, le 26 juin 1919. 

Pierre LANGLOIS. 



NOTES 

1° J'aurais été tenté de rapprocher le copte ejuie, «.aic, aratrum, de la racine mr ou 
m(w)r (?), qui a donné Aie, amare, par amuissement de \'r, et AÎp, ligare, — mais exic 
a le sens plus spécial de manica aratri, et je crois impossible de n'y pas reconnaître le 
mot "^ ^ï^ " le poing, la poignée », puis A%^ = « outil », ce qui corres- 

pondrait à notre terme « mancheron » de la charrue. Ce mot «le représenterait l'ancien 
outil '^^=, employé plus tard dans l'écriture avec les valeurs im, puis m (à côté de 
gs). Il se peut qu'à l'origine ^=:::= ait représenté une fourche d'arbre 
naturelle. Plus tard on aurait perfectionné cet outil en le com- 
posant de deux pièces assemblées, liées fortement, ainsi que le 
représentent très nettement les figures égyptiennes pour la houe et même pour la 
charrue : 







MoRET, Cararl. ^^ Maspbro, HisL., I, p. 67, Bœc/eker\ p. 155, 

relig., p. 133. \ tombeau de Ti. tombeau de Ti. 



L ORIGINAL ÉGYPTIEN DU TERME SÉMITIQUE DÉSIGNANT l'ÉGYPTE 161 

De ce perfectionuement a dû naître un terme, très voisin du premier, probable- 
ment, mais tiré de la racine m{w)r = ligare, dont on n'a encore retrouvé aucune 
trace, mais qui a certainement existé, puisque l'idéogramme '■=:3l a servi depuis les 
temps les plus reculés comme phonogramme bilitère MR. 

Il est extrêmement curieux de voir que dans la famille indo-européenne, chez les 
latins, le mot ligo « hoyau » a dû naître de la même façon (quoiqu'on ait proposé de le 
dériver de la racine tiàocy « frapper»). Il y a d'ailleurs la même confusion et probable- 
ment une origine unique dans les dérivés de lëgo et ligo {ligare, dltigere). Même rap- 
prochement à faire pour l'égyptien : '-^r., ligare; ^-^cc, diligere. Il faudrait donc con- 
sidérer ''=:3:. = ligare comme le terme primitif et '■=:=r. = diligere comme un sens 
secondaire. 

2° Etienne de Byzange {I, '.)!) nous a' conservé un écho de la tradition sémitique 
concernant le nom de l'Egypte sous la forme mvapa. Brugsch [Die Geogr. des ait. 
Aegyptens, p. 73) corrige ainsi le passage : (s. voc. aIyotitoï) Ixim /.aX MrsPA i\ ji^^n àTzh 
<i>o'.vîx(ov, et rapproche mvspa de la forme sémitique connue. Il est certain que mvapa 
provient d'une erreur paléographique; mais la restitution pourrait être aussi bien mvapa 
que MVi:pA, que le texte, origine de la mauvaise lecture, fût écrit d'ailleurs en onciale 
ou en cursive. La source où a puisé Etienne de Byzance est ancienne et paraît re- 
monter bien au delà des Septante, puisqu'elle garde la vocalisation mv, mou, des textes 
cananéens d'El-Amarna, disparue par la suite, ainsi qu'on l'a vu plus haut. Qu'il y eût 
dans le texte a ou s, la question est de peu d'importance, puisqu'en définitive les Sé- 
mites avaient transcrit la dentale ou spirante interdentale égyptienne par une sifflante; 
ce qui est intéressant dans cette variante, c'est la vocalisation en ou, mv, pleinement 
d'accord avec la vocalisation cananéenne du XV^ siècle, Mu-sur, et la transcription 
grecque du IV« siècle avant Jésus-Christ : — t,aupi<;. 

3» Au sujet de la variante \>- y©, citée par Gardiner, j'avais porté mon atten- 
tion sur une formule des Pyramides, plusieurs fois répétée, où je pensais voir employé 
le même signe-mot phonétique p'. Cela me paraissait d'autant plus intéressant que le 
phonogramme bilitère "■^aL, deux fois employé à quelques mots de distance, était ac- 
compagné de deux signes-mots différents : S dans le premier cas, i — r dans le second. 
M. A. MoRET, qui a eu la bonté de revoir, à mon intention, les différents textes sur 
l'édition Sethe, m'indique que le signe-mot phonétique en question, S, est le vase à 
lait', et me signale que \ nir, « bassin, vase (pour le lait) o, des textes des Pyra- 
mides (N., 1. 258) est remplacé par ^^^^ nikrt', avec le même sens, sous le 

1. Cf. M. 32, T. 284, P. 53, N. 65. 

2. Cf. T. 266, M. 421. 

a û X 

3. On rencontre aussi la forme V\ wwva t. 

_S^ ra 

Reçue éyyptologigue, I. 21 



162 PIERRE LANGLOIS 



Nouvel Empire'. Cette communication, dont je lui suis très reconnaissant, m'apporte 
une aide précieuse. Voici noté cet esprit rude ', affaiblissement de .}), dont je soupçon- 
nais la présence devant 1'/' et dont il était difficile de prouver directement l'existence. 

De plus l'orthographe portant o m'encourage à voir dans ce signe un vestige de la 

vocalisation sourde en ou, comme je l'ai admis plus haut. Il convient de noter, d'ail- 
leurs, que c'est vers le même temps que, d'une part, on ajoute de façon constante le 
signe-mot phonétique j à la suite de \\ et qu'on introduit, d'autre part, l'ortho- 
graphe nouvelle V\ § au lieu de O. Sans entrer dans plus de détails sur 
ce point, il me paraît certain que sous la graphie se cachait quantité de pronon- 
ciations différentes, évoluant elles-mêmes avec le temps, et correspondant à des mots 
différents, quoique issus peut-être d'une même racine. Les signes-mots phonétiques 
ajoutés à la suite du groupe avaient bien pour but de faciliter la lecture, mais il y eut, 
de bonne heure, une grande confusion dans leur emploi, et pareille confusion a pu se 
produire entre p et Ç , peut-être même entre ■[ et f. Quoi qu'il en soit, ces variantes 
prouvent qu'en plus d'une voyelle il y avait décidément un phonème particulier entre 
les lettres M et R du phonogramme *■==£., au moins dans le mot qui a fait le sujet de 
mon étude, et que ce phonème, comme je l'ai proposé, peut avoir été un w à son 
origine. 

1. Cf. A. MoRET, Chartes d'immunités, III, p. 205, n. ~. 



MONUMENTS EGYPTIENS DE U COLLECTION DU COMTE DE SAINT-FERRIOL 

(autrefois au château d'Uriage; — actuellement au Musée de Grenoble) 

(Suite et fin) 



VI. — Statue au nom de Neferrenpt (Pl.V). 

Grès. Haut., 0™,49; longueur de la base, 0'°,38; larg., 0",22. Bon travail; la gravure des 
textes est fruste. 

L'homme est représenté assis, jambes repliées, devant une cuve à libations. Il 
porte perruque à petites mèches, robe longue; sur l'épaule droite repose une grande 
menjt (^, dont le manche était tenu par la main droite (qui manque). Le dos de la 
statue forme dossier; la base forme socle. 

Les textes se distribuent sur le dossier, le devant de la statue, autour de la cuve 
a libations et autour de la base. 



Dossier 



u 



w^, 



n 
I I 



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AP 



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j\ 



Z(sic] 






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O I 



(Ij « (Une offrande) que donne le roi [à Amon-Ra], 
résidant à Deser-Deserout (Deir-el-Bahari), à Hathor, 
qui est à la tête de la montagne (d'occident)', — pour 
qu'ils donnent de naviguer vers (2) Ip-îsout (Karnak) 

pour tous, de sortir avec elle pour voir Amon en 

sa belle fête de la vallée", de prendre (3) les étoffes 

pures' et l'abondance' là, en ce jour, — pour 

le /.'/ du héraut, directeur de maison', Neferrenpt, 
m. k. » 



1. Cf Sethe, Ur/cunden, IV, p. 432,'où le proscynème s'adresse 

' [ÏÏî?^.fli^¥ """^°'' '^"' "' ' " '*'" '" '' 

montagne (à l'occident de Thèbes) et résidant à Deser-Deserout u. 
Sur notre statue, la divinité qui reçoit avec Hathor la formule est 
certainement Amon, qui était adoré avec Hathor à Deir-el-Bahari 
(cf. supra, p. 7, et Urk., IV, p. 919 et 1^16). 

2. Cf. Urk., IV, p. 919, où il est question d'(i aller voir Amon en 

sa fCH^ Oeser^De^erout.., ^-^lî^^^WZ 

/ t^ - n \\ I 1- Il s'agit ici de la vallée des Kois, centre 

des sépultures royales, voisine de Deir-el-Babari. 

.3. Cf. Urk., IV. p. 112, au sujet des étoffes provenant de la dé- 
pouille des statues divines, données aux morts. 

4. Cf. Urk., IV, p. 481, 1467. 
5. C'est-à-dire : d'une des administrations rovales. 



164 



A. MORET 



Devant la statue : 1" Sur la robe 

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ollll 

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2» Sur le côté gauche 

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m 
n 



^ I 






(1) « Tout ce qui sort sur la table d'offrandes d'Hathor, (2) maîtresse à la tête de 
la montagne (d'occident), pour le ka du serviteur royal', dont les (3) deux mains sont 
pures, majordome* du seigneur des Deux-Terres, directeur de maison, (4) Neferrenpt, 
m. k. Il dit : « Je suis (5) celui qui joue du sistre pour ma maîtresse, le héraut de la 
maîtresse de la Justice, celui qui fait monter (6) la plainte de toute personne à (la 
déesse) Noub' jusqu'à l'intérieur de son sanctuaire; (7) mes deux mains sont pures' 
pour présenter à la maîtresse de la Justice (8) les meniout, par-devant l'ennéade des 
dieux, — pour le ka de . . . (1) Prendre les pains (provenant) de la table d'offrandes, 
et sur l'autel de (2) celle qui est à la tête de la vallée (funéraire), — pour le ka du 
serviteur royal, dont les deux mains sont pures, (3) majordome du seigneur des Deux- 
Terres, directeur de maison, Neferrenpt, m. k. » 



Autour de la cure : 



w™wn: 



n; 



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irM 



^ I 



U 





O I 



(1) «Prendre les subsistances et les offrandes de chaque 

jour; (2) prendre les provisions sorties par-devant (la déesse) sur l'autel 
de la maîtresse de la Justice, — (3) par le serviteur royal, dont les deux 
mains sont pures, le majordome du seigneur des Deux-Terres, Nefer- 
renpt, m. k. » 



1. Le J y, var. 1 5? y (cf. ¥ j ""^^ . ^ V yf'' "^"-'^ "'^' ^' icdpw, est un serviteur, qui est plus parti- 
culièrement un échanson. Cf. Urk., IV, p. 917 : t5 1 qualifie un serviteur qui apporte à boire à son maître. 
L'échanson de Ra s'appelle wdpw n R'a : Pyr., 12U b. — 2. Litt. : «grand de l'entrepôt». — 3. La dorée, 
épithète d'Hathor. — 4. Cette phrase confirme la traduction traditionnelle de l'épithète f 1 «pur des 



MONUMENTS ÉGYPTIENS DE LA COLLECTION DU COMTE DE SAINT-FERRIOL 165 

Pourtour de la base. Du milieu partent deux lignes horizontales )»-^ -t— ««, avec 
^ comme début commun; elles se rejoignent derrière la base. Une partie des lignes 
est en écriture secrète, d'un déchiffrement difficile à cause de l'usure de la pierre. 

mun aux deux textes). 

Le proscynème commence et se termine en écriture ordinaire. A droite, il invoque 
l'ennéade divine qui réside à Deir-el-Bahari, à gauche Osiris Khentamenti, en faveur 
de Neferrenpt. Les parties en écriture secrète sont d'une lecture trop incertaine pour 
que je puisse en tirer parti. 

L'intérêt de ce monument est dans les textes qui caractérisent le rôle de Nefer- 
renpt auprès d'Hathor, en son temple de Deir-el-Bahari. Au point de vue religieux, 
il remplit les fonctions de a joueur de sistre '),(]§ ^ Ihj, et il présente aussi à sa maî- 
tresse le « collier», \\ ^> mnjt, qui, avec le sistre, constitue l'emblème favori de la 
déesse «dorée» (/pj^sia)'. Neferrenpt a donc le droit de pénétrer dans le sanctuaire, 
aussi répète-t-il à plusieurs reprises qu'il a les « mains pures », c'est-à-dire qu'il béné- 
ficie des purifications rituelles nécessaires aux prêtres de service. L'accès au sanctuaire 
permet à Neferrenpt de remplir aussi la fonction de « héraut », | ^ whm, auprès de 
sa maîtresse Hathor; c'est dire qu'il sert d'interprète, de porte-parole à tous ceux qui 
implorent la maîtresse de la Justice. Le texte de la page 164 dit, en employant les 
termes techniques du langage judiciaire ^ qu'il « fait monter la plainte de toute personne 
à la déesse dorée jusqu'à l'intérieur de son sanctuaire». Ainsi existait-il à Deir-el- 

deuz mains», portée par Neferrenpt, traduction que M. Gauthier remplace sans motif, me semble-t-il, par 
«serviteur nettoyant les mains» [Bulletin IFAO., XIII, p. 164). 

1. Dans son mémoire sur Vàrriture secrète {Bibliothèque ctjiiptoloriique,^ , p. 49 sqq.. Th. Devbria n'a pas 
traité de ces inscriptions, mais il avait dans ses notes la formule de droite, que Maspero a publiée à la fin du 

mémoire (p. 80). La transcription diffère de la mienne : lA \ U '^— y /"^ T >J ^l\ ^rtX W 



W ^^ «Ml 

8. Voir, sur le rôle que jouent, dès la Xll' dynastie, sistre et collier dans le culte d'Hathor, Blackmann, 
The Rock Tombs of Meir, I, p. 23-E5. Pour la XVIII' dynastie, cf. Gardiner, Tomh of Amonemhcl, pi. XIX, 
« musiciennes d'Amon et d'Hathor jouant de la menjt », et pi. XX, « joueurs de sistre de la Dorée » maniant 
des castagnettes. 

3. <:ii> ^P''t, «la plainte en justice»; cf. le texte de Rekhmara, où le vizir siège pour entendre les épnv 

dans le tribunal du vizir lA. Moret, L'appel au Roi, p. 150), et le passage analogue de la stèle du Louvre C, 
86, 1. 16 (cf. Pap. Prisse, IV, 4|. 



166 A. MORET 

Bahari, auprès d'Hathor, comme dans la plupart des autres temples, un tribunal ecclé- 
siastique qui recevait la «plainte», <:3> iprt, de tout individu; notre « héraut» était 
le porte-parole des plaignants. Nous avons vu, à propos de la stèle du vizir Ouser, 
comment le dieu donnait ses audiences lors des sorties de la statue dans la barque 
sacrée [supra, p. 13). XVIII" dynastie. 

Les stèles VII, VIII, IX, X, appartiennent au type des monuments funéraires ex- 
clusivement consacrés au culte des dieux et au culte des défunts. 

VII. — Stèle rectangulaire, à gorge, au nom de (Amen)emhat'. 
Calcaire. Haut., 0™,88; larg., 0™,57. Très bon style; conservation bonne. (Grenoble.) 

La stèle présente le type de la fausse porte du Nouvel Empire : bloc rectangulaire, 
où les montants, le linteau et la gorge égyptienne se détachent en saillie sur un champ 
en retrait, où les battants de la porte ne sont même plus indiqués, et qui est divisé 
en registres comme une stèle ordinaire. 

Au-dessous de la gorge, bien dégagée et décorée de palmes (rouges), le cadre, en 
saillie, présente sur le linteau : 



a 

le sceau au-dessus du vase à libations, encadré des deux yeux (cf. supra, p. 9), et 
des deux Anubis, à droite « Anubis résidant le temple », à gauche « Anubis dans Out », 
c'est-à-dire : le dieu des vivants, d'une part, et, de l'autre, le dieu des morts. 
Une inscription verticale est gravée sur chaque montant : 

« Une offrande que donne le roi à Anubis résidant dans le temple, pour qu'il donne 
tout ce qui sort sur sa table d'offrandes au ka du chef des orfèvres (Amen)emhat, m. k. » 



'^^-"-■-Mfsxnî-'îJ' 



(( Une offrande que donne le roi à Osiris, le dieu grand, seigneur d'Abydos, pour 
<iuil donne le doux vent du nord au ka du chef des orfèvres (Amen)emhat, m. k. » 

Les deux inscriptions offrent d'une façon très claire ce que le défunt attend, 
suivant le cas, dans ce monde et dans l'autre. Sur terre, il demande à participer aux 

1. Le début du nom est martelé partout; c'est vraisemblablement Amon. 



MONUMENTS EGYPTIENS DE LA COLLECTION DU COMTE DE SAINT-FERRIOL 



167 



offrandes que reçoit le dieu « Anubis résidant dans le temple » ; à cet effet, une statue 
de lui, ou peut-être cette stèle même, était déposée dans le temple d' Anubis (sur ce sujet, 
cf. p. 8). Dans l'autre monde, Anubis de la nécropole {Out) ou Osiris lui assureront 
une vie plus « spirituelle » par la seule inspiration du doux vent du nord. Tandis que le 
cadavre réclame des aliments, lame auprès d'Osiris tire sa vie d'une nourriture im- 
matérielle. 

A l'intérieur du cadre, le champ évidé de la porte comporte trois registres. 

Registre supérieur. Scène d'adoration à Osiris. 

A gauche, »»— »• dans un naos soutenu par deux colonnes lotiformes, dont la gorge 
est décorée d'urseus lovées, Osiris, coiffé de la couronne atef, vêtu du maillot funèbre, 
avec collier large et menkhit, est assis sur un siège, tenant à deux mains le sceptre 
composite, formé des signes réunis de la force, vie, stabilité • lyU- 

Du plafond pendent des petites feuilles, qui évoquent le mystère d'« Osiris végé- 
tant I). A l'intérieur du naos et devant le dieu, une petite Isis, coiffée du signe j|, avec 
perruque divisée sur l'épaule, robe longue à bretelles, se tient debout, mains pen- 
dantes *»—*■. 

Au-dessus des personnages : )t*-^ 



11 



« Osiris, seigneur du ciel, dieu grand, régent de l'éter- 
nité; qu'il donne toutes choses bonnes, pures, en toute place 
divine du temple de Phtah. » 

Devant le naos, deux tables d'offrandes bien garnies de 
viandes, pains, fruits. 

A droite : -«— «« trois personnages debout, les mains 
levées dans l'attitude de l'adoration : 

Le premier est le défunt titulaire de la stèle; il porte la 
perruque courte, surmontée du cône'; le torse est nu ; autour 
des reins le pagne court, et par-dessus un jupon long, trans- 
parent. Le second est sa femme, coiffée d'une perruque lon- 
gue, avec cône, vêtue d'une longue robe ; tandis que l'homme 
adore, la tète droite, elle incline la face. Le troisième est leur fils; il a une perruque 
courte, sans cône, et le même costume que son père; il est plus petit de taille que ses 
parents. 

L'inscription verticale, en colonnes de longueur inégale, au-dessus des person- 
nages, est assez mal conservée. 

1. Le « cône » est une masse conique de graisse odorante, posée sur la perruque pour humecter et parfumer 
les cheveux. Cette mode apparaît au temps des Thoutmès. Cf. Gardiner, Tomb of Amenemhêt, pi. XV et 
XVI : des serviteurs disposent la graisse parfumée sur la perruque des invités dans un banquet. 



à— a 



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168 



A. MORET 



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-S^ D D 



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« Adoration à Osiris, prosternement devant Ounnefer, pour qu'il donne (une sépul- 
ture) bonne après la vieillesse, un enterrement à proximité de Memphis, au ka du chef 
des orfèvres (Amenem)liat. — Sa sœur, sa chérie, la dame Ten-'asherou ; son fils Pe- 
pi'aj. » 

Registre moyen. Il est occupé, sur toute sa hauteur, par un défilé de quatre 
femmes, vêtues de la robe longue, avec perruque, et de trois hommes, vêtus du pagne 
court ; femmes et hommes sont alternés ; la première femme porte seule un cône sur sa 
perruque; le premier homme a seul une perruque courte, les autres ont la tête rase. 
C'est une femme qui est en tête; elle adore des deux mains; les suivants ne lèvent 
(|u'une main et tiennent de l'autre une offrande, des oies ou des fleurs. Au-dessus des 
personnages, leurs noms, à demi efïacés : 

¥ ^ ¥ ■¥ ¥ ¥ ¥!IS3 



L=vi 






A 



« Sa fille Moutmedt, m' k.; 
n Son fils P'ahou (?); 
» Sa fille T'aj ; 
» Son fils Ou'ah; 

Reijislre injêrieiu'. Quatre lignes horizontales 



» Sa fille Nefertij; 
» Son fils . . .ipou; 
I) Sa fille Phtahmert. » 



lUfSil 



';:37 -ig- 



l!l 



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,7ri'r' 



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(sif)_ 

n" i/w 



Mtïl: 



in 



1. Noter les graphies en v\ final. 



Revue Egypïologigue, N. S. t. I. 



PI. V 





Stèle carienne 




Anubi: 



Fragment anépigraplie 





f^Tj.f^JZ. « ■?'- : •-'- rr-'-^' '^JtMÏ^^^aiil 









Statue de N'elen'enpt 



Stèle de Kouban 

Fragnieiu iiifcrteur 



MONUMENTS ÉGYPTIENS DE LA COLLECTION DU COMTE DE SAINT-FERRIOL 160 

(1) « Une offrande que le roi donne à Osiris, seigneur de Rostaou, le dieu grand, 
régent de l'éternité, pour qu'il donne ce qui sort à la voix, pains, bières, viandes, vo- 
lailles, (2) vêtements, encens, fards, milliers de toutes choses bonnes, pures; (la faculté) 
d'entrer et de sortir dans Rostaou, de respirer le vent du nord (3) issu de la narine (du 
dieu), des provisions d'offrandes dans la salle large des Deux-Justices, — pour le ka 
du chef des orfèvres (4) (Amenem)hat, m. k., et de sa sœur, sa chérie, la dame Tenî- 
sherou. » XIX" dynastie. 



VIII. — Stèle cintrée au nom de Nem-Phtahm'a. 



Calcaire jaunâtre. Haut., 0'",88; larg., 0™,30. Bon style, conservation bonne. (Grenoble.) 

La stèle comporte trois registres. Par une anomalie rare, le dieu et les défunts, 
qui reçoivent le culte, sont figurés à droite du spectateur, et non à gauche, comme 
c'est la tradition. 

Registre supérieur. A droite, est assis Osiris t—m, vêtu du maillot funéraire, coiffé 
de l'atef, les mains, ramenées sur la poitrine, tenant j et A. En face de lui >•»—»•, le 
défunt, tête rase, pieds nus, le torse ceint du pagne long, transparent et plissé, noué 
au-dessous du nombril, suivant la mode du Nouvel Empire, fait de la main gauche une 
libation avec un vase y et lève la main droite pour adorer. Deux filets d'eau tombent 
du vase sur le rebord d'une table d'offrandes, chargée de pains. 

Au-dessus des personnages : 



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^ 



13 



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11 



|î[\^\y] 



« Pour le ka du grand favori 
de Phtah, seigneur de la Justice, 
le prêtre d'Amon, Nem-Phtah- 
m'a'. » 

« Osiris, le dieu grand, rési- 



dant dans l'Amenti. n 



Registre moyen. A gauche, Nem-Phtahm'a, debout, présente à deu.^ mains un 
plateau chargé de deux pains ronds encadrant un pain long, et surmonté d'une casso- 
lette pleine d'encens enflammé. A droite, sont assis côte à côte : son père, vêtu d'un 
long pagne transparent, collier large au cou, tête rase, surmontée du cône de graisse, 
et sa mère, de taille plus petite, la tête ornée de la perruque divisée sur l'épaule, avec 
cône. Entre le fils et ses parents, petite table d'offrandes avec trois pains. Le père lève 
une main vers la fumée de l'encens, et tient de l'autre main une palme; la mère a les 
deux mains à plat sur ses genoux. Au-dessus d'eux : 

Rei-ue riiyptolor/i(jni\ I. 22 



170 



A. MORET 



n' 



H 



n I 



_£>, 



« Fait pour le 
chef d'atelier (?) 
de la sacristie de 
Phtah,Hat(?),etla 
dame Noubnefrt. » 



« Fait par son fils, qui fait re- 
vivre son nom, le prêtre d'Amon 
Nem-Phtahm'a. » 



Registre inférieur. A droite, sont assis côte à côte Nem-Plitalim'a et sa femme 
louj, qui reçoivent, à leur tour, les offrandes de leurs enfants. Nem-Phtahm'a n'a point, 
en tant que défunt, le même costume qu'il porte, aux registres supérieurs, comme 
orant ou officiant; ici, il revêt robe longue, perruque à cône (traces de couleur rouge); 
sa main droite droite s'élève vers les offrandes ; sa main gauche repose sur les genoux. 
De taille plus petite, sa femme porte robe longue, perruque à cône, et répète les mêmes 
gestes. 

A gauche, deux adolescents. Un garçon, portant perruque courte, collier et pagne 
long, présente de la main gauche un plateau chargé de pains et d'encens enflammé, 
et tient de la droite une palme; une fillette accroupie, cachée en partie par les genoux 
du père, tend un bras vers ses parents. Au-dessus : 



PP 



'4 



D 



n I 



« Son fils Rentj. «il a Fait pour le grand favori de Phtah (Nem) 

« Sa fille Ouser. » ^ Phtahm'a, et pour hi dame louj. » 

Au-dessous du registre, une ligne horizontale : -«— <« 



-9 IDDI 



Tinr. 



« (Son) fils Poupouj; (sa) fille Noubnefrt, qui renouvelle la vie au sein de l'Amen- 
ti. » L'épithète de la fille indique qu'il s'agit ici de deux enfants déjà morts, que les 
enfants survivants associent au culte funéraire rendu aux parents. 

1. Signe retourné. — 2. Pour la lecture nm du pressoir, cf. Brugsch, Wôr/;. 



p. 765. 



3. Je ne connais pas d'exemples du mot 



'mt; je le rapproche de 



W^ 



Brugsch, Re- 
telier lo'bc du 



cueil de Monuments, H, pi. 68, b), et, pour la signiBcation, je rappelle f 1 ^^ T « l'at 

pr-nfrn (Gardiner, Amenpmhêt, pi. XXIX, 1. 47). Le pr-nfr, la « bonne maison », est une sorte de sacristie 
où l'on préparait la décoration des cercueils (Louvre, C 15, 1. 8) et les rites funéraires. 
4. La pierre a souffert ici ; lecture douteuse. 



MONUMENTS ÉGYPTIENS DE LA COLLECTION DU COMTE DE SAINT-FERRIOL 171 



IX. — Stèle rectangulaire, au nom de Irr'a. 



Calcaire. Haut., 0™,65; larg., 0™,48. Style médiocre. Conservation bonne. 

La stèle est du type fausse porte du Nouvel Empire, avec gorge et torse saillants; 
au milieu de la corniche, s'élève un triangle isocèle, qui donne au sommet de la stèle 
un profil de pyramide. 

Le triangle supérieur est décoré du chien Anubis, assis sur son naos »*-^; au- 
dessus, reste de légende : -m-^ 

^^ « (Anubis) résidant dans le temple. » 

[[||] Au centre du bandeau de la porte, le sceau entre les deux yeux : ^^n^^- 

'^ L^j, Le champ de la porte est décoré de scènes en deux registres : 

^^ Registre supérieur. A gauche, le défunt et sa femme «t-^ sont assis devant 

^' une table d'offrandes chargée de victuailles. Le défunt porte le serre-tête, collier 
large, pagne long; de la main gauche, il approche de son nez un lotus épanoui; de la 
droite, il tient l'étoffe repliée I. Derrière lui, sa femme, avec perruque à cône, le 
tient embrassé. 

A droite : -«— *« , sur le montant de la porte (la place ayant manqué dans le champ), 
de l'autre côté de la table d'offrandes, un jeune garçon, tête rase, pagne court, pieds 
nus, se tient debout, la main droite pendante, la gauche présentant un pain triangu- 
laire. Derrière le siège des parents, un autre garçonnet, qui est aussi un officiant, fait 
les mêmes gestes. 

Au-dessus des personnages, légendes verticales. Aux défunts se rapporte l'inscrip- 
tion principale m-^, de rédaction incorrecte : 



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« Une offrande que donne le roi à Osiris, seigneur de Busiris, dieu grand, régent 

de l'éternité, pour qu'il donne ce qui sort à la voix, (toutes) choses pures et bonnes, 

toutes offrandes à Irr'a, et à sa sœur la dame offrandes à Irr ares. » 

Au-dessus de l'officiant représenté sur le montant gauche, son nom <:=> Nebrou. 

° III 

Registre inférieur. Sept enfants, ou membres de la famille, défilant «— »«, pré- 
sentent pains et offrandes; il y a deux hommes à tête rase et pagne court, et cinq 
femmes, avec perruques et robes longues; ils sont de tailles diverses. Au-dessus d'eux, 
quelques traces de noms, maintenant illisibles. 



172 



X. — Stèle cintrée, au nom de Padiisit. 
Calcaire. Haut., 0>",60; lar^., 0™,45. (Grenoble.) 

Dans le cintre, le disque ailé, avec les deux ura?us pendantes. 

Registre supérieur. A gauciie, Osiris, coilïé de la couronne atef, vêtu du maillot 
funéraire, tenant en mains f et A, est assis devant une table d'offrandes chargée de 
pains et surmontée d'un grand lotus épanoui. 

Derrière lui, Isis, coiffée d'un diadème à cornes de vache autour du disque, fait de 
la main gauche le geste de protection; la main droite reste pendante. Au-dessus d'eux, 
débuts de légendes : 



« Dit par Osiris. » ~>~^ ~w>^ « Dit par Isis. » 

A droite, un homme, tête rase, portant collier large et grand pagne, et une femme, 
vêtue d'une robe longue à bretelles, portant perruque, fait les gestes de l'adoration. 
Au-dessus d'eux : 

« Le féal vis-à-vis d'Osiris, Padiisit, fils de Irhapi, né de Tenjt. » 

Registre inférieur. A gauche, reçoit l'adoration le taureau Apis, debout sur un 
socle dont l'avant est relevé comme celui des traîneaux; entre les cornes, le disque so- 
laire avec urœus au centre. Au-dessus du dos, un disque ailé, dont les deux ailes sont 
incurvées. Devant le dieu : 1° un autel, surmonté d'un gros lotus épanoui, et un homme 
à genoux <— «, portant collier et pagne court, dans l'attitude de l'adoration; 2° une 
table d'offrandes, chargée de trois pains, et un homme debout, même costume que le 
précédent, faLsant une libation sur la table. Au-dessus des personnages : 



« Dit par Osiris =^.=^ ^ D IJi LU <=> J<^ «^^^ 

"^ Apis. » (( Son fils Irthapi. » « Le servant du ka Hermkhetf. » 

^ Une ligne horizontale »-^ court au bas de la stèle : 



■m. 

« Une offrande que le roi donne à Osiris, le dieu grand, pour qu'il donne ce 
qui sort à la voix, pains, bières, bœufs, oies, au féal Padiisit, fils de Irhapi, né de 
Tenjt. » 



MOIÎUMENTS ÉGYPTIENS DE LA COLLECTION DU COMTE DE SAINT-FERRIOL 173 



XI. — Fragments de bas-reliefs provenant d'un temple de Thoutmès III. 

(Grenoble.) 

Une dizaine de fragments, dont plusieurs ont O^.VO sur O^.SO, les autres plus 
petits; en grès jaune; ils ont été barbarement détachés des parois d'un temple pour 
avoir soit une figure de divinité, soit une tête royale, soit simplement un nom dans le 
cartouche. 

Les fragments appartenaient au.\ scènes rituelles d'une « royale montée », où 
Thoutmès III se présentait devant une divinité pour en recevoir la consécration et la 
« protection de vie » (x 'T")- 

Voici les morceaux les plus intéressants : 

Fragment de 0^,80 sur 0'^,63. # 

A gauche, une déesse (Hathor), debout, coiffée du vautour, passe le bras gauche 
autour du cou du roi et lui présente au nez le signe de vie ■¥•. 

A droite, le roi, debout, les bras ballants, coiffé de la couronne W , sans barbe, 
vêtu du pagne court à queue. Les figures des deux personnages sont coupées au- 
dessous des genoux. 

Fragment de 0"',65 sur 0"\75. 

Le roi, coiffé du casque nemes, sans barbe, portant le même 'costume, est ac- 
croupi »»—»■, tournant le dos à une divinité (probablement Hathor), dont on ne dis- 
tingue que les deux mains, qui font le geste de protection (y-t) derrière la nuque 
du roi. 

A droite, il reste des fragments de deux lignes verticales, et une tête de génie 
hiéracocéphale : 

»>— >• Les autres blocs, coupés très courts, conservent des fragments 

de têtes royales et de noms royaux, où le prénom de Thoutmès III 
\ %f\ ^miÈ ^^* toujours incomplet. 



I I I 

S) I 




XII. — Fragment de statue 
anépigraphe (PL V). 

Granit noir à feldspath rose. Haut., 0°>,40. Beau style; mais le fragment 
a beaucoup souffert. (Grenoble.) 

Le fragment a conservé la tête et le buste d'un adolescent, que sa 
coiffure et son costume désignent comme prince royal. La tète (à face 
martelée) porte une chevelure à petites mèches, avec grosse tresse 
roulée retombant sur l'épaule droite. Le torse est coupé au-dessus des 



174 A. MORET * 

genoux ; le bras gauche allongé pose la main sur le genou gauche; le bras droit a disparu. 
Autour des reins, pagne court, plissé. Sur le torse, une peau de panthère, dont la tête 
est visible sur le sein gauche; les taches de la peau, stj'lisées en étoiles, sont apparentes 
sur les épaules. Par-dessus la peau, on voit un grand pectoral très ouvragé, du type 
qui caractérise les prêtres de Phtah, avec figures d'Horus et de Seth sur les côtés, 
entrelacs et signes de vie •¥■ (cf. Mariette, Mastabas, p. 74, et M. Murray, Saq- 
qarah Mastabas, I, pi. I et XXXVI; une étude détaillée de ce collier appelé s'ah a 
été faite par Erman, À.Z., XXXIII (1895), p. 22-23). 

Cette statuette était placée devant les genoux d'une autre statue plus grande, re- 
présentant soit un dieu, soit le précepteur du prince, accroupi et tenant devant lui, 
ou dans son giron, l'enfant confié à sa garde (cf. Legrain, Statues de rois et de parti- 
culiers (Caire), II, pi. XXXV). Sur la tête, on voit encore les mains, posées à plat, 
du personnage disparu. 

Aucune inscription n'est conservée. Style de la XIX" dynastie. 

XIII. — Fragment de statue anépigraphe. 
Granit gris. Haut., 1",05. Bon travail. (Grenoble.) 

La tête et les pieds ont disparu. La statue est celle d'un jeune homme en marche, 
les bras ballants: il est vêtu du pagne court. 

Derrière le dos, une place, ménagée pour une inscription, est restée anépigraphe. 
Le style est de l'époque saîte. 

XIV. — Fragment de statue. 
Calcaire. Haut., O'^iSO. Bon style. 

La statjie est celle d'un homme debout, la jambe gauche en avant, les bras ballants 
et les mains allongées; torse nu, pagne court autour des hanches. La tête manque; les 
jambes sont brisées au-dessous des genoux. 

Sur le pagne, verticalement : >»— >■ 

— ^ « Le prince, directeur des prophètes, Irnphtah. » 

an I iXV. — Sarcophage au nom d'Amenhetep (fils d'Hapou). 

lin 
^2=- Granit noir à taches roses de feldspath. Textes et figures en creux et en relief. 

□ Travail et style excellents. (Grenoble.) 

Il ne reste que cinq fragments de la cuve. 



MONUMENTS EGYPTIENS DE LA COLLECTION DU COMTE DE SAINT-FERRIOL 



175 



D'après la disposition des textes et figures, le sarcophage était du type grandiose 
dont les sarcophages de Thoutmès P^ et de Hatshepsout' nous ont conservé d'admirables 
spécimens également en granit. La cuve, d'un seul bloc évidé, est rectangulaire. La 
décoration comporte des figures diverses debout, encadrées de textes liturgiques et des 
noms du défunt; formules et figures protègent le corps étendu dans le cercueil. 

Les deux premiers fragments sont gi^avés en creux. D'après l'orientation des textes 
et personnages, ils devaient appartenir au côté droit de la cuve. 

Fragment 1. Haut., O^.Se; larg., 0",55. 

Les lacunes peuvent être partiellement comblées d'après les textes similaires des 
sarcophages de Thoutmès !*"■ et IV, et de Hatshepsout. 



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93 



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9 Kebehsenouf, debout, 

S" les bras ballants. 



I I I 



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□ Anubis, couché sur son 

coffret. 



1. Cf. Théodore M. Davis, Excavations Bibân el Molûk : The Tomb of Hàth- 
shopsitù (avec les sarcophages de Thoutmès I" et de sa fille) et The Tomb of Thout- 
mosis IV. 



176 A. MORET 

La ligne horizontale suit le bord supérieur de la cuve. Bien que sectionnée par 
des lignes verticales, elle semble ne donner qu'une seule formule, conservée entière au 
sarcophage de Thoutmès P' (/. c, p. 87), d'Hatshepsout (p. 97) et de Thoutmès IV 
(/. c, p. xxxviii). Voici sa rédaction, pour Thoutmès P' : 



« Dit rOsiris N. : L'héritier du régent de l'Amenti (Osiris), (c'est) cet Horus, né 
d'Isis; Semt lui a mis ses deux bras derrière sa nuque, (et il en devient) vivant à 
jamais. » 

Notre fragment a conservé ces mots : « [Dit par] l'Osiris, prince héréditaire, 
Amenhetep, m. k. : L'héritier du régent » 

Deux tableaux verticaux sectionnent ce texte : 

Un dieu anthropomorphe, avec perruque, barbe divine, collier large, pagne court, 
se tient debout, les bras ballants. C'est un des enfants d'Horus, qui assume la garde du 
cadavre d'Amenhetep, identifié à celui d'Osiris. Après une première ligne verticale, 
contenant les noms et titres du défunt, et dont il ne reste que le signe -es^- du premier 
mot [] J) « l'Osiris », six lignes mettent dans la bouche du dieu une formule de protec- 
tion, que je complète d'après Thoutmès I" (/. c, p. 83, 87, 99)'. Le nom même du dieu 
est indiqué par ce qui reste du déterminatif a^»^ du signe Pj khh\ la dimension des 
restitutions concorde avec la taille probable du personnage debout, qui occupait toute 
la hauteur de la paroi de la cuve. 

Dit par [Kebehsonouf : Je suis venu pour que je fasse ta protection; ta maison] 
(en) sera prospère, [comme l'a décrété Phtah], comme l'a décrété Ra lui-même, 
ô Osiris, prince héréditaire, commandant [ Amenhetep, m. k.\ » 

« Le prince héréditaire, en toutes fonctions des fêtes Serf', chancelier du roi du 
Nord, ami unique, scribe royal, Amenhetep, m. k. » 

Entre les deux tableaux : « L'Osiris, directeur du gros bétail d'Amon dans le Sud 
et le Nord, scribe royal, Amenhetep » 

Le deuxième tableau montre la « garde » d'Anubis sous sa forme de chien accroupi 
sur un coffret : o Dit par Anubis, résidant dans le temple : « Ah ! ma mère Nout, viens, 

1. La même formule au chapitre CLi du Papyrus de Mouthetep (Budge, The Book of the Dead, p. 384-385|. 

2. La statue de Karnak d'Amenhetep, tils d'Hapou, publiée par Mariette, donne un titre assez sembla- 

® D ^ Q III r 

ble : « T V y I "^ , « celui qui commande à toutes fonctions du roi » (Brugsch, Thésaurus , 

<=> k D I ^ + ^„ 

u le prince héréditaire dans la grande salle de Geb », sur la statue de 



p.l293,1.6.Cf, j^^j^ 



Senmout iLegbain, Statues de rots et de particuliers, Caire, n° 42114). 



MONUMENTS EGYPTIENS DE LA COLLECTION DU COMTE DE SAINT-FERRIOL 



177 



défais le linceul (qui est) sur moi, en raison de mes actions. » Anubis se substitue donc 
au défunt et parle en son nom pour appeler à l'aide la déesse du ciel (cf. Tkoutmès /«% 
p. 83, 88, 91, 97, 100; Thoutmès /T, p. xxxviii). 



Fragment 2. Haut., G™ ,37; larg., 0"',47. 



M^ 



Un dieu an- 
thropomorphe 
debout, les bras 
ballants. 



Pieds d'un autre 
dieu. 



Dans ce fragment si mutilé, 
il est question d'un dieu protec- 
teur, « qui rend la vigueur aux 
chairs du défunt ». 

Il reste le buste et les jambes 
d'un dieu protecteur anthropo- 
morphe, et les pieds du dieu 
suivant. Devant l'un et l'autre, 
restes d'inscriptions verticales. 



Les trois autres fragments sont gravés en relief; les textes sont plus serrés et les 
signes plus petits. De ces différences avec les précédents, on peut supposer qu'ils ap- 
partiennent aux petits côtés de la cuve. 



Fragment 3. Haut., 0" 
Texte : >»— » 



,09; larg., 0'", 16. 



De ce texte mutilé il résulte qu'un dieu protecteur vient 
pour protéger les chairs du défunt (cf. Thoutmès P', p. 83- 
85). 

Fragment 4. Haut., 0»,45; larg., 0"M4. 

Texte et figure : <— «« 



[s] 



Un dieu an- 
thropomorphe 
debout, les bras 
ballants. 



ÏÏ: 



\o\ 



Partie antérieure 
d'Anubis, 
couché sur son 
coffret. 



Ci.J'ragment 1. 



Parmi les titres : o Prince héréditaire, commandant, premier ami, aimé de son sei- 

Ri'ime égy/itologiquc, I. ^'' 



178 



A. MORET 



gneur, scribe royal, Amenhetep », apparaît le terme rare I y ïï smr tpj, « premier ami »; 
il désigne d'éminents personnages auxquels le roi octroie la faveur de cérémonies fu- 
néraires spéciales et de cadeaux funéraires particulièrement importants ' . p 

Frac/ment 5. Haut., 0™,18; larg., 0">,14. 

Texte : ■«— «« 

Le fragment évoque le nom du dieu Horus-Klientj-khetj, 
patron du X" nome de Basse-Egypte, le nome Athribite. Il 
est difficile de dire si ce dieu figurait dans une énumération de 
fonctions du défunt, ou s'il était mentionné comme dieu protec- 
teur; néanmoins, à quelque titre qu'il se trouve ici, le nom de ce dieu a une grande impor- 
tance, comme je le montrerai plus loin, pour l'identification du propriétaire du sarco- 
phage. La formule mutilée qui' suit appartient à un court chapitre du Livre des Morts 
(Naville, Todtenbuch, I, 184 ^ IBudge, The Book of the Dead, chap. clxi, p. 406- 
407), qui, sur les sarcophages de l'époque saite (À. Moret, Sarcophages de l'époque 
bubastite à l'époque saîte, p. 157, 184), se réduit à la seule phrase, dont notre texte 

offre les débris: f ^ol|^-^^#^iL u^À Jc^ " ^^^ ^^' "* ^" *°''^"" 
meurt! (De même) est sauf celui qui est dans le cercueil ». La tortue était, pour les 
Égyptiens, un reptile « typhonien», ennemi d'Osiris et de tout mort osirien; il fallait 
l'écarter du cadavre. 

Quel était cet Amenhetep, à qui appartenait un sarcophage (|ui, par la qualité de 
la pierre, le style des figures et le choix des formules religieuses, a l'aspect des sarco- 
phages royaux de la XVIIP dynastie? Sur les petits fragments que le hasard nous a 
conservés, les titres sont écourtés, mais très caractéristiques. Ils se retrouvent tous 
dans les inscriptions prolixes qui décorent les statues du plus connu des Amenhetep de 
ce temps-là, l'illustre Amenhetep, fils d'Hapou. le grand «scribe royal» du temps 
d'Aménophis III. En effet, le fils d'Hapou était, comme notre Amenhetep, scribe royal, 
chancelier du roi du Nord, directeur du gros bétail d'Amon dans le Sud et le Nord'. 
Il s'était acquis une grande réputation de science et de sagesse, versé qu'il était dans la 
connaissance des livres sacrés les plus secrets'. Aussi avait-il présidé à l'inauguration du 

1. A ce sujet, cf. Pap. de Sinouliit. B, 192-173, 307; Roc. de Trao., XX, p. 214; Sethe, Ui-k.. IV, p. 1200; 
Brugsch, Wôrtb., SuppL. p. 1063. Peut-être faut-il lire ce même titre dans un passage altéré de la statue 
dWmenhetep, fils de Hapou (Mariette. Karnak, pi. 36; Brugsch, TAesauru.*, p. 1293, 1. 6), M ¥ X ^^k > °^ 

ï doit se lire ïï ou h.. Sous Séti I", le vizir Pasar est M T f^ ïï ~^^^ H , «premier ami du palais i) 

(Brugsch, Thésaurus, p. 1225). 

i. Sur la stèle relative au temple funéraire de Hat-ka-k, dédié à Amenhetep, fils de Hapou, celui-ci n'est 
désigné que par les titres ir-p^t nsict es a prince héréditaire, scribe royal ». Pour les autres titres, voir surtout 
les statues de Karnak énumérées par Legrain, Répertoire généalogique et onomastique, p. 143. 

3. La statue retrouvée par Mariette à Karnak donne, à ce sujet, les détails suivants ; « Je fus reconnu 
(par le roi Aménophis III, dit Amenhetep) comme scribe royal sous-chef (?), j'eus donc accès au livre divin; 



MONUMENTS EGYPTIENS DE LA. COLLECTION DU COMTE DE SAINT-FERKIOL 179 

temple de Soleb, en Nubie', où Aménophis III célébrait, pour son propre bénéfice, ces 
mystérieuses fêtes Sed- qui faisaient du roi mortel un dieu Osiris immortel : ceci n'ex- 
plique-t-il pas la mention insolite (que je ne connais point par ailleurs) de « prince dans 
toutes fonctions des fêtes Sedn (frag. 1)? Amenhetep, fils d'Hapou, tirait son origine 
d'une famille princière habitant le nome Athribite; lui-même était « directeur des pro- 
phètes d'Horus-Khentj-khetj », patron du nome : cela explique sur notre sarcophage la 
présence inattendue' du dieu Horus-Khentj-khetj, soit comme protecteur, soit dans le 
corps d'un titre aujourd'hui disparu. Pour toutes ces raisons, je crois devoir admettre 
que notre sarcophage est celui où le sage Amenhetep est allé reposer après une vie de 
plus de quatre-vingts ans*. C'est la première relique qui nous soit parvenue de .sa 
chambre funéraire; celle-ci devait être un lieu vénéré de tous les Égyptiens, car les 
livres sacrés étaient publiés sous le vocable du saint, il était adoré dans les temples 
comme un dieu à Karnak, à Deir-el-Medinéh, à Deir-el-Bahari, en Nubie. Dans son 
plaidoyer Contre Apion (I, 26), Joseph rappelle le souvenir d'(( Aménophis, fils de 
Pa-apis, qui semblait participer à la nature divine par sa sagesse et sa connaissance de 
l'avenir ))'\ 

XVI. — Cercueil anthropomorphe au nom de Psamétique. 

Sur fond blanc crème, décoration polychrome; le détail des figures et des textes est rendu 
avec le plus grand soin. Style et travail d'une exceptionnelle beauté. Conservation très bonne. 
(Grenoble.) 

Partie antérieure. Au-dessous de la tête : 

Nout, la déesse du ciel, genou plié, étend ses deux bras ailés ; à la hauteur des 
mains, deux signes de la Justice p,- sur la tête, le disque solaire. 

lorsque j'ai vu les mystères de Thot I ^* .^>fc I , je me suis muni de leurs secrets, et, comme j'ai déployé 
tous leurs replis (?), on venait me demander conseil sur tous leurs sujets.» (Mariette, Karnak, pi. 36; cf. 
Brugsch, Thésaurus, p. 1295; Breasted, Anr. Records, II, § 915.) Voilà ce qui a fondé la réputation d'Amen- 
hetep comme magicien, ce qui lui valut de devenir un héros légendaire à la basse époque (Maspeho, Histoire, 
II, p. 301, 448; FI. Pethie, A History of Egi/pt, p. 197-198). 

1. Lepsius, Deiikin.. III, pi. 83-88; Maspero, Histoire, II, p. 301. 

2. Sur les fêtes Sed, cf. A. Moret, Du caractère religieux de la royauté p/iaraonicjue, p. 210, et Mys- 
tères égyptiens, p. 73 sqq. 

3. Horus-Khentj-khetj n'apparaît sur aucun des sarcophages royaux que j'ai cités en comparaison: il ne 
joue aucun rôle, non plus, aux Sarcophages du Caire que j'ai publiés. Une des statues d'Amenhetep retrou- 
vées à Karnak par Legrain explique que sa famille est du nome Athribite et qu'il est lui-même directeur des 
prophètes d'Horus-Khentj-khetj (Annales du Sercice des Antiquités de l'Égyfite, II, p. 283). Sur ce dieu, cf. 
Chassinat, ap. Recueil de Traeaux, XIX, p. 25. 

4. Sur la statue de Karnak citée plus haut [Annales. II, p. 203), Amenhetep dit de lui-même qu'il a at- 
teint, comblé des faveurs du roi, l'âge de quatre-vingts ans, et qu'il espère bien vivre cent dix ans. Sa vie 
s'est écoulée entre 1450 et 1350 avant Jésus-Christ. 

5. FI. Pétrie, History, II, p. 197-198. 



180 



A. MORET 



Au-dessous, du cou au pied de la momie, trois coloi:ines de textes verticaux »»— », 
encadrés des figures des enfants d'Horus, protecteurs du défunt, auxquels s'adressent 
les formules des textes : 

« Ah! Osiris, père divin, aimé du dieu, inspecteur des connus du roi, administra- 
teur de la nécropole de l'occident, connu du roi, Psamétique, né de Sebrekhtou! 
Viennent vers toi Horus-Hetembiouf, H'api, Douamoutef, Amset, Kebehsonouf. Leurs 
noms sont ton nom pour les Indestructibles ' : aussi n'es-tu pas détruit, n'es-tu pas 
anéanti, à jamais, jamais'. « 



^. 



^^ 



Un dieu 

à tête 
de chacal. 



Un dieu 

anthropocé- rj 

phale. 



n 



Anubis, 
accroupi sur 
son coffret. 






u 



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n 



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m 



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13- 



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^. f\ -»»«° 



Un dieu 
cynocéphale. 



^ 



Un dieu 

hiéracocé- 

pliale. 



m 



Anubis, 
accroupi sur 
son coffret. 



1. Nom des constellations qui ne disparaissent jamais du ciel visible. Le défunt osirien y reçoit bon ac- 
cueil, grâce aux enfants d'Horus, dont il prend le nom. 

2. Voir des formules analogues dans Budge, The Bool; of the Dead, chap. 89 (p. 190) et chap. 1 19 (p. 377). 



MONUMENTS ÉGYPTIENS DE LA COLLECTION DU COMTE DE SAINT-FERRIOL 181 

Les quatre enfants d'Horus figurent, en effet, à droite et à gauche du texte prin- 
cipal : 

A droite : « Dit par H'api : Oh ! Osiris Psamétique, je suis (ici) pour ta protection. 
» Dit par Kebehsenouf : Oh ! Osiris Psamétique, je suis (ici) pour ta protection. » 
Au bas : Anubis de la nécropole {im-out). 

A gauche : « Dit par Amset : Oh ! Osiris Psamétique, je suis (ici) pour ta protec- 
tion. 

» Dit par Douamoutef : Oh ! Osiris Psamétique, je suis (ici) pour ta protection. » 
Au bas : Anubis résidant dans le temple. 

Partie postérieure. Deux lignes verticales, en signes polychromes : >»— »■ 



« Dit par Horus à toi, Osiris, père divin, connu du roi, Psamétique, né de Sebre- 
khtou : Tu vis comme vit l'habitant du ciel (Ra) ; tu deviens ce que devient l'habitant 
delà terre (Osiris). Dresse-toi, grâce à ta victoire! Tu montes (dans le ciel), (car) Nout 
(le ciel) t'a enfanté, tel que Sahou (Orion). Tu es maître de ton corps et tu es vengé 
de tes ennemis. » 

En dehors de ces textes, magnifiquement écrits et enluminés, il n'y a pas d'autre 
décoration. 

L'intérieur du cercueil n'a pas été décoré. Époque saïte. 

XVII. — Cercueil anthropomorphe au nom de Nehems-Montou. 

Décoration très chargée, dans le style des cercueils des prêtres d'Amon et de Montou, poly- 
chrome sur fond jaune d'or. Bon style, bonne conservation. (Grenoble.) 

Les textes et figures liturgiques sont très nombreux, mais du type habituel. Faute 
de temps, j'ai dû me contenter de relever le nom et les titres du défunt : c'est « le 
grand (préposé) à la navigation' de la barque d'Amon, chef de la 3^ classe (des prêtres), 
Nehems-Montou, m. k., qui fait revivre le nom (de son père), fils du «pareil» T'at- 

1. 'a' n rwj' (( grand de faire partir, de mettre en mouvement » la barque. La dernière variante donne 
(I voilier 1 >y > 1 de la barque du temple d'Amon », ce qui confirme le sens de 'a' n rwj'. Il s'agit de 

l'officier qui dirige les mouvements, l'officier de navigation. 



182 A. MORET 

noundou, m. k.; sa mère (est) la dame T'aditnebha ». Le nom et les titres présentent 
de curieuses variantes, que voici : 



^ ^^^ =i ^fl^^T"^^"^? 



^ s=> rv/x/i I ;^^a^ I >ta; I o III 



CM] 



m o 0^ ^ N. 



j - t^ ::^^ N. ^ 



^ 



ni 






D 



Au-dessous de la tête du cercueil, on trouve comme d'ordinaire la figure de la 
déesse du ciel Nout, étendant ses bras ailés, la tête sommée du disque solaire. A l'in- 
térieur de ce disque, on peut lire l'indication suivante, d'une fine écriture à l'encre 
noire : 

« Momie des catacombes de Thèbes (Haute-Egypte), rapportée par l'amiral (?) B...' 
lors de l'expédition française, an 1799. » 

XVIII. — Cuve de cercueil au nom de Tanekhtntah'at. 

Cercueil en bois stuqué, à décor polychrome, très chargé de textes et de figures, sur fond 
jaune d'or. Style et conservation médiocres. Le fond manque; les grands côtés sont presque 
entiers, en plusieurs fragments. (Grenoble.) 

Les textes et figures sont du type habituel aux prêtres d'Amon. Les titres de la 
défunte sont : 



n I 



.^-flz?i:i' 



^'"■- 4^,fl r^.f- ' 

« La dame, chanteuse d'Amon-Ra, roi des dieux, Tanekhtntah'at, m' k. » 

1. Le titre et le nom propre sont de lecture difficile. Le nom est court et commence par B; est-ce Bruix, 
Brueys"? Mais Brueys a été tué à Aboukir (1" août 1798); je ne sais si Bruix, qui fut ministre de la marine 
par la suite, a été en Egypte. 

2. Le signe \\j ou '\fr , dès la XVIII' dynastie, est une variante du déterminatif masculin ou féminin 



MONUMENTS ÉGYPTIENS DE LA COLLECTION DU COMTE DE SAINT-FERRIOL 183 



OUSHABTIS. 

XIX. — Bois stuqué et peint; haut., O^jlS. Sur le devant, formule du cha- 
pitre VI du Livre des Morts, sans nom de personne. 

XX. — Bel exemplaire en beau calcaire blanc. Haut., 0"',21. Perruque et pagne 
évasé des statues du Nouvel Empire; très beau travail. Devant, formule M 9^ 

-CE»- n n I A /i\ \ 

^ I I avec la place du nom laissée en blanc. 
Ailleurs, le nom, ainsi encadré, est resté aussi non écrit. 

Cette statuette est donc un bon spécimen des modèles d'oushabtis soi- 
gnés, qu'on trouvait tout faits dans le commerce, avec les formules reli- 
gieuses nécessaires, où il ne manquait plus que le nom de l'acheteur, qu'on 
gravait après l'achat. 



o\5o SIC 



XXI. — Terre émaillée, très bleue; superbe exemplaire; O'^jlS. Sur 
le devant, chapitre vi POur J^dJI^^Î^ ^^ 
tique, né de Sebrekhtou «, dont nous avons décrit le beau cercueil, p. 180. 



« rOsiris Psamé- 



XXII. — Grande figurine en bois représentant le mort osirien, avec barbe divine 
dorée, maillot funéraire; 0™, 40. Sous les pieds, un tenon, qui permettait de fixer la 
statuette sur un socle évidé. 

Sur le devant : »»— > 



•^^ « Le féal de Phtah-Sokaris, Psamétique-neb-pehti, né de la dame 

n I Khnoura-nefer, fille de Psamétique, m. {k.). » 



i 'J 



XXIII. — Pseudo-Vase. 



D P D (1 



îl^ 



(sic) 



Bois stuqué, peint en blanc, de forme 5. Haut., O^jlô; larg., G'", 11. 



Le vase, non percé, fait 
partie d'un mobilier fictif 
à l'usage des défunts. 

Sur le devant, vertica- 
lement : »»— >■ 



n 
:2 



« Le prêtre , directeur 
des orfèvres d'Amon. Ne- 
ferheb-f, m. k. » 



Vra, Ji (cf. Ur/,\, IV, p. 401, et les stèles publiées par Maspero, Recueil, II, p. 187, 199; III, p. llOl, ou liu 
pronom suffixe (J, Hû, JU. 



184 



A. MORET 



XXIV. — Boîte à ousiiabtis. 

Bois sfuqué. 0"',28 sur 0'",19. 

La face antérieure porte deux lignes verticales : 



« Dit par la féale vis-à- 
vis d'Osiris, dame T'ap'a- 
khent, m! k. » 



n I 



y 

I I I 

la D 



« Dit par le féal vis-à- 
vis d'Osiris, le multiplica- 
teur ' (?) des biens-fonds 
{neter-lietep) d'Amon, R'a- 
mes, m. k. » » 



A. MORET. 



XXV. — Statuette d'Anubis (Pl. V). 

Bronze. Haut., 0"^,25. 

De style gréco-égyptien, cette statuette montre le dieu à tête de chien debout, 
revêtu de la tunique et de la chlamyde, les pieds nus et munis d'ailerons, tenant d'une 
main une palme et de l'autre une situle. 

A son .sujet, M. Paul Perdrizet, professeur à l'Université de Strasbourg, nous a 
fait la grande faveur, dont nous le remercions cordialement, de nous communiquer les 
pages suivantes, extraites de ses Terres cuites d'Egypte, digne pendant de ses admi- 
rables Bronzes Fouquet. 

1. Je ne connais pas ce titre sSkj ntrhtp par ailleurs. Cependant, au tombeau d'Amenemhat (Gardiner, 

<$:^ <=:> cr^ ®© 
pl. XXIX, 1. 16), dans un passage très mutilé, on lit . <:z:s> u-d , qui a peut-être une sieniflca- 

tion analogue. Cf. aussi Pap. Sinouhit, B, 1. 69: R, 1. 94 : é's'ii: pio msju-t. 



MONUMENTS ÉGYPTIENS DE LA COLLECTION DU COMTE DE SAINT-FERRIOL 185 



Les représentations d'Anoubis dans l'imagerie gréco-égyptienne. 

L'Anoubis de bronze, reproduit à la planche V, me paraît avoir été fabriqué, 
sous le Haut-Empire, dans quelque atelier grec d'Egypte. Je me garderai de préciser 
davantage, d'assurer que cet atelier était d'Alexandrie. Je sais bien que, selon toute 
vraisemblance, l'Anoubéion dont Lucien parle à deux reprises' était un temple 
d'Alexandrie; et que, de la dévotion des Alexandrins pour Anoubis, les sculptures de 
la grande tombe de Kom-el-Chougafa portent témoignage'. Mais Anoubis n'était pas 
moins adoré dans la C/tora que dans la Polis : où^^ ôpiç tàv "Avouêw èv AÎY'JTftt^j oso;'; 

Du culte d'Anoubis dans la Chora, une stèle ptolémaïque, exhumée naguère à 
Ptolemaïs de l'Arsinoïte', est un document particulièrement intéressant. De forme 
hellénique, avec l'image du dieu en fin relief, elle donne le nom, en hiéroglyphes, 
d'« Anoubis, maître des deux terres», et porte une dédicace grecque : ûusp 'A7:o),X(uviou 
y.%\ Zi'ivcDvoç, riaaôjî xuvoSoœxôç 'Avoôêi eùj^t^v. L'Egyptien Pasôs avait pour emploi de nourrir 
les chiens sacrés de l'Anoubéion de Philadelphie, lequel, évidemment, n'avait un chenil 
que parce qu' Anoubis était un dieu-chien. Ce témoignage décisif mérite d'être souligné, 
parce que beaucoup d'égyptologues, dont G. Maspero', s'obstinaient à voir dans 
Anoubis un dieu-chacal. En vain leur alléguait-on les cimetières de chiens momifiés 
du nome Cynopolite, et le témoignage des auteurs grecs et romains, qui sont unanimes 
à parler du latrator Anubis comme d'un dieu à face ou à masque de chien, /.jvo-pôTwroi;* : 
ils répondaient, avec Pietschmann', que l'assimilation d'Anoubis avec un chien était 
une erreur des Grecs et des Romains. Mais Pasôs, le xuvoSouxoi; de Philadelphie, n'était, 
d'après son nom, ni Grec ni Romain; et il gardait, dans le chenil de son Anoubéion, 
non point des chacals, mais des chiens. 

L'imagerie gréco-égyptienne a représenté Anoubis de deux façons différentes, qui 
répondaient aux deux rôles de cette divinité dans la religion populaire. Quand Ovide 
invoque Isis per Anubidis orn verenda', il faut, je crois, prendre ce pluriel à la lettre. 

Relisons la description de la procession de Cenchrées : Nec mora, cum dei dignati 
pedibus humants incedere prodeunt, hic horrendus ille superiim commeator et in- 
ferum, nunc atra, nunc aurea facie sublimis, attollens canis cervices arduas, Anu- 
bis, lœoa caduceum gerens, dextera palmam virentem quatiens. Hujus vestigium 

1. Iraromen., 24; Toxaris, 27-33. 

2. Expedit. Sieglla, 1, p. 137 et 356. 

3. Lucien, Vitarum auctio, 16. 

4. Annales du Service des Antiquités, 1913, p. 94. 

5. Histoire, I, p. 113. Ed. Meyer avait, au contraire, bien compris la vraie nature d'Anoubis {Aeg. Zeil- 
schrift. 1904, p. 97). 

6. Lucien, Deorum oonnioium, 10. 

7. Dans Pauly-Wissowa, Real-Encyclopâdie, s. v. Anubis, col. 2646. 

8. Amours, II, 13. 

Reçue écjyplologique, I. 84 



186 p. PERDRIZET 

continuum sequebatw bos\ Ce texte n'a pas été bien compris : Pietschmann' écrit : 
Apuleius beschreibt ein grosses Anubis-Bild, das in Procession einhergetragen wurde; 
die Farbe des Hundeskopfes war dabei :;ur einen Hcilfte sc/iwar^, ^ur andern 
golden. Ainsi, à en croire Pietschmann, on aurait porté, à la procession de Cenchrées, 
une grande statue d'Anoubis, dont le visage aurait été peint moitié en noir, moitié en 
or. Pietschmann n'a pas compris qu'Anoubis était représenté dans la procession de 
Cenchrées, non point par une statue, mais par un prêtre costumé en Anoubis : ce 
prêtre tenait dans la main gauche le caducée, dans la main droite une palme ver- 
doyante, et, sur le visage, il avait un masque d'Anoubis, en forme de tête de chien. 
De quelle couleur était ce masque? Apulée ne le dit pas; il nous apprend, d'une façon 
générale, que le dieu à tète de chien pouvait être représenté avec la face soit noire, 
soit dorée. A mon avis, le texte d' Apulée a été gâté par embrouillamini, je propo- 
serais de le rétablir ainsi : hic liorrendus commeator Inferum, ille subli/nis nuntius 
Superum, nunc atra, nunc aurea Jade. 

Ainsi, pour la piété populaire, Anoubis avait deux aspects, correspondant à ses 
deux rôles. Comme dieu psychoporape, comme guide au pays des morts, Inferam 
commeator, il avait la face noire comme momie, atrafacie, et, par là, il était effrayant 
à voir, horrendus. Il avait le visage doré en tant que dieu céleste, sublimis Superum. 
Car il était aussi un dieu céleste. Une inscription l'invoque ainsi : ijpavîwv -nàvTa fiaï'.Xej, 
X^aTp', acp9tx' "Avoué l^ Plutarque* distingue l'Anoubis funéraire, qu'il appelle Hermanou- 
bis, de l'Anoubis qui révèle les choses célestes, ô ivïçaîvtov tx ojpâvia, et dont le nom, 
selon lui, dériverait du grec avw, «en haut». Le même Plutarque compare le dieu- 
chien de l'Egypte à Hécate, la déesse-chienne de l'Hellade : ces deux divinités se res- 
semblent, dit-il, leurs fonctions sont pareilles, toutes deux sont à la fois chthoniennes 
et olympiennes". 

Une inscription récemment trouvée à Salonique' parle du Oeô; 'Epjjiivojêii;. On sera 
tenté, d'abord, de reconnaître dans le dieu ainsi dénommé l'Anoubis du type de notre 
statuette : il parait si naturel qu'Hermanoubis soit l'amalgame de l'Hermès grec et de 
l'Anoubis égyptien! A mon avis, cette solution simpliste serait une erreur. Le témoi- 
gnage de Plutarque est formel, c'est dans le rôle de dieu infernal et funéraire 
qu'Anoubis est dénommé Hermanoubis : în-a SI fc -/.a- 'EpiJiivouêiç 'j^io\xitixi.: ... tô; toT; xixw 
7rpoa7^y.ojv. Le uom Hcrmanoubis n'est pas, à mon avis, l'amalgame hybride du nom grec 

1. Apulée, Metam., XI, 11 Helm. 

2. Loc. cit., col. 2649. 

3. C/G., 3724. 

4. De Isida et Osiride, 61. 

5. Loc. cit., 41 : -vltir^'i ï-/tri Soxîï vusip' .V!i-j7crioi; -r^-i 5-JvafjLiv o "Avo-j<5i;, oi'av vj 'V./.i.-.i\ 7r»p' "E),),ï-;0-!, x^ovio; 
(&v ôfioû xal àX-j|j.7itO(;. 

6. Bull, de rorr. hell., 1913, p. 94. 



MONUMENTS ÉGYPTIENS DE LA COLLECTION DU COMTE DE SAINT-FERRIOL 187 

Hermès et du nom égyptien Anoubis : c'est la forme hellénisée de l'égyptien Har-m- 
Anoup, V Horus comme Anoubis », c'est-à-dire Horus dans le rôle d' Anoubis, Horus en 
tant qu'il veille, comme le dieu funéraire Anoubis, sur le cadavre de son père Osiris. 

Cette explication a le mérite de se conformer strictement aux indications de Plu- 
TARQUE. Il n'est pas inutile de rappeler pourquoi le témoignage du De Iside et Osiride 
est si considérable. Ce traité a été dédié à une mystique de Delphes, la dame Cléa, qui 
était d'une famille convertie à la religion égyptienne'. Le culte isiaque, on en a la 
preuve par une statuette de marbre trouvée dans le sanctuaire pythique', florissait à 
Delphes, comme à Chéronée', le pays natal de Plutarque. Celui-ci, qui n'était pas 
moins pieux que sa vieille amie Cléa, et qui fut, comme on sait, grand prêtre d'Apollon 
à Delphes ', semble bien, à la façon dont il s'exprime en divers endroits de son livre 
sur Isis et Osiris, avoir été initié, lui aussi, au culte égyptien. Il avait vécu en Egypte 
pendant sa jeunesse'. Comme le. prouve l'exemple de Tlsiaque Cléa, qui était «p/vr^? des 
Tliyiades delphiques, les rapports étaient devenus étroits à Delphes, en ces temps de 
syncrétisme, entre la religion égyptienne et les cultes d'Apollon et de Dionysos. 

L'imagerie populaire, .d'accord avec les textes, nous montre deux représentations 
bien différentes du dieu-chien, l'une comme dieu funéraire, à face noire, l'autre comme 
dieu céleste, à face dorée. 

De l'Anoubis funéraire à face noire, de celui que, d'aprè^PLUTARQUE, nous appel- 
lerons Hermanoubis, il existe plusieurs représentations dans les collections de sta- 
tuettes votives gréco-égyptiennes de .terre cuite. Le Musée d'Alexandrie en possède 
quelques-unes : elles y sont cataloguées sous les n"^ 10103 et 10106. Mais la plus 
intéressante, autant que je sache, est conservée dans la merveilleu.?e collection du 
regretté docteur Fouquet. L'ouvrage étendu que j'ai consacré aux terres cuites Fou- 
quet va paraître incessamment, on y trouvera, reproduit en couleurs par André 
Marty, l'Hermanoubis en question. C'est une statuette non moins remarquable par sa 
polychromie que par ses dimensions (hauteur, O^Sô). Elle représente l'ostension d'une 
idole d'Hermanoubis. L'idole, qu'il faut se figurer en bois, est beaucoup plus grande 
que les deux pastopliores qui la soutiennent. Elle est vêtue de blancs suaires de lin'. 
Tout ce qui parait de l'épiderme du dieu, pieds, mains, oreilles et visage, est peint en 
noir. Le dieu est représenté debout, les poings contre la poitrine, dans l'attitude de 
Phtah-momie" : cette attitude, non moins que la couleur de la peau, décèle le carac- 

1. Du Is^. et Osir., 35 : o-: akv oîv 'Otis;; o aJTo; Itt; Aio-zCtiu, -iii iiîUov, r, li, YivwT/.ctv. &> K>ia, &r, irpo- 
<7};i.6i £'7t;v. ipyr.vb./ u."îv oJTiv ii AîasoC; twv ©jiiowv. toC; ôè '05;p!ixoï; xiflMTto>ii.£vr,v Upoï; à-o T.i-.oot y.a: arjTpo;. 

2. Dict. des Antiq., s. v. Thyiades. 

3. RoscHER, Lexicon, s. v. Isis, col. 3S8. 

4. Pauly-Wissowa, s. v. Delphoi, col. 2580. 

5. Croiset, Hist. de la Utt. gr.,\, p. 487. 

6. Lucien, Deorum concicium, 10 : ~.Avo-jgi; t-.vSot'.v iTTa/.asvo;. 

7. Bromes Fouquet, pi. XX, n- 78. 



188 p. PEKDRIZET 



tère funéraire de la divinité représentée. La statuette a été trouvée dans le Delta, à 
Tounah, l'antique Thônis, dans des fouilles clandestines, avec un certain nombre 
d'autres objets, qui tous avaient rapport à Anoubis. Ces objets, qui ont paru ensemble 
sur le raarclié du Caire et qui ont été dispersés au hasard des achats particuliers, de- 
vaient provenir d'un Anoubéion. 

■ De l'Anoubis céleste, à visage doré, je connais un exemple, bien remarquable lui 
aussi. Dans l'un des i:apa:f.£ia de Délos, on a découvert la base, les pieds, lu main droite 
et la tête canine d'un Anoubis : or, ces débris (que, grâce à l'obligeance de M. Pierre 
Roussel, je publierai dans le commentaire des Terres cuites Fouquet), ces débris 
étaient dorés. 

Que le visage de l'Anoubis funéraire ait été peint en noir. la chose n'a pas besoin 
d'explication. Mais pourquoi avoir doré l'Anoubis céleste? Dira-t-on que c'est sous 
l'influence du mot égyptien noiib, qui signifiait « or »? Ou que l'Anoubis céleste a dû 
être représenté doré, pour indiquer qu'il resplendissait de lumière, comme l'Ouranos 
qu'il parcourait et dont il révélait les mystères? Ce symbolisme naïf se retrouve- 
rait dans l'art chrétien du moyen âge occidental : « Pour exprimer que son corps 
rayonne d'une lumière surnaturelle, nos artistes peignent le visage du Christ d'une 
couleur jaune d'or. Ce détail naïf se rencontre assez fréquemment dans les vitraux du 
XV° et du XVP siècle. Dans les Mystères, l'acteur qui jouait le rôle de Jésus dans la 
scène de la Transfiguration avait la figure peinte en jaune d'or. On lit, en effet, dans 
la Passion de Gréban : « Icy doivent estre les habits de Jésus blancs et sa face res- 
plendissante comme d'or » ; et dans la Passion de Jean Michel : « Icy entre Jésus 
dedans la montagne pour soy vestir d'une robe la plus blanche (|ue faire se pourra, et 
une face et les mains toutes d'or bruny ' ». 

En réalité, je crois qu'il faut, pour rendre raison de l'or qui splendit sur certaines 
images d'Anoubis, faire état du folk-lore égyptien. Comme encore aujourd'hui les Chi- 
nois, les Égyptiens pensaient que l'or, qui est incorruptible, pré.serve de la corruption 
et de la mort : d'où les talismans en or, ou dorés, des tombes égyptiennes, les masques 
d'or (comme à Mycènes), les cercueils anthropoïdes à visage doré; d'où encore le rôle 
funéraire de la déesse Noubît, la Dame de l'or'. En somme, pour un Égyptien, une 
image dorée d'Anoubis convenait au rôle funéraire de ce dieu aussi bien qu'une image 
à visage noir. 

Clément d'Alexandrie' rapporte que, dans certaines processions, on portait deux 
images dorées de chiens — entendez deux chiens-Anoubis — et que c'étaient les sym- 
boles des deux hémisphères. Il est curieux de remarquer que, chez les Chinois aussi, 

1. MÂLE, L'Art religieux de la fin du moyen dge en France, p. 56. 

2. A. MoRET, Le titre Horus d'or dans le protocole pharaonique (dans le Recuvil de tracauœ, t. XXUI). 

3. Stromales, V, p. 671 Potter. 



MONUMENTS ÉGYPTIENS DE LA COLLECTION DU COMTE DE SAINT-FERRIOL 189 

l'or est, en raison de son incorruptibilité, le symbole de la sphère céleste, parce que 
celle-ci est, elle aussi, immuable et impérissable'. Cette conception folklorique fait 
comprendre le double sens que devait avoir pour un Egyptien l'image dorée d'Anoubis : 
il y reconnaissait à la fois le dieu des morts et le dieu des espaces éternels. 

L'Anoubis de Délos date de la période ptolémaïque, et, plus précisément, je crois, 
du IP siècle avant notre ère. C'est le plus ancien spécimen du type décrit par Apulée, 
tête canine, accoutrement grec (tunique et chlamyde), ailerons aux pieds, dans les 
mains la palme (symbole des concours de gymnastique, auquel présidait Hermès) et 
le caducée, ou quelque autre attribut, tel que la situle ou le sistre. C'est à cette série 
qu'appartiennent le bronze reproduit ci-dessus, et d'autres monuments, par exemple 
un bronze au Musée du Louvre', et une amulette d'argent autrefois dans la collection 
Castellani'. C'est à cette série encore qu'appartiennent l'Anoubis de l'autel du Capi- 
tole', la statue du Vatican", et celle, plus fameuse, du Musée du Capitole", dont le 
moulage est visible au Musée Guimet. La statue du Capitole a été trouvée, en 1749, à 
Porto d'Anzio, l'Antium des Romains, l'un des ports par où arrivait l'annone alexan- 
drine. Je n'ai pas lu les relations, s'il en reste, de la découverte de cette statue. Peut- 
être que si, au moment où elle sortit de terre, elle avait été examinée avec l'attention 
qu'un bon archéologue y mettrait aujourd'hui, elle aurait présenté, sur les parties 
nues, des traces de dorure. C'est l'Anoubis céleste « avec du dor dessus n que visait 
Lucien' quand il se moquait des dieux barbares qui s'étaient faufilés dans l'Olympe, 

i, BevoT; ï'j"^,, v-ï'- ô "Avojo:; È/.e'.vot!, SXoi ôXoypuaoï. 

Quant à la statue du Musée de Naples, qui représente un togatus avec la tète du 
dieu-chien', c'est un anoubiaste avec le masque d'Anoubis, soit le dieu lui-même, vêtu 
à la romaine, comme on le voit vêtu à la grecque, sur le relief (smyrniote?) de la col- 
lection Nicholson'. 

Pour en terminer avec le sujet d'Anoubis et d"Hermanoubis, je dirai quelques mots 
d'un troisième type iconographique. Des monnaies d'Alexandrie" représentent un beau 
jeune homme imberbe, drapé dans le manteau, le torse nu, dans une main le Ciiducée, 

1. J. J. M. De Groot, Tho Religious System of China, I, p. 271; Lévy-Bruhl, Les fom-tions mentalr-- 
dans les sociétés inférieures, p. 12. 

2. Reinach, Répertoire de la statuaire grecque et romaine, t. Il, p. 423, n' 8. 

3. Vente de mai JSS4. argenterie, p. 82, n' SOI. 

4. BoTTARi, Muséum Capitolinum, iV, pi. 10. 

5. E.j;ped. Sieglin, I, fig. 82. 

6. BoTTARi, III, pi. 85. pi. 170; Righetti, Descr. del Campidoglio, I, pi. 117; Clarac, pi. 983, t. I\', 
p. 287, description par Maurv et Mariette. 

7. Jupiter tragoedus, 8. 

8. BoRCKHARDT, Le Cici^rone, I, p. U'6 de la traduction française. Cf. Valèri; Maxime, VII, 3. 8, et Terres 
cuites Fouguet, n" 158. 

9. Journal of Hellenic Studies. 1886, pi. C, p. 249. 

10. PoOLE, A Catalogue ofthe Coins of Alexandrina, p. lxix, pi. XVIII. 



100 n. AUTRAN 

dans l'autre la palme. Ces attributs indiquent qu'il s'agit d'une sorte d'Hermès. Mais 
il s'agit aussi d'un dieu égyptien, puisque le personnage est coiffé du boisseau comme 
Sarapis et que sur son front s'érige le pétale de lotus qu'on voit à l'Hermès gréco- 
égyptien'. Et il s'agit bien d'Anoubis, puisqu'à côté de lui est un chien. Ce type, bien 
plus hellénisé que celui de l'Hermès à tête canine, et qui donne au dieu égyptien les 
traits d'un « Beau Dieu » grec, les grands cheveux bouclés d'FAibouleus, Triptolème ou 
Antinous, témoigne, ce semble, du désir qu'avait la piété grecque et romaine d'accom- 
moder au goût classique l'antique dieu-chien de l'Egypte. On sait l'influence de l'édu- 
cation littéraire à cette époque : les sarcasmes décochés au latrator Anubis par Virgile, 
Properce et autres auteurs expliqués dans les classes ont dû contribuer à faire modifier 
le type d'Anoubis à tête de chien. Les gens cultivés de la néXt? trouvaient sans doute 
cette représentation trop naïve, ils la laissaient au populaire et aux manants de la x"''p«- 
J'ai montré ailleurs ° que cet Anoubis tout à fait hellénisé n'a pas été figuré que sur 
des monnaies d'Alexandrie : c'est un type connii par divers ex-votos, notamment par 
une tête de marbre, où Audollent' s'est obstiné, contre toute évidence, à reconnaître 

un Sarapis, comme si Sarapis pouvait être imberbe. 

Paul PERDRIZET. 

Strasbourg, Noël 1919. 



XXVI. — Stèle carienne (Pl. V). 
Calcaire blanc. Haut., 0",60; larg., O^.âS. (Grenoble.) 

M. C. AuTRAN, membre de l'Institut français d'archéologie orientale, qui travaille 
au Corpus des inscriptions cariennes, a eu l'obligeance d'écrire la notice suivante sur 
cette stèle trouvée en Egypte. Nous lui exprimons ici nos meilleurs remerciements. 

Cette petite stèle cintrée, trouvée à Zagazig, ancienne Bubaste, porte une inscrip- 
tion en langue et caractères cariens. 

Jusqu'ici, les monuments cariens sont rares. Le peuple carien, son histoire, sa 
langue, ses usages, nous sont encore fort mal connus. Nous savons seulement par les 
auteurs grecs, Hérodote, Thucydide, Strabon, Diodore, Etienne de Byzance, que 
c'était une race hardie et vagabonde, ressemblant par plus d'un trait à celle des an- 
ciens Vikings, — comme eux, aimant la mer, les aventures, la piraterie, et le tumulte 
des armes. On retrouve de leurs colonies un peu partout en Méditerranée : dans les 
îles de l'Egée, — sur les côtes du Pont, — en Grèce, — en Egypte, — en Libye. 
Minos, roi de Crète, recrutait chez eux les équipages de sa flotte, et les Pharaons les 

1. Bronzes Fouquet, p. 27. 

2. kl., p. 29. 

3. Carthage romaine, p. 649. 



MONUMENTS ÉGYPTIENS DE LA COLLECTION DU COMTK DE SAINT-FERRIOL 191 

enrôlaient volontiers comme mercenaires dans leurs bataillons. Psammétique leur avait 
même assigné un quartier de Memphis. Là, dans l'intervalle de leurs expéditions mili- 
taires, ils se faisaient drogmans pour les touristes, suivant Hérodote. 

Leur langue, dont il ne subsiste guère que des noms propres et un .petit nombre 
de mots et d'inscriptions (celles-ci ne dépassant pas le chiffre de 70), nous est très mal 
connue. 

Les bilingues sont rares et courts, comme toutes les inscriptions cariennes, du 
reste. Ils sont Égypto-Cariens et ne nous apprennent rien d'utile. La plupart de ces 
monuments épigraphiques ont été trouvés en Egypte, où la population carienne parait 
avoir été relativement nombreuse; les principales localités intéressantes à ce point de 
vue sont Memphis, Abou-Simbel et Abydos. 

L'idiome carien fait partie du groupe des dialectes asianiques : lycien, cilicien, 
pisidien, lydien, et probablement aussi l'un des dialectes crétois. Ces parlers, encore 
mal connus et peu compris, sont certainement apparentés entre eux. Ils sont non moins 
sûrement en corrélation avec le hétéen, ou, du moins, très fortement influencés par 
celui-ci. 

Nous connaissons, à ce jour, six stèles cariennes, qui se trouvent dans les Musées 
de Grenoble, de Lausanne, de Sydney, du Caire et du Louvre. Ce sont des monuments 
funéraires portant le nom du défunt et sa parenté. Sur certains, l'influence de la te- 
chnique égyptienne est manifeste. 

L'alphabet se compose en majorité des signes gréco-phéniciens. Quelques carac- 
tères se rattachent au syllabaire cypriote et à l'écriture hétéenne. Les valeurs d'un 
certain nombre de signes ne sont pas encore sûres. 

M. A. H. Sayce, dans son étude Tke Karian langiiage and inscriptions [Trarvi. 
of the Society of Biblical Arc/taeology, IX (1893), p. 147], a transcrit comme suit la 
présente stèle : 

TH-O-V-L E-S-0-V-l-H E W-U-GO- Z- E - Û, 

qu'il interprète ainsi : Thocl l'Esocien, fils de Wugo ("?) ^~e(?). Il rapproche Thovl 

du grec eûXo,- ou ecillo- et du lydien Tylon (Pline, H. N., XXV, 5). Ce nom parait 

se retrouver sur une inscription carienne d' Abydos. 

C. AUTRAN. 



ERRATA. — Quelques erreurs d'interprétation dans le dessin exact des signes s'étant 
glissées dans le fac-similé publié pi. IV du fragment inférieur de la stèle de Kouban, je donne, 
pi. V, une nouvelle reproduction directe de ce fragment. A. M. 



L.4 MILICE ÉGYPTIENNE AU VP SIÈCLE ET L'EMPIRE ACHÉMÉNIDE 



Le point de départ des recherches est le texte bien connu d'HÉRODOTE (II, 164 
sqq.) : 

(i II y a sept catégories d'Égyptiens : la première est la classe sacerdotale, la se- 
conde celle des guerriers, puis les bouviers, les porchers, les cabaretiers, les inter- 
prètes, les pilotes. Telles sont les classes : les noms viennent des professions. Les 
guerriers s'appellent Calasiries ou Hermotybies, et appartiennent aux nomes suivants 
(car toute l'Egypte est divisée en nomes) : 



Nomes des Her 


motybies 




Bousiris, 




Chemmis, 


Sais, 




Paprémis, . 



L'Ile nommée Prosopitis, 
La moitié de Natho. 

Les Hermotybies habitent ces nomes, et atteignent, quand ils sont au complet, le 
chiffre de 160.000. Aucun d'eux n'apprend de métier, tous se consacrent à l'art mili- 
taire. 

Nomes des Calasiries : 

Thèbes, Sébennytos. Anysis, 

Bubaste, Athribis, Myekphoris (ce nome est 

Aphthiris, Pharbéthis, dans une île, en face de 

Tanis, Thmouïs, Bubaste). 

Mendès, Onuphis, 

Tels sont les nomes des Calasiries, qui atteignent, quand ils sont au complet, le 
chiffre de 250.000 hommes. A eux aussi il est interdit de s'occuper d'aucun métier; ils 
s'appliquent uniquement à la profession militaire, le fils l'apprenant du père. 

Voici les prérogatives des guerriers (ils sont les seuls des Égyptiens, avec les prê- 
tres, qui en aient de telles). Chacun d'eux a 12 aroures d'excellente terre, franches de 
tout impôt (l'aroure est un carré de 100 coudées d'Egypte, la coudée d'Egypte étant 
égale à celle de Samos). C'est là leur apanage à tous : ce qui suit leur revient par rou- 
lement, sans que jamais ils en jouissent tous ensemble. Chaque année, 1.000 Calasiries 
et Hermotybies sont désignés pour la garde du roi. Ceux-là, outre les 12 aroures, 
touchent par jour 5 mines de pain, 2 raines de viande et 4 aristères de vin. » 



LA MILICE ÉGYPTIENNE AU VI« SIÈCLE ET l'eMPIRE ACHÉMÉNIDE 193 

Je ne crois pas que les renseignements fournis ici par Hérodote proviennent de 
son voyage en Egypte vers 450-440 avant Jésus-Christ : il n'est pas possible qu'il ait 
vu fonctionner régulièrement de pareilles institutions dans le Delta après la révolte 
d'Inaros. La place même où l'historien insère ces détails (à l'occasion de la révolte 
d'Amasis en 569) indique qu'il les emprunte à une source écrite, à l'ouvrage d'un 
Ionien quelconque sur l'Egypte saïte. Non pas que ces institutions. aient été forcément 
détruites par les Perses après 525 : on sait, au contraire, que Darius se montra sou- 
cieux de respecter en tout les coutumes égyptiennes. Les Perses ont certainement fait 
usage de la milice égyptienne, sur terre dans la guerre de Cyrénaïque', sur mer dans 
l'expédition de Grèce (480), où les Égyptiens se sont distingués'. Mais, enfin, les ins- 
titutions militaires dont il s'agit ici, comme l'indiquent les détails relatifs à la garde 
royale, remontent à l'époque des pharaons indigènes. 

L'écrivain suivi par Hérodote parait avoir été très exactement informé. Les dé- 
tails qu'il donne sont circonstanciés et précis. Le terme de Calasii-ies a été retrouvé 
dans les textes égyptiens' : celui de Hermotybies le sera peut-être un jour. La liste 
des nomes fait une impression d'authenticité, à condition de ne pas voir dans Chem- 
mis et Thèbes les deux villes de la Haute-Egypte qui ont rendu fameux ces noms, 
mais des localités homonymes du Delta'. Les chiffres de 160.000 et de 250.000 ont été 
contestés comme trop gros'. L'un de ces chiffres, le dernier, était connu, et se retrouve 
sous la plume d'historiens grecs à. propos de l'émigration des guerriers indigènes sous 
Psammétik (vers 650), altéré en 240.000 par Hérodote (ce qui est probablement le 
chiffre exact)', arrondi en 200.000 par Diodore'. Hérodote inditiue, d'ailleurs, lui- 
même que c'étaient là des chiffres maxima, ou, comme nous dirions, des chiffres « sur 
le papier». Il est douteux que les rois saïtes se soient préoccupés de tenir au complet 
les cadres de la milice indigène, et il est probable que la tendance à la concentration 
de la propriété foncière, habituelle en cas pareils, s'est fait sentir dans la caste militaire 
égyptienne. Quoi qu'il en soit, il ne suffit pas, pour critiquer des chiffres, d'impres- 
sions personnelles. Le contrôle ne peut venir que d'autres documents, ou des déduc- 
tions statistiques, lesquelles peuvent aboutir à des impossibilités. Parmi les docu- 
ments égyptiens qui m'ont été accessibles, je n'en connais pas qui puissent confirmer 
ou infirmer les données d'HÉRODOTE. Les conséquences statistiques vont apparaître 
tout à l'heure. 

1. Hér., IV, 201. 

2. Hér., VII, 89; Vlll, 17. 

3. Brugsch, D/e Ariyptoloyie, p. 234. 

4. Ibicl., p. 235. 

5. Maspero, Hisl. anc. t. III, p. 500. * 

6. Hér., II, 30. 

7. DioD., I, 67. 

Reçue égyptologique, l. ■ 25 



194 E. CAVAIGNAC 



Il aurait donc été prévu, à l'époque saïte, une dotation de 400.000 fiefs militaires 
dans le Delta, de 12 aroures chacun. Précisément à cette occasion, Hérodote donne 
sur l'aroure des détails qui confirment ce que l'on sait par ailleurs : l'aroure était d'un 
quart d'hectare'. Cela donne une surface totale de 12.000 kilomètres carrés, la moitié 
du Delta, un tiers de l'Egypte cultivable. Ainsi les écrivains de la première époque 
hellénistique suivis par Diodore n'exagéraient pas en disant qu'un tiers de l'Egypte 
appartenait aux prêtres, un tiers aux guerriers, un tiers au roi'. 

Je voudrais indiquer ici deux conséquences importantes de ces chiffres. 



1" La population de l'Egypte. 

Il faut donc nous représenter la milice égyptienne comme vivant sur ces 12.000 
kilomètres carrés de terre. Dans les évaluations de population déduites du chiffre des 
chefs de famille, on multiplie généralement celui-ci par 4 ou par 5. Le premier chiffre 
est certainement modéré : on peut imaginer le guerrier égyptien vivant sur son do- 
maine avec une femme et deux enfants. Il pouvait, en outre, avoir des auxiliaires de 
culture : on nous dit que les laboureurs égyptiens travaillaient, pour des sommes mo- 
diques, sur les terres du roi, des prêtres ou des guerriers'. Bref, en déduisant du 
chiffre de 400.000 guerriers un chiffre total de un million et demi à deux millions 
d'habitants pour la zone militaire, on n'ira pas trop loin. 

Hérodote nous représente le territoire assigné aux guerriers comme excellent. 
Mais on croira avec peine que le sacerdoce fût très désavantagé par rapport à eux. La 
densité de population indiquée ci-dessus vaut probablement pour le reste du Delta. 
Pour la Haute-Egypte, on conclura à un chiffre un peu moindre, mais, d'autre part, on 
n'oubliera pas les grandes villes. En somme, en multipliant par 3 le chiffre obtenu 
pour la zone militaire, les cinq ou six millions d'iiabitants qui en résultent pour 
l'Egypte du VI« siècle doivent approcher de la réalité. 

Ce n'est pas un chiffre surprenant. L'époque saïte a été une époque de prospérité. 
Quand Hérodote parle de 20.000 villes, on peut bien croire, avec Maspero, qu'il 
comprend sous ce nom les moindres agglomérations'. Mais l'impression qui se traduit 
dans ce chiffre est exacte. Au beau temps des Ptolémées, nous avons le chiffre de sept 
millions; pour l'époque de leur décadence, celui de trois millions'. Laissons les vingt 
millions d'habitants indiqués pour l'Egypte de la grande époque musulmane. Mais on 

1. Cf. Brugsch, Die Âgyptologie, p. 372. 

2. UiOD., I, 73. Sur les sources de Diodore. cf. Pauly-Wissowa, Bealencyclop., s. v. Diodoros. 

3. DioD., I, 74. 

4. Hér., II, 177; Maspero, Hist. anc. III, p. 640. 

5. DiOD., I, 31. 



LA MILICE ÉGYPTIENNE AU VI« SIÈCLE ET l'eMPIRE ACHÉMÉNIDE 195 

nous donne, j^our le milieu du XIX' siècle, des chiffres équivalents à celui de l'époque 
salte'. Il est vrai que la statistique, ici, est signalée comme incomplète : ce fait, joint 
aux progrès réalisés depuis, explique que le chiffre actuel soit notablement supérieur. 

2° Le tribut peise. 

Hérodote nous donne un autre renseignement important, en disant que les terres 
des guerriers échappaient à tout impôt. Ainsi, à l'époque saïte, 12.000 kilomètres 
carrés étaient exemptés. Les Perses, en conservant la milice égyptienne, ont-ils main- 
tenu son immunité? Nous n'avons pas de renseignement direct sur ce point. 

Mais nous savons que les terres des prêtres jouissaient de la même exemption 
d'impôts. Et ici, nous avons un indice relatif à l'époque achéménide. Un passage des 
Économiques attribuées, à Aristote indique, sans le dire formellement, que le condot- 
tiere athénien Khabrias, au IV® siècle, fut le premier à toucher à l'immunité des prê- 
tres'. Darius a donc poussé la condescendance envers les autorités sociales de l'an- 
cienne Egypte jusqu'à respecter ce privilège considérable. 

De pareilles exemptions expliquent le taux extraordiiiairement faible du tribut 
perse. 700 talents! Ce n'est pas le plus haut des chiffres de la liste (la Chaldée paie 
1.000 talents). Ce n'est pas le double du chiffre de satrapies extrêmement moyennes'. 
Selon qu'on admet ou n'admet pas l'exemption pour le territoire des guerriers, on est 
conduit à penser que le tiers seulement, ou les deux tiers, de l'Egypte payaient le tri- 
but. Le chiffre qu'aurait dû payer le pays entier est, dans le premier cas, .supérieur 
à 1.000 talents, — dans le second, supérieur à 2.000. 

Nous avons parlé du chiffre de 1.000 talents de tribut payé par la Chaldée. Là 
aussi, nous avons à tenir compte de nombreuses exemptions sacerdotales. Les écrivains 
de la première époque hellénistique, reproduits par Diodore, signalent l'institution en 
l'attribuant à l'imitation de l'Egypte', et attestent ainsi que le conquérant macédo- 
nien l'a encore trouvée en vigueur. Les documents chaldéens ne permettent pas, jus- 
qu'à présent, de se rendre exactement compte de l'extension de ces biens de mainmorte. 
Mais on peut toujours affirmer que la Chaldée aurait dû payer beaucoup plus que les 
1.000 talents qui constituaient sa taxe officielle. Or, s'il est difficile de se faire une idée 
de ce qu'était la Babylonie vers 500 (tant l'état du pays a été transformé), on peut 
affirmer qu'elle ne représentait pas, comme valeur économique, l'équivalent de 

1. Cf. Vivien de Saint-Martin, Dict. de Gcotjr., art. lii/ypte (pour 1872); Pierre Arminjon, Correspon- 
dant, 1910, IV, p. 550. 

2. [Aiustotk], Èconoin., II, ii, 25. 

3. La liste est dans Hér., III, 69 sqq. 

4. DioD., 1, 28. 



196 E. CAVAIGNAC 



l'Egypte'. On peut donc hardiment préférer, pour celle-ci, le chiffre de 2.000 talents 
au chiffre de 1.000. 

Tel est donc le chiffre qui représentera pour nous la valeur contributive de 
l'Egypte dans l'empire perse, après élimination des exemptions : 2.100 talents au lieu 
de 700. Dans la comparaison avec d'autres satrapies, on n'oubliera pas qu'il pouvait y 
avoir, ailleurs aussi, des exemptions. Cependant, en Judée par exemple, le livre de 
Néhémie ne signale pas d'immunité pour le clergé, si fréquentes que soient les occa- 
sions où il aurait pu noter le fait'. En Asie Mineure et en Médie, il pouvait y avoir 
des sanctuaires i-û.^x^, mais en nombre incomparablement moins grand qu'en Egypte. 
Bref, dans les rapprochements, on pourra prendre pour celle-ci un chiffre un peu in- 
férieur à 2.000 talents, ou, ce qui revient au même, majorer légèrement les chiffres 
donnés pour les autres pays. 

Rapprochons maintenant les deux chiffres de six millions d'habitants et de 2.000 
talents de tribut, pour avoir une idée de ce que représente la taxation perse. Nous 
trouvons que 300 ou 350 talents (babyloniens) correspondent à un million d'habitants, 
ou, si l'on veut, que le tribut est d'un peu plus de 2 drachmes euboïques par tête d'ha- 
bitant. C'est un chiffre très modéré, tellement modéré qu'il faut, pour l'expliquer, se 
rappeler que le tribut royal n'était qu'une des charges qui pesaient sur l'Égyptien. 
Hérodote nous donne des exemples de ces charges supplémentaires', et le livre de 
Néhémie montre dans quelle mesure l'impôt pouvait être aggravé par les exactions 
locales*. Mais enfin il n'est pas douteux que l'Egypte ne payât sous les Achéménides 
beaucoup moins qu'aux époques où elle était la base principale de la richesse de ses 
maîtres, par exemple sous les Ptolémées'. 

Au reste, le point important ici est la relation générale établie entre la population 
et le tribut. Car je persiste à penser que cette relation peut être, en gros, en très gros, 
généralisée pour l'empire achéraénide. Sans doute, Darius a tenu compte, dans l'as- 
siette de l'impôt, de bien des circonstances locales : nous venons de voir, pour l'Egypte 
même, quelles immunités exceptionnelles nous masquent la force contributive réelle 
du pays. Mais, dans l'ensemble, un barème général a dû être appliqué aux satrapies, 
et le chiffre du tribut peut servir à nous donner une idée approchée de la population 
libre et sédentaire'. Voici ce qu'il donne : 

1. Pour l'époque (très prospère) du khalife Omar, l'étendue des terres cultivées est évaluée à 11.000 kilo- 
mètres carrés. 

2. Par exemple, V, 15; X, 32; etc. 

3. Héh., II, 98. 149, etc. 

4. NÉH., V, 15. 

5. Cf. mon fJist. de l'Antiq., t. III, p. 131. 

6. Cf. mon Hist. de l'Antiq., t. II, p. 4 sqq. 



LA MILICE ÉGYPTIENNE AU VI® SIÈCLE ET l'eMPIRE ACHÉMÉNIDE 197 

Syrie 1 million d'habitants. 

Cilicie là. 2 — 

lonie 1 — 

Lydie Ià2 — 

Phrygie, Cappadoce 1 — 

Mosques, Tibarènes, etc 1 — 

Arménie 1 — 

Matiènes, Alarodiens 1/2 — 

Assyrie 4 — 

Susiane 1 — 

Médie 1 — 

Saces, Caspiens 1/2 — 

Caspiens, etc 1/2 — 

Parthes, Sogdiens 1 — 

Bactriane 1 — 

Sagartiens, Mèces, etc 2 — 

Éthiopiens d'Asie 1 — 

Sattagydes, Gandares, etc. . . 1/2 — 

Nous sommes très rarement en mesure de contrôler les chiffres obtenus ; pour la 
Paphlagonie, par exemple, qui constitue une forte part de la cinquième de ces satra- 
pies, on nous donne le chiffre de 120.000 hommes, correspondant à un demi-million de 
population totale'. Mais l'Egypte reste la base de ces calculs, et c'est pourquoi on ne 
saurait serrer d'assez près les données qui lui sont relatives. 

On arrive, en partant des chiffres égyptiens rectifiés, à un total de 25 à 30 mil- 
lions d'àmes pour l'empire achéménide. On fera bien de ne pas le perdre de vue dans 
les études statistiques relatives à d'autres régions prises à la même époque. 

Ici, nous voulions simplement indiquer l'intérêt général du sujet, avant de le re- 
mettre aux égyptologues, qui seuls dominent le matériel documentaire dans son ensem- 
ble. On a étudié maintenant l'armée d'Egypte sous les Ptolémées, sous les Romains', 
sous les Byzantins'. On l'étudiera bien quelque jour pour l'époque saite et perse, en 
remontant même plus haut, car les traits généraux des institutions que nous avons 
examinés ont été certainement dessinés bien plus anciennement, probablement sous 
la XIX'' dynastie. Il sera bon de pousser l'étude en visant surtout le VP siècle, et en 
examinant spécialement : 

1. Xén., Anabase, V, vi, 9. 

2. Lesquier, Los Institutions militaires de l'É(jypte sous les Layules et L'Armée romaine d'Egypte. 

3. Jeaa Maspero, Organisation militaire de l'Egypte bysantine. 



198 E. CAVAIGNAC 



1" Dans quelle mesure a été effectuée la large militarisation des populations du 
Delta, signalée par Hérodote, et dans quelle mesure elle a été maintenue; 

2" Si l'exemption d'impôt, pour les fiefs militaires, a été conservée sous les 
Perses. 

A deux reprises, l'Egypte a fait partie de vastes systèmes politiques, et a été 
régie suivant des principes venus du dehors : à l'époque achéménide et à l'époque 
romaine. Pour ces deux époques, les institutions du pays, outre leur intérêt local tou- 
jours considéraljle, sont de nature, quand on parvient à les élucider, à illuminer par 
réflexion de larges domaines géographiques et historiques. 

E. CAVAIGNAC. 



SOME PRIVATE LETTERS OF THE ROMAN PERIOD 

FROM THE LONDON COLLECTION 



The value and interest of papyrology are manifold, illustrating as the science does 
so many and so varions subjects of historical study; but one of its chief charms con- 
sists in the immediacy of contact into which it brings us with the life of Graeco- 
Roman Egypt and so, in some measure, of the Graeco-Roman world generally. Where 
the historian gives us but generalizations, the broad outlines and large processes of 
man's life and social activity, or, at best, revivifies for us the personalities of indivi- 
duals exceptional by their talents, their fortunes or their station, the papyrus docu- 
ment puts us en rapport with the common man; with some single man représentative 
of thousands like himself, but none the less a concrète individual, with his own 
destiny, passions, and humours. 

Ail this is true; yet, true as it is and great as is the interest which our study thus 
acquires, it must be confessed that the generality of papyri are far less personal than 
we could wish; and when we turn, as those who are not specialists usually do turn, 
from tlie officiai documents and légal transactions, with their stereotyped and unex- 
pressive formulae, to private letters, in hope to find there some more intimate révél- 
ation of personality, our disappointment is apt to be the greater. The interests of 
thèse ancient letter-writers were depressingly narrow in their range: the abrupt and 
embarrassed sentences often convey little or no meaning to us who are ignorant of the cir- 
cumstances to which they refer ; and the conventional phrases, repeated parrot-like from 
wriler to writer, carry as little of individual feeling as the " Dear Sir", " Yours truly", 
or "Hoping this finds you well as it leaves me at présent'" of their modem counter- 
parts. Nevertheless we meet, ever and anon, with a letter which, whether by reason 
of a more intense feeling, of spécial circumstances, or of a higlier degree of éducation 
in the writer, seems to bring us into touch with a human soûl at one moment, if no 
more, of its passage, stormy or tranquil, through this world; and such letters will 
always hâve, not to the "gênerai reader" only but to ail who value history primarily 
for its révélation of human life, a quite pecuJiar appeal. Their number, if small in 

1. A letter received by the "Séparation AUowances" brarich of a Government OItice early in tlie war, 
oomplaining of non-payraeiit of an allowauce, ends tlius : — "I hâve not received my money yet. We hâve 
had no food in the housc for two days. Hoping you are the same, Yours, etc." The writer had used a phrase 
niuch in vogue araong the less literate portion of the comraunity without any sensé of its relation to the con- 
text. 



200 H. I. BELL 

compai'ison with our total stock of papyrus letters, is by now not inconsiderable, but 
an addition to them is always welcome. It is for tins reason that I determined to 
publish hère two or three letters of a rather more personal kind wliich the Britisli 
Muséum lias actiuired in the course of the last décade. Volume VI of the Muséum 
Catalogue is not likely to appear for at Icast two or three years, and it is very possible 
that, for reasons of space, the letters and private documents of the Roman period will 
hâve to be left over to the following volume; hence a preliminary publication of thèse 
letters seems advisable. 

I hâve edited thèse documents in the way now almost universal, with accents, 
breathings and punctuation marks. Suppléments of my own are marked, as usual, by 
s(]uare brackets, letters omitted in the original but supplied by me by the signs < >, 
deletions by double brackets [[ ]], superfluous letters by braces J {. I bave given trans- 
lations, partly because they render an elaborate commentary unneccssary, partly for 
the convenience of any readers who may be unfamiliar with the often indiffèrent 
Greek and awkward constructions of the Graeco-Egyptian letter-writers. I should 
add that my transcripts of Nos. 3 and 4 bave had the benefit of a revision by Prof. 
Grenfell, whose contributions are acknowledged in the critical notes by the letter G. 



1. A Schoolboy's Letter Home. 

Letters from or to schoolboys or alluding to the éducation of children, though 
not of course numerous, are less rare than might perhaps hâve been expected ; and 
some of them are certainly among the most interesting of the papy ri yet found. The 
présent letter, which is from a boy sent, in accordance with a not uncommon custom, 
to a teacher living at a distance, may fairly claim to rank among the more noteworthy 
spécimens of its class. It appears that the boy's father was expected to visit the 
schoolmaster, who, for some reason left unexplained, could not or would not begin his 
instruction till the father's arrivai ; and accordingly Thonis, burning with zeal for the 
acquisition of knowledge, urges his father to hasten his coming. This enthusiasm for 
study may seem to the modem schoolboy more than a little inhuman; but, as if to 
remind us that boys could be boys even in ancient Egypt, Thonis makes a bid for the 
sympathy of even tbe most unwilling scholar in his postscript : ,avTj[jtovEjaaTE tûv TOpioTt- 
ptSicov r,(jiâ)v. It is true that pigeons, then as now, were very commonly kept in Egypt 
for économie reasons, but in this case it seems certain that Thonis's pigeons were 
something more to him than mère "poultry". 

The letter is not a long oae; yet it is not, I think, fanciful to read in it some 
manifestation of a living personality ; to fînd in this schoolboy, with his eagerness for 



SOME PRIVATE LETTERS OF THE ROMAN PERIOD 201 

learning, his filial affection, and lus tender memory of the pets left behind him, a 
figure not unworthy to be set beside the others, men or women, wlio hère and there 
start eut, vivid and actual, from tlie neutral and obscure throng recorded in thèse 
memorials of the past. 

I hâve called the papyrus "inedited"; but in strictness this is inaccurate. The 
text was edited by me some years ago, with a translation and brief commentary, in 
the magazine of my old school ' ; but an appearance in such a place can hardly be re- 
garded as publication in the full sensé, and it is little likely that the letter has been 
seen by any papyrologist but myself. It is written on the verso of a pièce of papyrus 
eut from a larger pièce, the recto of which contained a document probably officiai but 
of uncertain character. The hands of recto and verso alike tend to date the letter as 
belonging to the early part of the third century, and writing, orthography, and gram- 
mar indicate that Thonis had profited by his instructions (that lie had been at school 
at home before coming to his présent teacher is shown by 1. 22 f.) rather more 
thoroughly than several of his fellows. The provenance of the papyrus, which was 
acquired with a miscellaneous collection, various alike in date and origin, is quite 
uncertain. 

P. LoND. INED. Inv. No. 1575 verso. 16.6 x iO cm. 

Kupiw jjLOL» uaTpi 'Apîovt 6cbv^ y^aîpsiv. 
Dpà [J.£v irâvTcov tô -n:pocrxùv'/][/.â crou uot- 
ô) Kaô' èKâaxTjv 7][ji.épav xai tùy^ô^ievoç 
ha. (T£ àTToXàêco ôXo>tXï]poûvTa xai toù? ■/]- 
5 [xûv iràvTaç irap' olç £'n:t^£voû[xat iraTpq)- 
oiç BboXç. 'l8où tc£[jlt:tov aoi toûto ypâ'pco, 
Kai Gol £Î [X7] àira^ [xôvov oûx è'ypacj^à.; [xoi 
oiiSà TTcpi Tviç (Jïjç ôXoxX7]pîa; oûôè irpô^ £- 
[jiè riXGaç- Ta^â[X£vôç (jloo ôti " £p)(0[i.£ " où- 
10 X r]<X>6aç tva xal (xà9-(iç •/] iTpo(T£)(£t \i.Qi à ôt- 
ôâcrxaXoj -q où. Kal aÛTo; ouv xaô' 7)(X£pa<v> 

Oy^edoï) Tt ■7TUVÔâv£T£ TCSpl CTOÛ [[£T0([J.C0ç]] 

ÔTt "OÛTTW [[•?]XG£V]] £pX£T£;" Kàycb OUV XiyCL) 

[[oTi]] £V "vÉ". [[ï.-S]] Siroùôaaov ouv laylov 

1. The Notlinghamiaii, April, 1914. 

Reçue égyptolor/igue, I. 26 



202 H. I. BELL 

15 éXOeïv upôç i\t.k heu (J.& Ôiôà^Yj cbç irpô- 

GufJLÔç saTtv. 'H vjç [jlet' éjxoû àvaêàç iràXe 

"iilJLrjv ôiôa^ôeiç. Mvt] [xôveuaov ôè 

épy_ôfAevoç wv è'ypa^Jià ctoi TroXXâxtç. [['/]]] Ta)(ïov ouv 

■^y.£ irpo^ [[^H'-^]] ''IH'-^? ''^P'^ °'^ ^'s ^à àvco 
20 [Ji.£pi^ àTTsXG'/]. 'AaTiâ^co iroXXà toù; t]- • 

XoûvTi '/](xâç. 'AaTrà^co 8i xal toù^ âtôa- 

(JxàXoUÇ [JLOU. 

"EppCOtjÔ (JLOt, KÙpté [XOU uàTEp, £ÙTU- 

25 )(oOvTÎ [Ji.ot aùv toïç àêatTxàvTO tç [aou 

àôsX'fOÏç, cb; £Û)^0[xat, ttoXXoïç y^pôvotç. 

Postscript, added between II. 22 and 24 : — 

Mv/][jLOV£ÙaaT£ twv i^tpiaiz- 
piôîcov '/IfiCÔV. 

Addressed, on the recto : — 

'Apetovt TiaTpî ï9 Tr(apà)... 

V 

4. ïva. 5. Ttap'. 6. ïoou. 7. I. ffù; fjiovo. 9. iriX'Sa;; 1. è'py^Ojjtai. 10. ïva; 1. Ii ; SO tOO in 
1. 16. 12. 1. o-^eSôv; 1. TiuvBcivexat; u corr. from s (?). 13. nVOev; 1. è'pj^^E-ca'.. 14. 1. votî. 15. eX'- 
6eiv; ïva. 16. 1. itàXai. 18. ep;^o(ji.£voi; added above the line. 20. aTteX'ÔT,. 21. -/.ax'; 1. <ptXoÙ7iv. 
24 f. 1. tùzujôit. 

TRANSLATION :— 'To my revered father Arion : Thonis, greeting. Before ail things 1 
make supplication for you daily, praying also before the ancestral gods of this place in which 
I am living that I may find you in good health, and se too ail our relatives. See, this is the fifth 
time I hâve written to you, and you hâve net written to me but once only, not even about your 
health, nor hâve you come to me; though you sent me word "I am coming" you did not come 
in order to find out whether my teacher is looking after me or not. And he himself too almost 
daily enquires about you, "Isn't he coming yet?" As for me, I say just one thing : " Yes." 
Hasten then to come to me quickly in order that he may teach me, as he is eager to do. If you 
had come up with me I should hâve been taught long ago. And when you come remember the 
matters I hâve often written to you about. Come to me then quickly before he départs to the 
upper districts. Many greetings to ail our relatives by name, with those who love us; and greet- 



SOME PRIVATE LETTERS OF THE ROMAN PERIOD 203 

ings also to my teachers. Farewell, my revered father, in ail prosperity along with my brothers 
unharmed by the evil eye, I pray, for raany years. P. S. Remember our pigeons.' 

Addressed : — 

'To Arion my father, from ' 



1. Kup((u : I hâve ventured to paraphrase this word "revered" in préférence to the 
usual literal rendering "lord". "My lord fatlier" is not English, and "revered", 
besides indicating the respect conveyed by the word /.ôp'.o;. has the touch of religious 
suggestion which in the Greek must hâve attached to a word so often used of di- 
vinities. 

29. The significance of the ï6 (which seems a fairly certain reading) is obscure to 
me. The traces after -(^oà) do not suggest etivôu; or e-Jv.');. 



2. A Lecture on Filial Duty. 

It is often extreraely difficult to décide what, or indeed if any, personal feeling 
inspired the stereotyped phrases of affection or respect which are so plentiful in pa- 
pyrus letters'; and it is pleasant therefore, in the two foUowing letters, to hâve proof 
positive that the affection which the writer expresses for his family was genuine. 
Had we indeed but the first of the two, that from Sempronius to his motlier, there 
might be some room for doubt, though there is a tone in the letter which should 
convince ail but the more sceptical; but the second letter puts the matter beyond 
question. 

The two letters, though separate when they reached the Muséum and indeed sold 
as two documents, were original ly written on a single sheet of papyrus and hâve now 
been reunited. We hâve hère in fact an instance of the enclosure of a second letter 
with one addressed to another person, just as, at tlie présent da3% we sometimes en- 
close in a single envelope two letters to différent members of the same household. 
Though the letter to the motlier cornes first on the sheet, the address on the other 
side is to the- brother only; aud this little détail helps to illuminate for us the per- 
sonality and tempérament of the writer. He is writing to reproach his brother Maxi- 
mus (probably the eldest of the family at home) with his and his brothers' inconsiderate 
conduct towards their mother; but being anxious to avoid causing trouble between 
mother and sons or appearing to poison her mind against them, he addresses his letter 

1. See the very just lemarks of CiLOERiNi on this subject, Studi d. se. pap., II, p. 10. 



204 H. I. BELL 

indeed to Maxiraus but, reflecting perhaps that his mother, on learning of the arrivai 
of a letter, would wish for news of her absent son, he encloses a letter to her, full of 
expressions of his affection and solicitude for her but scrupulously silent on the 
matter which inspires his letter to Maximus. We ma}' doubtless assume that Satur- 
nila, in common witli the vast majority of Graeco-Egyptian women, was illiterate; 
and she would therefore know nothing of the remonstrances which Sempronius was 
addressing to his brothers. 

This tact and fine feeling cornes out equally in the letter to Maximus. The 
writer's apologies for writing on such a subject, his évident anxiety to efface any 
displeasure which his impulsive opening sentences may hâve caused, his ctiressing 
-(•W-^TaTE (hère certainly no mère formalism but the expression of a genuine émotion) 
— ail this unités to make vivid to us a personality warm-hearted, affectionate, and 
possessing a fine delicacy of feeling. 

It appears from 1. 8 (/.aTa-Àsjdiv-rwv) that the writer was living lower down the 
Nile than his correspondents ; and his mention of the arrivai of a letter from Cappa- 
docia makes it not improbable that he was at Alexandria. The papyrus was acquired 
along with some letters of the Zeno collection (third century B. C), which corne of 
course from the Fayum, but it is itself of the Roman period, probably the second half 
of the second century, and we hâve really no means of determining its provenance. 

It is noteworthy that nearly ail the personal names are Roman, but Helen is 
Greek and Thermuthis Egyptian, while Scythicus suggests a freedman. If the writer 
and the persons he refers to were really Romans their citizenship was probably ac- 
quired, perhaps in conséquence of military service; or they may hâve been of servile 
origin. 

P. LoND. INED. Inv. No. 2102. 32.3x22 cm. On the cerso of the papyrus. 

^z[t.-pû'no^ SaTOUpvîXa t?j (JL'r]Tp£i 

/.al /.upia -XsïcïTa /aipsiv. 

ripô Tcbv oXojv àppûaOé as cû)(0(J.at [xerà /.al twv 
àêacTKàvTcov fxou âÔEX'fûv, a[ia as. xai to -poay.v- 
5 v/j(x;x ùpLÛv TTOtoûfJLS 7)fJL£p7)atco^ -api TÔ) y.vpi- 
(p SspâTïtSt. To(7aÛTaç ùpisïv è-iGioXà: ôt£7T£[j.- 
cpâ[JL'/]v y.où8e[t.s.lct.v [koi àvT£Ypà'.{;aTat, ToaoÛTcov 
xaTairXsucïâvTCov. 'Epcor/]6£iç, -q xupîa {lov, àvôxvco^ 
[J.01 Ypà9£ov -ir£pl Tfjî {jcoTTjpiaç ùpiwv l'va /.àyd) à\xe- 
10 pip,'6T£pa Ôtàyw toOtô piot yà.p sû/.tsov éaxiv âcà îrav- 



SOME PRIVATE LETTERS OF THE ROMAN PERIOD 205 

TÔç. 'AaiTà^o[ji.at Mâ^i[J.ov xal t7]v <7Ù(j.êtov aÛTOÛ xal 2a- 
TOupvcXov xal répLsXXov xai "EXév/jv /ai toù^ aÛT-7]ç. jSIeTàôoç 
aiJT'Tj on èxopi.etaâpLY]v S£[Ji.7Tpcovtou è-n;8taToX7)v 
àTTÔ KairiToSoxîaç. 'AcrTCâÇo(xai 'loûXtov xal toùç aû- 
15 Toû xax' dvofxa xai SxuGtxôv xai 6£p[J.oûGtv xal xà 
Ttsôîa aÙTrjç. 'AaTCàÇsTS ùfjiâç FéijleXXoç. 

"Eppcoaô [xot -q xupia p.ou Stà iravxôç. 

SsfJi.'fîpwvio^ Ma^î[jLMO TÔ) âôeXcpq) 

TCX[s]ï(7Ta yaipeiv. Ilpô twv ôXcov épcoaGé 

20 as sûy^oiioLi. MsTÉXaêov otc |3ap£coç 5ouX£Û[ou|£T£ 
TTjv xupiav '/][JLâ)v [jLTjTÉpav. 'EpcoT7]9£lç, aÔ£X'^£ yXu- 

XÛTaTat, £V [i.7]â£V£t aÙT7]V XÛTTEr £Î M T£tÇ TWV à- 

ôsX'fwv àvTtX£y£t aÙT?j crû ô'f£ÎX£oç aÙTOùç xoXa'fi- 
^£t[v]" Tiâï] yàp uâTTfjp ôtpîXsiç xaXsïaGai. 'E7r£tc7Ta(Ji.£ 

25 OTt y^oiplç Tcôv Ypa(i.[xàTCùv (jlou ôuvaTÔç eI aÙT?j 

àp£(j£. 'AXXà [JL7] [3ap£toç £)(£ [xou Ta ypà[i[i.aTa vouGe- 
ToOv[T]â (T£- ô'j3iXo[ji.£v yàp Gé6saBe ttjv TExoûqav cbç 
G£[àv], [LàXziu'xoL T0taÙT7]v oucrav âyaGrjv. Taûxâ aot £- 
ypa'];a, à5£X'f£, £TT£0C7Tà[jLcVo^ T'/]v yXuxacrîav twv 

30 xu[pt]ojv yovEcov. KaXw^ ^[ojr/jat^ ypâ^{;aç [xot TTspl Tqç 

(7[cOT]rjpLaÇ Ùfx[â)]v. "EppCO(TÔ [XOt, àÔ£X'f£. 

Addressed on the recto : — 

'AtcôSoç Ma^îfJLCoi âne ^isp-irpcoviou 

àôîX'fOÛ. 

3. 1. ÈooôbaOaî. 5. 'Jjjiwv ; 1. Tto'.oùjjia'.. 6. 'jijiî'.v; 1. 'jjji.ïv. 7. 1. y.oùoejiiav, à'/TSYp*^*"^^- 8. Epojx., 
with a larges; 1. Èpto-rriGeTaa. 9. ujJLiov, tva. 10. Ttav'. 12. TopvtXov. 13. 1. èxojjiiaà(jtT)v, âmdxoXiriv ; 
ETzeiaioXiov is possible. 16. 1. itaiSi'a, àtnrâÇeTai. 19. 1. epptoaflat. 21 f. 1. •{Kuv.ù-za.xz . 22. 1. JJ'i'/Oiv'., 
■ctî. 24. 1. otpeîXscc, ÈTclsTapia'.. 26. 1. âpÉoai. àÀ),i : there bas been an altération or contusion in 
the middle of the word. xà : Ms. xa' apparently. 27. 1. àtosO.ousv, aïSejODc. lôt; : a correction. 
28. 1. (iàXiaxa. 29. ]. ÈTtiaxa.aevo;. 30. 1. Troi/asi;. 32-33. Between the two portions of the lines 



are two lara-e crosses ( o ). 'Aitooo; is written om. 



206 H. I. BELL 

TRANSLATION : — ' Sempronius to Satarnila his revered mother, very many greetings. 
Before ail things 1 pray for your health witli my brothers also, unharmed by the evil eye, and 
at the same time I make supplication for you daily before the lord Serapis. Se many letters 
hâve I sent you and not one hâve you written me in reply, though se many people hâve been 
sailing down hère. Do please, my revered mother, without hésitation send me news of your 
health that I may be freed from anxiety; for this is what I désire continuaily. Greetings to 
Maximus and his wife and to Saturnilus and Gemellus and Ilelen and her family. Tell her that 
I hâve had a letter from Sempronius from Cappadocia. Greetings to Julius and his family by 
name and to Scythicus and Thermuthis and her children. Gemellus sends greetings to you. 
Farewell, my revered mother, perpetually.' 

' Sempronius to Maximus his brother, very many greetings. Before ail things I pray for 
your health. I hâve been informed that you are being a grievous burden to our revered mother. 
Please, my sweetest brother, do not grieve her in anything; and if any of our brothers with- 
stand her you ought to box their ears. For you ought now to be called a father. I know that 
without a letter from me you are able to satisfy her. Please don't be offended at my letter 
chiding you; for we ought to révérence our mother like a goddess, especially such a good 
mother as ours. This I hâve written to you, brother, because I know the sweetness of revered 
parents. Do please, therefore, write to me about your health. Farewell, brother.' 

Addressed : — 

' Deliver to Maximus, from his brother Sempronius.' 

7. TOïoÛTiov : tlie V is curiously formed, with a downstroke below the line, to the 
left; or this may possibly liave no connexion with the character on the line and be 
intended as an accent on àvôxvux;. 

8. àvôxvwç : perhaps merely a slip for àrJxvwç, but it may well be a variant form. 
10. oiaYw : there is little room for w, and a stroke above a small lacuna after y 

seems difïicult to account for if m is right; but it is not easy to see what else can 
liave been written — or, at least, can be intended. 

14. KaTTTioooxi'ac; : such secms to be the form, but it is perhaps not wholly im- 
possible to read the second vowel a. 



3. A Woman's Tongue. 

The following letter is inferior both in spirit and in expression to the preceding, 
but it lias a personal tone which gives it a place among the more vivid of the papyrus 
letters which hâve come down to us. Its awkward style and some difKculties of read- 
ing make portions of it a little obscure. It is, for example, not clear whether the 
writer is a man or a woman. The participle in 1. 8 f. is masculine, but the barbarous 



SOME PRIVATE LETTERS OF THE ROMAN PERIOD 



207 



oàÇiaa must be intended to be féminine, and there is perhaps a — dare I say féminine? 
— asperity of tone in the référence to Copres' wife which suggests a woman. On the 
other hand the mention of the m-càpia is possibly more appropriate to a man. 

There is little to comment on in the letter. It is of the second century; according 
to Grenfell, of about the reign of Commodus. Nothing is known as to its provenance; 
but it was acquired with a large collection of papyri ail of which that could be 
localized came from the Favum. 



^ P. LoND. INED. Inv. No. 1920. 16 x 5.2 cm. 



Tcp Koirp-?i 
yaipetv. 
Tô [Ji,èv yopyôv 
ao\> olôa, Y] ôè 
yuv[rj] G£ xâst 
XaXo[û(7a] TTcccjav 
a)p[av] OTi aoi 



oûôàv 5iôw àvsp- 
y6\i.zvQ:; hï é'ôw- 

10 y.â aoc y.spfjLaTiov, 
OTC ÔÉ^aaa ta 
atTapta èv aÛTcb 
yàp TÔ) [xvjvi [où-] 
y^ cùpov âcjvai (j[ot. 

15 OûôÉv c»£ yàp 



ÙTToaTéXXofxs" 
Trâvxa cot yàp 
TCLaTcùco* 7] yàp 
yuv/j (70U XÉyt ÔTi 

20 " OÛÔèv TCICTTSÙY) " 

TroXX..t...u 



From top to bottom, in the left margiri : — 

OûSî[ç] as âùvaxE rpiXfjcrs, iy.''.vr\ yàp i; to aûv'5<UT>o(v) aùr/iç ^Û£t 
[CT£?..]...[xac yàp (70U xà aTpt'j/rj. 

8 f. àvep;^ofji£VG; : G. 11. 1. OE;o(;j.evoç or -vt). 12. Èv : e corr. from «. 13. Y^P '^V • *J- 
16. 1. û-OTTlÀXoij.a'.. 19. I. Xéye'.. 20. 1. t.:!Szvjz'. (but seC note). 22. 1. OÙOEÎÇ, Or/XTat, (i'.Xfjcrat, 
Èy.efvT,, e!ç; ■{; Ms. 23. ...fiai Y^p to'j, (TTOionj : G. 

TRANSLATION : — ' To Copres, greethig. 1 know your hot temper, and your wife 
enflâmes you, declaring evefy hour that I give you nothing; but when I came up I gave you 
some small change, because, having received my allowances that very month I was unable to 
give yoQ (anything before). For I am not cheating you in anything; for I give you crédit in 
everything; for your wife says, "She(?) crédits you in nothing". . . Nobody can love you, for 
she shapes you to her own disposition (?); for I ... your...' 



11. of^ajï : the reading is certain. The word seems clearly to be an atteinpt at the 
aorist participle of li/'Ji>.x:. The -/ip in 1. 13 is therefore superfluous. 



808 



H. I. BELL 



20. TiiciTôJr, : this is probably the reading, but the dotted letter looks rather more 
like a tlian e. 

21. The reading is not TToXXi/.'.!;. G. read, doubtfully, uiXat, but I ani not satislied 
tliat this is right. 

22. aVj)<oT>o{v) : in the Ms. auvepô. The first letter is more like <s than any other 
letter but the reading is doubtful ; uvo are certain, and probable. for ov is not un- 
common in literary papyri but rare in documents, nor is it quite certain that the 
stroke over is a simple Une. aûvcpuTov however makes good sensé, and no other explan- 
ation of the passage suggests itself. 

23. <szpi<fT, : quite ob.scure to me. After [se, £7:] ■aTa;.io(! cannot be read. 



4. Letter to a Brother. 

This letter is in itself of no spécial interest, and it is published hère only by 
reason of two interesting words which it contains. It is from Ascles to his "brother" 
(who may of course be a brother only in the honorary sensé, though it seems on the 
whole likely that real relationship is in question), who is away on business. The date 
is about the end of the first century. There is nothing in the letter which calls for 
spécial comment hère. 

P. LoND. INED. Inv. No. 1561. 18.9x8.4 cm. 



Tw àôsX'pœ )((aîp£tv) 

ITpô (JLÈv iravToç eu)(0- 
(xai az ûyiaîvstv y.a.\ 
5 Ta)(eïov àuoXaësïv. 
'EXotTC7i97j(j.ev Xsîav 

ÊTrl TCÏ) (TE Y)[J.rp0Ô7]- 

Ksvat TÔ) TrXotcp. KaXwç 



ouv TTor/jastç ÔTjXôxjaç 
10 [xot irepl TTjç ùyetaç aou. 
'Eàv Ta (XETÉwpà aou 

irpàç '/ifiâç âXOé. 

"Eppcoao. 'Eirelcp t. 



Addressed on the verso : — 
iisp'/jvco 



àôeXcpcp ActxXtjç. 



5. 1. Tayjov; so tOO in 1. 12. 6. 1. ÈX'jTTT^e-iijjtcv, )>?av. 14. ETOÎcp i. : G. 



SOME PRIVATE LETTERS OF THE ROMAN PERIOD 209 

TRANSLATION : — ' Ascles to Serenus his brother, greeting. Before everything I pray 
for your health and that I may see you soon. We were much grieved that you missed (?) the 
ship; please, therefore, let me know how you are. If you can settle(?) your outstanding trans- 
actions, corne to us quickly. Farewell. Epeiph 1[.].' 

Addressed : — 

' To Serenus my brother, Ascles.' 

7 f. TjfxtpoS-rii'.éva'. : this Word, the présent indicative of which must be à|ji-ioo£co, is new 
so far as printed. texts go, but it is the Ms. reading in Hesychius, s. v. iêpoxiUH^ïv, 
where editors read à,aio-:io(jL£v, S-ep -^iIjleTî XiYOfjiEv 8'.a,aç.oôr;cra)|j.ev, y..-..l. The présent passage 
supports the Ms. reading ijjLtpwor;aa)|jL£v against the S'.a.uœ. of the editors, though it must 
be remarked that the very similar gloss in the Etym. M., s. v. àSpo-ci^oiJiEv, is -h 
àTrXw; i-Ko-z'jyjX'j- o tiveî 8 tajjiooS-?; aai cpaT'v. At ail cveuts the meaniug of àasooÉw must be 
"to go astray" and so perhaps " to miss". Other compounds of à^i'soà-M hâve similar 
meanings; so in BGU., IV, 1030, 5 (third cent.), ÈX[9]i [xm eU 'i6!iova 8ià NapiioûOewc, ^i-fi 
Tcox; àvTajjttpoSricTïi!; r,iJ.£hr, Vettius Valens, Atith. Librt, éd. G. Kroll, 1908, IX, 

cap. 11, Sxi CE Trapà tt.v àvavopEÎav tûjv |j.et'.ov:wv -zh fjLi9ï);jLX /a', to'j; [jtf) EY-fJîJLvaaBÉvxï; v.a-ri -cpoTTOv TSpl 
xàî TÛ)V y.avôvuv ô'.acpooàç ej8' 6'xe itaoïjjiœo 8eï ; ;0., IX, 16, v.a! toï ypôvo'j /.ïTà TTpôffôei'.v r] àtoacpETiv 
irapafjKpoOETv Soxîï. , 

11. (jiETÉiopa : "incomplète", applied to légal documents and transactions; see 
P Oxy., II, 238, introd.; P. Fay., 116, 12, etc. 

12. ipuxXixr,; : the letter read as X looks naore like t, but it is difficult to see what 
ap^raTiTT.c could be. 'Ap-aX(ïw seems to be a poetical word, occurring only in Aesch., 
Sept. c. Theb., 243, 



|jiT, vjv, Eav t)vT,cr/.ovTa:; r, XETpco,aEvo'j 
7r'j6r|!T9£ y.tox'jToTa'.v àp-aXî^E-îE, 



and Eutn., 983, 



avciœovoui; axaç 
àoTraXtuai ttÔXeu? 



and Hesychius has (after ipireoova'.) ipzaX!Ço;jiai- àT.aévw; oi/o.ua'.. Probably the word hère 
bas the sensé of getting hold of, taking in hand, and so, in the présent context, 
"settling" the incompleted contracts. [Prof. Crônert, at the time of writing a 
prisoner of war in England, writes that the contracts may probably be of sale, and 
suggests the translation, "rébus propositis raptim (ipTVïXÉojc) comparatis".] 

H. I. BELL. 



Renie é'jyptolnf/ique. I 



LA GRECE ET L'EGYPTE DE 405 A 342/1 AVANT J.-C. 

Premier Article 



Vers la fin du règne de Darius II Nothos (425/4-405/4 av. J.-C), l'Egypte échap- 
pait à la domination déjà plus que séculaire des Perses. Elle devait être gouvernée par 
des dynasties indigènes durant la totalité du règne d'Artaxerxès II Mnémon (405/4- 
359/8) et la plus grande partie du règne d'Artaxerxès III Ochos (359/8-338/7). Pendant 
cette période de deux tiers de siècle, les rapports des pharaons avec les États grecs — et 
plus particulièrement avec Athènes et Sparte — furent assez actifs, soit qu'il aient reçu 
l'aide de ces États contre la Perse, soit qu'ils aient prêté leur concours financier, éco- 
nomique ou militaire aux entreprises helléniques contre le grand roi, soit qu'ils aient 
rencontré des généraux ou des mercenaires grecs dans les rangs des armées perses 
envoyées contre l'Egypte. Sous des formes diverses, l'influence hellénique a ainsi plus 
ou moins fortement pénétré, vers cette époque, la région du Nil, et c'est sur un ter- 
rain en partie préparé que devait opérer la conquête macédonienne. L'étude détaillée 
de ces événements n'est donc pas sans intérêt. Mais, avant d'aborder un tel examen, 
il convient de dessiner aussi exactement que possible le cadre chronologique de cette 
période. 

I 

Résumé des faits. — Les systèmes modernes. — Le règne de Tachos (361-359). 

Rappelons d'abord sommairement les faits essentiels. Au dernier souverain de la 
XXVII«dynastie'(perse), Darius II, succéda le pharaon Amyrtée, l'unique représentant 
de la XXVIIP dynastie (saïte). Après un règne de six ans, Amyrtée fait place à Né- 
phéritès I", qui inaugure la XXIX" dynastie (mendésienne) ; sous son règne, qui dure 
également six ans, l'Egypte vient en aide à Lacédémone contre la Perse (printemps 
396). Néphéritès P' a pour successeur Akôris (treize ans de règne), qui repousse une 
tentative des armées perses contre l'Egypte, s'allie à Évagoras et utilise le concours 
de l'Athénien Chabrias'. La mort d' Akôris est suivie des règnes très courts de Psam- 

1. Qu'Akôris ait succédé à Néphéritès I" et précédé Psammuthis (contrairement à l'opinion qu'a sou- 
tenue WiEDEMANN, Geschichte jEgyptens con Psammeticli I bis auf Alexander den Grossen, pp. 268, 268, et 
yEgyptifche Geschichte, II, p. 690), c'est ce qui ne peut faire aucun doute : cf. infra, § II. 



LA GRÈCE ET L'ÉGYPTE DE 405 À 342/1 AV. J.-C. 211 

muthis (un an) et de Néphéritès (quatre mois), qui sont les derniers pharaons de la 
dynastie mendésienne'. 

Avec un prince de Sébennytos, Nectanebos, commence la XXX" dynastie. Le 
règne de Nectanebos P'' (dis-huit ans) est principalement marqué par l'échec d'une 
agression perse, en partie dirigée par l'Athénien Iphicratès (374 ou 373). Puis, c'est la 
période courte et chargée de Tachos (deux ans), qui, à une époque postérieure à la 
bataille de Mantinée (été 362), noue des complots avec divers satrapes ou princes 
d'Asie, prépare la guerre et prend l'offensive contre la Perse avec le concours de 
l'Athénien Cliabrias et du roi Agésilas. Une révolte égyptienne lui arrache le trône et 
lui donne pour succeseur Nectanebos II, que soutient Agésilas. Nectanebos II, qui ap- 
partient également à la dynastie sébennytique, règne dix-huit ans, repousse une pre- 
mière agression d'Ochos (353 ou 351) et finit par succomber sous les coups d'une forte 
armée perso-hellénique, quelques années avant la fin du règne d'Ochos. 

La chronologie de ce groupe touffu d'événements donne lieu à de nombreuses et 
sérieuses difficultés. Parmi nos principaux moyens d'information, il y a d'abord les 
récits de Diodore (livres XIV, XV et XVI), dont la chronologie, sans être constam- 
ment erronée, présente tant de défaillances et de contradictions'. Il y a aussi les listes 
de rois d'Egypte issues de la tradition manéthonienne; cette tradition, que nous ne 
connaissons qu'indirectement, par les extraits de copistes très postérieurs, remonte 
elle-même au début du IIP siècle et ne peut donc se présenter comme une source. 
Sans nous renseigner précisément sur les dates des différents règnes, ces listes nous 
indiquent leurs durées respectives; elles sont d'une brièveté excessive, parfois peu 
claires et contradictoires (exemple : la XXX^ dynastie a duré vingt ans selon l'une de 
ces listes, trente-huit ans selon l'autre : cf. FHG., II, p. 597). 

Il n'est donc pas surprenant que les recherches déjà nombreases des historiens et 
critiques modernes aient abouti à des conclusions si diverses. Si l'on est à peu près 
d'accord sur l'ordre de succession des pharaons et sur la durée respective de chaque 
règne, en revanche on situe à des époques sensiblement différentes l'événement initial 
— libération de l'Egypte, — l'événement final — rétablissement de la domination 
perse — et, en conséquence (précisément parce que l'on s'entend, à peu près, sur la 
durée des divers règnes), l'avènement et la disparition des différents .souverains. 
Mêmes divergences dans le détail : on n'est pas d'accord, par exemple, sur l'année de 

1. Avec BôCKH, Manetho iind die Hundssturnperiode, p. 367 (cf. FHG., II, pp. 597 et 6051; Prasek, Ge- 
schtcbte der Mader und Penser, II, pp. 23 et 209; Ed. Meyer, Forschungen sur alten Gesc/iichte, II, p. 491 
(cf. Meyer, Chronologie égyptienne, trad. Moret, p. 2'ài), nous tenons pour inexistant le règne d un certain 
Muthis (un an), dont parlent certains textes dépourvus d'autorité (cf. infra , § II). 

2. Nous parlons surtout de sa chronologie (c absolue d : sa chronologie « relative », sans être impeccable, 
est beaucoup plus solide. Un exemple caractéristique à cet égard nous est fourni par le récit de Diodore sur 
la période de Tachos (XV, 92, 5; 93, 1) : cf. infra. p. 215. 



212 PAUL CLOCHÉ 



l'expédition dirigée contre l'Egypte sous Nectanebos l", ni sur la date de l'expédition 
manquée d'Ochos sous Nectanebos II, ni sur le début, les pliases et la durée de l'expé- 
dition qui rendit l'Egypte au grand roi'. 

Pour établir cette chronologie, il ne faut pas songer à prendre comme point de 
départ l'avènement du premier pharaon, Amyrtée, ou la clmte du dernier, Nectane- 
bos II : la date de l'avènement d'Amyrtée n'est fournie par aucun texte, et la date 
assignée par le récit de Diodore (XVI, 46-51) — notre seule source sur ce sujet — à la 
fuite de Nectanebos II (350/49) est évidemment et radicalement inexacte (cf. infr-a, 
§ VI, la réfutation de l'argumentation de Wiedemann, aujourd'hui complètement 
abandonnée). 

Nous partirons du règne de Tachos, auquel correspond notre indication chronolo- 
gique la plus solide. Nous essaierons de montrer que ce prince, appuyé de Chabrias et 
d'Agésilas, a porté la guerre en Syrie et perdu son trône en 359, au cours de la qua- 
rante-sixième et dernière année du règne d'Artaxerxès Mnémon et après un règne de 
deux ans (361-359). Nous verrons ensuite à quelles dates ont eu lieu respectivement 
l'avènement et la mort de chacun des prédécesseurs de Tachos; nous nous servirons, à 
cet efïet, de là plus sûre tradition manéthonienne sur la durée de chaque règne (celle 
d'ApRiCANUs), et nous chercherons à résoudre les difficultés provenant de l'époque pro- 
bable d'événements connexes (ainsi, la fin de la guerre entre Évagoras et la Perse, le 
rappel de Chabrias â Athènes). Nous arriverons aux résultats suivants : Amyrtée, six 



1. Principaux ouvrages modernes : Bôckh, op. laud. (malgré sa date — 1845. — ce livre mérite encore 
d'être consulté; ses conclusions, sans être inattaquables, sont plus solides que celles d'ouvrages plus récents); 
Unger, Chronologie des Manetho. 1867; Schâfer, Demosthenes and seine Zeit, 2' éd. (1885-1887) (indications 
éparses, nullement systématiques : cf. Bergk-Sohâfer, Zur Chronologie des Konigs Artaxerxes III Ochos, 
Rheinisches Muséum, XXXVII (1882), pp. 355 et suiv.); Wiede.mann, op. laud. (non seulement vieilli — 1880, 
— mais faux à peu près de tous points); W. Judeich. Kleinasiatische Studien : Untersurhungen sur grie- 
c/iisch-persischen Geschichte des IV Jahrhunderts c. Chr., 189i (critique très ingénieuse et minutieuse, sou- 
vent d'une subtilité quelque peu excessive; nous rejetons la plupart de ses conclusions, soit dans l'ensemble, 
soit dans le détail); Maspero, Histoire ancienne des peuples de l'Orient classique, les Empires, 1899 (nous 
n'avons pu utiliser l'édition de 1906) (l'auteur n'indique presque jamais les raisons pour lesquelles il préfère 
telle date à telle autre; a modifié sensiblement la chronologie qu'il avait suivie dans l'édition de 188S; les 
résultats de nos propres recherches co'incident presque absolument avec sa chronologie la plus récente); 
Prasek, op. laud., 1910 (adopte en partie les conclusions de Judeicii); U. Kahrstedt, Forschungen sur Ge- 
schichte des ausgehenden filnften und des eierten Jahrhunderts, 1910 (nos conclusions se rencontrent en 
partie avec celles de cet auteur, mais nous en différons sur plusieurs points importants, et nous modifions ou 
rejetons les bases principales de son système et certains de ses arguments essentiels): E. Cavaignac, Histoire 
de l'Antiquité, II, Athènes (480-330), 1913 (combine à peu près les conclusions de M. Judeich et celles de 
M. Kahkstedt). 

Au fur et à mesure de notre exposé, nous verrons par le détail la plupart des conclusions et arguments 
présentés par ces dilïérents auteurs. Pour l'instant, la seule indication fort sommaire des systèmes les plus 
récents suffit à montrer la difficulté du problème à résoudre : 

1° Judeich : date de 408-343 la période de l'Egypte indépendante; Z' Maspero : 405-342; ,S" Kahrstedt : 
404-342; 4» Cavaignac : 408-342. 



LA GRÈCE ET l'ÉGYPTE DE 405 À 342/1 AV. J.-C. 213 

ans, 405-399'; Néphéritès I", six ans, 399-393; Akôris, treize ans, 393-380; Psammu- 
this, un an, 380-379; Néphéritès II, quatre mois, 379; Nectanebos P^ dix-huit ans, 
379-361. Reste le règne du successeur de Tachos, Nectanebos II : ce règne, commencé 
en 359, prend fin après une durée de dix-huit années, c'est-à-dire en 341 ou (si on lui 
compte comme année pleine sa dernière année, nov. 343-nov. 342) en 342. 

Notre Ciidre chronologique ainsi construit, nous examinerons quelle date il con- 
vient d'assigner aux événements suivants : expédition de Pharuabazos et d'Iphicratès 
en Egypte sous le règne de Nectanebos P"' (date plus probablement, selon nous, de 
374 que de 373); première expédition d'Ochos sous Nectanebos II (date de 351, et 
non de 353); guerre victorieuse d'Ochos (date de 343/2 ou 342/1, et non de 350, ou 
346-345, ou 345-343, ou 340/39). 

En même temps qu'il complotait contre la Perse avec les satrapes d'Asie Mineure, 
Tachos faisait appel à l'aide de Sparte et d'Athènes. Il obtenait le concours officiel du 
premier de ces deux États, qui envoyait Agésilas. Athènes, sans se déclarer pour Ta- 
chos, laissait Chabrias entrer, à titre privé, au service du pharaon. Les faits nous sont 
exposés par Diodore, à la date 362/1 (XV, 90, 1-2; 92, 1-3). 

De l'appel adressé par Tachos aux Athéniens, la trace subsiste dans une inscrip- 
tion fort mutilée, qu'a publiée Kôhler, IG., II, 60. Cette inscription a été depuis 
étudiée par M. Foucart {Note sur deux- inscriptions d'Athènes et de Priène, Revue 
de Philologie, XX (1896), pp. 84-86), rééditée et très brièvement commentée par 
M. KiRCHNER {Inscripliones atticœ Euclidis anno posteriores, 1913, p. 59, n° 119). 
La voici, d'après M. Foucart, p. 84 : 

0[eot. 

tI>avoxX[7)ç . . . 

. . . ç £Ypa[[Ji[i.âT£usv 

Toïç Tay/û [TipéoSeaiv 

Tliyp-qii vide 

'x\]iToXXoôcôp[a)t 

Zcojirûpcoi 

Kôhler datait cette inscription de l'année 359/8, repoussant ainsi la chronologie 
de Diodore (comme l'avait déjà fait Bôgkh, qui date de 360-358 le règne de Tachos : 
cf. Manetho, pp. 369-371; FHG., Il, p. 606). M. Foucart démontre que l'inscription 
ne peut appartenir qu'à l'un des trois archontats suivants : Callimédès (360/59) ; Eu- 
charistos (359/8); Céphisodotos (358/7). En faveur de cette opinion, il invoque un ar- 

\. Novembre 406-nov. 400, si l'on compte suivant la manière égyptienne, qui attribue au successeur la 
dernière année, inachevée, du prédécesseur (cf. Kahrstedt, pp. 4, 7; Judeich, p. 146). 



214 PAUL CLOCHÉ 



giiment décisif. Le secrétaire du Conseil désigné par notre document s'appelle Pha- 
noclès; or, les inscriptions nous ont appris qu'à partir de 363/2 au plus tard, le 
secrétaire du Conseil « ne change plus à chaque prytanie, mais reste une année en 
charge', et le tableau suivant nous fera connaître les années libres où nous pourrons 
placer Phanoclcs » (p. 85). Aux quatre années 363/2, 362/1, 361/0 et 357/6 correspon- 
dent les ■^poL^iiiv.-ze'.i; Nicostratos, Agatharclios, Chairion et Diodotos : Phanoclès n'a donc 
pu occuper sa charge que durant l'une des trois années dont le secrétaire est encore 
inconnu : 360/59, 359/8 et 358/7. L'ambassade date ainsi au plus tôt de 360/59; comme 
cette ambassade « est certainement antérieure à la campagne (de Tachos) contre les 
Perses, il en résulte que le roi d'Egypte n'a commencé la guerre contre Artaxerxès 
qu'en 359/8 ou en 358/7 » (p. 85)'. M. Foucart montre ensuite contre Kôhler 

(pp. 85-86) que le secrétaire î-to; s.ui-/-:.. [a] de l'inscription CIA., II, 60 6, 

n'est autre que celui de l'année 341/0, 'O/r^tTiTro; s.aiy.jeou 'Apa<j)r;vio<;, signalé par l'inscrip- 
tion CIA., II, 116, et ne saurait convenir, comme l'a conjecturé Kôhler, à l'année 
359/8 : aux noms de l'orateur du décret 60 h sont ajoutés, en effet, le patronymique et 
le démotique : « or j'ai prouvé que cette double mention ne se rencontre jamais dans 
les décrets athéniens avant l'année 353 » (cf. BCH., XII (1888), p. 175). En consé- 
quence, le secrétariat de Phanoclès et, partant, l'ambassade peuvent dater de l'année 
359/8 aussi bien que des années 360/59 ou 358/7; mais, à coup sûr, il faut écarter toute 
date antérieure à 360/59'. 

Ces conclusions autorisent déjà à rejeter les systèmes qui placent le règne de Ta- 
chos en 363-361 ou en 362-360. Si l'appel à Athènes et à Sparte date au plus tôt de 
360/59, il est clair que Tachos a régné bien au delà de 361 ; et cet appel daterait-il des 
débuts mêmes de l'archontat de Callimédès (juillet-août 360) qu'il ne serait guère 
possible de faire tenir entre ces débuts et la fin de l'année novembre 361-novembre 360 
l'envoi et l'arrivée en Egypte de Chabrias et d'Agésilas, les préparatifs de guerre contre 

1. Le changement s'est produit vraisemblablement entre 369 et 363. Cf. Busolt, Die grierhisc.he Staats- 
und Rechtsaltertùmer, p. 255. 

2. Cf. infra, nos réserves sur ce dernier point (l'ambassade peut appartenir au second semestre de l'an- 
née 360, et la campagne s'être ouverte au printemps 359, donc encore dans l'année 360/59). 

3. Il est regrettable que cette argumentation de M. Foucart ne soit même pas signalée par certains tra- 
vaux allemands postérieurement publiés : ainsi celui de M. Kaiirstedt, qui place vers l'été 360 la fin du 
règne de Tachos (pp. 3-4, 7), et dont le système chronologique se trouve au moins très gravement compromis 
si l'ambassade de ce prince à Athènes date au plus tôt de l'année 360/59. M. Judeich, qui situe le règne de 
Tachos en .363-361 (p. 146), ne pouvait naturellement utiliser le travail de M. Foucart; mais peut-être de- 
vait-il donner les raisons pour lesquelles, contrairement à l'avis de Kôhler, il datait l'inscription du début de 
362 plutôt que de 360, par exemple (p. 165, note 1; p. 374). La date 363/2 ne cadre même pas pleinement avec 
la chronologie de Diodore, qui place en 3t)2/l l'appel de Tachos aux Grecs (X'V, 90, 2). 

ScHÂFER, \-, p. 456, place en 360 l'arrivée de Chabrias en Egypte. Maspero, sans motiver davantage son 
opinion, estime que l'ambassade doit avoir eu lieu plutôt vers la fin de 360 (p. 759, note 2). M. Foucart, 
Étude sur Didymos, d'après un papyrus de Berlin, p. 163, date l'ambassade de « 360 ou 359 ». 



LA GRÈCE ET l'égypte DE 405 À 342/1 AV. J.-C. 215 

la Perse, les premiers démêlés entre Tachos et Agésilas, les opérations du pharaon en 
Syrie (opérations qui n'arrivèrent pas à leur terme normal, mais furent, néanmoins, 
assez prolongées : l'armée gréco-égyptienne put progresser assez loin et alla camper 

en Phénicie : Xfiç •(■ip Suv^fistoç TrpoeXOoJar,; TToppiuTipco za'. TCïpl 'I>oivixr)v xa-caaxoaTOTt£0£L)OjŒT|c; : DiOD. 

XV, 92, 3) et le soulèvement de Nectan^bos. 

Sans doute, nous ne pensons pas (cf. Foucart, p. 85) que le fait de situer en 
360/59 l'ambassade égyptienne oblige à reléguer la guerre en 359/8. On peut très bien 
admettre que, l'ambassade ayant été envoyée dans le deuxième semestre de 360, la 
campagne de Syrie s'est ouverte dans la saison de guerre qui suivit (printemps 359 : 
donc, encore en 360/59). Mais elle n'a guère pu commencer plus tôt, et encore moins 
être terminée à la fin de 360. Bref, la chute de Tachos n'a pu trouver place en 360 (et 
à plus forte raison dans l'été 360, comme le veut M. Kahrstedt, pp. 3-4)'. 

Essayons de préciser davantage. La guerre contre la Perse n'a pu s'ouvrir avant 
le printemps 359; mais est-il impossible qu'elle ait éclaté à une époque sensiblement 
plus tardive? Et l'ambassade qui l'a précédée n'a-t-elle pu être envoyée en 359/8 ou 
en 358/7? Tel n'est pas notre avis. Écartons d'abord la date 358/7 : elle nous oblige 
(l'ambassade et les préparatifs étant, en ce cas, du deuxième semestre de 358 au plus 
tôt) à reculer jusqu'en 357 la campagne de Syrie et la chute de Tachos. Or, ce dernier 
événement précède la mort d'Artaxerxès II, comme l'indique expressément Diodore 
(XV, 92, 5; 93, 1), et la mort de ce prince est survenue au cours de l'année 359-358 (cf. 
la note précédente). D'autre part, on verra (cf. § IV) que la date extrême de la mort 
d' Agésilas est l'hiver 358/7; or, cette mort d' Agésilas est elle-même sensiblement pos- 
térieure à la fuite de Tachos en Arabie. Enfin, si Tachos succombe au cours de l'an- 
née 357, le règne de Nectanebos II a débuté, théoriquement, en novembre 358 (d'après 
le système égyptien, qui compte au successeur la dernière année, inachevée, du prédé- 
cesseur : cf. Kahrstedt, pp. 4, 7; cf. supra, p. 213, n. 1), et, ayant duré dii-huit ans, 
s'est terminé au plus tôt en 340 (en lui comptant comme entière l'année nov. 341- 
nov. 340) : c'est trop tard, comme le montrera notre argumentation ultérieure (cf. § IV). 

Il serait plus normal d'assigner à l'ambassade la date 359/8". Une telle date n'in- 

1. Ajoutons que, d'après Diodore (XV, 93, 1), très peu de temps après la chute de Tachos mourut Ar- 
taxerxès 11. Or, selon le témoignage autorisé du Canon astronomique, ce prince est mort en novembre 359- 
nov. S58, après un règne de 46 ans (cf. Plutarque, Artaxerxès, 30). Il devient, dès lors, bien difficile de dater 
d'une époque antérieure à novembre 360 la fuite de Tachos, qui serait ainsi séparée par un intervalle consi- 
dérable (plus d'une année) de la mort de Mnémon. Que la chronologie absolue de Diodore soit ici erronée (il 
situe en 36;J/1 la mort de Mnémon et lui attribue, en conséquence, quarante-trois ans de règne, puisqu'il date 
son avènement de 405/4), cela n'enlève rien à la valeur de sa chronologie relative, surtout étant donné que 
rien ne l'obligeait à insérer le récit de la mort de Mnémon dans l'histoire des conflits perso-égyptiens au 
temps de Tachos. 

t. A moins d'admettre l'hypothèse de Kôhler, qui fait d'Onésippos, et non de Phanoclès, le secrétaire 
du Conseil en l'année S59/8. Mais de cette hypothèse M. Foucart a fait justice (cf. supra, p. 214). 



216 PAUL CLOCHÉ 



terdit pas absolument de placer la fuite de Tachos entre novembre 359 et novembre 
3r)8, donc à une époque qui peut encore précéder, à la rigueur, la mort d'Artaxerxès II. 
Elle permet d'attribuer, théoriquement, à Nectanebos II (dix-huit ans de règne) la 
période nov. 359-nov. 341, en lui comptant l'année nov. 342-nov. 341, et en datant 
du début de 341 la fin de sa domination en Egypte : chronologie que rien n'interdit 
d'accepter (cf. infra, § IV). 

Mais contre la date 359/8 se dressent deux obstacles. D'abord, si la campagne de 
Syrie et les événements qui suivent jusqu'au départ de Tachos ont eu lieu en 358, il 
n'est guère resté (Agésila.^ ayant quitté l'Egypte au plus tard vers la fin de 358) que 
quelques mois pour les démêlés de Nectanebos II avec le prétendant mendésieu (dans 
le deuxième semestre de 358) : or, ces démêlés paraissent avoir occupé une assez lon- 
gue période, une « saison de guerre » ou davantage (cf. Plutarque, Agésilas, 38-39 ; 
cf. infra, § IV). 

Ensuite, si les opérations de Syrie, le soulèvement de Nectanebos, les discussions 
entre Tachos et Agésilas, les pourparlers engagés entre ce dernier et Lacédémone' se 
sont déroulés en 358 (printemps-été), Chabrias, qui a non seulement préparé la flotte 
et entraîné les équipages, mais dirigé les opérations navales et s'est tenu aux côtés de 
Tachos jusqu'à la fin (cf. Diod., XV, 92, 1; Plutarque, Agésilas, 37 : montre Cha- 
brias (( s'efforçant de maintenir Agésilas dans l'alliance de Tachos » après le soulève- 
ment de Nectanebos), Chabrias n'aurait pu recevoir la stratégie à Athènes au prin- 
temps 358 et défendre les intérêts athéniens en Chersonèse en la « saison de guerre » 
358 (cf. Démosthène, Contre Aristocrates (XXIII), 171)'. 

On est, dès lors, amené à placer en 359 l'expédition de Tachos et de Chabrias en 
Syrie. En pleinf saison de guerre, comme le montrent les récits de Diodore (XV, 92, 
3) et de Plutarque (Agésilas, 37), éclate la rébellion de Nectanebos. Les hésitations 
d'Agésilas, son appel à l'arbitrage de Lacédémone et la fuite de Tachos abandonné se 
situent donc très normalement encore en 359 (été-automne). L'ambassade de Tachos 



1. Qu'Agésilas consulte sur l'attitude à observer vis-à-vis de Tachos et de Nectanebos (cf. Plutarque, 
Agésilas, 371. 

2. L'année 359 avait été signalée par le meurtre du roi Cotys (cf. Foucart, Les Athéniens dans la Cher- 
sonèse di: Thrace au IV' siècle, p. 14), l'avènement de Kersebleptès et des autres princes et les opérations du 
stratège athénien Céphisodotos, lequel signera avec Charidèmos une convention que devait condamner le 
peuple athénien (cf. Démosth., XXUI, 164-168). La « saison de guerre » 357 devait être marquée par la brève 
et brillante campagne d'Eubée (un mois) et, presque en même temps, par l'envoi en Thrace de Charès, dont 
l'intervention sera beaucoup plus décisive que celle de Chabrias (cf. Foucart, id.. p. 14-15, 22-23). Celle-ci, 
qui est séparée de l'expédition d'Eubée par les longues discussions de l'Ecclesia sur le traité conclu entre 
Chabrias et Charidèmos. et par des atermoiements prolongés dus au mauvais vouloir de Kersebleptès et de 
Charidèmos (Démosth., XXIII, 172-173), se place tout naturellement en la saison de guerre 358 (cf. Grote, 
XV, pp. 228, 245-247 : date de 359/S la présence de Chabrias en Chersonèse; de même Schâfer, P, p. 101; 
cf. KiRCHNER, op. laud., p. 59). 



LA GRÈCE ET l'ÉGYPTE DE 405 À 342/1 AY. J.-C. 217 

serait ainsi de l'année 360/59 (automne ou hiver), et la campagne de Syrie, préparée 
en hiver, aurait commencé au printemps 359. 

Tachos a donc quitté l'Egypte au cours de l'année nov. 360-nov. 359, qui est la 
quarante-sixième année du règne d'Artaxerxès Mnémon. Le complot formé contre le 
grand roi — complot auquel prit part, aux côtés de Tachos, le satrape de Carie, Mau- 
sole — se place donc vraisemblablement vers la fin de 360, c'est-à-dire postérieure- 
ment à la quarante-cinquième année du règne de Mnémon (ou tout à la fin de cette 
quarante-cinquième année : nov. 361- nov. 360K D'où la conséquence suivante. Il existe 
une inscription carienne datée de la « quarante-cinquième année du roi Artaxerxès, 
sous la satrapie de Mausole » (cf. Hicks, 101; Dittexb.. 76: Judeich, pp. 204, 238- 
239). M. Judeich, qui date de 362/1 la révolte du satrape et de Tachos, a pensé qu'en 
361/0 Mausole avait fait sa paix avec le roi : sinon, l'inscription carienne n'eût pas 
ainsi proclamé le loyalisme de Mausole, reconnaissant Artaxerxès pour son légitime 
souverain. Si, comme on peut en effet l'admettre, nous ne sommes pas ici en présence 
d'une simple formule sans grande portée, nous interpréterons cette formule autrement 
que ne fait M. Judeich, et nous dirons : En la quarante-cinquième année du règne de 
Mnémon (361/0), la révolte n'a pas éclaté, et Mausole, qui ne songe peut-être même 
pas encore à conspirer et qui, en tout cas, ne se déclare' pas, continue à user de la for- 
mule traditionnelle'. 

Terminé en 359, le règne de Tachos avait duré deux ans : sur ce point, l'accord 
est parfait entre les deux traditions manéthoniennes : cf. FHG., II, p. 597 : Sync, 
p. 77 B (Africanus) et p. 77 D (Eusèbe). Le règne se place donc en 361-359' (soit, 
théoriquement, en nov. 362-nov. 360), et non en 363-361 (système Judeich) ou en 362- 
360 (système Kahrstedt). Il convient, par là même, d'écarter également le système 
de BôCKH, qui datait de 360-358 la période de Tachos (cf. Manetho, p. 369; FHG., Il, 
p. 6U6). D'ailleurs, tout en plaçant la chute de ce prince au cours de l'année nov. 359- 
nov. 358, BôCKH prolongeait théoriquement son règne jusqu'en novembre 358. Il sou- 
tenait que Manétho avait pu parfaitement calculer ainsi, parce qu'il n'avait sans doute 
reconnu la légitimité du roi Nectauebos II qu'à partir de sa victoire définitive sur le 
prétendant mendésien (et non dès la fuite de Tachos en Arabie). Mais on ne voit pas 
du tout pourquoi M.a.nétho aurait pensé de la sorte, et il y a de bonnes raisons, au 

1. La donnée de l'inscription cadre, du reste, avec le système de M. Judeich. par ailleurs faux, qui place 
la rébellion en 3S2 (43" année d'.\rtaxerxès Mnéraon). Elle peut concorder également avec le système de 
M. Kahrstedt, qui date de l'été 360 la chute de Tachos. L'été 360 correspond à peu près au milieu de la 
45' année de Mnémon (nov. 361 -nov. 360); Mausole a pu faire sa pais avec le roi aussitôt après la fuite de 
Tachos, et l'inscription peut dater encore de la fin de l'été ou de l'automne 360. 

2. Chronologie admise sans discussion par Maspero, pp. 759-761. M. Cavaignac, p. 321, date également 
de 361 l'avènement de Tachos; mais, n'attribuant à son règne qu'une durée inférieure à celle qui résulte des 
listes d' Africanus et d'EusÈBE, il en place la tin en 360 : il date, eu efifet, de 360 ip. 321, note 5) le retour 
d'Agésilas. événement nettement postérieur à la chute de Tachos. 

Reçue ét/yptologiguc. I. 28 



218 PAUL CLOCHE 



contraire, pour qu'il n'ait pas négligé de compter à Nectanebos II, selon l'habitude, 
l'année inachevée de son prédécesseur. Contre Tachos, réfugié chez les Perses et par- 
donné par le grand roi (Diod., 92, 5), Nectanebos avait représenté la cause du patrio- 
tisme égyptien; de plus, Tachos, à l'instigation de Chabrias, avait mis à mal, par la 
lourdeur de ses impôts, la propriété foncière et les capitaux égyptiens, et, fait plus 
grave encore, les intérêts du clergé (cf. Ps.-Aristote, Économiques, II, 25), et son 
souvenir n'était sans doute pas des plus sympathiques à la tradition nationale et sacer- 
dotale, à laquelle se rattachait Manétho. Donc, si le règne de Tachos avait pris fin en 
358, Manétho lui eût attribué sans hésiter la période nov. 361- no v. 359, et si, comme 
nous pensons l'avoir établi, ce règne s'est terminé en 359, sa durée théorique va de 
novembre 362 à novembre 360'. 

II 

Les prédécesseurs de Tachos. — Les règnes d'Amyrlée (405-399) 
et de Néphéritès /" (399-393). 

Tachos étant monté sur Le trône en 361, comment dater les précédents règnes? 
Nous devons ici utiliser principalement la tradition manéthonienne, aucun texte vrai- 
ment sur, ni littéraire ni épigraphique, ne nous apportant d'indication ferme sur la 
date d'un avènement ou d'une fin de règne. Mais cette tradition manétlionienne elle- 
même se présente par deux voies différentes : celle d'APRiCANUs et celle d'EusÈBE. 
D'accord pour attribuer six ans à Amyrtée, six ans à Néphéritès P'', treize ans à Akô- 
ris, un an quatre mois à Psammuthis et Néphéritès II, les deux textes diffèrent : 
1° parce qu'EusÈBE évalue à dix ans la durée du règne de Nectanebos \" , prédécesseur 
immédiat de Tachos, tandis qu'ApRiCANUS prête à ce phanum un règne de dix-huit 
ans; 2" parce qu'EusÈBE signale l'existence d'un certain roi Muthis (un an), sur leciuel 

1. A fortiori doit-on écarter la vieille hypothèse de Wiedemann (pp. 268-269), qui faisait durer de 370 à 
368 le règne .de Tachos. Cette chronologie est en contradiction flagranie, d'une part avec la date certaine de 
l'ambassade envoyée par Tachos à Athènes (360/59 au plus tôt), d'autre part avec l'époque certaine du départ 
d'Agésilas pour l'Egypte : ce départ est nettement postérieur à la bataille de Mantinée, donc à l'été 362 (cf. 
Diod., XV, 89-90; Plutauque, Açiésilas, 36). Cette dernièie difficulté, Wiedeman.n s'est efforcé de la résoudre 
par l'hypothèse suivante : après avoir été renversé, en o68, Tachos a continué la lutte contre Nectanebos, et 
la lutte durait encore en 362/1, date de l'appel adressé par Tachos à Lacédémone. V\'iedemann n'omet ici 
qu'un tait, capital : la révolte qui a porté Nectanebos au trône et chassé Tachos a éclaté aprèt^ l'arrivée d'Agé- 
silas. Sur ce point, l'accord est formel entre nos deux sources, Diodoke (XV, 92, 3-4) et Plutaroue [Agésilas, 
36). Quant à la Chronique démotique, dont Wieoiïmann invoque ici l'autorité (cf. Reçue égyptologique. II, 
p. 55), outre que ses données sont fréquemment fausses ou suspectes, elle se borne à dire que la lutte pour le 
trône, commencée peu apr^s la mort de Nectanebos I", a duré longtemps; et cette expression s'explique assez 
bien si, à la guerre entre Tachos et Neclanebos, on ajoute le conflit qui mit aux prises Nectanebos et le pré- 
tendant mendésien : conflit qui, selon notre chronologie (cf. infra, § IV), se termina vers la tin de 358, un an 
au moins après la fuite de Tachos. 



LA GRÈCE ET l'ÉGYPTE DE 405 À 342/1 AV. J.-C. 219 

Afriganus et aussi le Canon d'EusÈBE restent muets (cf. FHG., II, p. 597: Wiede- 

MANN, p. 262). 

Sur le premier point, l'accord est unanime entre les critiques pour donner raison 
à Afriganus. Nous nous bornerons ici à rappeler d'abord la remarque décisive de 
Maspero (p. 758, note 3) : un sarcophage de Vienne porte la date de l'an XV du règne 
de Nectanebos \", et une inscription d'Edfou parle de donations faites par le souve- 
rain au temple de cette ville en l'an XVIII de son règne (cf. Brugsch, Recueil de 
monuments, I, pi. VI, n" 4; Thésaurus inscriptionum ^Sgytiacarum, p. 538, 1. 3). 
Afriganus a donc pleinement raison contre Eusèbe, et aussi contre la Chronique dé- 
motique (cf. Revue égyptologique, II, pp. 57-59 : parle de neuf (ou dix) ans de règne). 

Nous ajouterons la considération suivante : si Nectanebos I''"' n'a régné que dix 
ans, son règne, terminé en 361, selon la manière la plus sûre de dater le règne de Ta- 
ches (cf. supra, § I), a dû commencer en 371 : date trop tardive; car l'expédition de 
Pharnabazos et d'Iphicratès en Egypte a eu lieu sous le règne de Nectanebos I" (Diod., 
XV, 42, 1), en 373 au plus tard, comme en font foi des données très sûres touchant la 
présence d'Iphicratès à Athènes vers novembre 373 (cf. infra, § V)'. 

Sur la seconde divergence (existence ou inexistence d'un règne de Muthis), l'ac- 
cord est moins complet \ Nous croyons pouvoir repousser comme indéinontrée et fort 
suspecte la tradition d'EusÈBE. D'une part, à la différence de ses voisins de liste 
(Akôris et Psammuthis), Muthis n'est nommé sur aucun monument; d'autre part, 
les lourdes erreurs que contiennent les listes d'EusÈBE (attribuant indûment dix ans 
à Nectanebos P% huit ans à Nectanebos II : cf. infra, § IV) rendent son témoignage 
fort sujet à caution quand il se heurte à celui d' Afriganus, beaucoup plus en har- 
monie avec les indications solides et sûres des inscriptions et monuments. On peut 
donc tenir pour très valable l'hypothèse selon laquelle le nom de Muthis n'a été intro- 
duit dans la liste d'EusÈBE qu'en vertu d'une abréviation du nom voisin et tout pareil 
de Psammuthis'. Notons enfin qu'EusÈBE lui-même, dans son Canon (plus exact et 
plus solide sous le rapport chronologique, puisqu'il attribue très correctement dix-huit 
ans de règne à Nectanebos I" : cf. FHG., II, p. 597), garde le silence au sujet de 
Muthis. 

Tenons-nous-en donc à la liste et aux chiffres d'AFRiGANUS : Amyrtée, six ans; 

1. De plus, cette chronologie mènerait à des impossibilités concernant certaines dates capitales du règne 
d'Akôris : cf. infra, § UI. 

2. La tradition d'EusÈBE est acceptée, notamment, par MM. Judeich (p. 146), Wiedkmann (p. 262|. Mas- 
pero 'p. 755), C.WAIGNAC (p. 283), et rejetée par un certain nombre d'autres critiiiues (cf. supra. § I). 
M. Kahrstedt, tantôt paraît accepter l'existence de ce règne, tantôt n'en tient nul compte (cf. infra, § IIL. 

3. Cf. MOller, FHG., Il, p. 597 : « On se demande d'où Eusèbe tire le roi Muthes. Il sera issu du nom 
du troisième roi « (de la dynastie mendésienne : Psamuiutliis|; Prasek, p. 23. M. Meyer {For.'<changen., 11, 
p. 491) pense également que Muthis doit être exclu de tout système chronologique; il en donne une autre 
raison, également plausible : Muthis est probablement un usurpateur. 



220 PAUL CLOCHÉ 



Néphéritès P^ six ans; Akôris, treize ans; Psammuthis, un an; Néphéritès II, quatre 
mois; Nectanebos P'', dix-huit ans'. En conséquence, partant de l'année 361 (mort de 
Nectanebos l" et avènement de Tachos), nous établirons la chronologie suivante : Nec- 
tanebos I", 379-361; Néphéritès II, quatre mois, 379 = ; Psammuthis, 380-379; Akôris, 
393-380'; Néphéritès I", 399-393: Amyrtée, 405-399'. 

A ce système, les conclusions formulées ci-dessus (§ I) sur la chronologie du 
règne de Tachos confèrent une valeur indéniable. Mais ne peut-il se heurter par ail- 
leurs à des difficultés et objections qui nous obligeraient, soit à reviser nos conclusions 
sur les dates de Tachos, soit à modifier les chiffres manéthoniens? Une première dif- 
ficulté parait découler de la date à laquelle est mort le prédécesseur d'Artaxerxès Mné- 
mon, Darius II (printemps 404 : cf. Diod., XIII, 108)'. Darius II ayant, selon la tra- 
dition manéthonienne, régné dix-neuf ans sur l'Egypte (cf. FHG., II, p. 595), il en 
résulte que, si l'on compte à ses deux prédécesseurs, Xerxès II et Sogdianos, l'année 
nov. 425- nov. 424, ces dix-neuf ans de règne vont de novembre 424 à novembre 405 : 
ce qui contredit notre système, datant de novembre 406-novembre 400 (405-399) le 



1. Cet ordre, à défaut des chiffres, a été contesté par Wiedemann (cf. pp. 268-268), qui, sur l'autorité de la 
Chronique démotique, situe Psammuthis avant --akôris et l'identifie avec un certain Psammetichos. signalé 
par DiODORE (XIV, 35). Ce Psammetichos, à la date de 401/0, recevait à sa cour le satrape d'Ionie fugitif. 
D'après Wiedemann, il aurait succédé à Amyrtée (414/3-408/7) et à Néphéritès I" (408/7-403/1). Une telle 
hypothèse est détruite par le fait suivant : sur un temple de Karnak, Psammuthis parle d'Akôris comme de 
son prédécesseur. Sur ce point comme sur bien d'autres, l'information de Manétho était sure (cf. Maspero, 
p. 755, note 3 : rappelle sa Dccoacerte d'un petit temple à Karnak dans le Recueil de tracaux, II, p. 20). Quant 
au Psammetichos de Diodore, cf. infra, p. 222, l'hypothèse fort plausible que l'on peut formuler à son égard. 

2. Avec MM. JuDEicH, p. 146, et Kahrstedt, pp. 2, 7, nous estimons que, ce règne de Néphéritès II 
ayant été très court (un tiers d'année), il n'y a pas lieu de reculer d'une année le règne de Psammuthis. 

3. On ne voit pas bien pour quelle raison Maspero, attribuant, selon la tradition manéthonienne, treize 
ans au règne d'Akôris, le date de 393-381 (p. 755) : ce qui fait douze ans, il moins que l'on ne compte de 393 à 
la fin de 381 (.\kôris disparaissant en décembre 381, ce qui donnerait : Akôris, treize ans, nov. 394-nov. 381); 
mais Maspero ne s'explique pas à ce sujet. 

4. Maspero, p. 751, date également de 405 l'avènement d'Amyrtée. M. Judeich, pp. 146-147, date ce lait 
de 408 : Amyrtée, 408-402 (déc. 409-déc. 403l; Néphéritès I", 402-396; Akôris, 396-383; Psammuthis, 383-382; 
Muthis, 382-381; Néphéritès II, I^Sl; Nectanebos I", 381-363 (cf. son tableau chronologique, pp. 309, 320, 325, 
326). M. Kahrstedt, pp. 2-4, 7, place les débuts d'.Amyrtée en 404 (théoriquement en novembre 405) et la fin 
du règne d'Akôris en 379, et confond avec la 13° année d'Akôris (nov. 381 -nov. S80) et l'unique année de 
Psammuthis (nov. 380-nov. 379) les deux premières années de Nectanebos I" (nov. 381 -nov. 363) (cf. infra. 
§ III, les raisons qu'il donne de cet enchevêtrement de règnes). Il parait ainsi ne tenir nul compte du pré- 
tendu roi Mulhis. M. Cavaignac (p. 255, note 5) adopte les dates suivantes : Amyrtée, 408-402; Néphéritès I", 
402-396; Akôris, 396-383. Plus loin (p. 321), il date de 361 la fin du règne de Nectanebos I". Wiedemann, 
pp. 267-268, plaçait en 414/3 l'avènement d'.-Vmyrtée : chronologie qu'indépendamment de toute notre argu- 
mentation précédente, dément le fait rappelé par M. Prasek (pp. 22 et 175, note 1) : un papyrus d'Eléphan- 
tine nous fait voir un satrape perse en Egypte encore à la date de 408. 

5. Cette date est sûre (cf. Meyer, Forschungen, II, p. 483). .4rta.\erxès I" Longue-Main était mort dans 
l'hiver 425/4 (Thucydide, IV, 50) : ses deux successeurs, Xerxès II et Sogdianos, ont régné ensemble neuf 
mois (cf. FHG., II, p. 595) : ce qui place vers septembre 424 l'avènement de Darius II; il a régné dix-neuf 
ans et s'est éteint peu après la paix d'avril 404 (424/3-405/4). 



LA GRÈCE ET L'ÉGYPTE DE 405 À 342/1 AV. J.-C. 221 



règne d'Amyrtée, et ce qui tend à fortifier le système Kahrstedt, datant ledit règne 
de novembre 405-novembre 399 (404-398) \ 

Mais cette difficulté n'offre rien d'insoluble. Admettons qu'il faille en effet compter 
de novembre 424 à novembre 405 les dix-neuf années de Darius II. Si, comme nous 
le pensons, le règne d'Amyrtée a commencé au cours de l'année 405 (soit, théorique- 
ment, en novembre 406), Darius II n'a pas, pour cela, radicalement perdu sa puissance 
royale : ce souverain, qui comptait alors, d'après le calcul exposé ci-dessus, dix-huit 
ans de règne (nov. 424-nov. 406), n'en a pas moins continué à régner, sur l'ensemble 
de ses possessions d'Asie, jusqu'au printemps 404 (soit, théoriquement, jusqu'en no- 
vembre 405). Dès lors, que dans la tradition manéthonienne une confusion ait pu 
s'établir entre la durée de son règne «asiatique» et celle de son règne «égyptien», 
c'est ce que rendrait très aisément explicable le faible écart d'une année — réelle ou 
nominale — entre les deux règnes (écart faible à la fois en lui-même et proportionnel- 
lement à l'étendue du temps écoulé : 1/18). Manétho, ou son informateur, savait que 
Darius Nothos avait dominé l'Asie pendant dix-neuf ans : en rédigeant sa chronique, 
il a pu oublier que ce prince n'avait gouverné l'Egypte que dix-huit ans'. 

Mais doit-on même qualifier nécessairement d'erroné le calcul manéthonien? Ce 
calcul n'est erroné que si, contrairement à la règle habituelle, on ne compte pas à Darius II 
comme première année de règne celle de son avènement (l'année nov. 425-nov. 424, 
puisqu'il a reçu la couronne en septembre 424 : cf. supra). Mais, précisément parce 
que l'habitude égyptienne était d'antidater (cf. § I), la tradition dont s'inspirait Ma- 
nétho n'a-t-elle pu vraiment antidater l'avènement de Darius Nothos, le situer ainsi, 
théoriquement, en novembre 425', et, par conséquent, si Amyrtée a conquis le pouvoir, 
théoriquement, en novembre 406, compter très normalement à Darius II dix-neuf an- 
nées de règne «égyptien» (nov. 425-nov. 406, 424-405)? Bref, nous sommes en pré- 
sence, ou d'une confusion fort explicable et de portée très restreinte, ou d'un réel et 
solide accord entre la tradition manéthonienne et la vérité historique. 

Ainsi, selon toute probabilité, Amyrtée gouverna l'Egypte de 405 à 399 (nov. 406- 
nov. 400), comme unique représentant de la dynastie saïte. La bataille de Cunaxa 
(401/0) s'est donc livrée sous son règne. Or, peu après cette bataille, Tamos, l'ami de 
Cyrus le Jeune, allait chercher asile auprès du roi égyptien Psammetichos (Diod., 

1. Cf. Kahrstedt, p. 2. 

■2. L'erreur serait beaucoup plus sensible et moins facile à expliquer si Amyrtée, comme le soutient 
M. JuDEicH (pp. 146-147), était arrivé au trône en 408 (théoriquement nov. 409) : en attribuant à Darius II 
dix-neuf ans de règne égyptien, la tradition manéthonienne laisserait subsister entre son affirmation et la 
réalité, au béuéflce de la dynastie asiatique, un écart de quatre années (soit de 1/5 à 1/4). 

3. Comme si Artaxerxès I", régnant jusqu'en septembre 424, avait immédiatement précédé Darius II : 
s'il en avait été ainsi, le chiffre des années de règne d'Artaxerxès I" n'aurait pas été accru dune seule unité, 
et rien n'eût été changé au total de la XXVII' dynastie. 



222 PAUL CLOCHÉ 



XIV, 35). Nous avons vu qu'il ne pouvait s'agir ici, comme on l'a affirmé, du roi 
Psammuthis, successeur d'Akôris (cf. supra, p. 220). D'où une difficulté à résoudre : 
(jnel est ce Psammetichos qui régnait en Egypte à l'époque même du pharaon Amyr- 
tée'? Ici se présente la conjecture de Bôckh : le Psammetichos de Diodore fut une 
sorte de roi-adjoint ou subordonné à Amyrtée (cf. Manetho, p. 364). Mais on peut 
aller plus loin et voir en P.'^ammetichos un rival d' Amyrtée'; il n'aurait régné que sur 
une faible partie du pays et n'aurait pas été reconnu par la majeure partie des Égyp- 
tiens : d'où cette conséquence que la tradition manéthonienne le fait entièrement dis- 
paraître derrière le véritable pharaon, Amyrtée. Ce Psammetichos fut vraisemblable- 
ment un adversaire du parti national et hostile. au.\ Perses : le meurtre de Tamos, ami 
de Cyrus le Jeune, donne à ce rival d'Amyrtée une physionomie quelque peu perso- 
phile (cf. Prasek, pp. 205-206) : ce qui expliquerait plus aisément encore le silence de 
la tradition indigène et manéthonienne à son sujet. Que toute l'Egypte, d'ailleurs, n'ait, 
pas rompu dès 405 avec la Perse, c'est ce qu'indique assez nettement la présence de 
contingents d'infanterie lourde égyptienne dans l'armée d'Artaxersès II (Xénophon, 
Anab., I, ix, 8). L'existence d'un « antiroi » n'a donc rien d'étonnant. Retenons seule- 
ment cette circonstance notable d'un roi-adjoint ou rival, circonstance qui se comprend 
aisément, vu le caractère particulièrement troublé de toute cette époque, remplie de 
luttes contre l'étranger, de déchirements intérieurs, de conflits personnels ou dynasti- 
ques : un tel fait peut être de grande conséquence et nous permettre d'expliquer dans 
la suite des difficultés analogues (cf. rn/ra, § III). 

La présence d'un roi P.sammetichos en Egypte vers 401/0 ne porte donc aucune 
atteinte à notre système chronologique (Amyrtée, 405-399). En revanche, ce que nous 
entrevoyons de son action persophile (et aussi ce que nous savons de la participation 
d'hoplites égyptiens aux opérations du grand roi vers la même époque) cadre assez bien 
avec le fait suivant. Diodore (I, 44, 3) nous apprend que les Perses comptaient depuis 
la conquête de Cambyse 135 ans de domination sur l'Egypte, « y compris le temps du 
soulèvement » (<tuv -caT? twv AÎYUTtTtwv àicoatàdEaiv). Or, de cette conquête (525)' à celle d'A- 
lexandre (332), il y a eu cent quatre-vingt-treize ans. Si de ces cent quatre-vingt- 
treize ans on retire les soixante-quatre années de gouvernement indigène (6 -)- 6 -|- 13 -f 
l_l-18 + 2-|-18 = 64)\ il reste cent vingt-neuf ans. Mais les Perses comptaient cent 

1. La ditllculté subsiste si l'on adopte le système de M. Judeich, qui assigne au règne de Néphéritès I" 
(402-396) l'année de Cuuaxa. 

2. C(. .iuDEiOH, p. 152 : cet auteur fait de Psammetichos un rival de Néphéritès 1". Si Psammetichos fait 
assassiner Tamos, réfugié auprès de lui, c'est pour s'assurer sa flotte et ses trésors en vue de la lutte pour le 
trône. 

3. et MaspiiRO, p. 661, note 2. 

4. On peut négliger ici les quatre mois du règne de Néphéritès II, dont l'adjonction ne changerait rien à 
notre conclusion : cf. in/ra, \>. 232. 



LA GRÈCE ET l'ÉGYPTE DE 405 À 348/1 AV. J.-C. 223 

trente-cinq ans de domination égyptienne, période du soulèvement comprise : c'est 
donc qu'ils attribuaient une durée de six ans à cette période, et celle-ci se trouve 
ainsi correspondre au premier règne indigène, celui d'Amyrtée, (|ui a duré précisé- 
ment six ans. Ce règne n'avait donc pas été marqué pour l'Egypte par une pleine et 
entière indépendance; des traces tout au moins de l'ancienne domination y subsistaient, 
parmi lesquelles il est permis d'indiquer (si Amyrtée a régné de 405 à 399) les faits 
signalés plus haut : l'attitude d'un prince rival vis-à-vis d'un ennemi du grand roi et 
la présence de contingents égyptiens dans l'armée de Mnémon'. 

De 399 à 393 (nov. 400-nov. 394), l'Egypte est gouvernée par Népliéritès !*"■. La 
seule difHculté chronologique en ce qui concerne cette période (et, du même coup, celle 
d'Akôris, successeur de Néphéritès P') provient de la circonstance que voici. Au prin- 
temps 396, Sparte, s'apprétant à combattre le grand roi, fit appel au concours du roi 
d'Egypte, Nephereus (Diod., XIV, 79, 4) (sur l'identité duquel avec le Néphéritès de 
Manétho aucun doute n'est possible et l'accord est parfait entre les critiques). Or, 
d'après Justin (VI, 2, 1), la demande fut adressée par Lacédémone au roi d'Egypte 
Hercynion, roi que ne signalent pas les listes manéthoniennes. Que signifie cette di- 
vergence, au moins apparente, entre Diodore et Justin? Si l'on estime (cf. Judeich, 
p. 146) que Néphéritès P'' a régné de 402 à 396 (nov. 403-nov. 397), on pourra sup- 
poser que Néphéritès s'est éteint tout à la fin de 397 ou au début de 396, et que son 
successeur Akôris (ou Hakôris, dont le nom, fortement défiguré, serait devenu Hercy- 
nion sous la plume de l'informateur de Justin) a reçu l'ambassade lacédémonienne. 
Diodore, en citant Néphéritès, aurait commis une erreur (d'ailleurs légère, puisque, 
dans cette hypothèse, Néphéritès n'est mort que deux ou trois mois avant l'ambassade). 
En admettant même que Diodore ne se soit pas trompé et ajue la députation spartiate 
ait été réellement reçue par Néphéritès, l'erreur de Justin pourrait encore s'expliquer 
ainsi : en 396, peu après l'ambassade, Néphéritès est mort, Akôris-Hercynion est 
arrivé au trône, et c'est lui qui a exécuté les promesses de son prédécesseur : de là à 

1. Par un calcul analogue, M. Judeich range égalemenj les six aimées d'Amyrtée parmi les cent trente- 
cinq ans dî domination perse en Egypte. Il procède ainsi : aux cent trente-cinq ans de domination perse, il 
soustrait d abord les douze années qui, d'après son système, se sont écoulées entre la chute de Nectauebos 11 
et la conquête d'Alexandre (début de 343 — fin de 333). Restent cent vingt-trois ans : la conquête de Cam- 
hyse datant de 525, la période de pleine indépendance commence en 402, avec le règne de Néphéritès I". 
Mais, s'il en est ainsi, il devient plus difficile d'expliquer qu'en 401/0 les Perses aient pu encore compter en 
Egypte des adeptes et en recevoir des contingents. Notre système, comme ceux de Bockh et de M. Kahr- 
.■^TEDT, parait mieux s'adapter aux textes. 

En tout cas, les chiffres de Diodore (I, 44, 3) n'apportent aucune confirmation décisive k 1 une quelconque 
des hypothèses en présence sur la date de l'avènement d'.^myrtée : la durée de la période d'indépendance 
étant à peu près la même dans tous les systèmes, il reste toujours environ cent vingt-neuf ans (cent trente- 
cinq ans en y comprenant les six années d'Amyrtéei pour la période de régime perse, divisée en deux sec- 
tions : la première, très longue, avant le règne d Amyrtèe (ou de Néphéritès!; la seconde, très courte, après 
la chute de Nectanebos II; la première, un peu plus longue dans notre système que dans celui de M. Ju- 
deich, la seconde, un peu plus longue dans le système Judeich que dans le nôtre. 



224 PAUL CLOCHÉ 



le confondre ;ivec ce dernier en ce qui touche la réception de l'ambassade, il n'y avait 
qu'un pas. 

Mais une telle explication ne s'impose pas et n'est pas la seule admissible. D'abord, 
il n'est nullement démontré qu'Akôris (ou Hakôris) et Hercynion soient un seul et 
même personnage : entre les deux noms règne une notable différence d'aspect. Ensuite, 
il est très possible qu'il y ait eu en Egypte, au début de 396, en plein règne de Né- 
phéritès I", un roi-adjoint (cf. supra, p. 222, le cas voisin de Psammetichos) et que 
ce roi-adjoint soit THercynion dont la tradition de Justin a recueilli le nom. Cet Her- 
cynion était peut-être destiné à ne jamais régner vraiment sur l'Egypte; mais peut- 
être aussi était-ce Akôris lui-même, associé à l'exercice du pouvoir quelques années 
avant la mort de Néphéritès P^ Bref, .l'indication de Justin ne tend nullement à 
prouver que le règne d'Akôris se soit ouvert dès l'année 396'. 



III 

Les règnes d'Akôris (393-380), de Psammuthis et Néphéritès II (380-379) 
et l'avènement de Nectanebos I'' (379). 

A Néphéritès I" succéda- Akôris (393-380). Sous son règne, les Perses tentèrent 
contre l'Egypte un grand effort. De plus, la guerre ayant éclaté entre le grand roi et 
Évagoras de Chypre, celui-ci fut soutenu par Akôris, comme Lacédémone l'avait été 
par Néphéritès I". Ni la chronologie de la guerre perso-égyptienne, ni celle du début 
de la guerre cypriote ne provoquent ici de difficultés. Quel que soit le système adopté 
sur la date de l'avènement d'Akôris, qu'il soit arrivé au trône en 396 (système Judeich- 
Cavaignac), en 393 (système Maspero) ou en 392 (système Kahrstedt), il gouver- 
nait incontestablement l'Egypte quand Mnémon chercha à remettre ce pays sous le 
joug (vers 389-387 : cf. Judeich, p. 153) et quand éclata le conflit entre Évagoras et la 
Perse (en 390, selon les uns; en 387/6, selon les autres : cf. infra). 

Les difficultés commencent à propos de la fin de la guerre perso-cypriote. Mais ces 
difficultés, comme nous allons le montrer, ne sont nullement insolubles. Nous verrons 
d'abord fju'il n'est pas possible, .selon nous, d'adopter une conclusion rigoureuse et dé- 

L M. Judeich, après avoir paru admettre (p. 153) qu'Hercynion n'est peut-être autre qu'Akôris, arrivé à la 
souveraineté dès 396. se range finalement à l'hypothèse d'un roi-adjoint Hercynion, distinct d'.Akôris, et 
exerçant s;i fonction au début même du règne d'Akôris (cf. son tableau chronologique, p. 309|. Maspero, 
p. 752. note 2. pense que cet Hercynion « pourrait bien être un prétendant au trône u. Peut-être; mais il est 
plus naturel d'admettre que .Sparte s'est adressée soit au véritable titulaire de la royauté, Néphéritès (version 
DiODORE), soit à un roi-adjoint, plutôt qu'à un simple prétendant. Ailleurs [Hist. anc. des peuples de l'Orient, 
éd. 1886, p. 639), Maspero dit que Trogue Pompée (Justin, 'VI, 2) « appelle Hercynion » le roi Akôris v je ne 
sais d'après quelle autorité i). Mais rien ne prouve absolument que l'informateur de Justin, en écrivant le 
nom Hercynion, ait voulu parler d'.\kôris. 



LA GRÈCE ET l'ÉGYPTE DE 405 À 345/1 AV. J.-C. 225 

finitive sur la date finale de cette guerre. Nous exposerons ensuite le désaccord qui 
règne (ou paraît régner) entre Diodore et Théopompe sur le point suivant : (|ui était 
roi d'Egypte lors de la paix entre Evagoras et Mnémon? Nous montrerons enfin que, 
quelque date que l'on assigne à cette paix, cette date peut toujours cadrer avec nos hy- 
pothèses sur la chronologie d'Akôris et de ses successeurs (Akôris, 393-380; Psammu- 
this, 380-379; Nectanebos P'', 379-361). 

On admet le plus souvent (cf. Judeich, p. 119 : résumé des divers systèmes) que 
la guerre éclata en 390 et se termina soit en 380 ou 379, soit vers la fin de 381. Xéno- 
PHON {HelL, IV, VIII, 24) montre une flotte atliénienne partant en 390 au secours 
d'Évagoras, « qui faisait alors la giierre au roi ». Un tel acte, dit Grote, XIV, p. 156, 
note 2, n'est pas une simple « mesure hostile avant le commencement de la guerre», 
mais déjà bel et bien la guerre. Celle-ci, ayant duré dis ans (Isocr., Éoagoras, 64; 
DiOD., XV, 9, 2), s'est terminée en 380 ou 379\ M. Judeich (p. 119), tout en admet- 
tant que la guerre a commencé en 390, la fait se terminer vers la fin de 381, pour les 
raisons suivantes. La guerre n'a pas duré tout à fait dix ans, comme l'indique avec pré- 
cision Diodore (à jjtsv o'jv Kuirpiazà? TiôXejjio; oî-/,a:-!;T|c; cryeSôv yeYEVTifjiîvoç : XV, 9, 2)'. Com- 
mencée en 390 et terminée vers la lin de sa dixième année, elle a donc cessé dans les 
tout derniers mois de 381". 

Mais il est un autre système*, beaucoup plus ancien, d'après lequel la guerre perso- 
cypriote n'a commencé qu'en 387/6. Ce système a pour lui un texte d'une indéniable 
importance, l'afîirmation du contemporain Isocrate, qui, composant en 381 son 
Panégyrique, montre la guerre durant depuis « six ans déjà » entre Evagoras et les 
Perses (tIoti ,u£v ï^ È-r, : Paner/., 141). Si la guerre a ainsi commencé en 387 et duré un 
peu moins de dix ans, elle a dû prendre fin vers le début de 377. Cette conclusion ne 
contredit pas nécessairement ras.sertion du contemporain Xénophon, qui nous fait voir 
Evagoras « en guerre avec le roi » dès 390 : on peut admettre qu'avant 387 il y a eu des 
rencontres intermittentes, mais que la guerre n'a vraiment éclaté et ne s'est régulière- 
ment poursuivie qu'à partir de,387\ Bref, nous ne saisissons aucun motif décisif de 
placer en 381 ou 380 plutôt qu'en 377 la paix entre Evagoras et la Perse. 

L'accord ne règne pas davantage entre les textes sûr la question de savoir qui gou- 
vernait l'Egypte au moment où fut signée la paix entre l'Aagoras et lo grand roi. 

1. Grote ne se prononce pas entre cc^sdeiix dates. Maspero p. 755, choisit la date .i79. 

2. Isocrate (Éoayoras, 64) se borne à parler d'une guerre « de dix ans u (stri Séxjt). S'il avait pensé que 
la guerre avait duré dix années pleines, dit M. Judeich, l'orateur se fiit exprimé ainsi : uXeCov ?, ï-cr^ ôcxa. Pas 
nécessairement; du moins la formule d'IsocRATE ne conlredit-elle pas vraiment la donnée très nette et précise 
de Diodore, et cela suflit. 

3. Cf. tableau chronologique de .Iudbich, p. 326. 

4. Cf. Clinton, F. H., Il', pp. 365 et suiv.; Bôckh, Manetho, p. 368; Sikvers, Gesch. Gricr/i., pp. 406-407. 

5. Isocrate indique nettement que l'ouverture des hostilités entre Evagoras et la Perse est postérieure à 
la guerre perso-égyptienne de 389-387 : [Lt-ca 5= la-JT' ir,' E-jayôpxv TTpaT£-J<ia;. . . : Panrr/., 141. 

Reçue égyptologique, I. 29 



226 PAUL CLOCHÉ 



DioDORE est très net à cet égard : il nomme Akôris (XV, 8, 1 ; 9, 8). C'est à l'attitude 
de ce dernier prince vis-à-vis d'Evagoras, très insuffisamment soutenu par son allié 
d'Egypte, qu'il attribue l'origine des démarches d'Evagoras en vue de la paix' : Tiri- 
bazos ayant imposé de dures conditions, mais ayant été disgracié sur la dénonciation 
d'Orontès, Evagoras finit par s'entendre avec celui-ci, et une paix relativement hono- 
rable est conclue. 

Mais le fragment 111 de Théopompe (cf. FHG., I, p. 259) fournit une indication 
différente. Selon ce passage, après avoir exposé l'appui prêté par Akôris à Evagoras 
contre la Perse, la paix d'Antalcidas, l'entente formée contre Tiribazos entre Evagoras 
et Orontès, Théopompe montrait « comment, Nectanebos ayant reçu le pouvoir royal 
en Egypte (Neuxaviêioç TrapeiXTitpoTo? tT|V AVpiz'.o'j patji),eîav), Evagoras députa à Lacédémone, 
et de quelle manière fut terminée la guerre de Chypre ». 

En résumé, la guerre perso-cypriote a cessé en 381/0, ou en 380, ou en 379, ou 
en 377, soit sous le règne d'Akôris, soit sous le règne de Nectanebos I". Nous allons 
montrer que, quelle que soit la date assignée à la fin de cette guerre, notre système 
chronologique peut parfaitement subsister. 

Supposons d'abord que la guerre ait pris fin seulement en 377. A cette date, indis- 
cutablement, le l'ègne d'Akôris est fini (quelque système que l'on adopte : cf. supra, 
§ II). Dès lors, toute difficulté disparait : Nectanebos Y' régnait à coup sûr quand la 
paix fut conclue", conformément au récit de Théopompe (ou plutôt au résumé qu'on 
nous en donne) et contrairement au récit de Diodore. 

En admettant que la guerre ait pessé en 379', notre système, qui date de cette 
année-là l'avènement de Nectanebos I"', cadre encore assez bien avec l'une des deux 
versions, celle de Théopompe'. 

1. A la date de 385/4 : mais la chronologie absolue de Diouore n'offre par elle-même aucune garantie. 
D'autre part on a contesté qu'il s'agisse ici de la paix véritable et définitive; mais on n'a fourni aucun argu- 
ment décisif à l'appui de cette opinion (cf. ihfra, p. 227). 

2. Il régnait depuis 379, selon notre système : ce qui suppose des négociations assez prolongées entre 
Evagoras et le grand roi (de 379 au début de 377); mais le fragment de Théopompe ne nous dit pas ce qu'ont 
pu durer ces pourparlers. 

3. Chronologie qui nous parait en elle-même grosse de difficultés. La guerre, comme on l'a vu, a com- 
mencé soit en 390, soit en 387/6, et elle n'a pas duré tout à fait dix ans, d'après l'indication la plus précise que 
nous possédions à ce sujet (Diod., X'V, 9, 2). Dès lors, elle n'a pu se terminer qu'en 381, 380 ou 377. Pour ad- 
mettre l'année 379 comme date finale, il faudrait être sûr que Diodore, en parlant d'une guerre de « presque 
dix ans », s'est trompé d'un an environ, et eût dû parler d'une guerre de onze ans ou d'ii à peu près onze ans » 
(390-379). Une erreur de Diodore n'est pas rigoureusement chose impossible; mais ni Grote, qui admet la 
possibilité d'une paix conclue en 379 (XIV, p. 156, note 2), ni Maspero, qui n'hésite pas à choisir cette date 
(p. 755), ne s'expliquent à ce sujet. 

4. Admise naturellement sans difficulté par les auteurs qui datent de 379 à la fois l'avènement de Necta- 
nebos et la fin de la guerre perso-cypriote. Cf. Maspero, qui explique ainsi (p. 755, note 5) les causes de la 
paix entre Evagoras et la Perse : le nouveau pharaon (Nectanebos) supprima les subsides qu'Akôris avait 
accordés à Evagoras et rendit, dès lors, inévitable la chute de ce dernier : u telle est, en effet, l'interprétation 



LA GRÈCE ET l'ÉGYPTE DE 405 À 342/1 AV. J.-C. 227 

Supposons enfin que l'on doive situer la pais en 381 ou 380 : devrons-nous, pour 
cela, renoncer à dater de 380 la mort d'Akôris? Oui, sans doute, si Théopompe a eu 
raison de placer à la veille de cette paix l'avènement de Nectanebos ' (acquérant ainsi 
une souveraineté à la fois définitive et complète : cf. infra, l'autre explication que l'on 
peut présenter à ce sujet). Non, si c'est Diodore qui a raison de nous montrer les 
pourparlers engagés et la paix conclue sous la domination d'Akôris (XV, 8, 1; 9, 2 : 
cf. supra). Or, nous ne voyons aucun motif de préférer la version de Théopompe (ou 
son résumé) à celle de Diodore. Celui-ci est aussi net et explicite qu'a pu l'être Théo- 
pompe sur l'abandon d'Evagoras par ses alliés d'Egypte (i-ô twv oujjiiJtâyojv ■/.izT.lz'.-iiJ.virj; : 
XV, 8, 1), abandon qui fut la cause déterminante de l'ouverture des pourparlers. 

Sans doute, contrairement à l'indication formelle de Diodore sur la fin de la 
guerre «de presque dix ans» (XV, 9, 2), M. Judeich (pp. 125-131) nie qu'il s'agisse 
ici de la paix véritable et définitive. Ce ne sont là, dit-il, que des préliminaires, qui 
avaient besoin de la ratification royale. De 385 (date assignée par Diodore à la pré- 
tendue paix) à 383, on a attendu la décision du grand roi. En 383, Tiribazos ayant 
gagné sa cause auprès du souverain, Orontès est disgracié, les préliminaires de paix 
sont repoussés par Artaxersès, et Evagoras se prépare à de nouveaux combats. La 
guerre doit reprendre en 382 et se terminera en 381/0, Evagoras ne recevant plus aucun 
secours de l'Egypte (Akôris est mort deux ans auparavant). La paix sera conclue, 
d'ailleurs, sous la médiation de Sparte, aux conditions fixées par Orontès. 

Nous observerons d'abord qu'aucun texte ne qualifie de simples préliminaires les 
conventions passées entre Orontès et Evagoras (XV, 9, 2); qu'après la disgrâce 
d'Orontès (Diod., XV, 11, 2), il n'est plus question le moins du monde de renouvelle- 
ment de la guerre perso-cypriote, de négociations entre Evagoras et Tiribazos, Eva- 
goras et Lacédémone, et de réédition de la paix d'Orontès. Ensuite, il peut paraître 
assez étrange qu'Orontès ayant été disgracié pour avoir traité Evagoras avec une ex- 
cessive modération, Tiribazos et le roi, vainqueurs, reprennent la politique d'Orontès. 
Enfin, on pourra trouver très singulier que la ratification de la paix se soit fait attendre 
durant deux années (385-383). (Pourrait-on d'ailleurs parler de la guerre cypriote, si 
la guerre avait réellement cessé pendant deux à trois ans — de 385 au début de 382, — 
entre les conventions d'Orontès et la paix définitive?) 

C'est donc bien une paix définitive entre Evagoras et la Perse que Diodore a placée 
sous le règne d'Akôris, et il n'y a nulle raison d'écarter ce récit au profit du récit de 



qui parait être la meilleure pour le fragment de Théopompe n (que Maspero cite ensuitel : « si le changement 
de règne qui se produisit alors en Egypte ne lui avait pas été défavorable n, Evagoras n'aurait pas fait une 
tentative auprès des Lacédémoniens et n'eût pas capitulé aussitôt après (cf. éd. 1886, p. 644, note 6|. 

1. Ce qui reculerait vers 382 ou 383 la mort d'Akôris, séparée par un an au moins (règnes de Psamrauthis 
et de Néphéritès II) de lavèuement de Nectanebos. 



228 PAUL CLOCHÉ 



Théopompe. Mais il y a mieux, et l'on peut donner de la version de ce dernier une 
interprétation conciliable avec la chronologie de Diodore. Ne se peut-il qu'il y ait eu, 
en effet, un peu avant la paix entre Évagoras et Mnémon, une sorte de mainmise par- 
tielle et accessoire de Nectanebos sur le pouvoir royal, sans que pour cela le règne 
d'Akôris ait cessé? Qu'on se rappelle les ambitions de Nectanebos, qui va inaugurer 
une dynastie — celle de Sébenuytos — , qui n'est pas le successeur naturel et désigné 
d'Akôris, qui peut-être, s'il faut en croire la Chronique démotique (cf. Revue égypto- 
logique, II, p. 55), revendiquait la couronne comme lils dépossédé de Néphéritès I". 
N'a-t-il donc pu, vers 381, se poser en prétendant, puis en «antiroi»? L'exemple de 
Psammetichos en 401/0 montre clairement qu'il pouvait y avoir ainsi un roi-adjoint 
ou hostile en face du pharaon généralement reconnu; c'est une hypothèse qui parait 
des plus normales et plausibles quand on examine la physionomie spéciale de cette 
époque, extrêmement troublée, à certains moments, par le jeu des rivalités person- 
nelles et dynastiques et peut-être aussi par les intrigues étrangères. L'hostilité ainsi 
déclarée de Nectanebos (même s'il ne s'est pas proclamé roi) aura nécessairement gêné 
Akôris, paralysé sa politique extérieure en l'obligeant à ménager ses ressources : d'où 
le changement si net d'attitude vis-à-vis d'Évagoras, pratiquement abandonné, comme 
l'indique Diodore (XV, 8, 1)'. 

On pourrait présenter l'objection suivante. Si Nectanebos s'est proclamé roi dès 
381 et s'il a régné, comme notre système le propose, jusqu'en 361, pourquoi la tradi- 
tion manéthonienne ne lui compte-t-elle que dix-huit ans de règne, et non vingt ans? 
(Ce qui n'empêcherait pas, du reste, de compter treize ans à Akôris, sa dernière année 
(nov. 382-nov. 381) se confondant avec la première année du règne de Nectanebos, et 
l'année de Psammuthis (nov. 381 -nov. 380) avec la deuxième année dudit règne.) Nous 
répondrons que, si cette usurpation, d'ailleurs partielle et limitée, de Nectanebos s'est 
réellement produite, la tradition manéthonienne, selon toute probabilité, n'a pas tenu 
compte des années d'usurpation (treizième année d'Akôris et unique année de Psammu- 
this). Pourquoi l'eùt-elle fait? Akôris n'avait pas été vraiment chassé du trône. Do 
plus, il avait été un souverain patriote, grand ennemi du Perse jusqu'au jour où — 
dans cette hypothèse — les intrigues du prétendant l'avaient contraint à abandonner 
son allié. Nectanebos, au contraire, par son usurpation, avait paralysé les efforts com- 
muns de l'Egypte et d'Évagoras contre le grand roi'. Dès lors, on ne voit pas bien 
pourquoi la tradition nationale eût antidaté le règne de ce pharaon et n'en eût pas fixé 

1. Ce changement, le récit de Diodore, si net au début sur l'aide militaire, économique et financière 
prêtée par Akôris à Evagoras (XV, 2, 2; 3, 3), ne l'explique pas : le récit de Thkopùmpe pouvait ici compléter 
le sien. 

2. Sans qu'il y ait eu, d'ailleurs, nécessairement entente entre le prétendant et les Perses : quelques an- 
nées plus tard, en plein règne de Nectanebos I" (cf. §§ I et 'V), Artaxerxès cherchera à remettre sous le joug 
le pays des Pharaons. 



LA GRÈCE ET l'ÉGYPTE DE 405 À 342/1 AV. J.-C. 229 

le début à la mort de Népliéritès II. Les années d'usurpation de Nectanebos (si usur- 
pation il y eut) disparaîtraient ainsi du compte mauéthonien tout aussi normalement 
que les mois ou années d'usurpation d'un Psammetichos (cf. supra, § II). 

Ainsi pourraient se concilier les deux versions, en apparence contradictoires, de 
DiODORE et de Théopompe. Mais si la contradiction devait subsister, radicale et ab- 
solue, il n'y aurait nulle raison de préférer la seconde à la première. 

M. Kahrstedt (p. 7) formule une hypothèse analogue à celle qui vient d'être pré- 
sentée touchant l'usurpation possible de Nectanebos. Cet auteur (cf. supra, ^ II) date 
de 379 (théoriquement nov. 380) la fin du règne d'Akôris; mais il est très embarrassé 
par la date qu'il assigne au règne de Tachos (362-360, nov. 363-nov. 361 : cf. supra, 
§ I), ce qui l'oblige à placer en 380 (nov. 381) la première des dix-huit années du règne 
de Nectanebos, prédécesseur de Tachos (380-362, nov. 381-nov. 363), et il cherche à 
résoudre la difficulté par la combinaison suivante : de la treizième année d'Akôris (nov. 
381-nov. 380, dans son système) il fait la première année de Nectanebos, et de l'année 
de Psammuthis (nov. 380-nov. 379) la deuxième année de Nectanebos (qui garde ainsi 
seize ans seulement de domination sans partage : nov. 379- nov. 363)'. M. Kahrstedt 
rapproche cette usurpation de Nectanebos du fragment 111 de Théopompe et explique 
ainsi que la paix d'Évagoras (380) ait été conclue à la fois après l'avènement de Necta- 
nebos (380, théoriquement nov. 381) et avant la mort d'Akôris (379, théoriquement 
nov. 380). Après la paix, en 380 ou en 379, Akôris a encore eu le temps de s'allier aux 
Pisidiens, comme le montre le fragment de Théopompe (cf. FHG., I, p. 295 : l'alliance 
entre Akôris et les Pisidiens est signalée nettement après la paix d'Kvagoras et l'avè- 
nement de Nectanebos). 

n convient d'abord d'écarter ce dernier argument (M. Kahrstedt reconnaît lui- 
même (p. 7, note 12) qu'aucune certitude absolue ne peut se dégager de ce fragment de 
Théopompe) : Théopompe a pu parfaitement, pour la commodité ou par suite des 
hasards de son exposition, raconter, après la fin du règne d'Akôris, les rapports de ce 
prince avec les Pisidiens; ce qui ne signifie pas nécessairement qu'il ait situé après la 
paix d'Évagoras la date de ces rapports : il peut s'agir d'un simple a retour en arrière », 
fait qui n'est ni rar,e ni très étrange. 

Ensuite, si Nectanebos s'est proclamé roi du vivant d'Akôris, la tradition raané- 
thonienne était-elle obligée de s'incliner devant ces prétentions? Et si, comme le veut 
M. Kahrstedt, Akôris est mort en 379, Psammuthis et Népliéritès II en 378 et Nec- 
tanebos P'' en 362, cette tradition ne devait-elle pas compter à Nectanebos seize ans de 
règne (378-362), et pas davantage? (Cf. supra, notre réponse à l'objection que nous 

1. On remarquera qu'ici M. Kahrstedt ne dit rien de Muthis, avec l'unique année duquel il pourrait 
identifier la troisième année de Nectanebos. Il paraît donc bien, comme d'autres critiques, n'avoir pas vrai- 
ment admis l'e.\istence de ce prétendu règne (cf. supra, §§ 1 et 11). 



I 



230 PAUL CLOCHÉ 



nous sommes adressée). Bref, si l'on admet l'hypothèse d'ime usurpation de Nectanebos 
vers la fin du règne d'Akôris (et notre système ne nous y oblige pas, et il est ainsi net- 
tement préférable au système Kahrstedt, qui ne peut se maintenir que grâce à cette 
hypothèse), il est beaucoup plus normal d'exclure du compte manéthonien les années 
d'usurpation que de les y insérer. 

L'Iiistoire des rapports entre le pharaon et l'Athénien Chabrias est également une 
source de difficultés pour la chronologie du règne d'Akôris. Avant de paraître en 
Egypte pour y soutenir l'offensive de Tachos contre le grand roi (cf. supra, § I), Cha- 
brias avait appuyé l'action militaire d'Akôris. L'aide navale qu'il avait prêtée à Éva- 
goras contre Égine vers 388/7 (Xén., Hell.,\, i, 10 et suiv.) en faisait indirectement 
le soutien d'Akôris. Ses rapports directs avec le souverain sont mentionnés par Dio- 
DORE à la date 377/6 : pour lutter contre les Perses, Akôris avait recruté une foule de 
mercenaires et leur avait donné pour chef Chabrias. Celui-ci revêtit le commandement 
sans l'aveu du Démos et prépara avec zèle la guerre contre la Perse (installation d'un 
important système défensif). Mais Pharnabazos, chargé par Mnémon de diriger l'agres- 
sion contre l'Egypte, envoya une ambassade à Athènes pour demander le rappel de 
Chabrias, qui dut revenir sans délai (Diod., XV, 29, 1-5). 

La chronologie absolue de Diodore est ici, comme trop souvent, des plus inexactes. 
En 377/6, Chabrias était depuis longtemps revenu à Athènes, où il avait exercé la stra- 
tégie dès 379/8 et participé à la surveillance de la frontière lors du soulèvement libé- 
rateur de Thèbes. Son retour est donc antérieur à 379 et peut se fixer en 380 (ou plus 
tôt). M. Kahrstedt (p. 5) rappelle l'activité de Ciiabrias comme stratège de 379/8 à 
376/5 ; il en conclut que Chabrias a dû quitter l'Egypte vers 380; mais, ajoute-t-il, pas 
avant cette date, car Diodore raconte son départ à la date 377/6, et un déplacement 
de trois à quatre ans est suffisant même pour cet auteur. Cette dernière affirmation 
paraît un peu risquée : Diodore a commis des erreurs de dates autrement graves, dont 
notre examen fournira au moins un éclatant exemple (cf. infra, §§ VI-VII : Diodore 
date de 350/49 la dernière campagne d'Ochos contre l'Egypte, campagne qui n'a pu 
commencer avant 343/2). Du moins n'est-il pas douteux que Chabrias a regagné la 
Grèce avant 379'. 

Or, si Chabrias, au moment de son rappel, était en train de seconder les travaux 
défensifs d'Akôris, comme l'indique le texte de Diodore, notre système chronologique 
ne se heurte à aucune difficulté, puisque Akôris, selon ce système, gouvernait encore 
l'Egypte en 380. Mais un autre texte permet de supposer que Chabrias, lors de son 
départ d'Egypte, était au service de Nectanebos \" (ce qui inviterait à dater de 380, 
ou d'une époque antérieure, l'avènement de ce prince). Cornélius Nepos {Chabrias, 

1. Il est donc difficile de maintenir le système de Maspero (p. 756), qui date de 379 l'avènement de Nec- 
tanebos (cf. s(ipra), et, en même temps, le montre appuyé par le concours de Chabrias. 



LA GRÈCE ET L'ÉGYPTE DE 405 À 342/1 AV. J.-C. 231 



II) s'exprime ainsi : « Chabrias. . . mena en Egypte beaucoup d'autres guerres. ... il 
porta secours à Nectanebos et l'affermit sur le trône {constituit regnum). » 

Mais rien n'oblige à préférer à la chronologie (relative) de Diodore celle de Cor- 
nélius Nepos et ainsi de dater du règne de Nectanebos plutôt que du règne d'Akôris 
le départ de Chabrias\ Il y a mieux : si l'un des deux récits mérite que l'on se prononce 
en sa faveur, c'est celui de Diodore. Les indications qu'il fournit sont en elles-mêmes 
très. normales. Le récit de Nepos, au contraire, est semé d'erreurs et extrêmement 
confus. Il présente les événements selon un ordre à coup sûr fort inexact et mérite ainsi 
le pire discrédit. Il situe par exemple l'action de Chabrias en faveur d'Evagoras après 
l'appui prêté à Nectanebos par le même Chabrias : « Il l'affermit (Nectanebos) sur le 
trône. Il rendit le même service à Évagoras, roi de Chypre, mais sur l'ordre des Athé- 
niens » (tandis qu'il aidait le pharaon en volontaire, sans l'assentiment formel du peu- 
ple) : « cette conquête (de Chypre) couvrit de gloire Athènes ». Or, Chabrias avait ap- 
porté son concours à Evagoras dès 388/7, date à laquelle, de toute façon, Nectanebos 
était encore bien loin du trône. Et Nepos continue ainsi : « La guerre éclata alors 
entre les Égyptiens et les Perses; les Athéniens étaient les alliés des seconds, les Spar- 
tiates des premiers; Chabrias, voyant qu'Agésilas, roi de Sparte, tirait d'Egypte des 
sommes importantes, et ne se sentant inférieur en rien à ce prince, marcha de lui- 
même au secours de ce royaume, où il reçut le commandement de l'armée navale, 
Agésilas dirigeant les troupes de terre. » Alors {Chabrias, III), « les généraux du grand 
roi envoient une ambassade à Athènes pour se plaindre de l'alliance de Chabrias avec 
les Égyptiens contre leur souverain », et les Athéniens rappellent Chabrias. 

Dans ce passage, Nepos a brouillé les époques; contre toute vérité historique, il a 
fait succéder aux luttes d'Evagoras l'expédition de Tachos contre les Perses (expédi- 
tion postérieure d'une vingtaine d'années à la paix de Chypre) ; il a attribué au règne 
de Tachos les faits que Diodore rapporte à celui d'Akôris : plaintes de la Perse contre 
Chabrias et rappel de ce dernier. Sur ce point spécial, le récit de Diodore est nette- 
ment supérieur, comme sur les autres : Diodore, à la différence de Nepos, s'exprime 
avec précision sur l'auteur de l'ambassade, Pharnabazos, dont l'activité, à l'époque de . 
Tachos, a depuis longtemps cessé de s'exercer. D'autre part, on sait, par le récit de 
Plutarque [Agésilas, 37), que Chabrias est resté jusqu'au bout fidèle à Tachos contre 
Nectanebos II : Tachos étant contraint de fuir et se soumettant à la Perse, pourquoi 
celle-ci eùt-elle fait rappeler son amiral athénien? Le départ de Chabrias en 359/8 (cf. 

1. Certains ont tenté une conciliation (cf. Kirchner, Prosopographia attica. II, p. 405) et supposé que 
Chabrias avait prêté ses bons offices d'abord à Akôris, puis à Nectanebos. Mais, comme l'a bien vu M. Kahr- 
sTEDT, pp. 5-6, cette combinaison s'inspire d'une méthode inacceptable. Nous sommes en face de deux récits 
concernant la même démarche de Chabrias; chacun de ces récits nous donne un nom de roi différent : il faut 
choisir; d'autant plus que Nectanebos n'est pas le successeur immédiat d'Akôris, mais qu'entre ces deux sou- 
verains s'intercalent Psammuthis et Néphéritès 11. 



232 PAUL CLOCHÉ 



supra, § I) s'explique très uisémcnt par la fuite même de Tachos désespéré : point n'est 
besoin de faire intervenir ici la moindre pression du gouvernement perse sur les Athé- 
niens. Enfin, si ces derniers étaient alors, comme l'affirme Diodore, les alliés des 
Perses, comment ont-ils pu laisser partir Chabrias au secours du pharaon? Bref, il n'y 
a aucun fond à faire sur l'exposé erroné et confus de Nepos, et Diodore a nettement 
droit à la préférence. 

Nous conclurons donc que le règne d'Akôris, commencé en 393, s'est terminé en 
380, peu après la paix d'Évagoras (si l'on date de 390-381/0 la guerre perso-cypriote) 
et un certain temps après le retour à Athènes de Chabrias. A Akôris succéda Psam- 
muthis, sans doute dans des conditions régulières, puisqu'il appartient encore à la dy- 
nastie mendésienne. Il occupe le trône pendant une année (380-379, nov. 381- nov. 380); 
Néphéritès II l'y remplace pour quatre mois, et Nectanebos P' inaugure par un règne 
de dix-huit ans la dynastie de Sébennytos. L'avènement d'une dynastie nouvelle parait 
indiquer quelque mouvement révolutionnaire', sans que nécessairement Nectanebos ait 
été étranger par le sang aux Mendésiens'. Tachos, de la même dynastie, lui succède 
apparemment sans difficulté et règne de 361 à 359. Nous avons vu comment la chrono- 
logie de ce règne est assez solidement fixée grâce à une inscription athénienne : c'est 
la base la plus ferme et la plus assurée (avec le compte manéthonien d'ApRiCANUs) sur 
laquelle on puisse édifier la chronologie de toute cette période de l'indépendance. Les 
autres données, concernant 1er dates de l'avènement et de la mort des pharaons qui 
précédèrent Tachos, sont plus sujettes à caution, comme on l'a vu, cadrant bien avec 
certains textes, s'accordant malaisément avec d'autres, bref très acceptables sans s'im- 
poser impérieusement. 

La chronologie d'ensemble du règne de Nectanebos II, successeur de Tachos et 
dernier souverain de l'Egypte indépendante, n'est pas sans présenter, elle aussi, de 
sérieuses difficultés. 

IV 

Le règne de Nectanebos II (359-341 ou 359-342). 

D'après les conclusions précédentes, la date initiale de ce règne est l'année 359; 



1. Maspero. p. T55. parle à ce sujet de la « turbulence des grands feudataires i> et montre n le prince de 
Sébennytos. . . Nectanebos I". . . exalté au trône par les soldats ». 

2. S'il faut en croire la Chronique clémotigue (cf. Reoue égyptoloftique, II, p. 55), il était le propre fils de 
Néphéritès I", écarté tout d'abord de la royauté par la jalousie des dieux. S'il en est ainsi, on s'expliquerait 
mieux encore qu'il ait intrigué contre Akôris, en qui il voyait sans doute un usurpateur, et que, vers la fin 
du règne de ce dernier, il ait proclamé ses droits à la royauté (cf. supra, p. 228, l'hypothèse formulée à ce 
sujet). 



LA GRÈCE ET l'ÉGYPTE DE 405 À 342/1 AV. J.-C. 233 

sa durée, d'après la table d'AFRiCANUs, est de dix-huit ans'. D'où deux difficultés, 
concernant : 1° l'époque de la mort d'Agésilas; 2" la date de la fin du règne. 

Si Tachos, par sa fuite, a cédé le trône à Nectanebos en 359, Agésilas, qui va 
combattre assez longtemps sous les ordres de ce dernier prince contre un prétendant 
mendésien, surgi quelque temps après la fuite de Tachos (cf. Plutarque, Agésilas, 
38), Agésilas ne peut avoir quitté l'Egypte et trouvé la mort en Cyrénaïque au cours 
de l'un des deux hivers 361/0 ou 360/59. Or, un certain nombre de critiques et d'his- 
toriens se prononcent pour l'une ou pour l'autre de ces deux dates. M. Kahrstedt 
(p. 3) fait même de la date qu'il a choisie, et qu'il tient pour absolument sûre (360/59), 
la base de tout son système'. M. Cavaignac (p. 321, note 5) paraît accepter cette 
chronologie : Agésilas, dit-il, ne peut être mort plus tard que 360, si son fils Archi- 
damos, qui régna 23 ans, est mort vers l'époque de Chéronée (338). Comme M. Cavai- 
gnac a daté de 361 l'avènement de Tachos, lequel a régné deux ans, il date donc de 
l'hiver 360/59 la mort d'Agésilas, postérieure à la chute de Tachos. 

D'autres placent dans l'hiver 361/0 la fin du règne d'Agésilas (cf. Unger, Chro- 
nologie des Manetho, p. 369; Sievers, Gesch. Griech., p. 382). D'autres enfin — avec 
l'opinion desquels cadrent nos conclusions — datent cet événement de l'hiver 358/7 (cf. 
BocKH, Manetho, pp. 370-371; Judeich, pp. 180 et suiv., 336). C'est ce dernier qui 
paraît avoir présenté les arguments décisifs, qu'on va résumer. 

Pour adopter la date 361/0, on se fonde principalement sur la considération sui- 
vante : la mort d'Archidamos, fils et successeur d'Agésilas, eêt survenue dans l'année 
de Chéronée (338/7), et il avait régné 23 ans (Diod., XVI, 88, 4); son avènement se 
place donc en 361/0, de préférence vers décembre 361 ou janvier 360, Plutarque 
datant du début de l'hiver le départ d'Agésilas (Agésilas, 40). 

Mais une telle argumentation suppose la rigoureuse exactitude de la ciironologie 
absolue de Diodore, chronologie sujette à de fréquentes défaillances. Diodore lui- 
même, qui assigne ici vingt-trois ans au règne d'Archidamos, a fixé la mort d'Agésilas 
à l'année 362/1 (XV, 90, 1; 93, 6), ce qui met un intervalle de vingt-quatre ans entre 
l'avènement et la mort d'Archidamos (362/1-338/7). On a montré également très bien' 
que Diodore a commis une erreur analogue touchant la chronologie du roi Agis, pré- 

1. EusÈBE lui attribue une longueur de huit ans (cf. FHG., II, p. 597) : ce qui, d'après notre système, en 
placerait la fin en 351; d'après le système Bookh, en 350; d'aprèsle système Judeich, en 353; d'après le sys- 
tème Kahrstedt en 352. Chronologie absurde, comme le montre, de toute évidence, l'époque de l'expédition 
victorieuse d'Ochos : cl. infra, §§ Vl-Vll. 

2. Le règne de Tachos a pris fin dans l'été qui a précédé la mort d'Agésilas, soit en 360 (cf. supra, § l|. 
Cette date joue dans le système Kahrstedt le rôle que joue dans le nôtre la date de l'inscription athénienne 
sur l'ambassade de Tachos. Malheureusement, l'époque assignée par l'auteur à la mort d'Agésilas n'est pas 
aussi sûre qu'il veut bien le dire. Elle est au moins très discutée-, — ce qu'il omet de rappeler, — et ce n'est 
pas sur une telle base que l'on pouvait édifier tout un système chronologique. 

3. Cf. Judeich, pp. 180-181. 

RcDue B(jy[itoloijiquc, I. 30 



234 PAUL CLOCHÉ 



décesseur d'Agésilas : contrairement à l'assertion digue de toi du contemporain Thu- 
cydide, DiODORE fait débuter en 435/4 le règne d'Agis, qui date de 427/6 (Thucyd., 
III, 89, 1; DiOD., XII, 35, 4). On a rappelé aussi une autre erreur toute voisine et cer- 
taine deDiODORE, datant également de 362/1 (XV, 93, 1) la mort d'Artaxerxès II, évé- 
nement qui est survenu en 359-358, et fixant à quarante-trois ans la durée du règne 
de ce prince, qui, d'après le Canon royal, a occupé le trône durant quarante-six ans (cf. 
supra, § I). Par elle-même, la chronologie de Diodore n'a donc pas d'autorité et n'offre 
aucune garantie, et on n'a pas le droit de fonder sur une base aussi fragile la chrono- 
logie du règne d'Agésilas. 

Quant à la date assignée par M. Kahrstedt à la mort du roi de Sparte (hiver 
360/59)', on ne voit pas du tout de quel témoignage, même médiocre, elle pourrait 
découler, et l'auteur ne s'explique nullement à ce sujet. Avec quel texte pourrait-elle 
concorder? Diodore situe l'événement deux ans plus tôt, en 362/1; il attribue vingt- 
trois ans au règne d'Archidamos, ce qui donne le résultat : 361/0-338/7, et place la 
mort d'Agésilas un an plus tôt que ne le fait M. Kahrstedt". Sur quelle base peut 
donc s'appuyer cette chronologie? 

On est, au contraire, nettement autorisé à dater (comme l'ont fait Bôckh et M. Ju- 
deich) le départ d'Agésilas d'une époque sensiblement postérieure à celle que notre 
inscription IG., II, 60, permet d'assigner à la chute de Tachos (359). Plutarque 
(Agésilas, 40) attribue au règne de son héros une durée de quarante et un ans. D'autre 
part, Agésilas a succédé à Agis très peu de temps après la fin de la guerre entre Elis 
et Lacédémone (Xénophon, Hell., Il], m, 1 et suiv.). Or, d'après le témoignage formel 
et solide du contemporain Xénophon, cette guerre a commencé à la même époque que 
la campagne de Dercyllidas en Asie Mineure (tojxwv 8e irpa—o.alviov h Tf, 'Aat'a ûrà iep/.jXXîoa, 
.\axe8at[ji<îvioi v.oLxà tôv i-jz'o-i x,pôvov... : Hell., III, II, 21), soit en 400/399 (printemps 399)'; 
elle a duré environ un an', et ainsi vers la fin du printemps ou le début de l'été 398, 
Agésilas succède à Agis. Son règne, ayant duré quarante et un ans, se termine donc en 
358/7 (399/8-358/7). 

Cette date cadre parfaitement avec celle que l'inscription IG., II, 60, permet d'at- 
tribuer à la chute de Tachos (359). Après la fuite de ce dernier, le conflit entre Nec- 
tanebos et le prétendant mendésien a pu occuper encore un assez long temps. Le sou- 

1. Système que n'a pas critiqué M. .Iudeich, qui se borne à distinguer deux opinions essentielles sur la 
date de la mort d'Agésilas (p. 180) : celle qui place cet événement en 361/0, et celle qui préfère la date 358/7. 

2. Entre 360/59 et l'année de Chéronée (338/7), il y a. en effet, vingl-deiix ans, et non vingt-trois, comme 
le dit M. Cavaignac, p. 321, note 5. 

3. On doit préférer cette chronologie d'un contemporain à celle de Diodore, qui date de 402-400 la guerre 
d'Élide (XIV, 17). 

4. Cf. JuDEiCH, p. 182, note 1 : invasion Spartiate en Élide au printemps 399; cette invasion est interrom- 
pue par un tremblement de terre (été); la guerre recommence en automne, et la paix est conclue au prin- 
temps suivant. 



I 



LA GRÈCE ET l'ÉGYPTE DE 405 À 342/1 AV. j.-c. 235 

lèvement du Mendésien, le recrutement d'une forte armée de 100.000 hommes, les 
négociations entre le prétendant et Agésilas, le siège de la forteresse où Nectanebos a 
fini par se retirer, suivi d'Agésilas, la sortie victorieuse, la campagne assez mouve- 
mentée et prolongée qui s'ensuit et au cours de laquelle Agésilas manœuvre à son gré 
l'armée adverse, « tantôt simulant la fuite et se faisant poursuivre, tantôt évoluant de 
côté et d'autre », la victoire définitive, tous ces faits, exposés par Plutarque avec une 
assez grande précision (Agésilas, 38-39), ont pu remplir la fin de l'année 359 et « l'an- 
née de guerre 358 »; Agésilas a quitté l'Egypte au début de l'hiver 358/7, et il est mort 
peu après, ayant régné quarante et un ans'. 

Cette chronologie, si différente de la chronologie absolue de Diodore (date de 
362/1 la mort d'Agésilas : XV, 93, 6), est, au contraire, pleinement d'accord avec sa 
chronologie relative, beaucoup plus sûre. Diodore, en effet, situe nettement la mort de 
Mnémon avant celle d'Agésilas (XV, 93, 1 ; 93, 6). Or, Mnémon est mort au cours de 
l'année nov. 359-nov. 358 (cf. supra, § I), donc un certain temps avant le roi de Sparte, 
mort vers décembre 358 ou janvier 357. 

Une seconde difficulté, touchant la période postérieure au règne de Tachos, vise 
l'époque de la fuite de Nectanebos en Ethiopie. D'après la tradition manéthonienne la 
plus digne de foi, celle d'ApRiCANUS, Nectanebos II a régné dix-huit ans. En consé- 
quence, si l'on fait commencer son règne en 359 (théoriquement en novembre 360), on 
sera amené à lui assigner pour date finale l'année 341 (théoriquement novembre 342). 
Or, nous ne possédons aucune preuve formelle que la chute de Nectanebos II ait eu 
lieu cette année-là. Mais nous allons essayer de montrer, d'abord, que rien n'interdit 
absolument de situer cet événement au début de 341; ensuite que, même si Nectanebos 
a pris la fuite avant novembre 342, il est encore possible d'attribuer à son règne, con- 
formément au compte manéthonien, une durée théorique de dix-huit ans. 

Le seul récit qui prétende nous donner la date de cet événement, c'est celui de 
Diodore, qui assigne à l'année 350/49 l'expédition victorieuse d'Ochos et la fuite du 
dernier pharaon (XVI, 46, 1; 51, 1) : chronologie fausse, puisque, de toute façon, en 
346 le grand roi n'avait pas encore remis sous le joug la région du Nil. L'argument 
décisif qu'on fait ordinairement valoir contre la chronologie de Diodore, c'est la ma- 
nière dont s'exprime Isochate en 346 sur l'entreprise tentée par Ochos en Egypte, 
entreprise qui, après de grands préparatifs, échoua piteusement et aboutit à la retraite 
du roi [Phil., 101). Sans doute (cf. Wiedemann, pp. 265-267), on a cru pouvoir con- 



1. On remarquera que M. Judeicu, datant de 358/7 le départ d'Agésilas, tait ainsi séjourner le roi de 
Sparte en Egypte durant plus de trois années après la tuile de Tachos, événement qu'il situe en 361 (cf. supra, 
5j I). C'est là un délai visiblement excessif pour les laits qui viennent d'être analy.sés, et (jui ne paraissent pas 
avoir dépassé de beaucoup une année. On comprendrait mieux, dans le système de M. .Iudeich, qu'il datât 
de l'hiver 360/59 (soit d'une année ou d'une année et demie après la chute de Tachos) le départ d'.Afrésilas. 



236 



PAUL CLOCHE 



tester la conclusion qui se dégage d'un tel texte sur l'impossibilité de dater de 350/49 la 
reconquête de l'Egypte : dans ce passage d'IsocRATE, a-t-on dit, la puissance perse 
doit avoir été représentée aux auditeurs (qu'il s'agissait d'encourager contre le roi) 
comme aussi faible que possible; Isocrate a donc parlé des déboires d'Ochos et a 
passé sous silence l'issue victorieuse de son entreprise contre le pharaon. Mais comment 
admettre que, si l'Egypte est alors, depuis trois ans, retombée sous la main du despote, 
le rappel des échecs antérieurement subis par Ochos puisse exercer la moindre in- 
fluence sur l'esprit du public? Comment admettre qu'IsocRATE s'exprime si nettement 
sur la disparition des craintes qui avaient assailli les Égyptiens à l'idée d'une expédi- 
tion du grand roi (vùv S' o5to; àitriXXa^Ev aÙToù? toû Slouç toutou : Phil., 101)? 

En dehors du texte de Diodore, nous possédons diverses indications, qui, sans 
dater directement et avec précision la reconquête de l'Egypte, nous autorisent du 
moins à la situer en 341. C'est d'abord le passage du Panât hénaïque d'IsocRATE qui 
nous montre qu'en 339 (date du discours) l'expédition d'Ochos, à laquelle participèrent 
des contingents argiens et thébains (cf. Diod., XVI, 44, 2), avait abouti à la soumis- 
sion de l'Egypte [Panatli., 159). La date de cçtte affirmation peut même cadrer avec 
le système qui recule jusqu'en 340/39 la reconquête du pays par Ochos (cf. Bôckh, 
Manetho, pp. 128-129, etFHG., II, p. 606; Prasek, p. 227). A fortiori, permet-elle 
de placer cet événement en 341. 

Ensuite, c'est une indication de la lettre de Philippe aux Athéniens (340/39 : date 
donnée par Denys d'Halicarnasse, ad Amm., I, 11). Cette lettre nous est parvenue 
dans les oeuvres de Démosthène (Ps.-Démosth., XII)'. Elle signale comme un fait 
accompli la conquête de l'Egypte par le grand roi (npô (^ùv ^àp toû X^geiv aùxàv (le roi) 
AiyuTZ'zo-j xa! *oivixrjv Èi)/ifi!j>((Ta<x8e... : XII, 6). Ainsi, vcrs l'année 340/39, l'Egypte avait déjà 
succombé. Une telle constatation est gênante pour le système Bôckh, nullement pour 
le nôtre. 

Plus précise est la conclusion chronologique qui se dégage du discours X de Dé- 
mosthène, la / V® Philippique, datée de 341/0 par Denys d'Halicarnasse {ad Amm., 
I, 10)'. Démcsthène y rappelle que le confident de tous les projets du Macédonien 

1. Ce n'est pas le document original que nous possédons, mais un remaniement opéré par .Anaximénès, de 
l'histoire duquel il a été tiré (cf. Foucart, Les Athéniens dans la Chersoncse de Thrace, p. 37). Du moins le 
morceau est-il d'un homme généralement bien informé, de l'aveu même des critiques qui ont combattu l'au- 
thenticité; les procédés de style sentent quelque peu la rhétorique; mais Philippe employait parfois des rhé- 
teurs dans sa chancellerie. Cf. Weil, Démosthène. les Harangues, pp. 402-404. 

2. L'authenticité de cette harangue a été souvent contestée (cf. Weil, Démosthène, les Harangues, 
pp. 356-365), et les partisans de l'authenticité, comme Weil, doivent reconnaître l'étrangeté du passage dans 
lequel l'auteur, contrairement à toutes les idées formulées ordinairement par Démosthène, — et notamment 
dans le discours sur la Chérsonèsc, de très peu antérieur à la / V" Philippique : 342/1, — soutient l'utilité de dis- 
tributions d'argent aux citoyens (X, 35-45). Mais il peut s'agir ici, soit (si le morceau est authentique) d'une 
concession indispensable et temporaire, soit d'un morceau égaré dans les papiers de Démosthène. M. Fou- 



LA GRÈCE ET l'ÉGYPTE DE 405 À 342/1 AV. J.-C. 237 

contre le grand roi avait été arraché à son pays et expédié à Suse auprès d'Ochos (X, 
32). Le personnage dont il est ici question est Hermias d'Atarnée, qui n'est pas nommé; 
on estime généralement que c'est de lui qu'il s'agissait, d'après l'explication du sco- 
liaste de Démosthène (IV^ Phil., 134, 5, p. 139, 16 : parle de l'eunuque Hermias, 
maître d'Atarnée, que le roi a fait enlever à son paj's, ayant appris qu'il complotait 
avec Philippe contre le pouvoir royal) ; c'est d'ailleurs le seul événement saillant de 
l'époque auquel puisse se rapporter le passage de Démosthène. L'événement s'était 
passé tout récemment, comme l'a montré M. Foucart {Étude sur Didymos, pp. 36- 
41) : le sort d'Hermias, qui venait d'être arraché à son pays, était « encore incertain « ; 
« il n'avait pas encore eu le temps d'arriver » à Suse: ses révélations, sur lesquelles on 
comptait, ne s'étaient pas encore produites; d'où l'emploi par Démosthène du verbe 

à/.ojffetai (-iïa; -ri; -pà;s'.î Saj'.XôJç ojy i^'j-w-i /.iTT.YopojvTwv àzo JTïTa; : X, 32) . 

Donc l'événement précède de très peu de temps l'année 341/0, qui est celle du dis- 
cours, et plus exactement le deuxième semestre de 341 (cf. Weil, Les Haranguet<, 
p. 355; Kahrstedt, p. 11 : date le discours de la fin de l'été 341). Or, comme le 
montre clairement l'enchaînement du récit de Diodore (XVI, 51-52), la chute d'Her- 
mias a suivi de très peu la reconquête de l'Egypte, due à l'habileté de ce même Mentor 
de Rhodes qui s'empara par ruse du tyran d'Atarnée. L'Egypte une fois soumise. 
Mentor, investi de la pleine confiance royale, a dirigé ses premières entreprises contre 
Hermias [iTzoT.-t-jz'x-.o 8' et:! ttowiov 'Epjj.î!av Tôv 'AiapvÉtov Tjpavvov : Xvl, o2, 5). llu con- 
séquence, on est autorisé à établir la chronologie suivante : enlèvement d'Hermias 
vers la fin du printemps ou le début de l'été 341 (le fait étant fort peu antérieur à la 
harangue de Démosthène, qui date vraisemblablement de la fin de l'été); écrasement 
de l'Egypte dans les tout premiers mois de 341, ou encore en décembre 342 (fin de 
l'hiver ou début du printemps). Ainsi, le règne de Nectanebos H, commencé (théori- 
quement) en novembre 360, s'achèverait (théoriquement) en novembre 342, après une 
durée de dix-huit ans : notre système serait pleinement d'accord avec la tradition ma- 
néthonienne'. 

CART (Étude sur Didymos, pp. 36, 41-42) a démontré l'authenticité de la harangue, en utilisant notamment la 
précision du passage sur Hermias d'.\tarnée, dont les révélations n'ont pas encore eu le temps de se produire 
|X, 32) : nuance qu'un faussaire, fabriquant le morceau quelques années plus tard, n'aurait pas songé à noter. 

1. M. Kahrstedt. trois ans après le travail de M. Foucart, considère également comme tout récent 
l'enlèvement d Hermias, ici mentionné (pp. 11 et suiv.i. Il s'attache principalement à réfuter l'opinion d'après 
laquelle la chute d'Hermias daterait déjà de 345/4 (cf. BERGK-ScH.iFEB, Rh. Mus., XX.WII, pp. 360-3611. 
Cette opinion repose sur le fait suivant : Denys dHalicaiinasse {ad Amm., 728, 4) montre Aristote se rendant 
à la cour d'Hermias eu 348 7 et, après y être resté trois ans. quittant .\tarnée pour Mytilène en 345 4. On a 
pensé qu'Aristote avait quitté Hermias par suite de la catastrophe qui avait frappé le tyran. Mais le passage 
de Denvs ne dit rien de tel et ne laisse rien entendre qui puisse autoriser semblable hypothèse. Et quelle est 
l'autorité du texte de Strabon (XHI, p. 610|, d'après lequel .Aristote s'enfuit devant l'ennemi perse'? M. Kahr- 
stedt (pp. 20 et suiv.) estime que la légende de la fuite d'.Atistote est née des faits suivants : il avait épousé 
la nièce d'Hermias et fait élever à celui-ci un monument après sa mort. 

2. Le système Kahrstedt, qui date de l'été 342 la fin de 1 indépendance égyptienne pp. 14 et suiv.. 23 



238 PAUL CLOCHÉ 



Il résulte également de divers fragments des Philippiques de Théopompe que la 
chute d'Hermias doit s'intercaler entre le printemps 342 et l'automne 340'. Cet épisode, 
Théopompe le racontait dans son livre 46 (cf. Didyme, col. IV, 66 et suiv.); or, le 
livre 44 s'achevait sur les événements de la fin de l'année 343; le livre 45 traitait de 
l'organisation de la Thessalie; les livres 46-47 débutaient par l'histoire de la guerre de 
Thrace, commencée au printemps 342, et le livre 47 s'occupait notamment du blocus 
de Byzance, qui est de l'automne 340. La chute, d'Hermias, racontée au livre 46, est 
donc postérieure au printemps 342 et antérieure à l'automne 340 : ce qui contribue 
également à discréditer : 1" le système Bôckh, datant de 340/39 la chute de l'Egypte, 
antérieure à la capture d'Hermias, qui, elle-même, a précédé le siège de Byzance; 2" le 
système Judeich, qui place au printemps 343 la reconquête de l'Egypte, de très peu 
antérieure à la chute d'Hermias, laquelle n'a lieu qu'après le printemps 342. Au con- 
traire, le plan et la chronologie probable de l'ouvrage de Théopompe nous autorisent 
à dater soit de 342 (système Kahrstedt), soit de 341, la double catastrophe de Necta- 
nebos et d'Hermias*. 

De même, on voit qu'ANAXiMÉNÈs terminait sou livre VII sur les combats de By- 
zance (deuxième semestre de 340; son livre IV racontait l'expédition de l'Halonèse 
(printemps 342); le livre VI, qui s'occupait d'Hermias (cf. Didyme, col. VI, 60 et suiv.), 
doit donc se rapporter à l'intervalle compris entre le printemps 342 et l'automne 340. 
Bref, il y a accord très net entre Anaximénès et Théopompe pour dater l'affaire d'A- 
tarnée d'une époque antérieure à l'année 340/39; les fragments qui nous restent de ces 
auteurs nous laissent donc toute latitude de dater de décembre 342 ou du début de 341 

et suiv., 84, 138), cadre également avec la date probable de la chute d'Hermias, que M. Kahrstedt situe en 
342/1, vers la fin de 342. Le système Judeich, qui place la fuite de N'ectanebos et la prise de l'Egypte au début 
de 343 (pp. 146, 178. 343), laisse ainsi deux années d'intervalle entre la reconquête de l'Egypte et la /V« Phi- 
lippigue : délai bien considérable, si l'enlèvement d'Hermias (qui s'y trouve compris) est à la fois très peu 
postérieur à la victoire de Mentor en Egypte et très peu antérieur au discours de Démosthène. A plus forte 
raison, doit-on rejeter les théories qui datent de 345 la chute de Nectanebos (cf. Unger, Chronologie des Ma- 
netho, pp. 324 et suiv.; Bergk-Schâper, Rh. Mus., XXXVII, pp. 359 et suiv.; Schâfer, 1\ pp. 483-484). 
Tout il l'opposé, le système de Bôokh s'effondre également, puisqu'il date de 340 au plus tôt la reconquête de 
l'Egypte : or, ce fait a précédé l'enlèvement d'Hermias, et cet enlèvement n'a pu survenir plus tard que l'été 
341. 

1. Cf. Kahiistedt. pp. 12-13. Les conclusions qui vont suivre sont, comme on le verra, un peu moins ri- 
goureuses que celles qui découlent du texte et de la date de la IV' Pkilippique : elles permettraient, en effet, 
de dater la chute d'Hermias de la fin de 341 ou du premier semestre de 340 au plus tard. Elles suffisent, ce- 
pendant : 1° pour autoriser nos conclusions (fin du règne de Nectanebos en 341); 2° pour infirmer celles de 
BôCKH (reconquête de l'Egypte en 340/39) et celles de M. Judeich, qui situe le même événement dans le pre- 
mier semestre de 343. 

2. M. Kahrstedt (p. 14, note 29) voit son argumentation confirmée par le fragment 211 de l'édition ox- 
fordienne des Helléniques d'Oxyrhynchos, fragment relatif au livre 47 des Philippiques de Théopompe, et qui 
s'occupe notamment de l'attaque de Philippe contre Périnthe : or, cet événement est du second semestre de 
340. Le livre 47 traitant ainsi des faits de l'année 340, le livre 46, immédiatement antérieur, qui expose la ca- 
tastrophe d'Hermias, ne peut se rapporter à une époque très sensiblement antérieure. 



LA GRÈCE ET l'ÉGYPTE DE 405 À 342/1 AV. J.-C. 239 

l'effondrement de l'indépendance égyptienne. Ils infirment les systèmes de Bôckh et de 
M. JuDEiCH et ne confirment pas absolument celui de M. Kahrstedt (fuite de Necta- 
nebos en 342 (été), capture d'Hermias à la fin de 342 ou tout au début de 341). 

Enfin, même si l'on devait dater d'une époque antérieure à novembre 342 la re- 
conquête de l'Egypte, il n'y aurait pas encore là de quoi briser toute possibilité d'ac- 
cord entre notre système et le compte manéthonien : nous pourrions toujours attribuer 
au règne de Nectanebos II une durée de dix-huit années, en le faisant commencer en 
359 (théoriquement novembre 360) et prendre fin, théoriquement, en novembre 342 
(au lieu de nous conformer à l'habitude égyptienne, qui ne compte pas aux rois leur 
dernière année, inachevée, et de placer ainsi en novembre 343 la fin théorique du rè- 
gne)'. Pareille manière de procéder serait incorrecte si Nectanebos II avait laissé le 
trône aux mains d"un prince indigène : s'il en était ainsi, il n'y aurait nulle raison de 
lui compter son année inachevée (nov. 343-nov. 342), qui devrait normalement revenir 
à son successeur. Mais tel n'est pas le cas. Nectanebos II a dû abandonner le pouvoir 
à un conquérant, à un despote étranger, qui allait faire peser sur les vaincus une ty- 
rannie des plus lourdes. Dès lors, il ne faudrait pas s'étonner que la tradition natio- 
nale, la tradition du clergé égyptien, qui avait vu précisément ses temples ravagés par 
la rapacité d'Ochos (Diod., XVI, 51, 2), ait laissé au règne de Nectanebos II, si ce 
souverain a été détrôné avant novembre 342, la totalité de l'année nov. 343-nov. 342. 

Mais — répétons-le — rien n'oblige absolument, en l'état actuel des textes, à dater 
de 342 plutôt que du début de 341 la chute du dernier pharaon. Bref, notre système 
ne se heurte vraiment, sur ce terrain, à nulle insoluble difficulté. 

Restent les deux indications concordantes d'AFRiCANUs et d'EusÈBE sur la con- 
quête de l'Egypte par Ochos au cours de la vingtième année du règne de ce prince; 
d'après Africanus, Ochos va régner deux ans sur l'Egypte; d'après Eusèbe, six ans 
(cf. FHG., II, pp. 597-598). Ochos ayant régné (théoriquement) de novembre 359 à 
novembre 338, sa vingtième année de règne s'écoule de novembre 340 à novembre 339 : 
c'est dans cet intervalle que, d'après Africanus et Eusèbe, l'Egypte aurait succombé. 
Seul, Bôckh a essayé de maintenir cette chronologie, qui peut, à la grande rigueur, 
concorder avec les témoignages du Panathénaîque et de la lettre de Philippe aux 
Athéniens, mais que détruisent sans rémission les indications concordantes delà /T'" 
Philippique et des fragments de Théopompe et d'ANAXiMÉNÈs qu'on vient d'analyser'. 

1. C'est ce que fait M. Kahhstedt, pp. 14, 23, etc. 

2. Bôckh, Manet/w. pp. 130-131, 171, a essayé de résoudre les difficultés auxquelles il se heurtait par la 
combinaison suivante : Nectunebos II a été détrôné bien avant novembre 340, donc au cours de sa dix-hui- 
tième année de règne (correspondant à la dix-neuvième année du règne d'Ochos); la tradition manéthonienne 
lui a cependant compté intégralement dix-huit ans de règne (nov. 358- nov. 340), et elle a relégué en novem- 
bre 340-nov. 339 (vingtième année d'Ochos) la reconquête de l'Egypte. On peut, en effet, admettre que la tra- 
dition nationale a modiBé, au bénéfice du dernier des pharaons, la manière ordinaire de compter (cf. supra. 



240 PAUL CLOCHÉ 



Les allégations (I'Africanus et d'EusÈBE, dont il n'est pas sur qu'elles provien- 
nent de Manétho (cf. Unger, p. 344; Meyer, Forschungen, II, p. 491), sont donc 
d'une flagrante inexactitude. On en a généralement expliqué l'origine de la façon sui- 
vante' (cf. Bergk-Schâfer, Rh. Mus., XXXVII, p. 353; Judeich. pp. 149-150, 178; 
Kahrstedt, pp. 9-10; C.waignac, p. 401) : si la conquête de l'Egypte est nettement 
antérieure à Tannée 340-339, Nectanebos a gardé en Ethiopie, jusqu'à sa mort, l'atti- 
tude d'un protestataire; sa mort a dû survenir au cours de l'année 339, la vingtième 
du règne d'Ochos, et c'est alors seulement que, le trône étant régulièrement vacant, 
l'usurpateur étranger devient vraiment roi d'Egypte. Il le restera deux ans, comme 
l'indique très correctement Africanus, jusqu'à sa mort (339-337, nov. 340-nov. 338)'. 

C'est là, en effet, un moyen d'expliquer l'écart évident et singulier qui sépare sur 
(;e point la chronologie d' Africanus et les données très sûres situant bien avant la 
vingtième année du règne d'Ochos la fin de l'indépendance égyptienne. Mais il se peut 
aussi qu'il faille attribuer la donnée d'APRiCANUs à une simple erreur, de la même 
nature que celles qui vicient la chronologie d'EusÈBE, quoique beaucoup moins lourde. 
Que de telles erreurs soient possibles, c'est ce qu'indique clairement l'inexactitude com- 
mise par Africanus touchant la longueur du règne d'Arsès, règne auqiîel il attribue 
une durée de trois ans, contrairement à l'indication du Canon astronomique (deux ans 
de règne : cf. la note précédente). D'autre part, il n'est pas rigoureusement certain 
que Nectanebos, réfugié en Ethiopie, n'ait pas abandonné toute prétention à la cou- 
ronne : le récit de Diodore laisse même entendre le contraire, et que la fuite du pha- 

riiypothèse analogue que nous avons formulée à ce sujet). Mais il n'est pas certain, d'abord, que l'indication 
sur l'époque de la conquête d'Ochos provienne de Manétho (cf. in/ra); de plus, l'hypothèse datant de 340 la 
soumission de l'Egypte se heurte au témoignage formel du contemporain Démosthène sur l'aBaire d'Atarnée, 
affaire postérieure à la chute de Nectanebos II et antérieure d'au moins plusieurs mois à l'année 340. 

1. Du moins en ce qui concerne l'assertion d'AFRiCANUs : pour la critique de la chronologie d'EusÈBB 
(Ochos régnant sur l'Egypte pendant six ans|, cf. la note suivante. 

2. L'assertion d'EusÈBE sur les six ans de règne « égyptien » d'Ochos est en pleine contradiction avec l'in- 
dication du même auteur datant la conquête de la vingtième année d'Ochos; mais, dit M. Judeich (p. 148), 
tout s'explique ainsi : si Ochos commence à gouverner l'Egypte en droit au cours de sa vingtième année de 
règne (339), en/ait il est resté pendant six ans le maître de ce pays, dont il s'est emparé en 343 (343-337, nov. 
344-nov. 338). Indépendamment de toute discussion sur l'ensemble du système .Iudeich, nous noterons seule- 

\ ment ceci : l'erreur d'EusÈBE sur la durée du règne égyptien d'Ochos paraît tout simplement du même ordre 
que les erreurs non moins grossières qui lui font attribuer quatre ans de règne au successeur d'Ochos, Arsès, 
lequel a régné deux ans (nov. 338-nov. 336), et six ans de règne égyptien à Darius Codoman, qui a gouverné 
l'Egypte pendant quatre ans (nov. 336- nov. 332). 

M. Judeich formule aussi Thypothèse suivante : de même que Manétho a proposé deux dates (343 et 339) 
pour la fin du règne de Nectanebos II, de même il a pu proposer deux dates pour le commencement de ce 
règne : 361, qui correspond à un règne finissant en 343 et commençant à la chute de Tachos; 358/7. qui cor- 
respond à un règne terminé en 340/39 et débutant au départ d'.\gésilas : c'est la victoire décisive sur le Men- 
désien. en eSet, qui consolida définitivement le pouvoir de Nectanebos. Mais quelle raison la tradition mané- 
ihonienne pouvait-elle donc avoir de compter ainsi et de ne pas laisser à Nectanebos la totalité de son règne à 
partir de la chute de Tachos ? 



LA GRÈCE ET l'ÉGYPTE DE 405 À 342/1 AV. J.-C. 241 

raon eut des allures d'abdication (àitoYvo'j; ojv •lv; paaO.stxv... l'tpjYsv eU -v' AîB'.oTitav : 
XVI, 51, 1). Bref, si aucun argument décisif ne peut être produit contre l'ingénieuse 
hypothèse signalée plus haut', il n'est pas permis de s'y ranger sans réserve. 

En définitive, nous croyons pouvoir proposer le système suivant : Amyrtée, six 
ans, 405-399, nov. 406-nov. 400; Néphéritès I", six ans, 399-393, nov. 400-nov. 394; 
Akôris, treize ans, 393-380, nov. 394-nov. 381 ; Psammuthis, un an, 380-379, nov. 381- 
nov. 380; Néphéritès II, quatre mois, 379; Nectanebos P', dix-huit ans, 379-361, nov. 
380-nov. 362; Tachos, deux ans, 361-359, nov. 362-nov. 360; Nectanebos II, dix-huit 
ans, 359-341 (ou 342), nov. 360-nov. 342. 

A l'intérieur de certains des règnes ainsi délimités, il nous reste à examiner les 
dates qu'il convient d'assigner à tels et tels événements de chronologie incertaine et 
discutée. Ces événements sont : 1° l'expédition menée par Iphicratès et Pharnabazos 
contre l'Egypte sous le règne de Nectanebos l"; 2" la tentative malheureuse dirigée 
par Ochos contre Nectanebos II, tentative à laquelle fait allusion Démosthène dans 
son discours XV (pour- la Ubei-té des Rhodiens); 3° la guerre finale et victorieuse 
d'Ochos contre l'Egypte : guerre dont nous croyons savoir, par nos conclusions géné- 
rales, qu'elle a pris fin en 341 (ou 342), mais dont il importe de déterminer la date de 
début, la chronologie relative et la durée probable. 



V 

L'expédition perso-grecque en Egypte sous Nectanebos I"' (374). 

La guerre faite à l'Egypte sous Nectanebos I"'' avait été préparée pendant plusieurs 

années par les généraux d'ArtaxerxèS II (Ë^Tj 3; TiXedo toO «JJapvaêà^ou )tai:avr,)>(.r/.OT;o? -Ktpl là; Ttapa- 

ay.s!J2<; : DiOD., XV, 41, 2). L'expédition elle-même date à coup sûr de 374 ou 373, comme 
on va le montrer. Diodore la place sous l'archontat de Socratidès (374/3 : XV, 41, 1); 
il la fait commencer «au début du eépo;; » (saison de guerre ou été proprement dit). 
Cette indication exclut toute possibilité d'interprétation rigoureuse de la date fournie 
par Diodore, 374/3 : si l'expédition, qui s'est prolongée jusqu'au cœur de l'été (cf. 
infra, p. 244), a commencé seulement en 373, la date 374/3 n'est évidemment pas d'une 
parfaite exactitude, puisque, dans cette hypothèse, l'année 373/2 aurait été entamée; 
et si la guerre a commencé en 374, soit au début de la bonne saison (avril), soit au 
début de l'été (juin), son commencement est au moins légèrement antérieur à l'année 
374/3. 

1. Et que M. Kahrstedt |p. 10) rend plus ingénieuse encore en signalant la différence qui sépare le texte 
d'EosÈBE du texte d'AFRiOANUs ; Eusèbe dit qu'Ochos s'empara de l'Egypte (xpirsi) en sa vingtième année de 
règne : c'est une erreur; Africanus, plus fidèle à la tradition mauéthonienne, écrit plus justement qu'Ochos 

Repue égyptologique, I. 31 



242 PAUL CLOCHÉ 



Du moins peut-on dire que Diodore a fait preuve ici d'une exactitude approxi- 
mative, en raison de la circonstance suivante. Peu de temps après être revenu de son 
expédition, comme l'indique formellement Diodore (,uôt' ôXf-c^v ;^p;vov : XV, 43, 6), 
Iphicratès se vit élever à la stratégie par ses concitoyens. Or, ce commandement, sans 
être probablement identique à celui qu'Iphicratès exercera en 372 dans la lutte pour 
Corcyre (cf. infra), en est du moins tout à fait voisin, comme le montre la suite même 
du récit de Diodore, plaçant ces affaires de. Corcyre vers la même époque que l'expé- 
dition d'Egypte (XV, 47, 1 : même archontat). D'autre part, sur la date même de 
cette guerre de Corcyre, nous sommes édifiés avec une assez grande précision par le 
discours contre Tiinotheos (Ps.-Démosth., 49). D'après ce document (49, 6), le stra- 
tège Timotheos, chargé de délivrer Corcyre, avait quitté le Pirée au mois de Muny- 
chion de l'archontat de Socratidès (avril 373). Mais Timotheos avait perdu un temps 
précieux; on l'avait rappelé, et, au mois de Maimaktérion de l'archontat suivant (no- 
vembre 373), il avait comparu devant le dikasterion (Ps.-Démosth., 49, 9-10, 22). 
Parmi ses accusateurs, soit avant son rappel, soit au cours du procès devant l'Héliée, 
avait figuré Iphicratès {^na-i.v.ti o aj^à.... ■itpt/.pàTT;!; : 49, 9), le même Iphicratès qui de- 
vait être chargé de débloquer Corcyre après la disgrâce de Timotheos (Xén., HelL, 
VI, H, 13). Iphicratès se trouvait donc à Athènes au plus tard vers octobre-novembre 
373. En conséquence, son expédition d'Egypte (aux environs de laquelle, sans plus 
préciser, Diodore place la guerre de Corcyre : cf. supra) date de 374 ou 373. En 372, 
cette expédition est nécessairement terminée, puisqu'Iphicratès se trouvait à Athènes 
vers la fin de l'année précédente; et elle n'a certainement pas eu lieu en 375 : sinon, 
comme elle a rempli approximativement une saison de guerre', Iphicratès serait re- 
venu en Attique avant l'année 374, et le commandement naval qu'il reçut peu après 
son retour' (Diod., XV, 46, 3 : cf. supra) devrait être complètement séparé du groupe 
de faits que Diodore rassemble en l'année archontale 374/3 : il n'y a nulle raison de 
dissocier ce groupement. 

Peut-on préciser davantage et se prononcer nettement pour l'une des deux an- 
nées 374 ou 373'? Il n'y a pas de raisons décisives pour l'une ou pour l'autre date : 
nous croyons seulement qu'on peut tenir pour plus probable la date 374. 

«régna» sur l'Egypte fiëao-iXîUTEv) au cours de sa vingtième anoée : et, en effet, du point de vue purement 
égyptien et national, il n'a été vraiment roi qu'à partir de 340-339. 

1. Commencée au début du 6£po;, elle s'est poursuivie sans interruption jusqu'à ce que l'inondation an- 
nuelle du Nil, par sa force grandissante, eut obligé l'armée gréco-perse à rentrer eu Syrie; elle y campait 
encore quand Iphicratès la quitta pour regagner l'Attique (Diod., XV, 43, 3-4). 

2. Et qui daterait ainsi du printemps 374. 

3. M. JuDEicH (pp. 162-163, 323-329) choisit la date 374 : Iphicratès revint à Athènes à la fin de 374, fut élu 
stratège au printemps 373 et participa au procès de novembre comme accusateur de Timotheos (il n'a pu, 
d'ailleurs, produire une accusation documentée que s'il avait été le collègue de l'accusé à la stratégie de 373). 
M. Prasek (p. 210) situe également en 374 l'expédition d'Egypte. M. Kaiirstedt paraît se prononcer d'abord 



LA GRÈCE ET l'ÉGYPTE DE 405 À 342/1 AV. J.-C. 243 

On pourrait être tenté d'abord de résoudre la question en situant en pleine « année 
de guerre » 373 le remplacement de Timotheos par Iphicratès à la tête de l'expédition 
de Corcyre (cf. Xén., /7e//., VI, ii, 13) : ce qui aurait pour conséquence de rejeter né- 
cessairement en 374 les combats d'Egypte'. Mais cette hypothèse parait peu soute- 
nable. En effet, pour que les Athéniens, irrités des lenteurs de Timotheos, se soient 
décidés à le rappeler, il faut que l'année de guerre ait été déjà assez avancée pour en- 
lever à Athènes toute sérieuse possibilité d'action efficace avant la mauvaise saison : 
c'est que l'on était déjà probablement vers la fin de l'été (août-septembre 373). Dès 
lors, il n'y avait pas intérêt à remplacer immédiatement Timotheos par Iphicratès'. 
D'autre part, le procès n'a eu lieu qu'en novembre, et on ne voit pas pourquoi un inter- 
valle très considérable, dépa.ssant un à deux mois, se serait écoulé entre le rappel du 
général et son procès. Sans doute, Timotheos (cf. Grote, XIV, p. 313, note 1) pouvait 
avoir intérêt à un ajournement prolongé; mais ce n'est pas de lui que dépendait la mise 
en jugement. Bref, le rappel de l'accusé n'a pu précéder de beaucoup à la fois le procès 
et l'arrêt de la saison de guerre, qui précisément se trouvent à peu près coïncider (no- 
vembre); et ainsi Iphicratès n'a pas dû succéder immédiatement à Timotheos, mais 
recevoir la direction de la flotte seulement à la veille de la nouvelle saison de guerre, 
vers mars 372. 

Mais si l'on doit écarter l'argument qui découle de la chronologie proposée par 
Grote, il n'en existe pas moins des motifs de préférer la date 374 à la date 373. 
D'abord, si Iphicratès est revenu d'Egypte à la fin de 374, il a eu certainement tout le 
temps de prendre part aux intrigues dirigées contre Timotheos, vers la fin de l'été ou 

pour la date 374 (p. 4-5) : Iphicratès, dit-il, a remplacé Timotheos à la tête de l'expédition de Corcyre : ou il 
était déjà stratège, et il se bornait à remplacer son collègue, et, en ce cas, c'est que la stratégie lui avait été 
régulièrement conférée au printemps 373; ou il ne fut élu stratège qu'une fois Timotheos destitué, c'est-à-dire 
vers l'automne 373 : en ce cas, il aurait été encore en .373 au service des Perses. Plus loin (p. 15), M. Kahr- 
STEDT date nettement de 373 la campagne d Iphicratès en Egypte. M. Cavaignac ne se prononce pas : « la 
campagne d'Egypte peut tomber en 374 ou en 373 « (p. 303, note 4); « au commencement de l'an 374 ou 373, 
l'expédition fut prête n |p. 320) ; et plus bas (p. 320, note 2) : « Diodoke, X'V, 41-44, raconte l'expédition en l'an- 
née 374-373, soit en 373 i>; le grand roi, en effet, devait d'abord faire régner la paix entre Grecs, en 374, pour 
pouvoir puiser dans le réservoir hellénique; mais « le seul point sûr est qu'Iphicrate était de retour à Athènes 
dans l'hiver 373-2 ». Maspero donne le.s deux dates différentes : « au printemps de 373 », l'expédition était 
prête (p. 756); v Pharnabaze ébranla ses colonnes en mai 374» (p. 757). Ces hésitations ou contradic- 
tions si fréquentes sont l'un des meilleurs indices qu'il est au moins très difficile d'arriver à une solution 
ferme. 

1. Cf. Grote, XIV, p. 312, note 1 : date de juin 373 environ les premières accusations lancées contre Ti- 
motheos, en route depuis avril; il est destitué, et Iphicratès le remplace aussitôt. Grote ne dit pas expressé- 
ment qu'Iphicratès, « récemment revenu d'Egypte » (p. 306), avait fait campagne dans ce pays en 374; mais 
cette date résulte de l'époque qu'il assigne au remplacement de Timotheos par Iphicratès. 

2. L'expression de Xénophon (Ttaûcravie; a-jrbv — Timotheos — -tri; orpaTïiv'âç 'Içiy-pàtriv ivBaipoivi-ai, Hell., 
Vy, II, 13) ne dit pas formellement qu'Iphicratès ait succédé sans délai à Timotheos (à plus forte raison, si 
Xénophon veut parler du procès, qui confirma la destitution, et qui est de novembre 373, et non du simple 
rappel de Timotheos). 



244 PAUL CLOCHÉ 



le début de l'automne 373, a fortiori àe l'accuser au procès de novembre; et il a eu éga- 
lement tout loisir d'être élu stratège au printemps 373, c'est-à-dire « peu après » son 
retour à Athènes (Diod., XV, 43, 6)'. Au contraire, si la campagne d'Egypte a eu lieu 
en 373, il faut, pour qu'Iphicratès ait été présent au procès de novembre, qu'il soit re- 
venu à Athènes la même année, au plus tard vers la fin d'octobre. Assurément, une 
telle supposition est loin d'être improbable; l'armée perso-grecque a pu quitter l'Egypte 
vers la fin d'août ou le début de septembre (l'inondation était déjà fort avancée, comme 
il résulte du texte de Diodore, XV, 43, 4; mais il est clair qu'on n'a pas attendu, pour 
reculer, sa phase la plus prononcée, c'est-à-dire la fin de septembre) ; si la retraite n'a 
pas été trop lente et si les démêlés d'Iphicratès avec Pharnabazos dans les camps de 
Syrie n'ont pas été trop prolongés, le chef athénien a pu quitter l'Asie vers la fin de 
septembre ou le début d'octobre. Mais ce n'est là qu'une forte probabilité, tandis que, 
si l'on adopte la date 374, il y a certitude absolue qu'Iphicratès a eu le temps matériel 
de revenir pour le procès de Timotheos. 

A la circonstance que nous venons d'indiquer se rattache une raison très nette de 
préférer la date 374. De toute façon, si la campagne d'Egypte s'est déroulée en 373, 
Iphicratès ne peut être revenu en Attique bien longtemps avant le procès : cinq à six 
semaines au maximum se sont écoulées entre son départ de Syrie et les débats de 
l'Héliée. Dans ces conditions (et surtout étant donné qu'il revenait après plusieurs an- 
nées d'absence), avait-il bien l'autorité nécessaire pour se joindre aux accusateurs? Au 
procès de novembre n'eùt-il pas fait quelque peu figure d'intrus? Et cela, sans une 
impérieuse nécessité, puisque déjà Callistratos accusait, et très àprement, le rival qu'il 
fallait abattre. Il est peut-être exagéré de prétendre (cf. Judeich, p. 162) que, pour 
faire un accusateur documenté, Iphicratès avait dû forcément participer à la gestion 
de la stratégie en 373 : une telle circonstance pouvait ajouter du poids aux attaques 
contre Timotheos; mais, à défaut de l'e.xercice du commandement, la présence d'Iphi- 
cratès à Athènes depuis le début de l'expédition de Timotheos parait du moins avoir 
été nécessaire à l'efficacité, à la raison d'être même de ses accusations. 

Nous croyons donc pouvoir préférer la date 374 à la date 373'." On peut se repré- 
senter très normalement la suite des faits de la manière suivante : Iphicratès est revenu 
de Syrie dans l'automne 374 (vers octobre ou peut-être plus tard}; l'ambassade perse 

1. Cette élection n'en fait pas le successeur, mais le collègue de Timotheos : les termes dont se sert Dio- 
dore. qui parle d'un simple commandement naval (^rpaTriVÔv... âm to vajTiy.ôv), peuvent très bien s'appliquer à 
un cas de ce genre. 11 y avait, en dehors de la grande flotte destinée à opérer vers Corcyre, des navires postés 
près de l'Attique (cf. Hall.. VI, ii, 14; au commandement desquels Iphicratès a pu être préposé. 

2. Sans qu'on puisse d'ailleurs rejeter sans réserve cette dernière date : il est très possible, en effet, 
qu'Iphicratès soit revenu à temps de Syrie (vers la fin de septembre ou la mi-octobre'' pour assister au procès 
de Maimaktérion 373; il n'est pas impossible, quoique très peu probable, qu'il ait eu assez d'audace pour se 
joindre, très tardivement, aux accusateurs de Timotheos. Mais il y a en faveur de la date 374 une probabilité 
supérieure : c'est tout ce qu'il nous est permis de conclure. 



LA GRÈCE ET l'ÉGYPTE DE 40.") À 342/1 AV. J.-C. 245 

réclamant son châtiment est arrivée à la fin de l'automne ou en hiver, et « peu après », 
comme le dit Diodore, c'est-à-dire au printemps 373, les Athéniens ont confié à Iphi- 
cratès une part secondaire du commandement naval (la part prépondérante restant à 
Timotheos, chargé du déblocus de Corcyre). Cette combinaison pouvait avoir pour 
avantage de froisser moins durement l'orgueil de la Perse, qu'Athènes devait être sou- 
cieuse de ménager; mais Iphicratès a dû se résigner malaisément à un rôle effacé, et 
par là s'expliquerait l'âpreté des attaques qu'il a dirigées contre Timotheos'. La chute 
définitive de son rival en novembre 373 devait entraîner au printemps 372 le triomphe 
d'Iphicratès. Bref, c'est probablement en 374, c'est-à-dire dans la sixième année du 
règne de Nectanebos I*'' (nov. 375-nov. 374), que l'Egypte a victorieusement résisté à 
Pharnabazos. 

VI 

Les première et deuxième guerres d'Ochos contre l'Egypte (359 et 351). 

La chronologie des campagnes d'Ochos contre l'Egypte soulève également de dif- 
ficiles problèmes. D'après un texte bien connu, Ochos fit trois fois la guerre à l'Egypte 
(^gypto bellum ter intulit : Trog., prol., X). Selon Schâfer, I-, pp. 482-483, la pre- 
mière de ces guerres, commencée sous Artaxerxès II contre Tachos (èf. supra, § I), a 
été continuée sous Ochos contre Nectanebos II par les généraux perses et n'a mené à 
rien; la deuxième expédition a été dirigée par Ochos en 351/0 : c'est celle à laquelle 
fait allusion le discours XV de Démosthène, discours daté de 351/0 par Denys d'Ha- 
LiCARNASSE (ad Amm., I, 4); elle échoua. Enfin, la troisième expédition devait aboutir 
(en 345) à la soumission de l'Egypte. 

Mais cette chronologie est combattue par M. Judeich (pp. 170-178, 186-189, 334, 
338, 342, 343). Il admet aussi l'existence de trois guerres : la première, conduite par 
Ochos vers la fin du règne de Mnémon, cesse au début du règne de Nectanebos II, Ochos 
ayant été alors occupé en Asie ; la deuxième a lieu en 353 (date exacte du discours XV 

1. Attaques qui peuvent s'être produites à l'Eoclesia, avant le rappel de Timotheos (cf. Grote, XIV, 
p. 313, note 1), mais qui peuvent aussi n'avoir été lancées que devant l'Héliée. En tout cas, le paragraphe 9 
du discours contre Timotheos, sans nier le moins du monde qu'Iphicratès ait attaqué Timotheos à la tribune 
de l'assemblée populaire, paraît plutôt faire allusion à des accusations soutenues devant le tribunal (inetST) 
ô' àTC£/£tporovTj6y) aÈv -jv ij[i.à)V arpaTYiY'oç Sià to (J-tj TispiTcXs'j^jat risi.oTCÔvvTjTov, éizl xpttjst 6e 7rapESé6oTO £Î; xbv S-rifXOv 
aÎTi'a; ty^ç lieyidrr); Tu^ùv, ÈÇ£KJTr|XEt S' a'JTw Ka/.),i<jrpaTOç xai 'Içi/pitY];... oÛtm 8è ôiÉBeuav 0^5? xaTr)YopoOvT£; Toûiou 
aÙToi TE xa'i oi uuvayopEÙovTE; aOTOt; wtt' 'AvTJiAayov (jiv lajiiav ovra... xpt'vaviE; li tw SïÎ!J.(i) àitEXTEtvatE... : Hs.- 
DÉMosTH., 49, 9-10). De l'ensemble de ce passage il parait résulter que les attaques auxquelles fait allusion 
l'incidente èçEiorriXEi 6' a-JTM... sont postérieures au rappel de Timotheos, annoncé en premier lieu (èTteiSri 5' 
àTZBx^ipt-mTi^r)...] et à sa mise en jugement aff'ectk'e (âm xptTEt Se TtapESÉSoio si; tôv 6f,jiov). Le mécontente- 
ment créé dans le Dèraos par ces accusations d'Iphicratès et de Callistratos est signalé comme la cause directe 
et immédiate de la condamnation d'Antimachos, trésorier de Timotheos (o'jtw ôè ôiéOeo-oiv Opi»;... (ûo-t' 'Av-t'iia- 

/OV... àlTEXTECVarE). 



246 PAUL CLOCHÉ 



de Démosthène, comme M. Judeich s'efforce de le démontrer) sous la direction des 
généraux perses et aboutit à un échec; la troisième commence au printemps 346, et, 
après avoir subi un premier arrêt par suite de l'engloutissement d'une ^Dartie de l'armée 
perse dans les Barathra (cf. Diod., XVI, 46, 4-5), reprend au printemps 345 pour 
aboutir deux ans plus tard à la fuite de Nectanebos II (début de l'année 343 : cf. supra, 

S IV). 

M. Kahrstedt (pp. 23-25, 110, 114, 125) critique vivement cette chronologie. Il 
pense qu'il y eut, d'abord, en 351 une expédition dirigée personnellement par Ochos 
et qui échoua par l'engloutissement d'une fraction des troupes perses dans les Barathra 
(cf. supra); neuf ans plus tard, une nouvelle expédition provoquait la chute de Nec- 
tanebos II et la soumission de l'Egypte (342) '. 

Selon nous, on doit distinguer trois expéditions : la première, de portée nulle, fut 
menée par Ochos vers la fin du règne de Mnémon (en 359) ; la deuxième, également 
dirigée par Ochos, en 351/0, aboutit à un échec caractérisé : c'est celle à laquelle font 
allusion Démosthène, XV, 11-12; Diodore, XVI, 40, 3; 44, 1; 48, 1-2, et Isocrate, 
Phii, 101; la troisième, qui eut encore le grand roi pour chef, s'ouvrit, vers le début 
de l'année 342, par le dramatique épisode des Barathra, en dépit duquel les opérations 
se poursuivirent, et se termina, soit au commencement de l'année 341, soit en 342 (cf. 
supra, § IV), par la victoire décisive des Perses (cf. Diod., XVI, 40, 3; 44, 1 et suiv.; 
46, 4etsuiv.; 47-51). 

Sur l'expédition qui eut lieu vers la fin du règne de Mnémon (en 359, selon notre 
chronologie, qui date de cette année l'offensive de Tachos en Syrie), on possède une 
indication isolée, mais claire, et qu'il n'y a nulle raison de contester : « Ochos ayant 
fait campagne contre l'Egypte, alors que son père Artaxerxès vivait encore (è'xi Çwvxoç)... » 
(Syncel., p. 486, 20) (cf. Bergk-Schàfer, Rh. Mus., 37, p. 369, note 1; Judeich, 
p. 167). Cette campagne, n'ayant qu'un caractère défensif (l'initiative était venue de 
Tachos : cf. supra, § I), ne fut pas poussée plus avant; Nectanebos II, après la fuite 
de son prédécesseur, n'eut d'ailleurs nul loisir de reprendre l'offensive contre la Perse, 
s'étant trouvé en 358 aux prises avec le prétendant mendésien. 

Les grosses difficultés concernent les deux guerres suivantes. Rappelons d'abord 
brièvement nos raisons de croire à l'existence de deux guerres distinctes. Le discours XV 
de Démosthène, tenu du vivant de la reine Artémise de Carie, donc au cours de la 

1. BÔCKH, Manetho, pp. 125-126, admet que la deuxième campagne, terminée par un échec, tut conduite 
par Ochos, et que l'épisode des Barathra peut être disjoint de la troisième et décisive expédition. M. Prasek, 
p. 226, sans donner de dates précises, pense que l'engloutissement força le gros de l'armée à rebrousser chemin 
vers la Syrie. Maspero (pp. 764, 766-768) distingue nettement deux expéditions, l'une, malheureuse, en 351/0, 
l'autre, victorieuse, en 342; à cette dernière, il rattache sans hésiter l'incident des Barathra. M. Cavaignac 
adopte cette chronologie (pp. 392. 401) : il n'y a pas de raison décisive, dit-il (p. 401, note 5), pour rapporter à 
l'expédition de 351 l'aSaire des Barathra. 



LA GRÈCE ET L'ÉGYPTE DE 405 À 342/1 AV. J.-C. 247 

période 353/2-351/0', est très net sur l'existence d'une expédition alors menée contre 
l'Egypte et sur la tournure malheureuse que prend cette expédition. L'affirmation de 
ce contemporain autorise donc pleinement à penser qu'il y eut au plus tard en 351/0 
une guerre contre l'Egypte, guerre malheureuse, et ainsi bien distincte de la lutte vic- 
torieuse décrite par Diodore au livre XVI (46-51). Celui-ci, dont l'autorité se voit 
renforcée par les assertions de Démosthène, a donc tout à fait raison de signaler à 
diverses reprises (alors même qu'il raconte ou se dispose à raconter longuement l'expé- 
dition finale et victorieuse) l'existence d'un échec antérieur (« le roi des Perses, ayant 
auparavant fait la guerre à l'Egypte avec de grandes forces, subit un échec » : XVI, 40, 
3; « le roi, estimant très important, à cause du précédent échec, de réduire l'Egypte » : 
44, 1 ; enfin, parmi les causes de la défaite de Nectanebos II, Diodore signale ce fait 
qu'« il avait déjà vaincu les Perses au cours de la campagne antérieurement dirigée 
contre lui », grâce à l'habilité des généraux grecs dont il disposait : 48, 1-2)'. Entre la 
fin de cette malheureuse guerre et l'issue, sinon les débuts, de la guerre finale s'inter- 
calent la révolte de Sidon et de Chypre et la répression à laquelle collaborèrent, en 
350, Idriée de Carie et l'Athénien Phocion (Diod., XVI, 42, 6-7). 

Mais la distinction ainsi établie n'est qu'un fait très élémentaire, et, en ce qui con- 
cerne d'abord la première de ces deux guerres, plusieurs questions restent à résoudre, 
touchant : 1° sa direction (fut-elle conduite par le roi ou par ses généraux?); 2° les 
événements qui la signalèrent (doit-on y rattacher l'épisode des Barathra?); 3° sa date 
exacte (353 ou 351?). 

On doit convenir que ni Diodore ni Démosthène n'affirment avec une rigoureuse 
précision que la guerre de 351 (ou 353) ait été conduite par le grand roi en personne'. 
Nous venons de citer les trois brefs passages que Diodore consacre à cette expédition. 
Les deux derniers se bornent à mentionner « l'échec antérieur », « la campagne menée 
précédemment » ; le premier (XVI, 40, 3) peut très bien s'entendre d'une entreprise or- 
donnée par le roi, mais à l'exécution directe de laquelle il est resté étranger (6 paTiXcùî... 
Èv jjiEv ToTî È-2VC0 /povo'.; crTpaTeJTii; ït.' aI'vij-tqv... àTîhj/s). Il en est de même des propos tenus 
par Démosthène : « Je pense, dit-il, . . . que, si, en Egypte, le roi réalisait entièrement 
l'objet de ses aspirations (-pâTTov-o? alv £v Ai-fJ—w r.i-S' w; (opar,/.; ^t.iù.U'k) . . . » (XV, 11) : il 



1. Cf. les indications concordantes de Diodore, XVI, 36, 2 et 45, 7, sur l'avènement, la longueur du règne 
et la mort d'Artémise. 11 n'y a nulle raison sérieuse de toucher au Canon des princes cariens (cf. Judeich, 
p. 188; Kahkstedt, pp. ?2-23). Ces données chronologiques de Diodore ont ici d'autant plus de prix qu'elles 
ne lui appartiennent pas en propre, ne font pas corps avec son récit des faits. 

2. L'n Athénien et un Spartiate : dans la guerre finale, au contraire, .Athènes et Sparte observeront la 
neutralité : cf. XVI, 14, 1. 

3. M. Kahrstedt, p. 24, reproche à M. Judeich de ne pas attribuer à Ochos la direction de cette expédi- 
tion, contrairement aux données « évidentes » de Démosthène, XV, 11 et suiv. Ces indications ne nous sem- 
blent pas si évidentes que cela. 



248 PAUL CLOCHÉ 



ne s'agit là que du but visé par le roi, et non d'une participation personnelle aux opé- 
rations. Le passage suivant n'est pas plus décisif : « mais, les événements se déroulant 
ainsi qu'on nous l'apprend et le roi ayant échoué dans son entreprise (irpâTrovToi; 8' (Lç 
liisxai xa! oi-ri|jLapT:iriy.ôTo; ot; =T:E/î'pï,a£v) » (XV, 12) : on pcut former et Ordonner une entre- 
prise sans en assumer la direction proprement dite, et l'échec subi est aussi bien ou 
davantage celui du chef d'État qui conçoit et ordonne que celui du général chargé de 
l'exécution. 

En revanche, le passage d'IsocRATE {Phil., 101) est d'une netteté parfaite sur la 
participation personnelle du roi à la malheureuse expédition. Les Egyptiens, dit l'ora- 
teur, redoutaient que «le roi lui-même (^auXEJ; aJ-cô;), ayant entrepris une campagne, 
ne s'emparât des passages du Nil » ; mais Ochos s'est chargé de les délivrer de ces 
craintes. Après de vastes préparatifs, il a marché contre eux, et il a dû battre en re- 
traite, non seulement vaincu, mais bafoué, et s'étant acquis un renom d'incapacité à la 
fois comme souverain et comme général [Phil., 101). D'un tel passage il paraît résulter 
fort clairement qu'avant l'époque du discours d'IsocRATE, Ochos non seulement avait 
fait au pharaon une guerre malheureuse, inais avait présidé à la conduite des opéra- 
tions; sinon, comment s'expliqueraient, et l'emploi du terme caractéristique de aôTôî ' , 
et les railleries lancées à la fois contre le général et le chef d'État ? 

Seulement, répond M. Judeich (p. 173), ce passage ne concerne pas l'échec auquel 
font allusion Diodore et Démosthène, mais la première phase de la guerre victo- 
rieuse, que dirigera, en effet, Ochos lui-même : phase qui fut marquée par la dispari- 
tion d'une fraction de l'armée perse dans les Barathra (cf. Diod., XVI, 46, 5). Cet 
événement eut lieu au début de l'année 346, peu avant le discours d'IsocRATE, et en- 
-traîna la retraite de l'armée d'Ochos vers la Syrie. 

La question de savoir qui a dirigé les opérations de la deuxième guerre se relie 
ainsi à celle des événements dont fut marquée cette guerre (ou la troisième). Nous esti- 
mons que M. Judeich a commis une erreur absolue en détachant ainsi des opérations 
principales de la troisième expédition l'épisode des Barathra \ Que dit, en effet, le récit 
très net et très clair de Diodore? «Le roi, arrivé auprès des grands marais appelés 
Barathra, y perdit une partie de ses troupes à cause de son ignorance de la région » 
(XVI, 46, 5). Suit le rappel très bref de la description de ces marais dans le premier 
livre, et Diodore continue ainsi : « Ayant franchi les Barathra (StsXflùv oà zi uipaGpa) 
avec son armée, le roi arriva devant Péluse... » (46, 6). Ainsi, non seulement Diodore 



1. Qui ne se trouve pas dans les passages correspondants de Diodorb et de Démosthène (cf. supra], pas- 
sages que M. Kahrstedt, à tort selon nous, paraît mettre au même niveau que cette phrase d'IsocRATE 

(p. 25). 

2. Comme le remarque M. Kahrstedt, p. 24, il en fait réellement une quatrième guerre, celle de 346 (les 
trois autres ayant eu lieu, selon M. Judeich, en 361, en 353 et en 345-343). 



LA GRÈCE ET l'ÉGYPTE DE 405 À 342/1 AV. J.-C. 249 

ne parle aucunement de la retraite de l'armée perse vers sa base d'opérations après 
l'affaire des Barathra, mais il montre très clairement cette armée poursuivant sa route 
après l'incident : tout en y laissant une partie de ses effectifs, elle réussit à franchir 
la zone dangereuse'. L'épisode fait donc étroitement corps avec l'ensemble de la troi- 
sième campagne. L'en détacher non seulement aurait pour résultat de briser l'enchaî- 
nement très naturel et fort intelligible du récit de Diodore, mais équivaudrait à ima- 
giner une quatrième expédition, intermédiaire entre la guerre malheureuse de 351 (ou 
353) et la grande guerre victorieuse, contrairement à l'assertion très nette signalant 
trois guerres (Trog., prol., X : cf. supra, p. 245). En conséquence, on doit admettre 
qu'IsocRATE (Phil., lOl) ne parlait pas d'une simple phase de la troisième expédition, 
mais de la deuxième guerre, et que celle-ci fut conduite par le grand roi en personne'. 

Du même coup, nous rejetons l'hj'pothèse rattachant à la deuxième guerre l'épi- 
sode des Barathra. Ce n'est pas parce que l'incident fut douloureux pour les Perses que 
l'on doit trouver naturel de le situer dans une guerre malheureuse et s'étonner qu'une 
campagne ainsi commencée ait finalement bien tourné'. En quoi l'heureuse issue d'une 
guerre^ est-elle incompatible avec les échecs partiels ou, à plus forte raison, avec les 
accrocs qui ont pu en marquer les débuts? D'autre part, il n'y a pas que la disparition 
de certains éléments de l'armée perse qui puisse expliquer l'échec de la deu.\ième ex- 
pédition : on sait que cette expédition s'est heurtée à la valeur éprouvée de deux chefs, 
l'Athénien Diophantos et le Spartiate Lamias (Diod., XVI, 48, 2). 

Conclusion : c'est par le roi lui-même que fut dirigée la deuxième guerre entreprise 
contre l'Egypte; l'épisode des Barathra est nettement étranger à cette expédition : il 
appartient à la troisième,* qu'il aura probablement pour effet de ralentir, mais non 
d'arrêter. A plus forte raison, ce fait n'est-il pour rien dans l'échec perse, qui eut pour- 
cause essentielle l'habileté des généraux grecs de Nectanebos. 

Quelle est la date de cette deuxième guerre? Selon l'opinion générale, elle a eu 

1. Sans discuter à fond ce point, Maspero Ip. 767) signale nettement que, si quelques détachements péri- 
rent dans les marais, la masse de l'armée arriva « saine et sauve » devant Péluse. 

2. D'ailleurs, si le passage Phil., 101. s appliquait à la troisième expédition, il faudrait aduiettre que celle- 
ci, achevée certainement en 342 au plus tôt, s'est poursuivie sur quatre aunées au moins (346-312; : c'est une 
conclusion que contredit nettement l'analyse du récit de Diodork sur cette troisième guerre (cf. iii/'ra, § VU). 

Quant à l'allusion de Diodore aux nombreux échecs subis par les généraux qu'avait envoyés Ochos 
(XVI, 40, 4), elle ne peut à la lettre concerner une guerre (qui, selon M. Judkich, serait la deuxième, celle 
H des généraux »). Comme, au début du même passage, Diodore mentionne le fait déjà ancien de la rébellion 
égyptienne (twv yàp A'.Y-JTm'Mv àrcô ïltpinây iiroTrivTwv v.xxht. toj; àvMtspw ypôvov; : 40, 4), on peut très bien ad- 
mettre que le narrateur, à l'occasion de la répression finalement opérée par Ochos, rappelle ici de façon som- 
maire et confuse l'ensemble des échecs antérieurement subis par les généraux perses. 

3. Cf. K.vHRsrEDT, p. 23 : « La perte dans le gouffre, par laquelle s'ouvre » (dans le récit de Diodoiie) 
« l'expédition victorieuse, appartient naturellement h. . . l'expédition qui échoua ». P. 25 : « L'expédition échoue 
d'abord aux Barathra, et réussit cependant ensuite. . . » P. U4 i;i propos des pertes subies dans les Barathra) : 
Il L'avenir de toute l'entreprise paraissait compromis. » 

Reçue égyptologique, L 32 



250 PAUL CLOCHÉ 



lieu en 351. Cette opinion se base sur la donnée suivante : le discours XV de Démos- 
THÈNE, dont quelques lignes sont consacrées à cette guerre, est daté de 351/0 par 
Denys d'Halicarnasse {ad Amm., I, 4). Tel n'est pas l'avis de M. Judeich, qui situe 
le discours et l'expédition en 353 (pp. 186 et suiv.). Aucun des motifs invoqués à 
l'appui de cette thèse ne nous a paru assez décisif pour permettre de rejeter l'assertion 
très nette de Denys. 

M. Judeich remarque d'abord que le discours XV fut tenu peu de temps après la 
fin de la guerre sociale, qui se termina en 355. Le passage auquel il est fait ici allusion 
(XV, 2) dit en effet que les alliés (Chios, Byzance, Rhodes, etc.) ont fait la guerre à 
Athènes « il n'y a pas longtemps » (où itiXai). Le paragraphe suivant (XV, 3), signalant 
encore la guerre sociale, la qualifie ainsi : -côv TeXEUTxïov toutovî TtoXefxov. Avec de telles ex- 
pressions, assurément, l'hypothèse situant en 353 le discours de Démosthène cadre 
mieux que la date indiquée par Denys (351). Mais est-il vraiment étrange, anormal, 
de qualifier de récente une guerre achevée quatre ans plus tôt et dont le souvenir 
restait d'ailleurs très vif et douloureux dans les âmes athéniennes? Dès lors, la donnée 
de Denys d'Halicarnasse ne se heurtant à aucune assertion contraire, il n'y a pas de 
raison décisive de la repousser. 

M. Judeich note de même (p. 186) que le discours XV a suivi de peu le dis- 
cours XIV (sîir les Symmories), qui est du début de 354/3 (Denys d'Hal., ad Amm., 
l, 4). Le paragraphe 6, qu'il invoque, s'exprime ainsi : « Plusieurs d'entre vous (JjJi'""' 
Iviouî) se rappellent, je pense, que, lorsque vous délibériez sur les préparatifs royaux, 
je montai à la tribune... » Cette allusion au discours sur les Symmories indique, en 
effet," qu'il n'a pas été prononcé très longtemps auparavant; mais elle est encore trop 
vague pour qu'on puisse évaluer à une année plutôt qu'à trois l'intervalle qui sépare les 
deux discours. A la rigueur, si ce paragraphe 6 disait : « Vous vous souvenez tous... » ou 
« beaucoup d'entre vous se souviennent... », l'événement rappelé pourrait paraître tout 
à fait récent; mais l'expression dont se sert Démosthène (« quelques-uns d'entre 
vous ») est beaucoup plus atténuée et convient davantage, semble-t-il, au rappel de 
faits qui, sans être vraiment éloignés, sont déjà vieux de plusieurs années. De toute 
façon, il n'est nullement impossible ou invraisemblable qu'un certain nombre [d'Athé- 
niens aient gardé le souvenir d'une intervention oratoire ayant eu lieu trois ans aupa- 
ravant. 

S'appuyant sur les paragraphes 11 et 27, M. Judeich remarque ensuite (p. 186) 
que le discours XV a été tenu après la mort de Mausole, prédécesseur d'Artémise, et 
probablement bientôt après l'avènement de cette princesse (lequel date de 353). Le 
paragraphe 11 signale qu'Artémise ne s'opposerait pas à la politique préconisée par 
Démosthène en faveur des Rhodiens; sans doute, si le roi menait à bien son entreprise 
égyptienne, Artémise s'efforcerait d'en faire le maître de Rhodes, non par sympathie 



LA GRÈCE ET l'ÉGYPTE DE 405 À 342/1 AV. J.-C. 251 

pour lui, mais pour gagner, par un riche cadeau, les bonnes grâces d'un redoutable 
voisin; mais (§ 12), l'entreprise étant manquée, Artémise ne demandera pas mieux 
que de céder l'île à Athènes. 

En quoi ce passage laisse-t-il entendre qu' Artémise vient seulement d'arriver au 
trône? Qu'elle règne depuis quelques mois ou depuis deux ans, son intérêt à se conci- 
lier la faveur du vainqueur de l'Egypte (si la fortune sourit à Ochos) n'est-il pas tou- 
jours considérable? 

Quant au paragraphe 27, il rappelle seulement qu'« il ne s'est trouvé personne pour 
inviter Mausole, lorsqu'il vivait {mt'jhuiIo-i Çûvra), ou, depuis sa mort, Artémise, à res- 
pecter l'indépendance de Cos, Rhodes et autres cités grecques que le roi, maître de 
Mausole et d' Artémise, avait cédées par traité aux Hellènes... ». En quoi cette phrase 
laisse-t-elle supposer que Mausole vient de mourir tout récemment? 

A l'appui de sa chronologie, M. Judeich (p. 188) croit pouvoir également invoquer 
divers passages du discours sur les Symmories. Ce discours, dit-il, laisse entendre que 
l'attaque du roi contre l'Egypte est imminente et que les préparatifs touchent à leur 
fin (cf. §§ 7, 25 et 27) : dès lors, comme la harangue a été tenue vers août 354, l'ex- 
pédition d'Egypte a dû commencer au début de 353'. 

Est-ce bien la conclusion qui se dégage des paragraphes mentionnés? Le para- 
graphe 7 dit seulement ceci : les Athéniens doivent veiller, d'abord, à se trouver au 
niveau du conflit qui peut surgir, ensuite, à ce que le roi, « qui, selon nous (Athéniens), 
organise des préparatifs contre les Grecs » , n'acquière pas la réputation d'un ami des 
Grecs. Démosthène n'est donc pas convaincu que les préparatifs perses soient dirigés 
contre la Grèce; en admettant qu'il les regarde, à coup sûr, comme visant l'Egypte, 
doit-on en conclure qu'ils sont à peu près terminés? L'orateur n'en dit rien, et le 
dirait-il que nous ne serions pas tenus de le croire. Des préparatifs de ce genre ont^ pu 
durer des années et, commencés vers 355-354, n'avoir été achevés qu'en 352 : la preuve 
en est la longueur des apprêts dirigés contre Nectanebos I""^ avant l'agression de 374, 
apprêts qui s'étendirent sur plusieurs années (Diod., XV, 41, 2 : cf. supra, § V)\ 

Le paragraphe 25 fait allusion aux pronostics éventuels des orateurs et faiseurs 
d'oracles, répétant «que le roi viendra, qu'il est déjà tout proche [ôk -iozr.n) n . Si de 

1. M. Kahrstedt, pp. 24 25, reproche à M. Judeich de dater de 354 cette expédition, dont le discours sur 
les Symmories ne parle pas. Le reproche ne nous parait pas justilîé : M. Judsich fait commencer l'expédi- 
tion non en 354, mais en 353; et ainsi le discours d'août 354 avait à signaler, tout au plus, des préparatifs 
(c'est ce qu'il fait, tout en se montrant d'ailleurs beaucoup moins catégorique que ne l'afîirme M. Judeich sur 
le but et sur l'état de ces préparatifs, comme nous allons le montrer). 

2. Plus haut (§§ 4 et 5), Démosthène a également contesté que les projets belliqueux du roi visent à 
coup sur les Hellènes : ii s'il devenait clair et certain que le roi arme contre nous »; ii si, ce but étant encore 
obscur.. . «: (( s'il a toutefois résolu de s'attaquer aux Grecs ». Tout cela indique des préparatifs commencés, 
mais dont la destination est- loin d'être claire, et qui ne sont pas nécessairement achevés, ou à la veille de 
l'être. 



252 PAUL CLOCHÉ 



telles rumeurs se sont propagées à Athènes — et Démosthène ne considère même le 
fait que comme possible, — on n'a nullement le droit d'affirmer qu'elles aient été 
fondées, et, encore moins, qu'elles aient concerné une agression imminente contre 
l'Egypte. 

Le paragraphe 27 est ainsi conçu : « Demandera-t-on aujourd'hui (aux Athéniens) 
le centième de leurs biens? on aura 60 talents; le cinquantième? on en aura 120. 
Qu'est-ce que cela, en comparaison des 1.200 chameaux qui portent, dit-on, les ri- 
chesses du roi? I) Ici encore, il s'agit de bruits d'origine douteuse, touchant des prépa- 
ratifs dont l'étendue a pu être fortement grossie par les bavardages de la Pnyx. 

Ce n'est qu'au paragraphe 31 (également mentionné par M. Judeich, p. 189) qu'il 
est question — et bien sommairement — de l'Egypte : « Certains redoutent que le roi, 
possédant de grandes ressources, ne lève une forte armée étrangère'. Crainte vaine, je 
crois. A mon avis, en effet, contre l'Egypte, contre Orontès et autres barbares, nom- 
breux seraient les Grecs qui consentiraient à servir sous ses drapeaux...» Démos- 
thène admet donc, sans y insister, la possibilité d'une attaque éventuelle contre 
l'Egypte; mais il ne dit nullement qu'une telle attaque soit imminente et complète- 
ment préparée. De plus, l'orateur n'est même pas certain que les préparatifs en ques- 
tion visent le pharaon plutôt qu'Orontès, ou tel autre prince ou peuple barbare. Voilà 
des indices bien insuffisants pour affirmer qu'une agression contre l'Egypte a suivi de 
quelques mois l'époque du discours. 

Qu'il y ait d'ailleurs un accord « interne » entre les deux discours sur les Sym- 
mories (XIV) et pour la liberté des Rhodiens (XV)', ce n'est pas niable, et c'est sans 
doute la raison pour laquelle les manuscrits les font voisiner; mais de là à conclure 
nécessairement à un rapport «externe et chronologique)) (cf. Judeich, p. 189), il y a 
loin. 

Concluons donc qu'il n'y a nul motif impérieux ou même très sérieux de renoncer 
à la chronologie de Denys d'Halicarnasse, que M. Judeich, du reste (p. 187), recon- 
naît pour un auteur généralement « bien informé ». Le discours XV date donc de 351/0, 
et l'expédition d'Egypte, la « deuxième guerre » d'Ochos, a pu commencer au prin- 
temps 351 et s'achever, par un échec, dans le premier semestre de l'année 351/0, peu 
avant la mort de la reine Artémise. Ce dernier événement, en effet, a pu survenir vers 
la fin de l'année 351. Quand Idrice, successeur d' Artémise, s'apprête à réprimer la ré- 
volte cypriote au printemps 350, il n'est satrape que depuis une époque récente (ap-:; 

(Ji£v TtapsiXirupÔTa TV àp^v^v : DiOD., XVI, 42, 6)". 

1. Ce n'est qu'une crainte : donc cet enrôlement des mercenaires n'est pas chose faite : indice que les 
préparatifs du roi ne sont peut-être pas extrêmement avancés. 

2. Accord déjà constaté par Weil, Démosthène, les Harangues, p. 31 : parle du « lien évident » qui unit 
les deux harangues, mais ne croit pas devoir pour cela rejeter la chronologie de Denys. 

3. M. Judeich, pp. 228-231, 340, a cru pouvoir situer au début de 351/0 (vers septembre 351) les débuts de 



LA GRÈCE ET l'ÉGYPTE DE 405 À 342/1 AV. J.-C. 253 

Que pouvons-nous savoir de la chronologie de la troisième et dernière guerre 
contre l'Egypte? 

VII 

La troisième expédition d'Ochos en Egypte (343/2-342/1). 

D'après nos précédentes recherches (cf. §§ IV et VI), nous pouvons déjà conclure 
que cette expédition, dont fait partie intégrante l'incident des Barathra, a pris fin au 
début de 341 (ou en 342) et n'était pas commencée en 346. Elle fut précédée d'une 
ambassade d'Ochos aux principaux États grecs, dont il sollicita l'alliance contre 
l'Egypte. DiODORE (XVI, 44, 1-2) s'exprime ainsi à ce sujet : o Le roi, jugeant très 
important de s'emparer de l'Egypte, à cause de son précédent échec, envoya des am- 
bassadeurs aux plus considérables des cités grecques pour les prier d'entrer en cam- 
pagne avec les Perses contre l'Egypte. Les Athéniens et les Lacédémoniens répondi- 
rent qu'ils resteraient les amis des Perses {-^-i 'f.A!av-:r,pETv), mais refusèrent de conclure 
une alliance. » En revanche, Thèbes et Argos envoyèrent des contingents. 

Quelle est la date de cette ambassade"? Diodore la situe en 351/0, entre la 
« deuxième guerre » d'Egypte (tô too-esov ÈXà—wfxa) et la répression de la révolte phéni- 
cienne (44, 1-4) : avant l'arrivée des mercenaires argiens et thébains, l'armée perse 
avait gagné la côte phénicienne et dressé son camp près de Sidon ; la trahison du roi 
de Sidon, Tennès, et du Rhodien Mentor, chef des mercenaires grecs du pharaon, 

la domination d'Idriée, en utilisant l'inscription de Tralles, C/G., II, 2919, qui date du septième mois de la 
septième année d'Ochos la satrapie d'Idriée. Sans doute, la première année d'Ochos allant.de nov. 359 à nov. 
358, sa septième année va de nov. 353 à nov. 352, ce qui contredit le Canon des princes cariens, donné par 
Diodore (cf. supra, p. 244), d'après lequel Idriée ne commença a régner qu'en 351/0. Mais M. Judeich croit 
pouvoir résoudre ainsi la difficulté : il admet, sur la foi de Polyen {Strateg., VU, 17), que l'avènement 
d'Ochos ne fut proclamé que dix mois après la mort de Mnémon, c'est-à-dire — si Mnémon est mort vers m<ii 
358, date située à mi-distancè de nov. 359 et nov. 358 — vers mars 357. Les rédacteurs de l'inscription de 
Tralles, ignorant la date réelle de l'avènement, auraient daté la première année d'Ochos de mars 357- mars 
356, sa septième année de mars 351-mars 350, et le septième mois de cette septième année de septembre 351. 

Mais ces déductions sont fort conjecturales. D'abord, on ignore à quel endroit exact de l'année nov. 359- 
nov. 358 se place la mort de Mnémon; ensuite, l'assertion de Polyen n'offre par elle-même nulle garantie (on 
ne peut savoir exactement u ce qu'il y a de vrai dans ce bruit », dit Maspkro, p. 763, note 2). Enlln, l'inscrip- 
tion elle-même, comme l'a montré M. Meykr [Forsch., II, pp. 497 et suiv.), parait bien n'être qu'un texte 
fabriqué à l'époque impériale, au temps de la revision du droit d'asile sous Tibère, dont elle s occupe (cf. Ta- 
cite, Annales, III, 60). Les rédacteurs ont commis d'assez nombreuses fautes (;[i5ti[jLw pour sgSojio'j, ^aTO.eovto; 
pour pa(ji>.£uov-oi;. Tpa),8ei; pour TpaUsi;, etc.). .Ce n'est peut-être pas absolument un faux; on a pu utiliser 
quelque vieux décret du temps d'Idriée: mais on n'a pas le droit d'en conclure à l'exactitude chronologique 
d'une inscription rédigée dans de telles conditions, et il est fort possible, vu la manière sommaire dont l'année 
est indiquée (steo; IIIIIII), que le décret réel (s'il existe) ait parlé plutôt de la huitième ou de la neuvième an- 
née que de la septième : le copiste aura mal lu. 

En revanche, dit M. Kahrstedt (p. 23), une inscription de Mylasa (cf. Mitteil. ôsterreich. Instit., II, 
pp. 103 et suiv.) situe la satrapie de Mausole en la septième année du règne d'Ochos, soit en nov. 353-nov. 
352, ce qui concorde parfaitement avec le Canon carien de Diodore, datant de 353/2 l'avènement d'Artémise. 



254 PAUL CLOCHÉ 



avait provoqué la ruine de Sidon, puis la reddition des autres cités phéniciennes, ter- 
l'orisées (44, 4 et suiv.; 45, 1-6); ce n'est qu'une fois ces événements accomplis que les 
auxiliaires de Thèbes et d'Argos arrivèrent en Asie et que commença l'expédition 
d'Egypte (en 350/49 : XVI, 46, 1, 4). 

La chronologie de Diodore a été en partie acceptée par M. Judeich (pp. 174, 176, 
340-341), qui groupe ainsi les faits : dans le deuxième semestre de 350, ambassade 
d'Ochos aux Grecs; en 349, réponse d'Athènes et de Sparte; dans le deuxième semestre 
de 349, envoi des auxiliaires argiens et thébains; au printemps 346 commence l'expé- 
dition d'Egypte. Cependant, en 350, a débuté l'expédition perse contre Sidon, qui suc- 
combe en 348. 

Cette chronologie est très difficilement acceptable. D'abord, la date assignée à la 
chute de Sidon est trop tardive. La marche contre la ville, en effet, a commencé vers 
le début de 350, en même temps qu'éclatait la révolte cypriote, que Phocion contri- 
buera a dompter en 350 même (DiOD., XVI, 42, 1-3) ; les pourparlers entre Ochos et le 
roi de Sidon, Tennès, entre celui-ci et le Rhodien Mentor (43, 1-4; 45, 1), la mise à 
exécution de la trahison projetée (45, 2-5), tout cela a pu très bien tenir dans le cours 
d'une année. Sidon serait ainsi tombée vers l'automne ou l'hiver 350, ou, à la rigueur, 
au début de 349'. En conséquence, si Ochos a fait venir les mercenaires grecs alors que 
la campagne phénicienne durait encore (comme le pense M. Judeich, d'après Diodore), 
pourquoi l'expédition d'Egypte, à laquelle étaient destinés ces mercenaires, ne s'ou- 
vrit-elle pas aussitôt que Sidon eut succombé, c'est-à-dire dès 349? Or, comme on l'a 
vu (cf. § VI), cette expédition n'a même pas débuté en 346'. 

On ne s'explique pas davantage que, le concours militaire de Thèbes et d'Argos 
ayant été demandé dès le deuxième semestre de 350 (d'après M. Judeich), les contin- 
gents obtenus aient quitté la Grèce seulement un an plus tard (deuxième semestre de 
349), et que des contingents partis en 349 aient mis à peu près un an à gagner l'Asie 
(puisqu'ils n'y sont parvenus — cf. Diod., 44, 4 — qu'après la chute de Sidon, datée 
de 348 par M. Judeich). Voilà des lenteurs difficilement intelligibles et une chrono- 
logie qui paraît singulièrement «étirée». 

Il convient donc de reléguer nettement après l'écrasement de la Phénicie l'am- 
bassade d'Ochos aux cités grecques et de la rapprocher beaucoup plus sensiblement de 
la date à laquelle se termina l'expédition d'Egypte (341 ou 342)'. Cette chronologie se 

1. Les recherches numismatiques de M. Babelon (cf. Revue archéologique, 1891, 3" série, pp. 111-112) l'ont 
mené à la conclusion suivante, qui cadre assez bien avec la durée probable de la campagne phénicienne, 
d'après le texte de Diodore : Tennès, qui fut mis à mort après avoir livré Sidon, a régné de 362 à 350. 

S. Même si l'on admettait, avec M. Judeich, que Sidon a été livrée seulement en 348, on ne s'explique- 
rait pas pourquoi la guerre contre l'Egypte n'a pas commencé dès 347. M. Judeich, dans son tableau chrono- 
logique, p. 348, ne signale rien à cette date de 347. 

3. La confusion commise par Diodore peut s'expliquer ainsi : au cours de ses pourparlers avec le grand 



"LA GRÈCE ET l'ÉGYPTE DE 405 À 342/1 AV. J.-C. 255 

trouve encore fortifiée par la considération suivante : l'ambassade dont parle Diodore 
est la même, selon toute probabilité, que celle signalée par Didymos à la date 344/3 
(cf. FoucART, Étude sur Didymos, pp. 132-133; Kahrstedt, pp. 15-19, 142-144). Ce 
dernier auteur (col. VIII, 1. 5 et suiv.) nous apprend que, sous l'archontat de Lyciskos 
(344/3), une ambassade perse vint solliciter d'Athènes le maintien de l'amitié tradi- 
tionnelle qui liait cette ville au grand roi (xt)v (f.Xfav 8ia|Jiéveiv aùxw tï)v ita-cpt^av) : les Athé- 
niens répondirent qu'ils resteraient les amis du roi (SiaijiÉveiv paaiXs! xr,v tfiX(av), si celui-ci 
n'attaquait pas les cités grecques. 

Assurément des différences assez sensibles séparent le récit de Diodore de celui 
de Didymos. Non seulement le premier nous montre d'autres cités qu'Athènes rece- 
vant la visite des ambassadeurs royaux, mais il parle d'une demande d'alliance mili- 
taire, nettement repoussée par Athènes et Lacédémone, tandis que Didymos se borne 
à signaler une demande de neutralité amicale. C'est Didymos qui a raison, pense 
M. Kahrstedt (p. 19) : l'ambassade ne demandait que la tfdia; la tradition dont s'ins- 
pire Diodore a exagéré en parlant de iju[Jt|jta;(^ta. 

Nous ferons observer que la ':<j]j.}>.a.iU a été à coup sûr sollicitée au moins des Thé- 
bains et des Argiens : sans une telle demande, eussent-ils envoyé des contingents'? 
Quant aux Athéniens et aux Spartiates, il est possible, en effet, que les Perses se 
soient bornas à leur demander le maintien de la œiXia, probablement parce qu'ils les 
savaient ou les jugeaient moins disposés à intervenir en faveur d'Ochos'. Diodore, s'il 
en est ainsi, aurait exagéré, mais seulement en ce qui concerne Athènes et Sparte. 
Mais il n'est pas non plus impossible que l'ambassade ait réellement demandé le con- 
cours militaire de toutes les puissances helléniques, et que la source de Didymos, ne 
constatant que le résultat acquis, soit restée en deçà de la vérité et ait cru à une 
demande de simple (5tX(a. 

En tout cas, si l'ambassade rappelée par Diodore différait de celle de 344/3 et la 
précédait, on s'expliquerait mal l'intérêt et la raison d'être de cette dernière, puisque, 
par la démarche que signale Diodore, la tf.Xîa des Athéniens était déjà assurée au 
grand roi. 

roi, Tennès a promis non seulement de livrer Bidon, mais de faciliter les opérations ultérieures des Perses 
contre l'Egypte (XVI, 43, 1-2). Il se peut que Diodore ait été comme entraîné par son propre récit à situer 
presque aussitôt après ces oPfres de Tennès l'ambassade perse demandant l'aide hellénique contre l'Egypte 
(XVI, 44, 1-4), au lieu de continuer sans arrêt le récit des affaires phéniciennes, qui ne reprend qu'au passage 
XVI, 44, 4. 

1. Ajoutons qu'en pleine guerre sacrée, en 351/0, l'amitié traditionnelle, un instant rompue, entre Thébes 
et la Perse a été renouée, sur la demande de Thèbes, à laquelle Ochos a pardonné son intervention en faveur 
d'Artabazos et tait don de 300 talents (Diod., XVI, 40, 1-2). L'ambassade de 344/3 n'avait donc pas à solliciter 
de Thèbes l'octroi d'une çiXia déjà rétablie. 

2. Dans la « deuxième guerre u (cf. sapra, § VI), un .athénien et un Spartiate ont même appuyé et dirigé 
l'armée de Nectanebos II : dès lors, l'obtention de la neutralité bienveillante de Sparte et d'Athènes ne de- 
vait-il pas être déjà pour la Perse un succès positif? 



256 ■ PAUL CLOCHÉ 



Ainsi, en 344/3, l'attaque contre l'Egypte se préparait, mais n'était pas com- 
mencée'. Comme elle s'est terminée au plus tard dans les premiers mois de 341, elle a 
occupé certainement au moins une fraction considérable de l'année 342. L'analyse du 
récit de Diodore conduit, en effet, aux résultats suivants. L'expédition, après une 
marche, qui put être assez longue, en Syrie, s'ouvre par l'épisode des Barathra, qui 
eut sans doute pour résultat de ralentir la marche des Perses. Puis, on arrive devant 
Péluse, sous les murs de laquelle se livre un premier combat (XVI, 46, 5-9). Dès le 
lendemain, l'armée assaillante commence à s'organiser en trois colonnes (47, 1-5). La 
deuxième colonne, commandée par l'Argien Nicostratos, opère un mouvement tour- 
nant, bat les mercenaires qui lui sont opposés et provoque ainsi la fuite de Nectanebos 
à Memphis (48, 3-7)'. Pendant ce temps, la première colonne, dirigée par le Thébain 
Lacratès, a mis le siège devant Péluse; la résistance commence; une partie des mu- 
railles sont abattues; mais la nouvelle de la retraite du pharaon vers Memphis pro- 
voque la reddition de la forteresse. Un conflit s'engage ensuite, au sujet du butin, 
entre Grecs et barbares, conflit qu'apaise le roi (49, 1-6). Enfin, la troisième colonne, 
sous la conduite du Rhodien Mentor, a pris Bubastis pour objectif (vers la même épo- 
que, évidemment). De ce côté-là, pas d'action militaire proprement dite; mais Mentor 
va semer la division par un habile mélange de promesses conciliantes et de menaces 
(49, 7-8). Les Égyptiens paraissent disposés à traiter; mais les mercenaires grecs les 
assaillent, en tuent une partie, bloquent le reste dans certains quartiers de la ville. 
Des négociations s'engagent entre les Grecs et Mentor. A l'instigation de celui-ci, les 
Grecs laissent entrer Bagoas, le chef perse adjoint à Mentor et confident du Roi, s'en 
emparent et ne le relâchent que sur la demande de Mentor, qui gagne ainsi la confiance 
de Bagoas (50, 1-7). La reddition de Bubastis entraîne graduellement celle des autres 
villes, qu'a travaillées une propagande analogue. Nectanebos, bien qu'ayant mis Mem- 
phis en état de défense, désespère de sa cause, s'enfuit en Ethiopie, et Ochos, maître 
du Delta par la chute de Memphis, étend sa domination sur le reste de l'Egypte (51, 
1-2). 

Cette simple analyse suffit déjà (indépendamment de toute autre considération : 
date de l'ambassade en .344/3, etc.) à écarter l'hypothèse suivant laquelle entre la re- 
traite vers Memphis et la fuite en Ethiopie deux ans se seraient écoulés'. Les opéra- 

1. Cf. FoucART, Étude sur Dir/ymos, p. 163 : v En 344, Ochus était tout entier aux préparatifs de sa nou- 
velle tentative contre l'Egypte. » C'est parce qu'il craignait qu'Athènes «n'appuyât. . . Nectanebos » qu'il lui 
députa alors une ambassade. 

2. Cet événement, survenu dans la dix-huitième année du règne (nov. 343 -nov. 342), est ainsi nettement 
postérieur à la visite que le pharaon put faire à Sébennytos vers le troisième mois de sa dix-septième année 
de règne (cf. Leeman, Pap. jrfeei, Mue. Lugd., p. 112: Bôckh, Manetho, p. 373; Judeich, pp. 173-174). 

3. Cf. Judeich, pp. 177 et suiv., pp. 342-343 : date l'expédition de 345 à 343; ne précise nullement ce qui 
put se passer en 344 au cours de cette longue expédition. 



LA GRÈCE ET I. 'EGYPTE DE 405 À 342/1 AV. .T.-r. 257 



tions diplomatiques de Mentor (qui forment l'unique groupe d'événements dé'Crits par 
DiODORE après la fuite à Mempliis et lu cliute de Péluse) n'ont certainement pas duré 
deux ans : Mentor, qui, dès le début, a donné le choix aux défenseurs de Bubastis 
entre la soumission et le sort de Sidon, n'a pas dû attendre plus d'une année la déci- 
sion des diverses garnisons du Delta, qui suivirent peu à peu l'exemple de Bubastis 
(cf. DiOD., 51, 1). 

D'autre part, si le mouVement tournant opéré par la colonne de Nicostratos, les 
batailles qui suivirent et le siège de Péluse par Lacratès se sont très probablement 
terminés au cours de la « bonne saison », c'est-à-dire avant le mois d'août — date vers 
laquelle, dans le Delta, l'inondation devient très gênante, — les opérations diploma- 
tique de Mentor ont pu parfaitement se poursuivre au cours de la période d'inonda- 
t^ir*%P%u delà. Bref, si la guerre a commencé vers le début de la bonne saison, au 
{frinteiiu^s 342, elle a pu très bien se terminer vers la fin de 342 ou le début de 341 
(.ç^i^rtrtut si l'on y comprend la période d'assujetissement de l'Egypte après la fuite du 
pharaon en Ethiopie : DiOD., 51, 2)'. 



RESUME 

Dans l'ensemble, la chronologie de la période de l'indépendance égyptienne, 
d'après nos conclusions, se présente ainsi. En 405, Amyrtée se rend indépendant de 
Darius II. Sous son règne, qui s'étend jusqu'en 399, des traces de l'ancienne domi- 
nation perse subsistent en Egypte; des contingents militaires sont envoyés à Ar- 
taxerxès II, et un prince de la région côtière. Psammetichos, pratique une politique 
hostile aux ennemis du grand roi (401/0). A Amyrtée succède Néphéritès I" (399- 
393), sous le règne ducjuel l'Egypte appuie Lacédémone contre la Perse (396). En 393, 
Akôris remplace Néphéritès I<"', peut-être aux dépens de Nectanebos. Le règne d'Akô- 
ris (393-380) est marqué par une guerre perso-égyptienne (vers 389-387), par le début 
du conflit entre Évagoras et le grand roi (vers 390 ou vers 387/6), peut-i'^re aussi par 
la fin de ce conflit (terminé, dans ce cas, en 381/0, peu avant la mort d'Akôris) et par 
l'utilisation et le renvoi de l'Athénien Chabrias. Akôris a pour successeurs Psammu- 
this et Néphéritès II (380-379), avec lesquels s'éteint la dynastie mendésienne. 

Nectanebos I*"^, qui a peut-être commis en 381 une usurpation partielle, inaugure 

1. M. Kahrstedt, p. 15, pense que la inarche des Perses vers VÉgypte commenc^a dans Thiver 313/3 et 
l'attaque propremenl dite au printemps 342. C'est, en effet, très admissible. Mais il est moins certain que tout 
ait^é terminé, comme le pense cet auteur, à la fin de lété 342. Les comlxits, dit-il, ne pouvaient plus apriNs 
cette époque se livrer sur un sol sec. Sans doute; mais il n'y eut pas que des combats, comme le montre 
l'analyse du récit de DiODORii : il y eut les négociations engagées entre Mentor, Bagoas et les populations et 
garnisons des villes qu'il fallait réduire, à commencer par Bubastis. 

Reçue c;iyiiioln;iiquu, 1. 33 



258 PAUL CLOCHÉ 



en 379 la dynastie sébennytique et règne jusqu'en 361, après avoir repoussé — plus 
probablement en 374 qu'en 373 — l'agression de Piiarnabazos et d'Iphicratès. Son suc- 
cesseur, Tachos (361-359), noue des complots contre Artaxerxès II avec des satrapes 
d'Asie, sollicite l'appui de Laeédéraone et d'Athènes, et reçoit le concours d'Agésilas 
et de Chabrias vers la fin de 360. La guerre éclate en Syrie en 359 et est interrompue 
par la rébellion de Neetanebos, qui finit par s'assurer l'appui d'Agésilas. Tachos s'en- 
fuit auprès du grand roi, peu avant la mort de ce dernier, survenue au cours de l'année 
nov. 359-nov. 358, tandis que Chabrias regagne l'Europe et va participer aux opéra- 
lions athéniennes de Thrace en 358. La lutte se poursuit durant une année environ 
entre Nectanebos II et un prétendant, et se termine vers la fin de la « saison de guerre » 
358 par la victoire du premier, appuyé d'Agésilas; au début de l'hiver 358/7, Ag|gilas 
quitte l'Egypte et meurt. Le règne de Nectanebos II (359-341 ou 342) est mu*»^nj^(ftn 
351, par l'échec d'une expédition perse, qu'a dirigée le grand roi. La révij|»ii|.,pjién*f 
cienne et cypriote, provoquée jmr cet échec, ayant été écrasée (350), Ochos rs«gi^- 
mence ses longs et importants préparatifs contre le pharaon, obtient en 344/3 la ueu^ 
tralité bienveillante d'Athènes et de Lacédémooe et le concours militaire de Thèbes el 
d'Argos. La guerre, commencée au ^]»iftteï»ps de 342, aboutit, durant l'année même 
ou au début de l'année suivante, au rétablissement de la domination perse en Egypte 



Paul CLOCHE. 



NOTICES ET BULLETINS 



Sir John Pentland MahafEy. 

La mort de cet helléiiisle émiueiil ne met pas en 
deui! ceux-là seuls qui se sont donnés à l'étude de 
l'Egypte ofJ"éco-i'omaine; mais c'est eux qu'elle touche 
le plus particulièrement. Mahaffy aimait à se repré- 
senter comme un «pionnier» ; il fut, en effet, un des 
initiateuis les plus ardents et les plus sagaces sur ce 
domaine, auquel notre Revue est en partie consacrée; 
elle lui doit de s'associer aux liommages qui ont déjà 
été rendus à son œuvre et à sa personne. 

Il était ué — septième enfant de sa famille — à 
Vevey, le 18 février 1839. Ses premières années, jus- 
qu'à dix ans, s'écoulèrent à Bad-Kissiugen ; de là, en 
partie du moins, sa sûre connaissance de l'allemand. 
Il parlait, d'ailleurs, également bien le français, au 
point de pouvoir donner des conférences en notre lan- 
gue. L'Université de Dublin se souvient encore de ses 
brillants succès scolaires et de ses victoires au cricket : 
car Mah.vffy n'avait rien de l'érudit conQné à l'ombre 
des bibliothèques : c'était un véritable Anglais, aussi 
épris de sport que d'humanités; sa haute taille et sa 
grande allure lui donnaient plus l'aspect d'un country- 
gentleman que d'un professeur; et l'on nous dit que 
ses camarades d'étude l'avaient surnommé « le général n ; 
c'était pourtant un vrai savant, d'une large culture 
européenne, et qui s'est montré en même temps ca- 
pable de se plier aux méthodes les plus sévères de la 
philologie classique. 

Il n'avait pas débuté dans les études d'antiquité. 
Après avoir obtenu sa fellowship en I86i, il avait été 
chargé d'un enseignement philosophique; et ses pre- 
miers travaux ont été pour faire mieux connaître la 
doctrine de Kant en .\ngleterre'. Nommé, en 1871, 
professeur d'histoire ancienne à Dublin, il occupa cette 
chaire pendant vingt-huit ans, avec quelle maîtrise, 
ses Protegemena to Ancient Hislonj en font foi, ainsi 
que tant d'autres ouvrages si justement célèbres-. 

1. Kant's crilical Philosopky for linglish Readers, bv 
J. i>. Maiiaffy, D. D., and J. H. Behnard, ti. D. 2 vol. iii-S"". 

-. Voici les principau.K d'enlre eux ; A llislot'y nf clasaical 
tlm'k Lileraliiie, 2 vol., Londres. .Mactnillan, 2* éd., 1889; 

— The Greek \Vi>rtd iiiider thi' Rnman liai/, ibid., 1890; — 
The silver âge of the Ureek World, ibid., 1906 {est comme 
une nouvelle édition du précédenl); — l'roblems in the 
(Ireek History, ibid., 1892; — Gi-eek tije and Thoughl l'rom 
the âge of Alexander In the Roman Conquest, ibid.. 1890; 

— The progress of Hellenism in Alexander's Empire, 
ibid., 1905; — Social Life in llreece fvom Borner to Me- 
nander, ibid.. 1907; — Rambles and studies in Ureece, 
ibid.. 1892; — Huripidef (dans la si-rie des Classical H'ri- 
ters): — Euripides. Hippolylus. édile en collaboration avec 
J. It. BiRï, 18K!, etc.... 



Mais ce n'est pas par ces écrits i|ue .1. P. Mahaffv 
nous appartient : pour les lecteurs do la Revue ègijpto- 
logique, il restera avant tout le second inventeur des pa- 
pyrus de Gourob. Le premier fut M. Flinders Pétrie : on 
sait comment l'habile archéologue dirigea, au Kayoum. 
des fouilles qui firent époque dans l'histoire de la Papy- 
rologie, et mit au jour une quantité de ces cartonnages 
de momies, qui sont pour nous une des mines les plus 
abondantes de papyrus. Or, c'est une t;\che délicate que 
d'extraire de ces cartonnages les documents, le plus 
souvent déchirés, qui les composent, d'en rapprocher 
les débris, d'en déchiffrer le texte, et, pour peu qu'on 
ait l'expérience de ce travail, on trouvera légitime 
d'attribuer une part dans le mérite de la découverte à 
celui qui sut transformer ces sarcophages muets en une 
multitude de paperasses éloquentes. Quand l'illustre 
professeur Savce eut appelé sur les trouvailles du pro- 
fesseur Pétrie l'attention de Mahaffy, celui-ci se mit 
à l'œuvre avec une ardeur juvénile, et, si l'on réfléchit 
qu'au moment'oii il entreprit l'édition de ces docu- 
ments, les cursives de la première époque ptolémaïque 
étaient inconnues, on concevra ce qu'il fallut de science, 
de patience et de divination pour établir le texte de ces 
précieuses archives. Mahaffy avait une juste cons- 
cience de ce que valait cet effort, et ce maître, si cour- 
tois, si disposé, — nous le savons personnellement, — 
à aider ses collègues moins expérimentés, sut, au be- 
soin, répondre avec une verve triomphante aux cri- 
tiques intempestives. 

Plusieurs d'entre nous peuvent se rappeler l'émotion 
qui régna en France dans les milieux lettrés quand pa- 
rurent les deux premiers voIXimes que l'.Xcadémie d'Ir- 
lande consacra aux Papyrus Pétrie. Ce furent d'abord, 
comme il était naturel, les papyrus littéraires, celui de 
X'Antiope, celui du Phedoii, celui du Lâches, qui sé- 
duisirent les philologues et les humanistes. Kdouard 
TouRNiER, à l'École des Hautes Études, délaissa le sujet 
qu'il traitait pour étudier les leçons nouvelles du pa- 
pyrus du Phédoii ; avec une belle sincérité, il sut 
mettre en valeur l'importance dé cette trouvaille, même 
sur les points où elle semblait inlirmer quelques-unes 
de ses doctrines propres, et la petite édition classique 
du regretté Paul Couvreur, alors son élève, lut sans 
doute la première à tenir compte des variantes nou- 
velles. Depuis, nous avons vu combien les papyrus ont 
obligé les éditeurs à modilier leur attitude à l'égard 
des textes anciens' : Mahaffy avait prévu cette révo- 
lution et ouvert la voie. 

1. 11. 1. Bei.l a signalé ici même {Revue êgyptologique, 
n. s., 1, p. lO'i) an article de Kenvo.v sur celte question. Nous 
signalons â notre tour, dans lu lon:e XXXI.\ du Journal of 
Hellcnic Studies. le travail très touillé de B. P. (iRENKKi.i.. 



i?60 



NOTICES ET, BULLETINS 



Ou était peut-être moins bien préparé, i-liez nous, à 
apprécier le prix des dociimenls d'archives. IMnrtant 
les révélations qu'ils apportaient n'étaient pas d'une ' 
jïravité moindre que l'imporlauce îles changements que 
les papyrus allaient provoquer sur le domaine de la 
critique verhale. C'était une Ègypt* inc^jnnue qui sem- 
hlait renaître, et, si bien des questions n'étaient et ne 
sont encore que posées, notre curiosité éveillée recevait 
snr bien d'autres un commencement de satisfaction. 
Les largues espérances que suscitaient les commentaires 
de M.\ii.\FFV n'ont pas été dé(;nes. Qne l'on jette un 
coup d'œil sur les écrits que les hommes de notre gé- 
nération peuvent consacrer à l'Éjrypte des Lagides ! 
Que de notions nouvelles, in.sonpçunnées il y a vingt 
ans! Quelle Inmiére sur cette période de l'histoire, si 
féconde, si indispensable à connaître pour comprendre 
le développement ultérieur de l'histoire du momie an- 
tique ! 

Peu après l'apparition de ces deux volumes, il m'a 
été donné d'entendre Maiiaffv lui-même exposer ses 
découvertes devant la Société archéologique d'.\lhènes, 
et, cette même année 1894, le Bulletin de Cnrrespoit- 
(iatice helU'uiiiue inaugurait une série d'articles sur 
l'Egypte gréco-romaine par un travail du savant an- 
glais : il y donnait, en particulier, Veditio princeps' 
d'un important papyrus d',\lexandrie, la plus ancienne- 
ment, et longtemps la seule connne,*es déclarations 
de personnes et de biens datant de l'époque ptolé- 
maïque (cf. Wilcken, Cliresl., 198). C'était là, sans 
doute, l'une des moindres œuvres du maître; mais je 
tiens à la rappeler, à la fois pour rendre hommage à 
sa courtoisie, à laquelle l'Kcole française d'Athènes a 
dû ce Er".-);, et pour marquer que le renom et l'action 
de Maii.\ffy ne furent pas étrangers au mouvement, 
qui, sous la perspicace impulsion de M. Homolle, dé- 
riva une partie de l'activité des membres de l'École du 
côté de l'Egypte hellénique. 

Une dizaine'd'années après, dans celle même École 
d'.Mhènes, où se réunissait une des sections du premier 
Congrès d'archéologie, Mauaffy annonçait le III" vo- 
lume des Pelrie Pripyii : il n'avait rien perdu de son 
enthousiasme et se félicitait d'avoir- rencontré en 
.M. Gilbert .1. Smvly le collaborateur le plus apte à 
pénétrer les secrets de ces vieux textes. Entre temps il 
avait lui-même cbllaboré avec B. P. Ore.nff.i.l ;i l'édi- 
tion de la célèbre loi linancière de Ptolémée Pbiladelphe 
IRereniie laïcs, 1896). 

.A cette époque, .Mahaffy avait déjà publié The Em- 
pire nf Ihe l'Iolemics-. Il n'était pas de ceux, en eflef, 

The rallie of faptjri for Ihe Icxlunt criUcism nf exlanl 
Greek authnrs. p. 16-30, ainsi que la leçon d'ouverture de 
Victor .Maiiti.\, à l'I'niversilé de Genève, publiée sous ce 
titre : Les Jlanuscrits antiques des classiques grecs et la 
Méthode philologique, Genève, A. Kundig, 1919. Voir aussi, 
du même Victor .SUriTi.v, Lts Papyrus du Nouveau Testa- 
ment et l'Histoire du texte, t. .\.\'.\, janvier-avril 1919, de 
la Hevuc de Théologie protestante. 

1. Documents plolémaiques. dans U. C. H., .\V1I[ 1894 
p. 143-157. 

•i. l'aru en tH93, à Lomlres, chez .Macmillan. 



qui peuvent se contenter de la tâche d'éditeur : il ai- 
mail trop. la vie pour ne pas tenter de ranimer tout ce 
monde antique perdu dans la poussière des textes : 
cette Egypte ptolémaïque, avec laquelle il avait pris 
un contact si direct, il avait voulu eu conter l'histoirs 
à un public plus étendu qne celui des spécialistes. Plue 
tard il rédigeait pour VUislonj nf Eijypl de .VI. Pf.tbie 
le volume qui porte sur l'Egypte grecque, Tlie plnle- 
niaic di/nxistij'. L'un et l'autre de ces deux livres sont 
des œuvres vivantes, attrayantes, originales. Pendant 
longtemps ils ont été les senls onvrages ^d'ensemble 
sur cette époque de la civilisation égyptienile. Ils mé- 
ritent de n'être pas négligés, même api^s la belle 
Histoire des I.agide.i, qne M. BotcnÉ-LECLEncQ a 
conçue sur un plan plus vaste, et qui a profite de' dé- 
couvertes plus récentes. 

En 1911, Mahaffy devint « provost n de Trinity Col- 
lège, — posli^qni lui convenait tout à fait. Il l'a occupé 
durant toute la guerre; il ent l'occasion, nous dit-on, 
d'y rendre des services signalés à sa patrie, partant à 
la cause de tous les alliés; c'est un titre de plus au 
souvenir fidèle et reconnaissant que nous lui gardons. 
P. JOUGl ET. 



Une nouvelle Revue italienne 
d'Égyptologie et de Papyrologie. 

Nous avons reçu le premier numéro à'.FgiJplus, ri- 
visla italiana di Egiltotogia e di l'apiroloijia. Pu- 
bliée sous la direction d'Aristide Caldehi.m, directeur 
de l'École papyrologique de .Milan (voir plus haut, 
p. 106107), avec la collaboration d'Evaristo BRECctA, 
conservateur du Musée d'.Alexaudrie en Egypte, de 
Pietro DE Fra.ncisci, professeur à l'Université de Pé- 
rouse et à l'École orientale de l'Université de Rome, 
et de l'égyptologue Giulio Farina, inspecteur général 
des Musées archéologiques, cette revue poursuit, pour 
l'Italie, une lâche analogue à celle que la Revue égyp- 
tolngique voudrait accomplir en France. Nons félici- 
tons nos collègues italiens de celte beureu.se ini- 
tiative. Le succès n'en est pas douteux, comme on 
peut s'en convaincre par nu coup d'œil jelé sur le fas- 
cicule qui vieul de paraître. Nous aurons sans doute à 
revenir sur les mémoires et articles publiés par le nou- 
veau périodique. Contentons-nons, pour aujourd'hui, 
de donner le sommaire de ce premier numéro. Après 
un avis de la Direction, qui définit le but de la Revue, 
nous trouvons les articles suivants : 

Giacomo Lu.mbroso, Leltere al prnf. Calderini, I, 
p. 3; 

Giulio Fahi.na, l popoli del mare, p. 8; 

Vincenzo ARA^^clo-RuIZ, Àpplicazioiie del dirilli) 
giusUiiianeo in Egillo, p. 21 ; 

Aristide CALbERiNi, Ricerche sul régime délie ne- 
que neW Egillo grecn-romano, I-II, p. 37; 

1. l'aru en I.S99, à Londres, chez .Methuen. 



NOTICES ET BULLETINS 



261 



Medea Norsa, Un n\iitvi> pnixxniKi rolaiiic di pd- 
piri délia Sacietii iltiliniut, p. (J3; 
Pietro DE F'rancisci, Il V. Jditdanac 62, p. 71. 



st ri'servi'e aux .ijipiiitli c no- 



La secoDile sei-tidii 
lizie : 

Notiziario Egiziano (Ev. Brf.cciaI, p. f^3; iNDtizic di 
papiri reci-ntamente piibljlicati (A. C). p. 90; Nolizie 
di papiri infiditi e di puliblicazioiie in Corso (A. G), 
p. 97; FoDdazioui, iiistituti, premi, p. 99; Nécrologie, 
p. 100. . 



Une troisième partie 
critiijneS ilh'cen^ioiii) : 



■ompreud les eomptes rendus 



P. M. Meyer, Ç.ricclnxclic Ti'.iir, G. Vitelli, 
p. 101 ; V 

Capart. /.?■-•■ oriyinoi di; la cinilisatùin 'Y/y/i- 
tipiiiir, Vine. Giltfrida-Ruggeri, p. lOi; 

Schubart, Eiiifiilirung in die Papijnis/.idide, 
Aristide Calderini, p. lOrl, 

La dernière est formée par la IHhlitxjiulki iiictnilicii. 
de.glt itludi di EijiHoloyia e di PapiruiixjKt. Enfin, 
une nouvelle rubrique est annoncée qui contiendra les 
additions et corrections aux publications récentes d'É- 
gyptologie et de Papyrologie. On voit que ce vaste plan 
promet de ne rien laisser ignorer au lecteur de ce qui 
peut intéresser l'Egypte antique. 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



PÉRIODIQUES 



Annales du Service des Antiquités, 
tome XVII. année 1917. Le Caire. 

M. MoRET m'ayaot demandé d'analyser, dans la 
Revue, les derniers tome.s des Annales du Serinee 
des Anliquitcs, j'ai choisi, par nécessité, l'année 1917, 
la dernière que j'aie pu me procurer au complet. Comme 
ce périodique renferme un grand nombre d'articles, 
quelquefois de moins d'une page, je ne m'attacherai 
qu'à l'essentiel. Cela ne veut pas dire que ce qui sera 
omis soit sans iotépêt, mais il faut se borner ou se ré- 
soudre à reproduire simplement la table des matières. 
Un peu pris de court, je ne tiendrai compte des tra- 
vaux qui ont pu traiter depuis des mêmes sujets que 
dans la iniesure où je les ai immédiatement sons la 
main. 

Dans une « Notice nécrologique d'Alexandre Bar- 
santi ]) (p. 24y-260|, M. Daressy nous donne, outre 
la biographie du regretté Directeur des travaux, le ca- 
talogue de ses écrits. 

Georges Legrain, dans un Rapport sur les tra- 
vaux exécutés à Louqsor, à l'ouest du temple d'A- 
man (octobre 1916- mars 1917) (p. 49-75), nous fait 
connaître un ensemble de monuments romains mis au 
jour sur l'emplacement indiqué et qu'il décore du nom 
de forum. 11 croit avoir retrouvé un quai antique, un 
uilomètre, un arc de triomphe ou passage, la porte du 
forum, un puits, des colonnes, la tribune aux haran- 
gues, une fontaine, etc.; enfin, une chapelle copte. Le 
<i clou » de la trouvaille consiste en quatre « piédestaux 
de colonnes décoratives », dont deux ont été dédiés par 
un certain Aurelius Ginus, préfet de la Théba'ide, pro- 
bablement sous Julien. 

Dans L'Art ianite (p. 1G4-176), M. Daressy s'ef- 
force de démontrer que G. Maspero a eu tort d'attri- 
buer à Tanis une école^d'art florissante. D'abord, u il 
n'existe pas de pierre dans la région «; ensuite, Tanis 
n'a jamais été métropole de nome avant l'époque ro- 
maine, et rien ne prouve qu'elle ait été capitale sous 
les Pasteurs. Enfin, sa prépondérance sous la X.\l' et 
la XXIll" dynastie est un double accident, survenu 
dans une période troublée. Les monuments qu'on y a 
recueillis, qu'ils datent d'.\menemhet III, de Ramsès 11 
ou des roitelets postérieurs, ont été importés ou imités 
sur place d'après des modèles probablement mempliites. 



Iles sculptures du « type Ianite )i ont été trouvées ail 
leurs. 

Des Bas-Reliefs d'AlItribis, publiés par M. Daressy 
(p. 183-193). nous montrent des <c scènes en rapport 
avec les mystères de la résurrection d'Osiris )!". M. D.v- 
RESsv observe que ni dans les temples, ni dans les 
tombes, il n'a rencontré une suite semblable. Deux 
grandes figures, dont l'une a l'aspect habituel aux gé- 
nies de Nekhen, sont cantonnées par plusieurs registres 
de personnages faisant des gestes mystiques dont l'ex- 
plication n'est pas aisée. Intéressante représentation du 
siphon. 

Un papyrus hiératique de la XIX' dynastie nous a 
conservé un long fragment d'un Rituel des ofl'randes 
(1 Amenhotcp l" présentées au roi divinisé par Ram- 
sès 11. M. Daressy, qui en donne une transcription 
avec traduction (p. 97-122), fait remarquer qu'il «dif- 
fère du rituel du culte journalier d'Amon qu'a étudié 
M. Moret; bien que certaines cérémonies soient sem- 
blables, quelques formules seulement sont analogues 
ou identiques». Elles sont, d'ailleurs, peu claires, 
comme il arrive trop souvent en pareille matière. A la 
page 103. allusion à la légende d'Horus et Set. A la 
page 103, « formule assez développée du nesut-du- 
hotep. On voit ici d'une façon évidente que Ramsès II 
dépose sur l'autel des offrandes pour Qeb et les dieux, 
mais avec mission d'en faire profiter Amenbotep I". » 
On sait que notre connaissance des honneurs posthumes 
rendus à Aménophis I" a été enrichie, dans ces der- 
nières années, par la découverte de son tombeau et la 
restauration des bas-reliefs de son temple funéraire 
(cf. JEA., I, p. 216 sqq.; IV, p. 11 sqq.). 

Les formes du soleil aux di/férentes heures de la 
journée sont cataloguées par M. Daressy (p. 197- 
208|, qui complète les données fournies par Brugsch 
dans son Thésaurus, p. 37 (cf. Aegyptologie. p. 327). 
Dans ses tableaux comparatifs, M. Daressy introduit 
•des détails négligés par Brugsch, et utilise de nou- 
velles listes de Dendérah, de Philai, d'Edfou. Il n'y a 
pas concordance exacte naturellement, mais d'une 
manière générale on relève les représentations sui- 
vantes du soleil. Aux heures 1 et 2, Harpocrate; 3, 
faucon ou lion à tète de faucon sur une fleur de lotus; 
4-9, diverses divinités adultes; 10-12. vieillard criocé- 
phale marchant de plus en plus courbé en s'appuyant 
sur un bcUon.^ 

Le lieu d'origine de l'arbre b âch » (p. 23-28), 

'^"'^ n'est pas, pour M. Daressyr le Liban 



I 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



263 



["""^fX/VQ 



dans toute son étpnclue, mais sa partie septentrionale, 
dont le nom antique sb serait conservé sous la forme 
Hermil. Dans une Lettre à M. Daressy sur le nom 
égyptien du Liban (p. 2tjl-26i|, le P. Ronzevalle 

estime préférablede maintenir l'assimilation 
= pb. 

La Statue tr 3SS63 du Musée du Caire (p. 81-85) a 
été jadis publiée par G. Maspero {Annales, III, p. 96). 
Elle présente quatre caractères d'une écriture indé- 
chiffrée. "M. Daressy croit pouvoir établir un rappro- 
chement avec l'écriture S'inaïtique récemment décou- 
verte par M. G.4KU1NER, cela bien que la statue pro- 
vienne d'Assouàn. Le P. Ronzevalle (p. 263-271) 
démontre qu'il s'agit de caractères araméens. Ce serait, 
avec le a" 31919, la seule statue à inscription ara- 
méenne trouvée en Egypte. L'essai de déchillrement 
(le Gahdjner serait inadmissible. 

Dans un article On Ihe dating of early plnlemaic 
papyri, M. Edgar (p. 209-223) reprend la question 
épineuse des doubles dates au IIP siècle en utilisant 
de nouveaux matériaux provenant de Théadelphia. 
il. Lesqcier devant faire paraître dans /a Rerne un 
article sur le même sujet, à propos de celui de M. Ed- 
gar, je n'ai pas à en dire plus long, sinon que je 
compte moi-même publier quelques remarques en me 
plaçant au point de vue spécial du démotisant. 

Les sculptures d'une Chapelle de Mentouholep III 
à Dendéraji, déblayée en 1916, ont été transportées au 
Caire. M. Daressy (p. 226-236) en publie les inscrip- 
tions et en décrit les tableaux. .\ noter (p. 234) la 



f'-l 



mention 

DDO t^fâ .... 

r ■-' . Q \3 m ' ^ — ) «lui peut avoir son intérêt pour 

la question controversée des rapports du ka et des 
statues funéraires. 

Le site d'Edfou a été assez productif dans ces der- 
nières années. Après que nous a été rendu un impor- 
tant lot de papyrus démotiques (Hauswaldt), datés des 
premiers Ptolémées, voici que les Moyen et Ancien 
Empires donnent à leur tour. Dans un article, qui 
ouvre une série, sur les Monuments d'Edfou datant 
du Moyeu Empire (p. 237-244), M. Daressy nous 
présente deux statues, trois stèles funéraires et deux 
tables d'offrandes. Les inscriptions ne tranchent pas 
sur la banalité ordinaire. Cependant M. Gardiner 
{JEA., V, p. 223) a cru y reconnaître la plus ancienne 

mention du nom ^=^^, appliqué à la ville d'Edfou. 

o ® ■>== 

Horus, originairement dieu de cSï' en Basse-Egypte 

(Damanhour, d'après Sethe), aurait ainsi, en chan- 
geant de résidence, causé le transfert du nom de l'an- 
cienne à la nouvelle. On s'étonne moins, dès lors, qu'un 
de nos monuments mentionne, ainsi que l'a remarqué 
M. Daressv (p. 238). les dieux et déesses d'Héliopolis. 
Le chassé-croisé d'Osiris ou Horus et de Set entre 



les deux moiljés du royaume prête à ces dépayse- 
ments. 

Avec l'article de M. Daressy sur les Inscriptions 
du mastaba de Pept-iyefer à Edjou (p. 130-140), nous 
remontons jusqu'au début de la VP. dynastie et aux 
règnes de Téti. Pépi 1" et Merenra. Outre les lormules 
habituelles, l'énumération des titres et un catalogue 
d'offrandes assez développé, il y a une inscription bio- 
graphique, d'un assez grand intérêt, que M. Daressy a 
traduite et dont M. .Moret a repris l'étude dans son ar- 
ticle Uu nomarque d'Edfou au début de la VI' dy- 
nastie {Comptes rendus de l'Acad. des Inscr., 1918, 
p. lOo sqq.l. L'interprétation est délicate par endroits. 
Je me permettrai à mon tour quelques remarques. 



L. 3) Le titre — »— ^^ 



^:7~^ « porteur de 

hache », connu depuis longtemps par l'inscription 
d'Ouni. était traduit autrefois o porteur de couronne, 
ou de ceinture u. M. Moret {CR. Acad., 191o, p. '663) a 
cru pouvoir affirmer que le déterminatif "^^"^ était 
fautif. On observera que la découverte d'une lecture 
ntdh pour la hache n'élimine pas du coup le mot wrf/i, 
xxo's.2.< " ceinture », et que, d'après M. Daressy, « le 
signe -c""- n'est pas très net », tandis que, sur l'ins- 
cription de l 1 yS, il ne reste à peu près rien qui 

oblige à restituer -CT — . Le passage des Pyramides 
1214 donne, chez P. et M., un déterminatif mal carac- 
térisé, tandis que N. a (3 pour le verbe et "^"^ pour le 
substantif. Si l'on ne perd pas de vue que le sens 
propre de Çs est « nouer»; si l'on considère la graphie 
>»«; Ç\ d'une stèle du British .Muséum (n° 14b, 
.\menemhet III), on sera peut-être ramené à l'ancienne 
manière de comprendre. Si des confusions ont réelle- 
ment eu lieu entre les deux homonymes, il y a là un 
indice de ce que le titre ne correspondait plus à aucnne 
fonction réelle. On observera que jucxg : il^k•2s^ : 
xxo's.A laisserait prévoir uu prototype md/j ou mdh. 
Il existe, en effet, en démotique iPaj). mag. n° 427), 
mais, au Nouvel Empire, on écrivait encore mdh (Mo- 
ret, Rituel du Culte, xvii. 5). 

I 

I. Daressy : «J'ai fait que les bœufs dans 



L. 4) 



1^ 



cette région soient plus (nombreux) que les bestiaux », 
etc. — Moret : o J'ai agi en sorte que les bestiaux de 
ce nome soient au-dessus des bestiaux », etc. L'exprès- 



q. 



est très intéressante, parce qu'elle 



accuse la même formation que la préposition e£pen-. 
Sans prétendre à une identité de sens à pareille dis- 
lance, je crois qu'à côté de l'idée de supériorité on peut 
envisager celle d'égalité. Le bétail soutiendrait la com- 
paraison avec les bêtes de choix dont il est parlé en- 
suite. 

L. 3) Moret ; «J'ai donné du pain à l'affamé, des 
vêtements à celui qui était nu, grâce à ce que j'ai 



;J61 



COMPTES HF.NDUS BlULIOGKAPIllQUES 



■ii\r!\^^^. 



iiir raison di> tra- 



tfoiivé daps ce nom 

i, I. Darkssv me parait 

(luire ici, comme à la ligne suivante : v (celui qui était 
nu) que j'ai trouvé dans cette région ». Au point de 
vu:' strictement frraminallcal, Horet introduit un q 
(lui n'est pas dans le texte. Quant au /wwva qui l'a con- 
duit à modifier le sens fourni par D.\ressy, sa f)résence 
est à noter, parce qni' nous avons là nu exemple ancien 
des tournures relatives relevées par Er.m.\n dans sa 
tirummnire, S5 n4U, et voisinant, sans nuance appré- 
ciable, avec la constructinn liabituelle. 




tout liomme que j'ai 

trouvé dans cette région qui avait été fraudé, je lui ai 
fait rendre par l'autre, mettant par cela l'homme eii 
fête dans sa propriété. » — Moret : « Tout homme 
que j'ai trouvé dans ce nome n'ayant pour lui que les 
grains d'un autre, moi, j'ai changé la condition de" 
tout homme en cet état au moyen de hi fondation per- 
pétuelle. )) ,1e crois que l'on aboutit à un sens moins 
alambiqué en déplaçant légèrement le /va(w\a qui est 

sous 



On sait que les lapicides, sous l'Ancien Em- 
pire, n'étaient pas toujours très scrupuleux quant à 
l'ordre des signes. On a ainsi : (( Tontes les fois que 
dans ce nome je trouvais un homme ayant par devers 
lui l'annone {'!) d'un antre, moi, je la remplaçais à son 
propriétaire au moyen de la fondation, n Eu somine, le 
nomarque soldait le créancier. 

M. Henri Munier publie (p. 144-159) des Frag- 
ments lifn Actes du Martyre de l'apa Chinmbe en 
copte sahidique. Il s'agirait d'(( une nouvelle ligure du 
martyrologe chrétien d'Egypte». Le nom du saint, qui 
paraît dériver de celui du dieu Chnoum, et la mention 
de la ville de Bubaste constituent l'intérêt principal de 
ce banal récit. Il me semble qu'on peut y trouver en- 
core autre chose, comme la mention des libelli, mais 
non pas, comme l'affirme M. Munier, « une moisson de 
mots inconnus ou peu connus ». En ellel, il n'y a guère 
que cinq mots qui ne soient pas dans Pevro.n' : «.julAl 
(S, 9); HWTC (3, 20): njnpe (o, 21^ ujoeii*. (7. i); 
OTioHjit (S. 10). Par contre, ()JT-ïi-Tfen.H IS, 3, « mot 
inconnu » !| y est représenté par ses éléments. Mallieu- 
reusement nous avons à faire une autre récolte, et de 
faits où l'on ne saurait toujours voir des « défaillances 
dn scribe ». 

2, 4) ^x».]<^ox3L ne peut être ((réconforter»; de 
même à 3. 24. Il tant ^(^oxx, comme ou a d'ailleurs, 
plus loin, 6, 33, etc. 



1 Je cile, pour plus de simplicité, d'après les pa^es du ti- 
rage à part, puisqn'il >■ a double pagination. Le seco»id notn- 
l)rc se rapporte a la lif;ne d'imprimerie. 



2, 8i neiujeojue nuje ne .se chiffre pas par 400, 
mais par 140 X 100= 14000. 

2, lli Onclle que soit la règle adoptée pour la sépa- 
ration des mots, on doit réunir un mot composé comme 
TiinTtioK ( non ni Iîtior). 

3, 4i !Îjmo*iT[c ïtujHpe igHii.] est naturellement 
pour n]ajOA>.T[, etc. 

3, l!l| [u|&.q]poe^ic e]poo-5- g^eittonoc nfjute- 
uj&.T&ioK epoq « il veille sur eux dans leurs sentiers » 
n'est guère satisfaisant, ni cohime texte ni comme 
rendu. 

3, 21) AinVnekT e-^i'Ka^ioc cite g^a.n'soeic Kii.a.q 
Rcwq, Il jt- n'ai point vu le juste abandonné du Sei- 
gneur ». Il faut réunir eneg^ : « je n'ai jamais vu de 
juste M-, on attendrait e-a.. 

4. 11 [nTepeqn]«kir -^c epooT ««.[g^Aioif ngHJre- 
xx^^m «.qs'wnT. ii Lorsqu'il les vit sains et sanfs, le 
gouverneur s'irrita violemment. » Les égyptologues 
regretteront que itikOAioir ne soit pas dans le texte 
qui leur aurait ainsi fourni une belle forme de parti- 
cipe. Si l'on admet la première restitution, que peut- 
il y avoir dans la seconde lacune, si ce ce n'est n[(3'i] 
ou «[TernoT] '.' 

4, 27) «> itenepiRetÇa^Aeik ïïkio^t ujione ïï£en- 
KiVoiJL noTon* eTseititeiCi^ne. « Les casijues rougis 
au feu étaient des couronnes sur leur tète, n II faut 
évidemment : « devinrent des couronnes de lumière 
(itOTPOein) ». 

4. 30) «.qoTCtuiyT •2ioo[c •se... «il adora en di- 
sant » est impossible. 

4, 32) u{«.pon «[itejcon THp[o]T, ... « vers nous 
toutes les fois ». .le préférerais ïi[Kejcon, mais la 
longue lacune qui précède ne permet pas de déterminer 
sûrement à quoi THpon" se rapporte. 

5, 2) if^-ite^Kô. [ïîjcwi' A.it, (I je ne t'abandonnerai 
pas». La lacune est-elle trop petite pour Kak[«kR 
njccoi":" [eqjgioit etc., « la couronne de ton martyre 
est proche ». Il devait y avoir [«.qjg^WK, comme, 
d'ailleurs, itifra. », 17. 

;j, 3) A.VoT(.o t"ikp eic[e)ttTijOT] iteTeitKAoai. [e&oA] 
juiitiieTeit^ponoc CTAieg^ npA.ige CTne's OTOetn 
eÊoX ocnTô^noAic -^iAhai. « Car j'ai déjà préparé 
vos couronnes et vos trônes. Vous serez remplis de joie' 
et vous resplendirez de clarté dans ma cité de Jérusa- 
lem. H II faudrait eicfeÊTe] ou eic[otTe n]. En outre, 
la joie et la clarté »e rapportent aux trônes, peut-être 
aux couronnes, mais pas anx martyrs. 

5, 9) ïtTO ^cgojTC ÛTeoT ïÏTeig^e. « Et toi, qui es- 
tu ■? » Je préférerais : i. Toi aussi, tu es de cette en- 
geance ? » Emploi elliptique du conjonctil. 

o, 14) OT g^nioq ne co[«Çn>.]. Lire ^ooajq. 

a. 20) «.TnioTC îÎTeceKifie cîÎTe • aiRphtc • «.q- 
TpeTceine ïigJûLiunpe • AinoTgAxoT • Aino'vg^Si's 
eqTiHq ïtceTe-g^oT AxneTcpHT • itceni^^TOT 
eg^pi-i' e-xiooTP • a.iru) g^'i'TÏÏTiS'oai AinnoTTC «. 
iteceKi&e Ao eTT6.Te c«oq ëfcoA • «>tw *. nRec- 



COMPTKS RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



265 



T[(»]iii>pi'oc KJs. TOÔTOT eÊoA. « Et le gouverneur 
ordonna de lui enlever les deux seins et le cœur. Il les 
(it verser dans des urnes (?) avec du sel et du vinaigre 
bouillant. On les mêla ensemble et on les répandit sur 
euï. Et. par la vertu de Dieu, les seins se mirent à 
couler du sang-. Les bourreaux les laissèrent. » Bien 
qu'il y ait deux mots difficiles, déjà signalés, quelques 
rectifications sont possibles. Qu'est-ce qu'on fait verser 
dans des urnes? Sur quoi répand on ce qui a été mêlé? 
Pourquoi Dieu fait-il couler le sang? Pourquoi les 
bourreaux s'arrêtent-ils à cette vue? D'abord g^HTC 
«son ventre», à la rigueur, «sa poitrine», n'est pas 
9THC « son cœur ». Ensuite eiite n'est pas « verser »; 
il y a des chances pour que ninpe soit aussi une com- 
posante du mélange corrosif, qu'on répand sur les 
seins et le ventre, u Et, par la vertu de Dieu, les seins 
cessèrent de verser du sang et les bourreaux s'arrêtè- 
rent. » Dans K*> TOOTOT, l'allixe se rapporte aux bour- 
reaux et non aux seins. 

0, 26| TeTeitn*.-©-Tci».7e •xiitHuLort [nJTeTiiita.- 
AiOTf Kè^KWC . « Sacrilierez-vous, ou non? Sinon, vous 
mourrez de malemort. » •xinJûLiton ne peut pas ser- 
vir deux lois. « Vous sacrifierez, ou sinon, vous mour- 
rez. » Cf., dans le même sens, 'n hii = Iï.u.on (Guif- 
PITH, Dem. Pap. Rylands, p. 2.33, 12. De même, dém. 
ge (qui, d'après Spiegelberh. Petiihas^lisglossar, ne 
serait pas le prototype de sali, •xe, •s.n.) est employé 
seul dans / Kh., iv, 26 : « Donne-moi ce livre, ou [ge] 
je le prendrai de force. » 

5, 30) ncTeoTÎîtî'oJUL Suon; naturellement pour 

0, 32) TenoTC <?'e H'soeic ic neTcn^ioeic eiteit- 
ctOJULA.. On aimerait mieux neTep'Xoeic. 

,ï, 34) ne'Si.q JûLng^Hr-eiiwtt eq*)- AifeeXAoc 
g«.tieTOT*.«,t. « (Il diti au gouverneur qui plaçaif 
les inscriplions au-dessous des saints. » Quand on tra- 
duit les Actes des Martyrs, il paraît difticile d'entendre 
libellus autrement que dans son acception spéciale 
bien connue. Si l'on veut mettre en liarmouie notre 
passage avec ce que nous savons des libelli, notam- 
ment par l'étude détaillée de Paul M. Meyer [Die. li- 
belli mis der decianischen Verfolgung, apud Abhand- 
lungen Àkad. Berlin, lîJlO, Anliang ii° S), il faut 
admettre que notre ri-i-îiAtov n'a pas entendu nu pas 
voulu entendre la réponse des saints, qu'il les croit en- 
core disposés à sacrifier, et qu'if se prépare à ■Jitoarijj.su.'i- 
o-aTÛai ipiand le curnor intervient. On sait qu'en Egypte 
du moins, les déclarations étaient rédigées d'avance 
au nom des intéressés par un voiioYpiyo;, et de même 
les atleslations de l'autorité par un ypattiAaTÉ-J;. Dès 
lors, l'apposition d'une seule signature au moment du 
sacrifice suffisait à rendre la pièce valable. Ainsi le 
cursor « dit au gouverneur, comme il donnait des li- 
belles pour les saints ii. Sur ^ek- dans ce sens, cf. 
Stern, § 343, 4. Je ne donue pas mon explication pour 
certaine, car les choses ne se sont pas passées forcé- 
ment partout comme en Egypte, et notre écrivain a pu 
n'être pas exactement informé. U y aurait là une petite 

Rfi'ue ('f/ypto/officjw. 1. 



recherche à faire, dont je n'ai pas les éléments sous la 
main. 

<j, 41 OTÏÏ OTKO-8-! UnoAlC CÔ-neiAlÛTilAlO 

nepe oeitepne h^htc. « Il existe, à l'occident, une 
petite ville où se trouvent des temples. » Il faut évi- 
demment couper: xsuuton epe «à l'ouest de nous». 

6, 7i AAi.peii'îiVTOT enxi*. cfXi.xxi.Tr nc«LtoA 
ïÏTeino'Aïc • nTs^Tcep neigfiHire THpoT îï^"'''^. 
« Qu'on les conduise en cet endroit, en deliors de la 
ville, pour qu'ils accomplissent toutes les cérémonies. » 
Deux contresens trop visibles. « Conduisons-les là-bas, 
hors de cette ville (où nous sommes), dans laquelle ils 
ont perpétré Inus ces actes. » 

6, 8) evTO) neTeg«*.K &.piq ««.t • 2**nAi«> êt- 
JCLiiA.is' • H îîceoTOjujT ïïtieitoiTTe eTTA.i"Hir • h 
nce")- *.no(Çd.cic epoois- juixi«.t. « Et ce qu'il te 
plaira, fais-le en ce lieu. Qu'ils adorent là les dieux 
illustres ou qu'ils reçoivent leur condamnation. » .le 
comprends plutôt : « Et là-bas fais-/cM)' ce que lu vou- 
dras, soil qu'ils adorent les dieux vénérables, soit qu'ils 
les y renient, u * 

6, 11) -^ coo-yii È.IIOR •se A»etiA*>*.if ii6.ujK0j<V.ir 
AixiOK g^IinAJLa.. ë'TÏiJULô.T. « Je sais pour moi qu'il 
n'y aura rien dans cet endroit qui ne s'opposera. » 
Coutresens pour : « Je sais, moi, que là-bas personne 
ne pourra te faire obstacle. » 

6, 12) Dans la lacune il doit y avoir notamuieut quel- 
que cliose comme : « il ordonna ». 

6, 18) itiAï. ne npiojue CTOTeujnwn^ eTAie 
Hti*>T eite^oo-y eTne^iiooT. « Quel est l'homme qui 
aime vraimentAa vie pour voir des jours heureux ? » 
— Le texte égyptien est ici parfaitement en harmonie 
avec la version des Psauiiies, xxxiii. 13 : « Quel est 
l'homme qui veut la vie, qui désire voir des jours 
comblés de biens ? » 

6, 20) AX«.pequ]ine ïïcê.'^'pHitH ■ s-ttoi) nqnwT 
îicojc, qu'il recherche la paix et ne la fuie pas ». Plu- 
tôt : (1 et la poursuive ». 

6, 24) iiiù.iiTOTr niog eK«^Axe enoAVc ère noT- 
fiiwCTe ne. n Jusqu'à ce qu'ils eurent atteint, en Egypte, 
la ville de Bubaste. » — Il est regrettable que l'indica- 
tion géographique, qui, au dire de M. Munier, cons- 
titue l'intérêt principal de notre texte, soit fournie par 
une phrase boiteuse. K&xie au sens d'Egypte n'est 
une forme normale dans aucun des principaux dia- 
lectes. Je ne nie d'ailleurs pas qu'on en puisse trouver 
des exemples. Il faudrait eTnoAic ou eoicno'.Xic. 
L'expression ottkoti jûLno'Aïc peut bien convenir à 
Bubaste, depuis longtemps décline de son ancienne 
splendeur. De même, la mention d'une TtriyT, rappelle 
le temple formant presqu'île d'HiTodote. Je n'ose tout 
de même pas mettre cÇi^Ae'; en rapport avec la « bran- 
che pélusiaque». D'autre part, la situation de Huliasle 
est telle qu'on ne peut imaginer quelle grande ville 
d'Egypte serait, à l'est, sullisaniment éloignée pour 
que le n gouverneur» ignore l'existence de l'ancienne 
capitale du .WIU" nome. Il faut doue admettre et 
eK&JULe et l'hypothèse de M. Munier, qui situe en 

34 



266 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



Syrie la première moitié du drame. Mais combien 
étrange est celte traversée rio désert par le oysiiiiv, 
les 94 martyrs, ap:i Clinoubé et ses [réres ! Bien mieux, 
le point de départ ne serait-il pas Antioclie, ainsi qu'il 
arrive si souvent (cf. Mi.nifr, Annales. XIX, p. 71) et 
comme semble l'indiquer la mention dn f|YE(j.a>v et des 
14.000 convertis ? En relisant le Roman de Cambyse 
notamment, on apprend ii ne pas se montrer trop dif- 
ficile sur le-chapitre de l'orientation. 

fi, 31) n«.V eic ïïujjuuje tia^c], « que nous servons u. 
Coupure inadmissible. 

G, 33) iteKnOTTe îixioiritï' âgiiL. «Tes dieux, 
œuvres de tes mains, u Le texte n'en dit' pas plus long 
que manufactus, et n'attribue pas au « gouverneur » 
des talents de sculpteur. 

7. 7| ... eTpeifg[6.]peg ëpooTc u)«i.ti)(>>pn — 
nTepoi)"OTn[oT] -î^e c[20''"''] eneT«^<Vfi\^i]c 
eAïa-Te g^*.T&ujH nne&is.c&.noc • ïït&.tt*>*>t n*>ir. 
« ... beaucoup sous la multitude des tortures qu'on leur 
lit subir. » Si M. Mij.nier parait avoir renoncé à tra- 
duire la première partie, cela tient sans doute à la res- 
titution «■'<V[i>^i]c qui obscurcit le passage. ,Ie pro- 
poserais «A[ifcje : (I qu'on les garde jusqu'au matin. 
Ayant été enfermés, ils se trouvaient très déprimés par 
suite des nombreuses tortures qu'ils avaient subies. » 

7, 12) ep(S'A.fi g^HT ne peut guère être coupé. 

7, 14) «.pin*.A*.eeTe ïô iieciiHT [g]3in6.igA.'se. 
« Souvenez-vous, ô mes frères, de la parole (qn'a dite 
'notre père David). » ne. et [g]!»- sont suspects. 

7, 13) OT ncTite^tioTcq H of neTnoTAJi ïîci-ocn- 
ciiHT genoTTAX.*. itoirtoT • epe "^pHitH [JûLnjnoTTTe 
g^eitTe[....] eirnekcp^^e jui[nc]os'n eTg^i'xnT6.n[£] 
n&«>pu>n eTHHT enecHT «toot îtciioit {suit une 
lacune d'environ no lettres]. « Qu'il est bon ou qu'il 
est doux pour des frères d'habiter ensemble, (ou l'on 
goûte) la paix de Dieu; c'est comme un onguent sur la 
tête d'Aaron qui vient des montagnes de Sion [lacnne]. » 
Le texte des Psaumes, cx.iïxii, est curieux à comparer. 
Le début n'est pas absolument semblable. Ici, on a : 
« Quoi de meilleur ou quoi de plus agréable que des 
frères en un même lien, la paix de Dieu régnant dans 
la ... ? Ils ressembleront au parfum qui est sur la tête 
d'Aaron et qui se répand (sur sa barbe, etc.). » C'est 
_(( la rosée de l'Hermon qui dçscend sur la montagne de 
Sion I). 11 faudrait savoir quelles traces subsistent des 
dix dernières lettres ponctuées avant d'accuser quel- 
qu'un. 

7, 24) Tettoirwitg n«.K etoA nneTOT«>s>fi en&T 
CTeKS'oJU. « Nous confessons ta sainteté pour voir la 
puissance. » Interprétation libre. Je ne garantis pas 
la mienne ; « Nous te rendons témoignage, 6 saint », 
te. Peut-être e(it)riô.T, « voyant ta puissance ». 

7, 25) e'xnîiAi[oOTr] ne peut tout de même pas 
vouloir dire n au-dessus d'eux ». 

7, 29) i.Ts-(») ïÏTeig^e a^ noiroeiri ei egp«,\ îïcot- 
cooTC Snoône. — a.qTWO'yit mî'i ng^HxreAiwit. 
« Ainsi, lorsque parut la lumière, au six du mois de 



Poopé, le gouverneur se leva. » Il y a une coupare 
bien nette, d'ailleurs suffisamment indiquée par la 
ponctuation. La première phrase se relie à ce qui pré- 
cède : « Et c'est ainsi que le jour se leva le 6 Paophi. » < 

8, 7) *.n*> ujnoTrfce •i.e gcowq [nepej g^eitoT- 
X*>''^k[']o"' "Or lapa Clinoubé était lui-même dans 
une chandière. » — [ncpe] pour [neqj ! 

8, 9) g^i«.neKpft.it n«.'2ioeic u)«>pe nKtog^T uujââ. 
(I En ton nom, mou Seigneur, que s'éteigne le feu, que 
se dessèche la mer, que disparaissent les montagnes, 
que se fendent les rochers. » Il en demande beaucoup, 
l'apa Chnoubé, mais Uja^pe n'est pas optatif. Il est dit 
au contraire : « En ton nom, le feu s'éteint », etc. Toi 
qui peux tout. « ne détourne pas de nous ton visage ». 

8, 12) ujtone tt*.ii ê.oh«oc ti*.'i-(3'o[Ai.... «Sois- 
nous secourable. Donne-nous la force... » IV faudrait 
ïifcoHd^oc et AX.ô^'^a'oui. 

8, IG) eTT*.eiHT, simple faute d'impression pour ht. 

8. 19) TigHeeAj.1011 •^e A.tjepgOTe Jû.nequj&.'xe 
g*.pcooT. « Le gouverneur eut peur; il ne put parler 
devant eux. » Je préférerais : « Il ne dit rien contre 
enXj» (cf. Stehn, § a4o. 2). Les martyrs viennent de le 
traiter avec mépris (ciouj); Il n'ose rien ordonner 
contre eux. 

S, 20) ïtTOOTT ■i.e e,T-f neTOT[oi *.'5"]n(oioit€ 
lineq^poitoc i.'SAï.neqg^o neqnos' 'i.e *.TPTA.goq 
ep».Tq [*>'2ii«.ne-y]g^[o] îÏRecon — [itTeirno-s-] •i.e 

A.qiS'coriT[ « Ils s'en allèrent renverser son trône, 

sans qu'il s'y oppo.sAt. Et ses grands se tinrent près de 
lui, eux aussi sans protester. Aussilût un des grands 
s'irrita... » T&goq ep*.Tq ue peut vouloir dire ici que 
« le relever ». &'Xjul est vraisemblablement pour e.'s.xx. 
« Ils s'élancèrent; ils renversèrent son trône en avant; 
ses olliciers le relevèrent. [Ils le flrent tomber] encore. 
•Alors [le gouverneur] ( ng^Hpejuiioit dans la lacune) 
se mit en colère». Pour remplacer [6.'s3ine'5"]g^[o], 
si l'on veut conserver l'g^, je ne vois que f«.-5'TJg[ioq] 
■qui n'a pas la dimension requise; non plusqne |nT0OTP 
■i.e a.TS-TJglioqJ. 

8, 30) « Leur âme fut portée par les auges au royaume 
des cieux, tffndis que l'apa Chnonbé, suspendu, les 
contemplait dans la paix de Dieu. Amen. » J'aimerais 
mienx [ei!"]e.uje que [£qj*.uje. Mais ne pourrait-on " 
élargir la lacune d'un cran et lire, soit [eirpji.iye, 
soit [eqp]e>uje, « tout joyeux, dans une pai.x divine » ' 

9, 1) Sin&TeK Tc^e nepe^TS-ciA. cônewng^ocVoc. 
« A présent, ô impie, sacri(ieras-tu ? » — Te-ee doit 
être pour Ti^e, ■^■e-e. — » Tu n'a pas encore accompli 
le sacrifice, impie que tu es. » 

9, 3) Il Et nous n'abandonnerons pas. » Il y a le sin- 
gulier. 

9, 9) « Il ordonna de l'asseoir sur un siège en fer et 
de mettre des boules enllammées dans ses mains. » Il 
y a le pluriel : les asseoir; des sièges; leurs mains. 

9, 12) Il Regarde-nous et prends pitié de nos souf- 
frances. » U est plus exact de dire : ii Laisse descendre 
ton regard sur nous et prends pitié de nous dans nos 
souffrances, » 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



267 



9, 17) B.irqos'oT cg^pù>V gVoTcon. u Ils sortirent 
ensemble. » Plutôt : (( Ils se dressèrent tous ensemble, u 

M. Henri Munieh a beaucoup publié pendant ces der- 
nières années, et j'applaudis des deux mains à son effort. 
Faute de loisirs et d'autres commodités, je n'ai pu jeter 
qu'un coup d'œil très rapide sur une partie seulement 
de sa production. Il m'a semblé cependant que ce que 
j'en ai vu était supérieur en correction au petit travail 
qui vient d'être analysé. Nous avons d'autant plus à 
nous surveiller sous le rapport de l'exactitude que trop 
de publications françaises ont été dépréciées, souvent 
assez injustement, à cause de quelques erreurs maté- 
rielles. .\ cet égard, bien qu'il -y ait d'honorables ex- 
ceptions, nous avons un peu notre réputation à refaire. 
Chacun, par solidarité d'école, y doit tacher. 

H. SOTTAS. 



Addenda aux « Remarque.s .sur le 
Poème satirique ». 

33) G. MÔLLER (ap. H. Gressjun,!"!))» reichen Mann 
■iind armen Lazarus, dans Abhaii.dl. BerL .ikad.. 
1918, n» 7) est parvenu au même résultat qu'Is. Lévv 
quant à la mise en harmonie du passage de la Descente 
aux Enfers démotique avec le texte de P.tus.\NiAS. En 
ce qui concerne spécialement ii, l'explication donnée : 
« das zu is, Strick/gehôrige V'erb » paraît un peu ru- 
dimentaire. Je tiens toujours pour ssn, à moins que ne 
se confirme la lecture de sics (?) qui apparaît, aux Zau- 
berspriiche, à côté de ««■/« et iiisn. Cl. /».<)/ pour insn 
(MeUernich, 34). Quant au sens, il y a certitude, grâce 
à [giouj, " funem tordere ii (sic Àuctariuiii, Pevron). 

40) L'élymologie de juito est déjà confirmée par les 
graphies démotiques du Papyrus magique, n° 419. 

o4) Toujours à propos du «subjonctif», il y a des 
essais à tenter touchant la forme du pronom régime 
dans le cas, assez rare, d'un verbe transitif donnant 
naissance néanmoins à un causatif. Le Papyrus démo- 
tique magique de Londres et Leyde, par sa date con- 
finant à la période copte, se prête admirablement à 
cette expérience. Des exemples comme : 

19, 40) '"'OTS-xio juLAJiooT itrTcoqce, 

20, 33) * iiPTCcceTecgiJu.e, 

24, 16) *II^«^k*,q ïtiS'o.s'i itrTXixiecenptojiie, 

etc., sembleraient trancher la question dans le sens 
d'ERM.\N. Mais il 7 a la contre-partie : 

19, 20 et 24, 33l * iUTTceqnpwxie. 

Voici un autre procédé : 

13, 11) *in7TcenptoAie XiAioq, 
et enfin des tournures où le pléouasme régne en maître : 

13, 6 et V, b, 2) *ttPTceceTec£iJLie JûLjULoq. 

Il n'y a donc aucune conclusion ferme à tirer de ces 
exemples. Cependant, les divergences constatées, on 
peut même dire les anomalies, montrent bien que nous 
sommes en pleine période de transformation, et que 
l'on ne se rendait plus un compte ex«ct de la valeur 



des formes anciennes. La porte est ouverte à Vu errer 
des Coptes ». 

Ou remarquera encore l'infinitif *OTrTco (la, 1), à 
rapprocher de ceux que M.vspeho a cités, bien qu'il ne 
paraisse pas calqué sur un causatif en s antérieur. 
H. .SOTTAS. 



Alan H. Gardiner and Nina de Garis 
Davies, The Tomb of Amenemhêt. 
London, Offices of the Egypt Explo- 
ration Fund, 1915. (25 S'il.) 

Ce volume est le premier d'une série consacrée aux 
tombes thébaines que se proposent de publier MM. Alan 
H. G.^RDiNER et Norman de G-4Bis Davies. Depuis 
plusieurs années, Gardiner relève textes et tableaux 
dans la nécropole thébaine; le Metropolitan Muséum 
de New-Vork y entretient aussi une mission qui pré- 
pare une série de monographies sur les tombes privées, 
avec N. ue G. Davies comme éditeur. Les deux entre- 
prises sont parallèles, mais non rivales; preuve en est 
le présent volume où le Metropolitan Muséum a fourni 
les 46 planches a.u trait et en couleur, dues pour la 
plupart au talent très remarquable de M'"" Nina ue G. 
Davies, et où Garuiner a donné un texte de 130 pages. 
La tombe d'.\meuemhêt a été choisie comme fournis- 
sant le meilleur exemple pour n exposer le schéma 
normal de la décoration murale et le thème des idées 
funéraires » des" Égyptiens à l'époque de la XVIII'' dy- 
nastie (p. 1|. .\ussi est-ce un véritable manuel d'ar- 
chéologie funéraire thébaine que nous devons à l'érudi- 
tion singulièrement pénétrante et bien inlormée de 
Gardiner. Il nous paraît utile d'en résumer ici l'ex- 
posé, même après le remarquable compte rendu que 
*G. Maspero a écrit de ce livre dans la Revue critique 
du 7 août l91o. 

Le propriétaire du tombeau, le scribe Amenemhêt 
(1 1\ —^Va. date sa stèle (pi. .XXVi de 

l'an 28 de Thoutuiès 111 (dont le règne s'étend de loOl 

à 1447 av. J.C.). Il était majordome (imr'a ) ) du 

a \\ 
vizir Ouser (sur ce personnage, cf. supra, p. 8), et 

O 
«préposé au recensement i(iéb ) des hommes, 

des champs, des grains, du métal d, soit pour le compte 
du vizir, soit « pour le grenier du neter-lietep d'Amoa » 
(p. 6-7); en somme, un fonctionnaire de rang élevé, 
qui doit sa situation à la confiance que lui témoigne 
le vizir Ouser. Bien qu'il ait vécu à une époque de 
troubles dynastiques et de révolutions politiques, la 
décoration de sa tombe ue rellète que le calme d'une 
carrière régulière et bien remplie. 

Le plan général de la tombe est celui en usage à 
Thèbes, vers le milieu de la XVlll* dynastie. C'est 
un développemeqt du type classique sous l'Ancien et 
le Moyen Empire, comprenant : salle de réceptiou. 



268 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



chapelle funéraire, caveau souterrain. Appliqué à un 

. [ hypogée creusé dans la ler- 

I •' I rasse rie Sheikh Abd-el- 

(iournah, ce plan se résout 
ilans le schéma suivant : 
un larg-e hall (I) pour les 
réceptions, nn passage {■>) 
conduisant par l'axe mé- 

j dian à une chapelle funé- 

I raive (3) (shrine). au-des- 
sous de laquelle un puits 

conduit au caveau (burial 

chamber). 
La pierre dans laquelle est creusé l'hypogée est d'une 
qualité trop médiocre pour admettre la sculpture en 
relief; aussi les tombes thébaines sont-elles décorées 
presque exclusivement de peintures, réparties sur une 
couche de mortier grossier recouvert de plâtre très fin 
Ces peintures ne sont' point traitées suivant notre 
conception moderne; elles nous offrent non pas des 
" tableaux », mais des scènes écrites, gu'il s'agit non 
de « voir », mais de a lire ». De là les conventions or- 
dinaires à la décoration égyptienne : siniplification 
vonUie de tout ce qui ne se rapporte pas au sujet, par 
conséquent, suppression des fonds naturels, sauf quand 
leur présence est nécessaire à l'interprétation (scènes de 
chasse et pèche); suppression des ombres et de toute 
relation des ligures avec l'ambiance extérieure; com- 
position non par tableaux d'ensemble, mais par scènes 
en série, divisées par registres, qui s'étendent comme 
des lignes d'écriture, où l'œil passe d'un personnage à 
un autre comme il passe d'un -mot au mot suivant; 
exagération de la taille des personnages principaux, 
correspondant à l'emploi des majuscules dans nos li- 
vres; emploi constant de l'écriture pour accompagner 
les tableaux; dédains des règles de la perspective, qui 
fausse pour l'œil les formes réelles des êtres ou des olp 
jets; ceux-ci étant peints non comme partie intégr;inte 
d'une composition artistique, mais pour eux-mêmes, 
sous l'aspect où jls peuvent être vus le mieux et le 
plus complètement; ainsi s'expliquent les traditions 
bizarres pour la représentation des figures humaines, 
où l'œil, le torse, les jambes, les épaules et les bras 
font vus par le spectateur sous des angles dillérents 
(p. 14 sqq.). Malgré tout, des qualités artistiques de 
premier ordre : un sens de la composition convenable 
à un espace donné, une finesse et liberté de dessin, un 
mélange de grâce et de fermeté dans l'exécution, qui 
placent à un rang élevé les peintures thébaines dans 
l'histoire de l'art égyptien. 
Quel est le but de lu décoration ? La tombe est 



i^A 



G ' 



lél lit (i/i « la place d'éternité u du 
défunt, par opposition à wAA/v^ "T'T'T'^^ ' P''~f 

n ^nliw « sa maison des (parmi les) vivants » (pi. XVI, 
X.XVII). C'est là qu'Amenemhët compte poursuivre, 
malgré le trépas, sa vie terrestre; aussi cette demeure 
sera-t-elle ornée de représentations relatives aux occu- 



pations du scribe A. Ici, Gardineb pose nettement le 
problème du sens de la décoration (p. 19). Les Égyp- 
tiens attribuaient-ils à celle-ci une valeur magique, le 
pouvoir surnaturel de faire revivre par l'image les actes 
représentés ? iMaspero et l'école française en général 
l'affirment: Erm.\n et l'école allemande en général le 
nient; pour les premiers, la décoration créa un monde 
magique autour du défunt qui y recommencera sou 
existence terrestre; pour les seconds, la décoration n'a 
qu'un sens commémoralif : elle rappelle pour la posté- 
rité la vie passée du défunt et les rites funéraires qu'il 
a subis, sans autre intention que celle qu'y pourrait 
mettre un récit biographique. — En fait, dit Gardineb, 
l'évidence de l'une ou l'autre théorie est difficile à dé- 
montrer, mais il s'agit d'une question de principe. Les 
Egyptiens attachaient-ils aux images des choses une 
puissance mystique? Cela n'est pas niable dans nn 
grand nombre de cas, tels que les statuettes des ré- 
pondants (shawahtj), les modèles de barques destinées 
aux navigations du mort, les oITrandes fictives, etc. 
Tout cela s'animait réellement d'une vie magique au 
service du défunt, les inscriptions en font foi. Que si- 
gnifierait aussi cette stèle fausse-porte, placée daus les 
tombes à l'entrée théorique de l'autre monde, si l'esprit 
du mort n'était pas censé passer au travers de ces pan- 
neaux murés, pour sortir clans la chapelle ouverte sur 
le monde des vivants et pour rentrer à son gré? La 
fausse porte devient donc à l'occasion une porte réelle, 
elle est douée de propriétés magiques. Enfin, à quoi 
servirait la décoration du caveau, chambre enfouie à 
10 mètres sous terre, dont les murs sont couverts de 
textes religieux, si les Égyptiens ne prêtaient pas à 
ceux-ci one efficacité magique pour le cadavre? Pour- 
quoi, sous l'Ancien Empire, mutilait-on les signes re- 
présentant dans ces textes hommes ou animaux si l'on 
ne craignait pas que ces signes puissent s'animer contre 
le mort? Pourquoi, dans le caveau d'A., les noms des 
dieux sont-ils écrits en noir, au milieu des rubriques 
à l'encre rouge (p. 104), si l'on ne redoutait pas pour 
la vie des dieux l'inlluence néfaste du rouge typhonieu? 
Voilà des témoignages en faveur d'une vie magique 
attribuée à la décoration de la tombe; là où les preuves 
directes mani|uent, nous pouvons encore arguer d'ana- 
logies avec les autres peuples restés à un stade simi- 
laire de culture. Gauuiner admet donc le secours de la 
méthode comparative, que l'école allemande repousse 
généralement. Cependant, Gardiner concède que les 
textes biographiques et certaines soènes de la vie ordi- 
naire peuvent, au moins à l'origine, n'avoir eu d'autre 
but que l'édification des visiteurs et des lecteurs; mais, 
par la suite, ces scènes elles-mêmes ont été déviées 
vers un but magique : preuve en est l'affirmation des 
textes qui accompagnent les figures, que tels ou tels 
divertissements du défunt doivent durer « élernelle- 
ment « ; cela ne signifie-t-il pas que la peinture se pro- 
pose non seulement de rappeler, mais encore de faire 
revivre à perpétuité les réalités figurées sur les murs 
(p. 6fi-67)? En somme, malgré ses réserves, Gardiner 
défend partout avec de bons arguments la théorie de 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



269 



Maspero et reconuait à la décoration, dans la plupart 
des cas, « une vertu magique, qui conserve, pour le dé- 
funt, la réalité des choses représentées ». 

Ce principe établi, on comprendra mieux que la déco- 
ration des tombes thébaines soit réglée par un plan 
sensiblement uniforme, où chaque scène se retrouve à 
un emplacement traditionnel, dans un but bien déter- 
miné. Gardiner définit ce plan général p. 17;, puis 
passe à la description détaillée que nous allons suivre 
avec lui (p. 26). 

I. Le Hall, tout prés du monde extérieur, reste en 
commuuication directe avec lui; sa décoration décrit les 
occupations terrestres, les travaux et les distractions du 
propriétaire. Cette partie de la tombe d'A. est assez 
dégradée ; elle offre encore aux yeux des scènes de 
travaux agricoles ipl. Ill, de chasse dans un parc en- 
touré de palissades ipl. IX), de chasse aux oiseaux avec 
le boumerang (pi. I). à l'hippopotame avec le harpon 
pi. I, a;, de pêche au filet, de salaison de poissons 
(pi. 11). Le tout appartient à une série traditionnelle 
qui remonte à l'Ancien Empire. Ces tableaux décrivent, 
d'une part, les moyens de se procurer la nourriture par 
l'agriculture, la chasse, la pêche; d'autre part, ils ont 
un sens mystique. Gardiner doute avec raison que 
le bureaucrate qu'était A. ait jamais eu l'occasion de 
chasser l'hippopotame, mais la scène devait se trouver 
là, parce qu'elle évoquait un épisode de la vie des 
dieux osiriens (auxquels le déinnt est identifié en tant 
qu'Osi/"iS), celui où le jeune Horus, dans les marais de 
Bouto, tue son ennemi Seth sous l'aspect d'un animal 
monstrueux. La tombe d'.\. offre en effet un 'texte reli- 
gieux" peint au-dessus de l'hippopotame: il rappelle 
l'épisode de la chasse d'Horus (pi. 1) eu termes obscurs 
mais suffi-sants pour confirmer la signification magique 
du tableau : A., tout en se livrant au plaisir de la 
chasse, fait œuvre rituell.e : il abat les ennemis d'Osiris, 
qui sont les siens propres, et il en triomphe comme 
jadis Horus en a triomphé. La chasse aux oiseaux avec 
le boumerang a un sens magique tout pareil, confirmé 
par des textes {.EZ., 47 (1910;, p. 132). J'ajoute que, 
dans les temples, la présentation au dieu des oiseaux 
et des bêtes du sacrifice s'accompagne d'allusions pa- 
reilles : les animau.'î sacrifiés sont les « ennemis du 
dieu i> I.EZ., 48 (1910) p. 69 sq.). 

.\près la préparation des offrandes, on passe a leur 
présentation dans des banquets. A. lui-même apporte 
des offrandes à son ancien patron, le vizir Ouser, et à 
la famille de celui-ci (pl. 111, XXXI; ; de même, à ses 
pères qui sont dans la nécropole (pl. VII) ; il offre aussi 
un repas — scène curieuse, unique parmi les tombea. 
thébaines — aux architectes, peintres et ouvriers de la 
tombe (pl. VIII); enfin il s'assied lui-même, avec sa 
femme, devant une table bien garnie, en compagnie de 
ses frères et de ses enfants (pl. IV-VI), tandis que mu- 
siciennes, chanteuses, danseuses, rythment des hymnes 
en l'honneur des dieux de Thèbes. (jarui.ner essaye de 
distingtjer ici les traits qui se rapportent aux banquets 
ordinaires de la vie terrestre, de ceux qui décrivent les 
repas servis dans la chapelle, à titre d'offrandes funé- 



raires lors de la célébration du culte funèbre ip. 38). 
.\ vrai dire, la distinction n'est pas aisée, car il y a 
toujours des éléments rituels (tels que la formule 

i iii) qui se glissent dans les descriptions les plus 

Il terrestres )). Cependant la décoration du hall est 
aussi profane que possible ; le seul élément rituel, ce 
sont les formules peintes au plafond qui promettent à 
.\. une place ao ciel parmi les étoiles, l'accès des 
barques de R'a, la faculté de sortir librement de sa 
tombe et d'y rentrer (pl. XXX, .\-C). 

II. Le Passage est un lieu intermédiaire entre la 
terre et l'autre rnonde, par où le défunt passe réelle- 
ment pour entrer, le jour des funérailles, et passe théo- 
riquement pour sortir de la tombe après la mort. La 
décoration du passage est en accord avec ces faits réels 
ou supposés. Dans l'épaisseur de la porte ouvrant sur 
le hall, des débris d'inscription attestent (côté nord, 
c'est-à-dire à la gauche du mort) que par là \. « sortait 
le jour I) {pr m h'ani) pour retourner à sa u maison 
des vivants de dessus terre », et que par là aussi (Ccjté 
sud, c'est-à-dire à la droite du morti il rentrait dans 
sa tombe (pl. XXXI). Passé la porte, nous tournons le 
dos au monde des vivants, la déeoration nous mène 
ijers le monde des morts, et devient strictement funé- 
raire : ce caractère ira en s'accentuant à mesure que 
nous franchissons les trois étapes : passage, chapelle, 
caveau. 

Eu général, les scènes peintes dans le Passage re- 
prtseiftent tes événements qui précèdent l'ensevelis- 
setnent de la momie. Sur le mur de gauche, en 
entrant, on trouve la n navigation, aller et retour vers 
Abydos » (pl. XIL, grâce à laquelle le défunt (( prenait 
connaissance des rites d'.\bydos », c'est-à-dire était 
admis à une sorte d'initiation auprès d'Osiris. 11 est 
possible que ces tableaux rappellent un u pèlerinage 
aux lieux saints », dont les Égyptiens pieux s'acquit- 
taient dès leur vivant (de même que les hadji visitent 
la Mecque). Cependant, à Beni-Hasan, sous la XII' dy- 
nastie (1, pl. 29), c'est la momie qui fait le voyage; la 
scène se passe donc après la momification et avant 
l'ensevelissement. Dans les tombes thébaines, on ne 
peut préciser si le voyageur est vivant, momie ou 
statue: il semble que ce voyage n'ait plus de réalité 
objective, et soit plutôt une cérémonie commémora- 
tive, mimée dans la tombe. — Viennent ensuite toutes 
les scènes relatives à la procession des funérailles, 
qui mène la momie de l'atelier des embaumeurs 

u'bt) jusqu'à la tombe, cortège somp- 



•a 



tuenx dont les tombes d'Horemheb et de Rekhmar'a 
offrent les plus complètes représentations. Bien des 
épisodes en sont obscurs, tels ceux où figure le tikenou, 
cet homme accroupi qui se cache sous une peau de 
bœuf : la tombe d'.\. n'apporte pas de documents nou- 
veaux susceptibles de nous mieux éclairer. 11 en est 
malheureusement de même pour des scènes variées qui 
ne se rapportent pas directement à la procession : 
telles, les navigations vers .\bvdos en remontant le 

\ 



270 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



\il, et u vers Bouto et Sais i> en descendant le Nil 
Ipl. X-XIIII, dont on ne sait au juste si elles se con- 
fondent ou non avec les rites précéiiemment dpcrits. 
Gardiner passe très rapidement sur ces sujets diffi- 
ciles, où l'obscurité de la matière, le manque de textes 
bien établis, l'incoliérence des figurations le mettent 
visiblement mal à l'aise: on peut regretter qu'il n'ait 
pas utilisé l'étude pénétrante de Leféiu-re : L'ofpce des 
mnrls à Àbydos H'roceeiiiiigs SUA., XV. p. 433-437) 
pour fournir plus à fond "l'exploitation des premiers 
résultats acquis. 

Sur le mur de droite, sont décrits les rites, opérés 
après la procession funéraire, pour revivifier la momie; 
l'épisode essentiel est 1' <i ouverture de la bouche >> 

I %J icpt-r'a), dojit la représentation la plus 

complète est au tombeau de Rekbmar'a. G'ardiner 
observe que dans les temps anciens Vwpt-r'a était 
pratiquée sur la statue du mort, dans l'atelier même 
des sculpteurs chargés de modeler rituellement la 



statue (atelier appelé 



rSmlf^ h'at nwb, qui ne 



doit pas être confondu avec rSin P>' nirb, nom 

du sanctuaire ou caveau funéraire). A la fin de la 
XVIll' dynastie, Viipt-r'a s'opère, non plus sur la 
statue, mais sur la momie, non plus dans l'atelier des 
sculpteurs, mais sur la plate-forme à l'entrée de la 
tombe (WiLKrNSON, III, p. 449). Dans la tombe d'A., 
c'est déjà la momie qui reçoit l'ouverture de la bouche 
(pi. XVII). 

A'I'extrémité du passage, côté chapelle, nous voyons 
il quoi aboutissent les rites funèbres : ce n'est plus la 
momie qu'on nous montre, mais un Amenemhet ra- 
nimé, qui renouvelle sa vie (|nr tchm '■ni}] et dont la 

première préoccupation est de nourrir sa vie an moyen 
des offrandes. Le fils aîné du défunt sert à son père son 
premier repas depuis le jour de la mort : toute la 
famille assiste à cet acte décisif, au milieu des chants 
et réjouissances. Ceci n'est encore qu'une collation des- 
tinée à rendre des forces au défunt si longtemps privé 
de nourriture; le repas principal sera servi plus tard 
dans la chapelle. Mais déjà les textes spécifient que ce 
repas doit durer éternellement, ou des milliers d'an- 
nées. G.\RuiNEu note avec raison (p. 67) l'importance 
essentielle de ces indications pour la « théorie ma- 
gique )) de la décoration funéraire. De tels souhaits 
prouvent que la représentation du repas n'est pas seu- 
lement cumméniorative, mais qu'elle se propose d'as- 
surer au défunt la jouissance perpétuelle des mets et 
de la présence de ses amis et parents. 

Avant de sortir du « passage », je voudrais signaler 
un point à l'attention de Garoiner. Dans les temples, 
la décoration varie suivant qu'elle se trouve sur le côté 
droit ou gauche du dieu adoré, qui est toujours repré- 
senté adossé à la paroi du fond, face tournée vers le 
prêtre qui entre. .4 gnuche, en entrant, on se trouve 
à droite du dieu; or la droite (suivant l'orientation 



égyptienne face au sud) est le côté de l'occident, c'esl-h- 
dire la région de l'Amenti, de la mort, où le .soleil .se 
couche; par conséquent, le ci\té du temple à droite du 
dieu est réservé aux rites qui commémorent le' trépas 
du dieu (suivi de sa renaissance) : telles sont les dis- 
positions à Edfou, Dendérah, Phihe. etc. A droite, en 
entrant, ou se trouve » gauche du dieu ; or la gauche 
est le côté de l'orient, c'est-à-dire la région où le soleil 
renaît et triomphe de la nuit ; aussi ce côté du temple 
est-il réservé à la carrière diurne du dieu et aux fêtes 
du Nouvel .\n. La décoration de la tombe ne s'ins- 
pire-t-elle pas des mêmes principes ? J'observe qu'ici, 
à la droite du mort, on est dans le monde funèbre, on 
décrit les funérailles ; à sa gauche, la momie renaît 
grâce à Vwpt-r'a. De même à la porte du 'passage, à 
gauche du mort, c'est la sortie à la lumière du jour, à 
droite, c'est la rentrée dans la nuit du tombeau. Une 
enquête plus généralisée donnerait peut-être des résul- 
tats plus complets et probants. 

III. La Chapelle fnnéraire, c'est le lieu où le défunt 
ranimé reçoit le culte et les offrandes. SOus l'Ancien 
Empire, la paroi du fond (ouest) était décorée d'une 
stèle fausse-porte, par où le défunt entre dans l'autre 
monde ou en sort; parfois, dans l'embrasure de la porte, 
apparaît la statue du défunt. Depuis la XVIIP dynastie, 
la fausse porte est souvent remplacée par une niche où 
se détachent en relief les figures du défunt et de sa 
femme, modelées en plâtre et appliquées sur la paroi 
rocheuse: par-devant, une table d'offrandes (retrouvée 
en place, tombe de Menna) ; quand la voix de l'officiant 
les appelait par leur nom, les défunts, évoqués de 
l'autre monde par la force irrésistible de l'incantation, 
(( sortaient à la voix n {pr r liru.'), venaient manger le 
repas servi sur la table et se mêler à la société des 
vivants. A ce moment solennel, les statues de la niche 
étaient censées s'animer; elles servaient de corps aux 
âmes des défunts, de même que dans les temples l'àme 

'T^J^ h'a du dieu trouvait dans ses statues un corps 

dt pour s'incarner. 

La chapelle était donc essentiellement la place oii 
les vivants pouvaient commimiquer avec le défunt, 
surtout au moment de la présentation des offrandes. 
D'où il suit que, réserve faite de tableaux d'adoration 
aux déesses de l'occident (côté droit des statues, région 
des ténèbres et de la mort) et de l'orient (côté gauche, 
région de la lumière et de la vie), et des stèles biogra- 
phiques (peintes aux deux côtés de l'entrée), le reste 
de la décoration est consacré au culte funéraire, à 
l'apport des offrandes, au repas servi à A. le jour de 
ses funérailles et aussi tous les jours à perpétuité, ainsi 
qu'aux cérémonies de fêtes extraordinaires (pi. XVIII- 

XXVIII). Le défunt est ici ranimé; il revit K-t'- Toute 



If 



la i( maison » du mort, comprenant les ascendants, les 
enfants, les amis, les serviteurs, lient compagnie au 
défunt, les uns (ceux qui déjà sont morts) reçoivent, 
avec lui, rites et offrandes ; les autres, qui sont vivants, 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



271 



prennent part à l'exéciitiou des rites, de concert avec 
des prêtres professionnels, n oIRciants » I ^ '^ I et 



X époques précé- 



« serviteurs du dieu » ( | V )• Au 

dentés, le défunt faisait contrat, pour le service de son / 



\h 



culte, avec des confréries de (( serviteurs du K'a » 

(imw-k'a); ceux-ci apparaissent parfois encore 4aus 
les tombes thébaines, mais souvent les prêtres des 

temples (] U nrr-hmiv) desservent aussi les tombes. 

Cette extension de leur service s'explique d'autant plus 
naturellement que le culte funéraire, s'adressant à un 
défnnt devenu dieu Osiris, est semblable au culte 
divin. G.tRDiNER rappelle avec précision les analogies 
des deux cultes: il ne saurait trop y insister, car 
j'atténuerai même une des différences qu'il signale. 
D'après lui (p. 74), « la présentation de la figure de la 

déesse du Droit Ma=at pétait réservée exclusive- 

ment au rituel des temples ». Ce n'est pas tout à fait 
exact. Sans doute les tombeaux ne présentent pas un 
tableau qui fasse pendant à celui des temples où le roi 
présente à son père le dieu l'olïrande de la Justice- 
Vérité, comme offrande essentielle qui résume toutes 
les autres; mais plusieurs tombes thébaines renfer- 
ment un hynine an Soleil, seigneur de Ma'at, et aux 
autres dieux, tels qu'Osiris, dont les termes rappellent 
ceux du rituel divin et impliquent l'offrande de Ma'at 
(cf. mon Rituel du Culle divin, p. 13S-I47) ; comme 
le déflint est identifié à Osiris, souvent même à R^a, 
cette présentation de Ma'at l'intéresse aussi en sa 
qualité de dieu (cf. Schiap.vrelli, Libro dei fuuerali, 
11, p. 183-203, texte de Rekhmar'a). 

Le grand repas, dont le menu est alliclié sur le mur 
de la chapelle, est le point culminant du culte funé- 
raire ; c'était le jour des funérailles qu'il était servi 
pour la première fois et en nature, avec la présence 
effective de la momie et de la famille; par la suite on 
le renouvelait (sans doute à moindres frais) aux dates 
rituelles; d'ailleurs le mort ranimé était censé en jouir 
chaque jour, par la vertu magique des figu/es peintes 
sur les murs. 

C'était l'instant où la formule dite des offrandes-, 
funéraires (et plus improprement du « proscynème ») 

y était proférée par lelils aine et les omciants. 

Gardiner en proOte pour donner, en excursus, une 
étude exhaustive (p. 77-93) de cette formule qui régit 
la présentation des offrandes à travers toute l'antiquité 
égyptienne, il analyse son véritable sens philologique 
htp rdiw iiéwt (( offrande que donne le roi «, et définit 
ses variations au cours des âges : ce petit mémoire, 
d'une érudition sûre et pénétrante, mérite, à lui seul, 
un exposé détaillé; je le lui réserve pour un prochain 
article. — Dans un autre excursus (p. 93), G.\ruiner 
élucide un rite de sortie figuré dans les temples 
comme dans les tombeaux, par un prêtre qui s'en va 
en traînant derrière lui une sorte de balai (pi. .WIII, 



XXI), ce qui est défini par les mots .• j\ ^ 

int rd, litt. : « enlever le pied, ou la jambe ». Gakihner 
a bien vu qu'il s'agit de purifier le sol sacré du temple 
ou du tombeau de toutes les souillures que le pied des 
olliciants peut apporter du dehors. D'après le rituel 
d'Abydos, le balai était formé d'un rameau de la plante 
li'adu ; on lisait à ce moment le « chapitre d'enlever 
(la trace) du pied a'veo la plante h^adii » (Mariette, 
Abydos, I, pi. 20). L'explication «enlever ia trace du 
pied » a été suggérée à Gardiner par M. Ghiffith ; 
pour lui, il se demande si le rite ne consisterait pas 
à enlecer le pied A'un ennemi typhonien du dieu, pied 
qui serait représenté par le balai. ,Ie préfère croire 
qu'il s'agit d'enlever la trace du pied des officiants, et 
celle du prêtre qui sort le dernier en traînant derrière 
lui le balai. Voyons ce que nous affirment les rituels 
d'autres peuples ; dans le bouddhisme indien, le ba- 
layage des lieux sacrés est fort important, et stricte- 
ment réglementé. Par exemple, quand les prêtres ont 
quitté la chapelle, le prêtre de jour balaye le sol, en 
prenant soin « de ne pas balayer à rebours, ni de 
tourner le dos au Bouddha en balayant » (cf. S. Lévi 
et Ed. Chavannes, ap. Journal asiatique, mars-avril 
1913, p. 20o-207). La plupart des représentations égyp- 
tiennes montrent aussi le balayeur dans une attitude 
caractéristique : tout en marchant le dernier vers la 
porte, il retourne tète et buste et reste face au dieu ou 
au'défunt ; c'est pour ne point offenser le maître du 
logis en lui tournant le dos (pi. XVIII, XXI). Ces ana- 
logies avec l'Inde permettent de mieux comprendre le 
rite égyptien. 

A côté des actes du culte funéraire sont représentés 
les rites complémentaires célébrés à l'occasion de 
quelques fêtes. La paroi sud montre des musiciens 

I iiiiwt) d'Amon, de l'Ennéade et d'Hathor, 
présentant au défunt sistres et menât, tandis que 
deux jeunes danseurs sautent aie centre d'un groupe 
d'hommes et de femmes qui battent des mains, cla- 
quent des doigts et manient des castagnettes à manches 

(pi. XIX-XX) : ce sont les fl « w'v^ '(>wj « joueurs de 
sistre » d'Hathor. Le jour de la fête de la déesse, ils 
visitaient maisons, tombes et temples au nom de la 
déesse pour apporter partout joie et prospérité. (Les 
tombes de Meir (Black.man, I, pi. 2), de la XII' dy- 
nastie, nous avaient fait connaître déjà chanteuses et 
joueurs de sistre.) 

La paroi nord décrit la présentation d'une chandelle 
allumée (sorte de mèche tressée et rigide) et d'un pot 
à huile par sept servants; on les offre aux quatre jours 
épagomènes (sur cinq) correspondant à la naissance 
d'Osiris, .d'Uorus, d'Isis et de Nephthys, au jour du 
Nouvel .\n, au jour de u réunir les ka » {n/ib k'aw, fête 
du mois de Khoiakh appelée aussi k'a-hr-k'a), et enfin 
(I chaque jour ». Une légende explique qne c'est « une 

lumière Itk'a) pour l'usage de chaV[ue jour », | aaa/wv 

/I\ '^~>~« G I U'* 

<--—> , destinée à n illuminer la route i> 



272 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



I 1 Jo I du lieu (les ténèbres pour A., m toul 



lien où il marche. Gardiner cite avec à-propns le 
contrat de Siout où Hapidefi stipule qu'il lui sera 

nié «des mèches,., A^^I^'T';^, 



■s-'./ "■■' 



I alluiiiiT la Ui- 



pri': 

mière », précisémeut « aux cinq jours épagoméiies iiS 
en même temps que la nuit du Nouvel An et le 18 Tliot, 
(I jour de la fête Wmj )i (Sii/V, I, 1. 297-2119). La lumière 
apporte au défunt l'aide la plus ellicace contre Seth ; 
« l'œil d'Uorus est vigilant pour ta protection n 
(pi. X.Xill); on retrouve les mêmes idées, avec les 
mêmes termes, dans le culte divin quand le prêtre 
i( allume le feu » au débul des rites (cf. mon Rituel du 
Culte (/n'(«, p. 9-ln). C'est par une tradition analogue 
que nous allumons, encore des cierges auprès de nos 
morts. 

IV. l'uits et caveau souterrains. Sous le sol de la 
chapelle se dissimule l'entrée d'un puits profond de 
10 mètres, par où l'on descend la momie dans l'appar- 
tement souterrain : une antichambre et le caveau 
(pi. XXXI1I-XX.\IV|. Après les funérailles, le puits 
était comblé de sable et de moellons, donc devenait 
inaccessible aux vivants. La décoration funéraire du 
caveau, très soignée, restait donc seule à pouvoir agir 
au bénéfice de la momie. Dans le caveau, une niche 
(à l'ouest, correspondant à la niche aux statues de la 
chapelle) montre des peintures où A. et sa femme et 
A. et sa mère tendent les mains vers la table d'ot- 
fi'andes, tandis que le lils aîné, revêtu de la peau de 
panthère, prononce les formules rituelles (pi. XXXV). 
Entre ces ligures, le fond de la niche donne le «cha- 
pitre de rendre parfait le glorifié » /wwva I [1 
r'a a sikr ia/jw. Ici, c'est donc le 

corps (".') (( glorieux », transfiguré, d'A. qui habite; le 
caveau est proprement une dépendance de 1' « autre 

monde», du "jlf du'at, où ne pénètrent .pas les 

iir=i 

vivants, tandis que chapelle et passage communiquent 
encore avec la terre. Aussi la décoration est-elle uni- 
quement funéraire : les parois sont toutes occupées 
(pi. .\.\XV'I XLVI) par des transcriptions en hiéro- 
glyphes cursils de c. chapitres » empruntés aux Pyra- 
mides ou, en plus graifd nombre, au Livre des Morts 
(en particulier le chap. xvii, « métaphysique », et le 
chap. rx.w, n psychostasie »). (îaruiner reproduit les 
textes en phototypie, et donne les identifications avec 
les textes des recueils classiques. 

Il ne reste actuellement plus rien du mobilier funé- 
raire. Malgré le vide du caveau, Gardiner' n'estime 
pas sa tâche finie; il suppose la tombe intacte et en- 
treprend, d'après les dernières découvertes, d'en décrire 



I. Dans deux autres tombes thébaines. l'onction et l'allu- 
mage des mèches sont prescrits pour les cinq jours épago- 
ménes (p. 93). 



le contenu; d'où un chapitre fort intéressant d'archéo- 
logie funéraire ip. HO-118); en voici le résumé : 

Supposons le puits dégagé de sable; la porte du ca- 
veau se présente verrouillée et scellée de terre glaise 
sur laquelle se lit l'empreinte d'un sceau de prêtre (par 
ex. : .\nnbis accroupi sur trois liles de trois prisopniers 
[(luiHELi,, Toiiin of Yuaa, p. ii]). Dans le caveau, les 
cerooeils d'A. et de sa femme, allongés, tète à l'ouest, 
parallèlenieut à la paroi sud, sur laquelle les ligures 
peintes d'Isis et de Nephthys gardent pieds et tête de 
la momie «(pi. .XX.XVll et XXXVIII). Le sarcophage 
extérieur [ ""S est en bois recouvert de vernis noir, où 
textes et figures se détachent eu jaune d'or. A l'inté- 
rieur, deux cercueils, puis la momie bh'U enveloppée 
de lin fin, ayant sur la tête des couronnes de feuillage 
(couronne de la justification ni'n'a Ijruj) et sur le corps 

pectoral d'or, talismans |T d'or i= l'épine dorsale d'O- 

siris qui donne la stabilité: m de jaspe rouge ■= le 

sang d'Isis qui renouvelle celui du défunt; tChs de 

pierre yerte = le coeur du défunt renouvelé à jamais 
(cl. Livre des Morts, çjiap. clv, clvi, xxx B). Une 
momie encore munie de ces amulettes est décrite au 
Journal of Egyptian Arcfiaeologij, I, pi. XXXll, 2. 
Quant au cadavre, au temps des Thoutmès, il subit un 
traitement sommaire qui se propose seulement de pré- 
venir la décomposition, plutôt que de conserver l'as- 
pect extérieur. La cervelle est vidée, les intestins sortis, 
mais le cœur reste en place (ce que disent d'ailleurs 
les formules des stèles : p. 50. v ton cœur véritable 
avec toi »). Le corps a été plongé dans une solution de 
sel (70 jours, ou moins) et baigné d'huile de palme, de 
myrrhe, rembourré de lin, de résine, de corps gras 
prése'rvatifs (G. Elliot S.m'ith, Egyptian Iduminies, ap. 
./. E. A., 1, p. 189). Les viscères sont embaumés sépa- 
rément dans les vases canopes : leur couvercle porte 
la tête de quatre gardiens, les quatre fils d'Horus : le 
foie = Imseti; le poumon =^ Hapi; l'estomac = Doua- 
montef; les intestins =; Oebehsenouf (Elliot, Journal 
of Manchester Or. Soc, l (1915), p. 45 sqq.). Le t'ose 
lui-même -est gardé par quatre déesses, qui protègent 
chacun des quatre fils d'Horus, soit dans l'ordre précé- 
dent, respectivement : Isis, Nephthys, Neith, Selkt. 
Des boites carrées renferment les canopes et sont dé- 
corées des figures des génies et des déesses (cf. Reis.ner, 
ap. .£/., XXXVIl (1899,1, p. 61). 

Dans la tombe on trouve disposé ua équipement varié 
à l'usage du mort n glorieux » : fauteuils, lits, coffres, 
articles de toilette, miroirs, pots il fard, vêtements, 
sandales, perruques, sceptres, armes, chariot, harnais, 
instruments de musique, jeu de dames, vaisselle de 
table, pièces de viandes enveloppées d'étoffes, embau- 
mées elles aussi. C'est, en nature, tout ce qu'on voit 
peint ailleurs, par exemple, sur les parois des cercueils 
du Moyen Empire. A côté de ces objets d'utilité directe 
pour un mort qui revit, d'autres qui ont une raison 
d'être symbolique. Tels sont : i' les lits d'Osiris végé- 
tant, où une silhouette de gazon, tondu à une hauteur 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



273 



tleO^Jo, affirme la renaissance du dien de la végétation, 
auquel A. s'IilentiOe; la tombe de Neferhetep {Minsinn, 
V, pi. 3) nous a gardé le rituel observé pour la fabrica- 
tion de ces lits, le 18 du quatrième mois de l'inonda- 
tion, et les 23 et 30 du troisième mois de l'été. — 
2° Les (I répondants » {s'au-'ablj), que le cbapitre vi du 
Lii-re des Morts forçait à travailler à la corvée, aux lieu 
€t place du défunt; on a trouvé dans la tombe d'Iouya 
des modèles de lioyau. de moule à briques, de fouet et 
de paniers, analogues à ceux dont les statuettes sont 
munies. Sous la XVIll* dynastie, le nombre de ces 
figurines varie d'une douzaine à plusieurs dizaines; 
plus tard, il y en aura jusqu'à une par jour de l'année. 
Elles sont souvent placées dans des petites caisses en 
forme de sarcophages. — 3° Les modèles de barques 
<dans les tombes royales de la XVIlI" dyn.j, probable- 
ment pour les voyages à Abydos, ou pour une céré- 
monie du premier joue de l'an (t. de Neferlietep). — 
4° Les quatre briques rituelles surmontées des quatre 
figures qui gardent cliacune une paroi du caveau : au 

nord, un «répondant» (j; au sud, une torche (ou 

mèche) I ; à l'est, .\nubjs couché ^^v: à l'ouest, un 

n. Le British Muséum possède.une série complète des 

briques et des figures (n" 4I34S à 41318). On a retrouvé 
les briques isolées dans un certain nombre de tombes : 
je signale à Gardiner que la brique esl du vizir Ouser, 
le patron d'.\., se trouve au Musée Calvet à Avignon; 
je l'ai publiée au Recueil, t. XXXV (1913). p. 193. Le 
cbapitre cli du Livre des Morts donne les formules 
qui accompagnent les quatre figures. \ la littérature 
citée par Gardi.ner, il convient d'ajouter l'important 
et, semble-t-il, bien peu connu mémoire de Lefébure, 
Rites égyptiens. Briques et figures sont accompagnées 
de quatre stèles, dont le Musée Borelll, à Marseille, 
possède la série complète (Éd. N.wili.e, Les quatre 
stèles orientées du Musée de Marseille). 

Conclusion. — Que nous apprend finalement la 
tombe thébaine de la XVIII' dynastie sur les concep- 
tions relatives vt la vie future? G.\ruiner insiste beau- 
coup, et avec raison, sur le caractère tout à fait contra- 
dictoire des conceptions qui sont révélées d'une part 
par la décoration, d'autre part par les formules, 

La décoration nous révèle que l'osiriani^ation du 
défunt est tout à fait passée dans les mœurs. Sous 
l'Ancien Empire, le Pharaon seul était identifié avec 
Osiris; au cours des révolutions sociales et politiques 
qui s'échelonnent entre l'Ancien et le Nouvel Kmpire, 
le bénéfice de l'identification avec Osiris a été acquis, 
peut-être de haute lutte, par les nobles, puis par tonte la 
population qui dépasse le niveau de la plèbe inférieure (à 
ce sujet, Breasteo, Religion and Thought, lect, VII, 
p. 199sqq., que G. n'a peut-être pas assez consulté). 
Le résultat pratique, c'est que toute la classe cultivée 
du Nouvel Empire usurpe le rituel funéraire qui était 
jadis réservé aux rois de l'Ancien Empire; nous pou- 
vons donc admettre avec Gardfner que la pompe fu- 

Rcpue ér/yplolof/iqav, I. 



nèbre représentée dans les tableaux du passage nous 
révèle, en abrégé tout an moins, celle des rois des V* 
et VI" dynasties, peut être de dynasties plus anciennes 
encore, que les monuments de r.\ncien Empire ne nous 
ont pas encore rendue. Ainsi s'explique le caractère 
royal des insignes funéraires, couronnes, sceptres, cos- 
tumes et du repas funéraire I i ii 1. J'attire l'atten- 
tion sur ce fait que le défunt A., de même que les rois 
de l'Ancien Empire, est appelé | ntr odieu» au cours 

de ces rites; en effet, A. est Osiris lui-même. Quand 
il apparaît, au cours de la procession, les officiants 
crient : (i Le dieu vient ! » (p. 30), o le dieu monte dans 
son palais et brille comme R'a lui-même, lui. .\men- 
emhët, m. k. n (p. 31). Tout le rituel de l'd ouverture 
de la bouche n et les chapitres peints dans le caveau 
démontrent le fait que le défunt est devenu un dieu 
Osiris. 

Le nouvel Osiris devrait, semble-t-il, aspirer uni- 
quement à vivre dans la société des dieux, au ciel, 
parmi ses frères divins, loin de la terre et de ses mi- 
sères. Cependant il n'en est rien. Le caveau, porte de 
l'antre monde '^ j— — , dw'at, n'est pas le lieu où se 
plaît le défunt Osiris; c'est bien plutôt la chapelle, le 
passage ou le hall qn'il fréquente, au témoignage des 
textes, c'est-à-dire les parties de la tombe oii il peut 
revivre la destinée humaine. Gardiner insiste avec 
raison sur ce fait que, dans les textes peints au plafond 
de la chapelle, où le défunt exprime ses vœux, il n'as- 
pire jamais à devenir un Osiris, Ce qu'il demande, c'est 
de « franchir hâtivement la porte de l'autre monde pour 
revoir sa maison des vivants, pour se réjouir de mu- 
sique et de chants, au bord de son étang, à l'ombre de 
ses arbres, tout près de ses enfants dont il assurera la 
protection » (pi, XXVII et p, 120i. — Ainsi, «l'identi- 
fication avec Osiris n'est pas une aspiration person- 
nelle du défunt..., elle était un moyen plutôt qu'une 
fin )) (p. 119). te rituel royal, qui fait de l'homme un 
dieu, était appliqué mécaniquement à la nlomie, 
comme le moyen le plus sur de la faire revivre, mais 
le « patient n n'a pas l'air de se douter qn'il deviendra 
un roi-dieu... Que conclure, sinon que la tombe de 
la XVIII" dynastie ollre une combinaison imparfaite 
de deux idéals représentant des degrés différents de 
culture? L'idéal osirien plus récent et plus raffiné n'a 
pas encore supplanté, même pour ceux qui en béné- 
ficient, l'idéal terrestre des anciens temps, dans la con- 
ception de la vie d'outre-tombe. 

On peut relever les mêmes contradictions dans les 
conceptions relatives à ce qui dans l'homme survit 
après la mort. Nous aimerions pouvoir expliquer l'im- 
portance donnée par les Égyptiens à la tombe par une 
théorie solidement construite de l'immortalité de l'àme. 
Mais qu'est-ce que l'àme pour Us Égyptiens? Ils con- 
cevaient bien l'existence d'un principe spirituel, figuré 

par le i^ b'a, qui anime les statues, visite la momie 

au fond de son caveau, et qui s'oppose dans leur esprit 

35 



274 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



au cadavre, comme nons opposons l'Ame au corps; d'où 
la phrase ^^^^ □ q jll^ j^ " '''« " î^'- '-'' 
Il (tie'at (( le b'a au ciel, le cadavre dans le Dou'at» 



(pi. XXX, B|. Mais ce 



b'a ne ressemble guère, 



comme conception, à « notre;) àme. Rappelons d'abord, 
avec Breastbd {Religion and Thowghl, p. 361, que le 
li'a d'au Égyptien a'apparait à l'existence qu'après la 
mort de l'individu; il n'auime pas le corps pendant la 
vie, ni ne survit à celui-ci après la mort; c'est une 
transformation posthume de l'individu; les rites sacrés 
font du m'ort «un b'rt, ou bien une « ;lme vivante» 

&^ w)t (Schiaparelm, II, p. 20:j|, parmi les 

dieux » (/';/''•. § 1943, b). Comme le b\i n'existait pas 
chez le vivant avant la mort, nous ne pouvons point 
parler de l'immortalité du b'd. Les testes expriment 
simplement le vieu que l'àme b'a « vive » (pi. X.WII, 
Soutli). 

Notons, cependant, que le cœur ^ ib survit après 
la mort, tel qu'il était chez le vivant, et répond à notre 
idée d'une àme immortelle. En ellet. le b'a n'est 
pas seul à représenter le principe spirituel par opposi- 
tion au corps. Pour les Égyptiens, l'homme, après 
la mort, peut se survivre en un certain nombre 



de formes ou modes d'existence. 



I (jprw. 



D'après les conceptions de l'Ancien Empire, les 
« modes d'existence » sont le b'a ^\ , le A''" . 



(1 essence », le i'a/jw 



«glorieux», le éhin 



i( puissance», etc. Sous la XVIIf dynastie, non seule- 
ment ces formes multiples de la survivance spirituelle 
n'ont pas été simplifiées, mais elles se sont accrues. 
Gardiner a mis eu valeur deux importantes inscrip- 
tions du plafond ddHa chapelle. L'une (pi. XIX) dit que 
« les offrandes sont présentées au défunt A. et à son 
fi.'a, à sa Stèle 'ab qui est dans la nécropole, à sa Des- 
tinée s'a/, à sa Durée de vie 'ah'a, k son Berceau 
niél), à sa Ccoissance rniit, et à son Khnoum (dieu 
/ U \ '■'■'^ ri ''^^ 

qui modèle les hommes] I 'www 




L'autre (pi. XXH-XXlll) présente les offrandes « à son 
Ka, à sa Stèle 'ab, à son Glorieux i'aljw, à son Corps 
ht, à son Ombre ji'abl et à tous ses modes d'existence 

,„„( " .~~jïï-i 

I I I '^:37 \ 

I ». Les deux formules se terminent par 
une invocation <( à ces dieux» in A. A. 

\ IciïfzaTT^wwv 



nn I I pour qu'ils assurent au défunt A. la nourri- 
ture, la force, la richesse, etc. Ainsi ces a moments » 
ou ces (( modes» d'existence, auxquels ni faut ajouter 

encore le nom du défunt ^h m, la momie 

I 9 ^ '^— V s'aluv et le cœur //' ^ , sont, d'une 

part, considérés comme des formas spirituelles du dé- 
funt, parallèles à l'âme b'a, et, d'autre part, qualifiés 
de dieux protecteurs du défunt, exlérieurs à lui'. 

Xous savions déjà, par les textes de l'Ancien Empire, 
que le k'a et le b'a étaient parfois considérés comme 
des dieux protecteurs, ce qu'exprimait l'écriture par les 

graphies ^^ jil ^ i<^j _^ , où ces noms sont ac- 
compagnés de délerminalifs «divins» (p. 100). L-'intérét 
particulier des textes A'A. est d'attribuer une parcelle 
de l'àme du défunt et la puissance diviue à des ci mo- 
ments » de l'existence (Berceau, Croissance, Conception 
=^ Khnoum), à la Destinée, ou encore à des objets 
comme la Stèle dans laquelle s'incarne le défunt. Je 
rapproche cette conception des indigitamenta de la 
religion populaire romaine, (( où chaque état particu- 
lier, chaque action, chaque moment d'une action, cha- 
que classe d'objets, avait son esprit spécial » (Chante- 
pie DE LA Saussaye, Munuel Bisl. des Religions, trad. 
franc., p. n94). Les divinités Juventus, Forluna, 
Educa, correspondent assez bien aux divinités 'ah'a^ 
rnnl, s'ajt; quant à la Stèle 'ab, ne relrouve-t-on pas 
son équivalent dans les tablettes où, pour les Chinois 
et les Japonais, revivent les ancêtres {ibid., p. 43, 66). 
— Nous voilà loin de notre croyance à l'immortalité 
d'un principe spirituel, unique et inséparable de la per- 
sonnalité humaine! Ce qui correspond à l'àme, pour 
un Égyptien, prend simultanément des formes et des 
places variées et se détache même de l'homme au point 
de devenir un dieu. Cette dispersion ne témoigne que 
d'un effort infructueux pour arriver à définir l'àme; 
aussi, dans les textes d'A., l'àme, sous toutes ses 
formes, ne joue-t-elle, pratiquement, qu'un rôle acces- 
soire. C'est Amenemhét lui-même, non son âme, qui 
va dans les étoiles (pi. XXX, A); c'est lui, avec sou 
corps ranimé par les rites funéraires, qui visite sa maison 
des vivants', que remplacent, pour la corvée, les sta- 
tuettes des répondants (p, 119). Dans la tombe non sou- 
terraine, le corps revivifié garde toutes les aspirations 
des vivants; c'est à lui que la décoration réserve ses 
ressources. La tomb? souterraine rendait les mêmes 
services aux « âmes » du défunt; mais il vaudrait la 
peine d'étudier si ce qui se passait dans le caveau, 
c.-à-d. an Dou'at, ne restait pas, pour la majorité des 
Égyptiens de cette époque, un domaine théorique, aussi 
difficilement accessible que peu compréhensible. 

Le livre de Gardiner nous offre donc une excellente 
occasion de remettre an point nos connaissances sur les 

1. Sur è'aj, rnnl, ms/jint), et. Maspero, Études égyp- 
tiennes, I, p,27, 

2, Je note cependant (|ue les stèles de l'époque thébaine 
(Nouvel' Empire) attribuent cette visite à l'àme b'a (cf, Lou- 
vre, Stèle C 5S, 1. 5-6). 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



croyances funéraires. Textes et flgures, admirablement 
présentés, sont discutés avec une grande précision, une 
érudition sobre et sûre, une parfaite objectivité; tous 
les problèmes importants sont discernés et mis en va- 
leur. Nous devons remercier l'auteur d'avoir compris 
d'une façon si intéressante et réalisé avec tant de 
bonheur son introduction à l'étude des tombes tbé- 
baines. 

A. MORET. 



Schriften der Wissenschaftlichen Ge- 
sellschaft in Strassburg, 19. Heft : 
Die Prinz-Joachim-Ostraka, Grie- 
chische u. demotische Beisetzungs- 
urkunden fur Ibis- u. Falkenmuin- 
mien aus Ombos, herausgegebsn 
von Fr. Preisigke u. W. Spiegel- 
BERG. Strasbourg, Trûbner, 1914, in-S", 
65 pages, 4 planches. 

Vingt-neuf textes, vingt-deux grecs, le i^ste démo- 
tiques, composent celte collection d'ostraka, dont qua- 
tre sont écrits sur grès, et que le prince Joachim de 
Prusse a offerts à l'Université de Strasbourg après les 
avoir acbetés à Asswân au début de 1913. Ils provien- 
nent, à n'en pas douter, d'Ombos (Kom-Ombo), l'an- 
cienne capitale du nome Ombitès, et concernent tous 
la sépulture d'oiseaux sacrés, ibis et faucons, soit qu'ils 
la commémorent ainsi que ceux qui y ont pris part, 
soit qu'ils se bornent simplement à rappeler au sou- 
venir des dieux par la formule ordinaire des dédicaces 
les fidèles qui y écrivent leur nom. Ces sépultures d'oi- 
seaux sacrés sont depuis longtemps connues, et il suffit 
de renvoyer avec .Vf. W. Spiegelbehg aux travaux de 
LoRTET et Gaillard, et du même et Daressy. Ce que 
l'on ignorait, c'est dans quelles conditions elles s'ef- 
fectuaient; le mérite essentiel de ces ostraka est de 
le faire connaître. Il n'y a aucune raison de ne pas les 
dater, avec M. Preisigke, du règne de Ptolémée Xltf 
Néos Dionysios, et ils se rangent de 79 à a3 avant 
Jésus-Christ, portant témoignage qu'il a été enseveli 
des ibis et des faucons dans les années I, II, III, V, VI, 
I.X. X, XIV, XVI, XXII, XXIII, XXVII et XXVIII de 
ce roi, à des dates très variables dans l'année, allant 
du premier au douzième mois; on ne saurait donc parler 
de périodicité absolue. Le nombre des oiseaux ensevelis 
est également très divers : 3o7 en l'an II, 4.o07 en 
l'an XVI sont les chiffres minimum et maximum. Évi- 
demment, ce n'étaient pas seulement ceux du -prjr^rrjw 
d'un temple; M. Preisigke pense qu'on y ajoutait aussi 
une partie de ceux qui vivaient en liberté et mouraient 
dans l'Ombitès : le texte i'6 montre qu'en 59 les oiseaux 
ont été ensevelis par les soins d'un kiimogrammate et 
de ses «inspecteurs», (h) tt ... pi sh n tym u iinb', 
Irm n\f mwsd-w, et M. Spiegelberg se demande 



avec raison s'il ne laut pas rapprocher ces nnrsd-w de 
ces gens d'Atarbèchis dans le Delta qui recherchaient 
et rassemblaient les os des animaux pour les ^sevelir 
en un seul lieu. Le plus notable, c'est que les prêtres 
ne prennent point de part à ces sépultures; elles se font 
par ies soins d'une association religieuse, d'un thiase, 
I qui s'honorait de compter parmi ses membres les plus 
hauts fsnctionnaires du nome, stratège, nomarque, iit'i 
TMv TipoaoSwv, basilicogrammate, oîxovojioç, iTti toO 
•/j:pi(j\i.o\i, sans compter un 7tpo(7-dtTY)i; toû 'Epjjioù et un 

ETTlTTâ-ï;; TÛ"J ÛpoO. 

On voit l'intérêt de celte petite collection. Elle a été 
éditée par MM. Preisigke et Spiegelbehg avec la com- 
pétence que l'on sait et le soin qu'on peut attendre 
d'eux. La première partie du fascicule, précédée d'une 
introduction générale de M. Spiegelberg, comprend 
les textes; dans la seconde, M. Preisigke a prodigué 
les commentaires. Les documents grecs sont trans- 
crits, et le premier est. même traduit; les textes démo- 
tiques sont transcrits et traduits; les paléographes, qui 
trouvent ici dix reproductions en photogravure, dont 
huit pour les textes grecs, et cinq zincographies, au- 
raient mauvaise grâce à se plaindre. Il est impossible 
de reprendre ici en détail les éclaircissements de 
M. Preisigke. Notons quelques points, et d'abord la 
contribution à l'histoire dynastique : il est, mainte- 
nant, assurément établi que Cléopàtre Tryphaina était 
la sœur de Ptolémée XIII et lui était déjà associée au 
17 janvier 79 ip. iO}. Les notes sur les cultes d'Ombos, 
particulièrement celui de Thôth, le 'Epp.aïo-t. le ■Tipo- 
o-rïTr,; to-j 'Epiio-j, sont intéressantes (p. 23 et suiv., 
p. 59|. Toute la science et la diligence de M. Preisigke 
ne parviennent pas à résoudre les problèmes que posent 
l'administration et la hiérarchie des fonctionnaires 
ptolémaïques, et d'autant moins que ces fonctionnaires 
ne paraissent ici qu'occasionnellement, à titre privé, et 
dans des passages où la négligence du scribe est ex- 
trême; mais les pages qui leur sont consacrées (37-63) 
devront être consultées par quiconque commentera des 
documents plus complets ou plus importants ou s'at- 
taquera à ces problèmes ex pj-ofesso. L'ouvrage se 
termine par un index grec et allemand et une liste 
des sources. 

Jean LESQUIER. 



Victor Martin, Un Document admi- 
nistratif du nome de Mendès, dans 
Studien zur Palaeographie und Pa- 
pyruskunde, fascicule XVII, édit. 
E. Wessely, Vienne, 1918. 

Les travaux qui portent sur le régime du sol dans 
l'antiquité, sur la répartition des impôts, sur les mille 
questions de politique agraire, sont, malgré leur sé- 
cheresse apparente, d'une importance considérable. Ils 
jettent les premiers fondements d'une science que les 
découvertes papyrologiques et les inscriptions permet- 



276 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



Iront peu à peu détablir sur une base sans cesse 
plus solide, science dont les résultats seront d'une 
portée incalculable pour une saine appréciation de 
rhistoire ancienne, je veux parler de l'Économie 
politique de l'antiquité. Voilà pourquoi on ne peut que 
saluer avec plaisir des publications comme celle que 
vient de faire le jeune professeur à l'Uuiversilé de 
Genève, M. V. Mabtin. Le document qu'il édite est in- 
téressant à un double point de vue. Tout d'abord il a 
été découvert dans le Delta, or on sait que les papyrus 
provenant de cette région de l'Kgypte sont des plus 
rares; en second lieu, il apporte une foule de rensei- 
gnements nouveaux sur la condition des terresà l'épo- 
que romaine. Par sa nature, le P. Mendes. Geiiev. — 
c'est ainsi que l'a baptisé M.. Martin — présente des 
ressemblances frappantes avec le papyrus de Bruxelles, 
publié dans le Ulusée Iletge, 190t, p. 101. puis par 
WiLCKE.v, ChresIniinUhie, 236. Comme lui, c'est une 
liste des terres non irriguées (à'gpoyoi), composée par 
le comogrammate à l'usage de la commission de con- 
trôle destinée à vérifier l'exactitude des déclarations 
faites par les paysans. Le document fourmille d'abré- 
viations ce qui eu rend la lecture passablement dilBcile 
et le sens de certains termes reste encore obscur. Il per- 
met cependant d'arriver à cette constatation que, en 
Egypte, il n'y eut que deux catégories de terre privée, 
la f f| y.atoixi/.r, et la vri ivoKfiniwv, celte dernière com- 
prenant toutes les terres des anciens clérouques, c'est- 
à-dire des colons indigènes, soldats et fonctionnaires 
de police, par opposition aux xtiToixot, colons militaires. 
Ce fait confirme l'hypothèse émise par M. Lesquier, 
Institiitiotis militaires, p. 274. Autre fait nouveau et 
très important : on savait que les Romains avaient 
maintenu la division entre terre catoecique et terre 
clérouchique, mais ce qu'on ignorait et ce que le P. 
.Vendes. Genev. est venu nous apprendre, c'est que l'on 
rencontre, encore dans la première décade du III' siè- 
cle, les anciennes dénominations de teuures ptolémaï- 
ques telles que celles des èitTapo-Jpiov ou des Sexstpoj- 
p(.)v. Il nous a appris aussi, et c'est là un résultat qui 
n'est pas dépourvu d'importance, même au point de vue 
de l'histoire générale, que l'ancienne terre des clérou- 
ques indigènes occupait une superficie considérable du 
territoire, superficie allant même jusqu'à dépasser celle 
de la Y^i ^ocuiXixTi. Il faut donc que les derniers Ptolé- 
mées aient distribué une quantité considérable de ter- 
rains et de champs aux soldats et aux fonctionnaires 
indigènes. Kaut-il mettre ce fait en rapport avec le ré- 
veil du nationalisme égyptien qui précéda la conquête 
romaine? Faut-il penser que, par ce moyen, les Pto- 
lémées cherchèrent à se concilier les Égyptiens non 
grécisés? Il serait peut-être un peu osé de vouloir l'af- 
firmer, car nous connaissons encor(^ trop mal la poli- 
tique agraire du I" siècle. Il n'en reste pas moins vrai 
que le nombre considérable des teuures cléroucliiques 
est un fait digue de remarque. M. Martin a ajouté à 
sa publication la rééditiou du P. Lond., Il, 193, p. 122; 
il suffira de comparer le texte de l'édition de Londres 
avec celui qu'il donne pour voir combien il a fait avancer 



la lecture et l'intelligence de ce document. Nous signa- 
lons aussi tout particulièrement les passages de son 
travail où il parle des t6|jloi crufy.o».T,7t|j.oi (p. 36) et 
ceux où il expli()ue pourquoi les terres dites aêpoyot 
indiquent parfois une quaulité de grains à livrer au fisc 
plus considérable que celle des terres normalement 
inondées Ip. 38l. Il y a là des observations judicieuses 
qui méritent d'être relevées. 

Georges MÉAUTIS. 



Bernard P. Grenfell et Arthur S. 
HuNT, The Oxyrhynchus Papyri, 
Part XIII. 1-235 pages, 6 planches. 
London, Offices of the Egypt Ex- 
ploration Fund, 1919. 

Comme les tomes V et XI de cette collection, le 
tome XIII comprend uniquement des textes littéraires. 
Nous le savions depuis quelques mois, depuis que 
M. Gresfell avait révélé la composition du volume dans 
son rapport lu à l'Assemblée générale de VEgypt Ex- 
ptnration Fund'. Il nnus promettait, entre autres, des 
Dithyrambes de Pindare, du Lysias, de l'Hypéride iné- 
dits. N'était-ce pas assez déjà pour piquer notre curio- 
sité '? La voici satisfaite. Le tome Xlll contient I^s 
n»' lo94-162o. 

Dix textes théologiques. 1594 est un fragment sur 
parchemin d'une nouvelle recension de Tohie, l'apo- 
cryphe populaire dont 1076, très postérieur, nous avait 
fait eounaitre une autre version. C'est le passage où 
l'archange Raphaël apparaît aux deux femmes. L'écri- 
ture, de la (in du III' siècle, à en juger par la planche, 
semble archaïsante. C'est une onciale droite et étalée : 
les w, les ij., les rj et les ti, très voisins, sont élargis; 
les u, ; et a, élégamment bouclés. La valeur respective 
attribuée actuellement aux manuscrits de Tobie se 
trouvera un peu modifiée, en ce sens que le papyrus 
augmente l'autorité du Valiciinas, de VAIe.randrinus 
et de la tradition en cursive au détrim;-nt du Stnai- 
liciis. 1595 {Ecclésiastique, i, 19) tire une légère im- 
portance du fait que. premier papyrus de ce texte, il 
omet le ve^et 7, comme les principaux manuscrits en 
onciale, et garde le verset 'à, comme certains originaux 
en cursive et des versious. VÉrangile de saint Jean 
(1596) revient pour la quatrième fois dans la collection. 
Le présent fragment, au texte éclectique, contient eu 
semi-onciale moyenne du IV' siècle le miracle de la mul- 
tiplication des pains et des poissons, et Jésus marchant 
sur les Ilots (vi, 8-12 et 17-22). Une étroite languette, 
1397, suint à montrer que le texte qu'elle porle {.Actes des 
Apôtres, XXVI, 7-8 et20l : défense de saint Paul, amené 
par le gouverneur Festus devant Agrippa et Bérénice; 
c'est une tradition nouvelle, mais trop faiblement at- 
testée pour qu'on puisse la juger. D'une édition sans 

I. ï'ftf Journal of Jîgyptian Arcliaeologij, août 1918. 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



277 



douté complète des Épitres de naint Paul, deux feuil- 
lets (la98), numérotés t; et ar^, nous donneut, dans uu 
texte composite, de la fin du III' siècle vraisembla- 
blement, la fin de la 1". Épitre aux Thessatoni- 
ciens (iv, 13-v, 2S, avec des lacunes), l'adresse et la 
salutation initiale de VEpilre II. Un huitième papyrus 
(1399) du Pasteur d'Herinas a été copié au 1V« siècle 
par un scribe assez distrait; mais il est une nouvelle 
présomption du fait que les traducteurs latins de cet 
écrit populaire s'appuyaient sur une tradition grecque 
diflérente de VAtltous. Une énumération chronologique 
des préligures de Jésus dans l'Ancien Testament, avec 
des citations du Deutéronome et des Psaumes, nous 
provient sans doute d'un Traité sur la Passion, daté 
du V" siècle (1600). Les trois numéros suivants (1601- 
16031 sont des fragments d'homélies : le premier est 
une paraphrase de textes d'Osée, de Joël, peut-être du 
Penlateuque, à moins qu'il ne leur emprunte des argu- 
ments; le deuxième s'adresse à des moines, auxquels il 
fait espérer qu'ils receTront du Christ la récompense 
de leur fidélité, de même que le peuple d'Israël a été 
protégé par Dieu tant qu'il a observé la Loi ; le troi- 
sième est une sortie violente contre les femmes, ten- 
tatrices funestes, instruments du Tentateur, ainsi que 
le prouvent des exemples bibliques invoqués'. 

C'est une joie et une déception que la trouvaille des 
Dithyrambes de Pindare (1604). C'est une joie, parce 
que nous n'avions du Thébain que trois pauvres frag- 
ments de ces poèmes (qui justement se retrouvent ici 
pour identifier le texte), alors que nous connaissions 
par les papyrus les Dithyrambes de Bacchylide. Mais 
c'est aussi une déception, parce que ces restes des 
trois poèmes : Aux Argiens, Aux Thébains, et sans 
doute Aux Corinthiens, sont si mutilés, si dilIîcileS à 
interpréter, que nous sommes loin d'en tirer ce que 
nous espérions, et qu'ils cadrent assez mal avec l'idée 
qu'Horace nous donnait des Dithyrambes pindariques. 
Tout au plus nous permettent-ils de croire que Pindare 
avait gardé au dithyrambe sou caractère initial de 
chant en l'honneur de Dionysos, qu'il n'y avait pas in- 
troduit le dialogue comme Bacchylide dans son Thésée 
et qu'il serait ainsi demeuré conservateur. Vingt-six 
nouveaux vers, ou du moins les six ou sept premières 
lettres de vingt-six nouveaux vers du M isouiiienos de 
Ménandre, uous sont gardés sur le papyrus 1605. Au 
moins quatre discours iuédits de Lysias nous sont 
partiellement rendus par le n° 1606, onciale de la fin 
du II» siècle après J.-C, voisine de l'ancienne onciale 
biblique, un pen sèche, mais régulière et non .sans élé- 
gance, à en juger par le fac-similé, avec des m angu- 
leux faits comme des ^ à l'envers. Ces discours sont le 
Ilpb; 'InnodépTri'i, xntïp eEpavtaivr);, dont nous avous 
sûrement le titre, le Kaià BsûtivriOTo-j, dont nous l'avons 
peut-être, le llpà; jÀiov, dont il est mutilé, et sans 

1. M. LîKENFELL veut bien m'avertir que ce dernier texte a 
été, depuis, identilié par le D' J. Kendki. Harris, (J'seudo) 
Chrysostome, Xrjyo; q6, In decollationem Priecursoris (éd. Sav, 
VII, p. 5ifi). 



doute deux autres plaidoyers sans désignation possible. 
Un de ces derniers paraît relatif à un /.Xripoç; le Contre 

ylios parle de la vente d'un vaisseau à Carthage. 

Du Contre Théonmestos, dont les fragments sont plus 
longs, nous entrevoyons assez nettement le sujet. Un 
plaignant anonyme a prêté à Théomnestos, pour ac- 
quitter une dette légale envers Théozotidès, trente 
mines. Le prêt s'est fait sans témoin et, après une que- 
relle, Théomnestos le nie. Mais tout l'intérêt se porte 
sur le Contre Htppotherses. C'est, après le Contre 
Vratosthene, un autre épisodç des démêlés de Lysias 
avec les Trente. De la servante défenderesse il n'est pas 
du tout question, et nous sommes amenés à croire 
qu'elle n'est, en l'occurrence, qu'un prête-nom, d'autant 
plus que l'orateur s'oublie à dire que c'est Lysias qn'on 
a mis en posture d'accusé et demande aux juges de 
l'absoudre. L'affaire roule sur la restitution des biens 
confisqués à Lysias par les Trente, après le meurtre de 
Polémarchos, son frère, par Ëratosthène. Aux termes de 
l'amnistie, les biens meubles vendus restaient la pro- 
priété des acquéreurs, mais les immeubles devaient 
f^ire retour gratuitement aux propriétaires. Les pro- 
priétés de Lysias ont peut-être (lassé par plusieurs 
mains: quoi qu'il en soit, il offre de racheter les biens 
meubles à leur valeur ; mais les détenteurs semblent 
exiger de lui au préalable, contrairement à la loi, le 
versement d'une forte somme. D'Hypéride nous recou- 
vrons (1606) — le scrupule des éditeurs sur l'authenticité 
semble excessif après l'argumentation persuasive de 
l'Introduction, — un second plaidoyer Pour LyœpJiron. 
Le premier nous avait été rendu par un papyrus de 
Londres. Nous savons, d'autre part, que Lycurgue 
composa pour la même affaire deux discours Contre 
Lycophron. C'est un banal procès pour adultère, qui dut 
longtemps défrayer la chronique scandaleuse d'Athènes, 
vers 340. Lycophron est accusé d'avoir percé une mu- 
raille pour la commodité de ses reiatious coupables, et 
Hypéride, dans les passages qui nous restent, s'évertue 
à démontrer que la complicité assurée — s'il l'avait 
voulu — des gens de service dispensait son client de 
recourir à cette extrémité. Ce perceur de muraille qui 
achète le silence des servantes et au besoin leur en 
conte; ces deux complices qui trahissent un mari 
mourant, méritaient-ils faut d'ingénieuse éloquence? 
Une assez longue citation du rhéteur .Elius .Aristide 
attribue à Eschine le Socratique les maigres fragments 
d'un dialogue sur Alcibiade, conservés par le n" 1608 : 
onciale penchée de la fin du II' siècle, agréable ii 
l'œil, bien qu'un peu grêle, à mon sens, et toute en 
angles aigus. Les interlocuteurs — c'est une conversa- 
tion rapportée par Socrate — sont le philosophe lui- 
même, .\lcibiade et .\pollodoros. Ils semblent s'entre- 
tenir surtout de Thémistocle, contre lequel Alcibiade^ 
dissimule mal sa jalousie. Nous recevons de ces ré- 
pliques mutilées l'impression que les anciens avaient 
raison lorsqu'ils déc"laraient qu'Eschiue offrait dans ses 
écrits une réplique' fidèle — comme Platon dans ses 
premiers dialogues ^- de l'enseignement socratique. A 
signaler, sans plus, 1609, dont le recto porte treize 



278 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



lignes d'nn écrit pliilosopliique, malaisé à identifier, et 
le verso des équivalences métrologiques. L'introduction 
de 1610, Éphore MI (ou .\7|, est un modèle d'érudi- 
tion intelligente, de discussion claire et de conscience. 
Ce sont soixante-dix fragments, ramenés à soixante par 
des combinaisons (licancoup ne sont que des miettes), 
rouverts d'une onciale droite, nette et soignée, de la 
lin du I" siècle. On peut dire qn'ici les sujets traités 
sont accessoires : il s'agit du rôle de Thémistocle et 
des opérations navales dirigées par Cimon contre les 
Perses. Toute la curiosité va aux questions .soulevées 
par ces textes. Ils montrent l'importance, la seWilité 
des emprunts faits par Diodore de Sicile à Éphore, em- 
prunts soigneusement relevés et confrontés dans l'In- 
troduction et dans les notes. Ils expliquent les erreurs 
de dates de l'imitateur qui veut grouper les faits chro- 
nologiquement alors que son modèle les dispose par 
sujets. Ils nous renseignent à la fois sur les sources 
d'Éphore (ici Thucydide, Ctésias et l'inscription mé- 
trique relative aux victoires de Cimon] et sur les écri- 
vains qui ont puisé chez lui, Justin, Aristodème, Po- 
lyen et Frontin. Sans doute ces fragments sont un peu 
courts pour servir de base à un jugement ferme sur le 
style; il semble aisé, verbeux, avec une tendance à la 
rhétorique. Enfin, par la nouvelle trouvaille, l'attribu- 
tion des n" 842 et 1365 est remise en question ; les 
éditeurs sont très tentés, pour de bonnes raisons, de 
les adjuger tous les trois à Éphore. On ne peut songer 
^à une identification précise pour 1611 : Fragments de 
critique littéraire. MM. Grenfell et Hunt, après avoir 
pensé à Ératosthène, successeur d'Apollonios de Rhodes 
et prédécesseur d'Aristophane de Byzance à la Biblio- 
thèque d'Alexandrie, se rallient plutôt à l'hypothèse 
que nous sommes en présence de Mélanges, ï;u[j.[j.i-/.Ta, 
comme ceux de Callistratos, Hérodicos, Tilâyme, Se- 
leucos, etc. Le plus long fragment raconte, avec des 
citations d'Acusilaos et d'Euripide, l'histoire étrange 
de Csenea séduite par Poséidon et transformée par lui 
en C*neus, qui devint roi des Lapithes et guerroya 
contre les Centaures, poussés par Zeus. Un personnage 
inconnu, dans un discours dont 1612 est un passage, 
s'oppose non pas peut-être au culte de César, mais à 
des innovations énigmatiques dans ce culte, comme l'a 
proposé un habitant de Nicée. 1613 est une liste d'an- 
ciens archontes athéniens. 

Alors que des poèmes perdus de Pindare nous avaient 
déjà été rendus précédemment, voici le premier papyrus, 
contenanldes poèmes connus|161i) :quatre Olijmpiques 
(I, II, VI, VU). Le texte apporte quelques leçons nou- 
velles'; il est éclectique et combine la tradition vaticane 
et la tradition ambrosienne; il est donc appelé à mo- 
difier le classement actuel des manuscrits. Un minus- 
cule fragment de VAjax de Sophocle (1615) — petite 
onciale expédiée du IV' siècle — semble d'une qualité 
rare, puisqu'il apporte en quelques vers mutilés deux 
nouvelles leçons très intéressantes. De VOrente d'Eu- 
ripide (1616) le passage est trop déchiqueté pour qu'on 
puisse en apprécier la valeur. Pour la première fois 
nous avons des vers du Plutus d'Aristophane (1617) ; ils 



semblent appartenir à la tradition du Venetus plutôt 
qu'à celle du Raveiinas. Un papyrus assez long de 
Théocrite (1618) ne peut être que bienvenu, car les 
fragments des Idylles, jusqu'à ce jour, étaient peu 
nombreux et infimes. Voici des passages suivis de V, 
VII et XV, du V siècle, en onciale, que le fac-similé 
montre lourde, boiteuse et cahotée. A relever des leçons 
nouvelles très satisfaisantes. 11 est plus raisonnable de 
ne pas s'y attarder, puisque M. J. »e M. Johnson nous 
donnera cette année, la Prélace le promet, le beau pa- 
pyrus de Théocrite, découvert par lui à Antiuoé. 1619 
est le plus long des fragments d'Hérodote actuellement 
découverts; ce sont des chapitres du livre III, sans 
grande nouveauté au point de vue critique. Viennent 
ensuite quatre papyrus des trois premiers livres de 
Thucydide (1620-1623). 1621 offre celte particularité de 
ne contenir du texte que les discours de l'historien, et 
de confirmer une correction de Madvk; et une de'HuuE. 
Au point de vue paléographique, deux d'entre eux au 
moins sont intéressants : 1621, du IV' siècle, est en 
belle onciale calligraphiée, analogue à celle du Siiiaï- 
tinia ; 1622 est plus curieux encore. Les planches per- 
mettent de le comparer à 1919. Ce sont deux jolies écri- 
tures de la (in du l" ou du début du II' siècle ■ onciale 
déliée, nette et régulière, avec tendance à lier les lettres. 
Cette tendance est plus sensible encore dans 1619, dont 
le scribe, pour faire quitter le papier le moins possible 
au calame, fait le p. à boucles et rattache jusqu'à trois 
lettres consécutives. Platon avait déjà figuré une ving- 
taine de fois dans le palmarès papyrologique, mais 1624 
est le premier fragment du Prolagorus. Il n'offre rien 
de sensationnel : l'écriture est une onciale appuyée dn 
III" siècle; le texte, écrit négligemment par le copiste, 
a été revu et corrigé avec diligence par un lecteur, qui 
semble avoir eu sous les yeux une meilleure tradition. 
Eschine termine le volume avec les tj§ 14-27 du Contre 
Ctésiphon (1625). Le texte semble d'une qualité excel- 
lente ; il corrige plusieurs fois nos manuscrits et con- 
firme des conjectures de Lambin, de Scaliger et de 

WOLF. 

Tel est ce nouvel ouvjage. MM. Grenfell et Hunt 
travaillent* avec tant d'ardeur et de régularité qu'ils 
semblent vouloir nous dispenser de leur être reconnais- 
sants. Notre admiration, notre gratitude pour le der- 
nier volume paru se muent bientôt, grâce à eux, en 
espoir du prochain volume à paraître. Ils ont publié 
déjà une foule de documents provenant des archives 
publiques et privées d'Oxyrhyncbos ; ils ont édité un 
nombre considérable de fragments littéraires, relique^ 
des bibliothèques oxyrhynchites. Voici qu'ils annoncent 
le tome XIV, consacré tout entier aux documents. C'est, 
croirait-on, une règle depuis le tome X qu'un volume 
de documents soit suivi d'un volume littéraire. Amant 
alterna Cameiiœ. 

Paul COLLART. 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



B. P. Grenfell et A. S. Hunt, The 
Oxyrhynchus Papyri, Part X, xiv- 
311 pages, gr. in-S°, 6 planches. Lon- 
dres, Offices of the Egypt Explora- 
tion Fund. 1914. 

Cent vingt-sept textes nonveaiu nous ont été appor- 
tés, en 1914, par les Oryiliynchus Papyri, pari X,oà 
nous avons vu avec joie reparaître le nom de .M. Gren- 
fell, éloigné pendant cinq ans d'Oxford et de ses tra- 
vaui. Aussi divers que les précédents, ce volume a de 
quoi plaire aux humanistes, aux théologiens, aux his- 
toriens. 

Les hnmanistes ne sont pas les moÎDs bien partagés. 
Le joyau de la collection, ce sont ces cinq strophes et 
et demie, consécutives et presque complètes, de Sappho; 
elles constituaient certainement la plus grande partie 
d'un gracieux poème qu'elle adressait à Anactoria, 
connue déjà pour avoir été de ses amies lU" 1231, 
fragm. ti. Le reste, bien que moins important et moins 
beau, n'est certes pas à dédaigner; parmi les frag- 
ments d'.\lcée, le n° 1234 se range certainement dans 
la catégorie des '^zxTuc-'.y.k, et c'est une addition no- 
table aux restes de ses œuvres que les parties 1, 2 et 
4 du n" 1233. La philologie grecque et même latine 
trouve aussi beaucoup à glaner. Et tout d'abord, l'his- 
toire de la comédie, avec trois fragments de pièces, 
dont deux appartenant à la comédie nouvelle (n" 1238- 
1240), un nouveau passage, bien mutilé, du Ko) aï de 
Ménandre in" 1237), un papyrus dn IV' siècle qui 
contribue grandement à la reconstitution du teste des 
'E-tTpÉTTovTî; (n* 123(5 , enfln des analyses de T'iÉosia 
et des "laêpio! du même .Ménandre n" 123oi. Le n" 1249, 
qui ne peut en aucun cas être postérieur à la fin du 
H* siècle, interdit d'attribuer Babrius. comme le voulait 
Crusius, au début du 111'; les fables sont ici données 
sans aucun ordre alphabétique, et la question de l'au- 
thenticité des i-r.'.iiihix doit être de nouveau examinée. 
D'après l'écriture du n* 1250, .\chille Tatius ne peut être 
placé beaucoup après l'an 300. et il n'y a plus aucune 
dilBcullé chronologique à l'identifier comme Suidas 
à l'auteur du ïl-p\. <73aipa;; le papyrus donne en plu- 
sieurs passages un texte supérieur aux manuscrits dn 
moyen âge. Les autres fragments littéraires apportent 
leur contribution ordinaire à l'établissement des textes ; 
il convient toutefois de mentionner le n" 1231 et ses 
deni longs passages du Pro Cœlio, avec un texte du 
V siècle, très hétérogène; les variantes remontent, 
daos l'ensemble, à une haute antiquité. 

Ce serait une erreur de croire que ces textes litté- 
raires n'offrent d'intérêt que pour les humanistes et les 
philologues; l'historien de l'Egypte en fait aussi son 
profit. Parmi ceux dont nous venons de parler, des 
papyrus comme ceux de Sappho ou d'.^lcée attestent 
une fois de plus la popularité des lyriques dans lÉgypte 
romaine. Le long n° 1241, que les éditeurs ont appelé 
« Chrestomathie » et qni est formé de catalogues de 



sculpteurs, statuaires, peintres fameux, de hauts laits 
d'armes, d'inventeurs, remontant à la fin de la période 
ptolémaïque on au début de l'Empire, nous intéresse par- 
ticulièrement par sa liste des bibliothécaires d'.Alexaii- 
drie, qu'il nomme dans l'ordre suivant : Apollonius de 
Rhodes, précepteur d'Évergète I" ; Éralosthène, .Aristo- 
phane de Byzance, .\pollonius à t\ôo-;piso; et .\ris- 
tarque; après la mort de Pliilométor et la dispersion 
des savants alexandrins par Évergète II, le poste est 
rempli par Cydas, nu olBcier, i/. t'ôv 'ta-r/nzoMi ; son 
successeur n'est pas nommé, et il n'est plus question 
que des grammairiens qui ont o fleuri n sous Ptolé- 
mée IX : .Ammonius, Zeuodote, Diodes et .Apollodore. 
La mention du second Apollonius explique comment la 
tradition a pu placer par méprise .\pollonins de Rhodes 
environ une génération plus bas que de raison; mais 
la question de savoir s'il n'est pas revenu de Rhodes 
pour devenir bibliothécaire reste ouverte. 

Le caractère littéraire d'un texte comme le n° 1242, 
récit d'une audience accordée par Trajan aux délégués 
des Grecs et des Juifs d'.\lexandrie. éternels ennemis, 
est évident. La portée n'en est pas moins tout histo- 
rique. Les noms de Panlus, orateur professionnel des 
.alexandrins, et de Théôn sont déjà connus par un des 
textes relatifs à l'antisémitisme alexandrin (P. Paris 
68 + P. Lond. 1 =| B. G. l. 341 i. La scène se passe à 
Rome, donc avant le départ de Trajan pour l'Orient en 
114. Sous l'influence de l'impératrice Plotine, Trajan 
adopte d'abord une attitude hostile aux Alexandrins, 
que l'un d'eux, Hermaïscos. lui reproche hardiment. 
Or, les deux parties étaient accompagnées de leurs 
dienx. ï/.i.mrt: '^xi^i:,o-i-.ti to\,; îg:o-j; 9;o0;, ce qni est 
bien extraordinaire des Juifs; pour les .Alexandrins, 
c'était un buste de Sarapis, et quand Hermaïscos ré- 
pond à Trajan, la sueur paraît sur le visage du dieu ; 
l'empereur est stupéfié, nu tumulte s'élève, tous fuient 
sur le haut des collines, — et le papyrus mutilé ne va 
pas plus avant. 

Passons rapidement sur les fragments théolo.sriques : 
pour la plupart, ils n'intéressent que le texte critique 
delà Bible; le n° 1221. fragment d'un Évangile non 
canonique, ne peut être identifié; rien n'indique parti- 
culièrement qu'il appartienne à l'Évangile selon les 
Égyptiens. 

Avec le n° 1252, commencent les 99 documents du 
volume. Us datent des époques romaine et byzantine: 
le I" et le II' siècle sont représentés chacun par une 
dizaine de textes, le VI' par la moitié environ; le IV' 
atteint presque et le V' dépasse le chiBre de 20 textes ; 
la place d'honneur est réservée au 111' avec près de 
40 documents. Ils sont classés sous les chefs ordinaires : 
documents officiels, déclarations adressées_^aux fonc- 
tionnaires, pétitions, contrats, taxation, comptes et 
listes, correspondance privée ; et suivis du texte in 
extenso de petits fragments mêlés. 

Documents officiels. — Le a' 1252, formé d'une décla- 
ration et d'une correspondance ollîcielle fia première 
fait descendre la préfecture de Valerius Pompeianas 
jusqu'au 15 seplembre-289), ajoute à nos connaissances 



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COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



sur l'office de l'euthéniarchés ; l'existence n'en est pas 
attestée avant la seconde moitié du II* siècle, et il dis- 
parut au cours du IIP; restauré à Oxyrhynclios, avec 
l'agoranomie, un an avant notre document, et partagé 
entre trois personnes, le Tiviia des gymnasiarques n'y 
désignait en fait que deux titulaires, et le prytane ne 
réussissait pas à tourner la difficulté qu'il éprouvait à 
faire remplir les fonctions pendant une partie de l'an- 
née. La charge comportait évidemment de lourdes obli- 
gations personnelles: et l'on ne doit pas s'étonner que 
la dernière mention de l'enthéniarcliès se rencontre en 
293. — On ne peut d